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Swift réussit à nous faire gober l'improbable situation narrative : cette femme écrivant en quelques heures (une nuit), le roman de sa vie, soit 283 pages d'une traite, pour les offrir à ses enfants avec le Ricoré du matin. Pourquoi est-ce qu'elle n'avait pas commencé ça avant, se demande-t-on, puisque tout était programmé ? Le roman est une belle plongée dans la mémoire du couple. Paula évoque son enfance, le rapport à ses parents, la rencontre avec son mari, au milieu des années 60, alors que celui-ci avait couché peu avant avec ses deux colocataires. Paula évoque l'enfance de Mike, ses histoires familiales, le retour de son père fait prisonnier pendant la seconde guerre mondiale, et décédé il y a peu.
Elle évoque les premières années difficiles, les instants où le cours de l'existence s'infléchit : un dîner au champagne sur la plage, le premier appartement du couple, la reconversion du père qui rêvait d'être chercheur ès escargots et hérite finalement de la revue de son oncle. Paula ne nous épargne rien des détails de sa vie. Elle parle de sa vie sexuelle, de l'amour qu'elle a toujours eu pour son mari mais aussi de choses beaucoup plus intimes : la vie de leur chat Otis, disparu puis revenu miraculeusement, mort lui aussi peu avant la naissance des enfants. L'enchaînement des scènes à haute portée symbolique est parfois fatigant et tenu par la grâce du style et la sincérité du témoignage.
Confessions intimes
On n'a aucune raison objective pour aimer cette histoire gnangnan et qui ressemble à un conte de fées pour adhérents de la CAMIF (R.I.P). Mais Swift est un écrivain qui a un talent immense, si bien qu'on trouve tout ce qu'il raconte follement passionnant et tout simplement beau. Au bout de trente pages, on ne se pose plus de questions : on se couche à côté de Paula Hook et on lit par-dessus son épaule. On imagine sa nuisette, la chaleur de son corps de femme (49 ans, bien conservée), sa main qui tremble et on la sent qui respire ses souvenirs comme des bouffées d'oxygène. Son secret, le secret du livre devient le seul truc qui nous intéresse. Le livre se lit à toute vitesse, ce qui permet d'oublier ses longueurs ou anecdotes à faire rougir Marc Lévy. Demain est affreusement conventionnel, horriblement bourgeois mais peu importe, nous sommes dedans quand arrive le secret des secrets. Les premiers éléments sont donnés après la page 100. Swift intercale à mi-chemin une petite histoire à la Desperate Housewives avec un vétérinaire Docteur Ross pour gagner du temps et puis en vient au fait.
Il va de soi qu'on ne lâchera pas le spoiler de la mort pour tout l'or du monde. Nous ne sommes pas des criminels. Comme on s'y attendait, l'annonce est un peu faiblarde mais le livre en souffre moins que ce qu'on aurait cru, signe que le pari de Swift est gagné. Le jour se lève. Demain est un livre écrit en apesanteur, un livre délicat et magnifiquement dispensable. C'est un livre à partager avec ses parents, un livre madeleine pour les cœurs et le sucre, un livre réconfort comme on peut s'en offrir de temps en temps.
Benjamin Berton
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