Catalan Psycho de Gil Graff



Critique

Note du livre Bad tripes à la catalane

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Bad tripes à la catalane



Fortes  des particularismes (avantages et inconvénients) d'une région au climat et à la géographie contrastés (pour ne rien dire du caractère de ses habitants et des faits qui s'y déroulent) les Pyrénées-Orientales continuent d'alimenter l'imaginaire parfois morbide, et en tout cas, souvent hautement surréaliste (on est chez Salvador Dalí, ne l'oubliez pas !) des auteurs locaux. Démonstration par l'exemple, et non des moindres, avec le cas Gil Graff, qui a publié chez Mare Nostrum le déjanté Catalan Psycho.

Auteur d'une demie douzaine de romans (+ 1), la romancière qui se cache derrière ce pseudonyme androgyne est certainement une valeur montante du polar catalan, pour ne pas dire du polar tout court. La parution de Catalan Psycho aux éditions Mare Nostrum (qui bénéficie d'un nouveau distributeur et d'un nouveau site) marque en tout cas un tournant pour l'aventureux éditeur Perpignanais qui explore, plus encore que dans ces précédentes parutions, les paradoxes d'une région à la fois magnifique et terrible, où rien n'est vraiment ce qu'il paraît. Jugez plutôt.

A peine un village, tout juste un hameau perdu dans le Pays Catalan, avec ses habitudes, son rythme immuable, son café, ses ragots et ses habitants sans histoires, représentant de l'ordre, boulanger, ouvrier, adorables petites vieilles toutes ridées et même son simplet, Sébastien dit « la gamelle », un bègue inoffensif ainsi nommé à cause de sa propension à se vautrer bêtement un peu partout. A la « La Forat des Innocents », la vie va son court, tranquille comme une soirée d'août. Inoffensif le simplet ? Charmantes les petites vieilles ? Sans histoires les habitants ? Cela reste à voir. Il suffira que débarque une jeunesse, Eliane, 20 ans, belle et sûre d'elle comme on peut l'être à cet âge, un brin dérangée aussi, pour qu'en 48 heures tout ce petit monde tourne au délire.

La fin de la normalité

Avec Catalan Psycho, Gil Graff s'amuse un peu méchamment et on adore. A sa manière irrévérencieuse, elle actualise la mythologie rurale et met à bas les clichés méditerranéens du sud tranquille. En prétextant l'arrivée impromptue d'une belle « pas du tout ingénue », dans un village imaginaire qui en rappelle un autre, elle réveille impétueusement le mythe du croquemitaine, serial killer des temps anciens, incarné ici par le dernier descendant de la sanguinaire famille Aparegut, kidnappeurs et violeurs d'enfants (si ce n'est pire). D'ailleurs, « La Forat des Innocents » - le puit des innocents, ne s'appelle pas ainsi par hasard et ses habitants ne sont pas ce qu'ils semblent être, tout comme Eliane, qui transporte de bien curieux « paquets » dans le coffre de sa voiture.

Sur un peu plus de 200 pages, la romancière crée des liens entre des êtres que tout semblait opposer. Les liens dans le sang pourrait-on dire, qui agiront comme des révélateurs et bouleverseront ce que nous appelons la normalité. Catalan Psycho se lit comme un polar, mais aussi comme un conte macabre, ou encore une critique acerbe pleine d'humour et d'irrespect, de ces normes bien souvent imposées par la société pour le « bien » de tous, mais qui nie les aspects les plus sombres de l'individu. Des aspect qui sont pourtant des parties indivisibles de ceux-ci. En attendant de lire cet excellent roman, « Vous reprendrez bien un peu de confiture de souris ? »

                                                                                                Maxence Grugier

Le 17 août 2008

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Sur le Web : le site des éditions Mare Nostrum