Portons dix bons whiskys à l'avocat goujat qui fumait au zoo ( post-scriptum tout à fait saisissant du sixième chapitre de La Disparition ) ”
Issu d'une famille d'origine juive polonaise, George Perec passera ses premières années dans le quartier parisien de Ménilmontant. Son père meurt au front en 1940, et sa mère sera déportée en 1943. En 1945, sa tante paternelle Esther Bienenfeld et le mari de celle-ci l'adoptent. En 1949, il débute une psychothérapie avec la fameuse pédopsychiatre
Françoise Dolto . Après une hypokhâgne au lycée Henri IV, il s'engage dans des études d'histoire, voie qu'il abandonnera très vite.
Dès 1955, il sera chargé de la rédaction de notes de lecture pour la NRF et les
Lettres nouvelles, et en 1961, il obtient un poste de documentaliste en neurophysiologie au CNRS. Sa première œuvre,
Les Choses, parue en 1965, lui vaut un franc succès. Elle est récompensée par le prix Renaudot.
En 1970, il entre à l'OuLiPo, fondé moins de dix ans auparavant par François Le Lionnais et
Raymond Queneau, temple s'il en est des jeux de contraintes littéraires.
W ou le souvenir d'enfance paraît cinq ans plus tard mais c'est véritablement
La vie mode d'emploi qui fera de lui un des plus grands écrivains français du XXème siècle. Fruit de près de huit ans de travail et d'un cahier des charges extrêmement rigoureux, ce roman est dédié à Raymond Queneau.
Au sommet de sa gloire, il mourra quatre jours avant son quarante-sixième anniversaire d'un cancer des bronches, à l'hôpital Charles Foix d'Ivry-sur-Seine.
Champion de la réhabilitation de l'artifice littéraire, Perec multipliera dans toute son œuvre les contraintes stylistiques et lexicales ; dépassant le clivage du fond et de la forme par un surinvestissement de cette dernière. Mono vocalismes, palindromes, lipogramme (son roman
La Disparition ne comporte pas un seul « e », tandis que
Les Revenantes ne comprend pas d'autre voyelle), et permutations en tout genre sont les traits distinctifs de cette plume hors du commun.