The Boys, Tome 1 : La règle du jeu de Garth Ennis



Critique

Note du livre Attention aux superslips

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Attention aux superslips



Réputé pour la violence de ses scénarios, Garth Ennis va toujours de plus en plus loin, comme en témoigne sa dernière série, The Boys, dont le premier tome vient de paraître en France.

La sortie en France du premier tome de The Boys (livres 1 à 7) est un non-événement proportionnel à l'intérêt qu'on réserve de ce côté-ci de l'Atlantique aux comics et à la bande dessinée américaine en général. La série a pourtant fait un sacré effet lors de son lancement en fin d'année 2006. Garth Ennis, on le savait, n'est pas un poète, ni un adepte de la demie mesure. Ses précédentes créations, du Preacher aux reprises de Judge Dredd ou du Punisher, étaient toutes marquées par un certain goût pour la perversion et la violence qui en faisaient quelqu'un d'éminemment sympathique. Un scénario d'Ennis, c'est une bonne idée de départ, beaucoup de sang et souvent un ou plusieurs héros couillus qui tiennent le manche et défouraillent avec ou sans état d'âme.

Et c'est exactement ce que nous offrent The Boys, impeccables de bout en bout, et qui ont depuis dépassé la vingtaine de numéros (22, pour être exact, au moment où on écrit) sans faiblir. Impeccablement dessinée par Darick Robertson (connu pour Transmetropolitan), la bd est une tuerie tout sauf politiquement correct. La preuve : la série s'est fait éjecter de chez Wildstorm après le sixième épisode, car trop violente, sexuelle et dérangeante, avant d'être accueillie par Dynamite.

Méchants superhéros

L'histoire est pourtant simple : un groupe de mecs, The Boys donc, réuni par et autour d'une sorte de rockeur en Perfecto noir appelé Butcher, travaillant pour la CIA, a pour mission de canaliser les débordements des superhéros (les superslips donc, comme Ennis les appelle) en les dégommant. Car avec leurs superpouvoirs, les superhéros ont pris la méchante habitude de déconner et de se croire au dessus des lois : ils se droguent, superbaisent des putes qu'ils épuisent, font des partouzes et se tamponnent des victimes collatérales que causent leurs affrontements légendaires.

La saga est lancée par un premier épisode incroyable où le Petit Hughie (le héros dont on suit l'introduction dans la joyeuse bande et qui a le visage de l'acteur britannique Simon Pegg, vu dans Spaced, Shaun of the Dead et Hot Fuzz) se retrouve avec le bras de sa copine à la main après que celle-ci a été déchiquetée littéralement par un superhéros en train d'en courser un autre. Hughie est désespéré : il venait de se fiancer. Il est contacté par Butcher qui lui vend une période d'essai dans son groupe de psychopathes composé de La Fille (une fille... comme son nom l'indique, totalement psychotique), de lui-même, d'un Français ultraviolent et d'un black appelé en VO Mother's Milk, à la fois parce qu'il est plus pur que les autres et parce qu'il a hérité son pouvoir d'un type appelé Momma.

Les Boys bossent pour la chef de la CIA, une blonde que Butcher sodomise avant de prendre ses ordres et qui ne l'aime pas plus que ça. Du côté des ennemis, le tome 1 introduit deux bandes de superhéros dépravés : les "Teenages Kix", groupe de jeunes superhéros punk qui passent leur temps à se mettre en scène et à cacher leurs penchants pour la drogue, la touze et la gloire, et les bien plus terrifiants "Seven", n°1 au top 50 des superhéros, sorte de Ligue de Justice glaçante, cynique et fascisante. On passera sur les belles surprises que réserve ce premier recueil et notamment sur le saisissement qui vous prend lorsqu'une jeune superhéroïne se voit proposer un examen d'entrée très particulier pour rejoindre les 7, mais il faut redire à quel point ces Boys sont épatants et agressifs. Ennis s'amuse comme un fou dans la lignée des Miller et Moore à poursuivre le travail de sape de l'image des superhéros, alors que ceux-ci n'ont jamais été aussi appréciés et reconnus.

Plus trash

Il va très loin dans la représentation du sexe et de la violence, si bien qu'on se demande comment et pourquoi on l'a laissé continuer au pays de Sarah Palin et de John McCain. Les politiques sont corrompus, les héros sont des salauds, joli tableau d'une Amérique plus réaliste et fantastique que jamais. Par delà la violence du propos, Ennis se tire plutôt bien du versant émotionnel du titre et réussit à poser des personnages, Hughie en tête, qui sont capables de nous émouvoir et à l'occasion de nous toucher. Ce n'est pas la moindre des qualités de cette BD qui, il faut bien l'avouer, tutoie parfois le vulgos et le mauvais goût.

Pas la peine de préciser que P'tit Hughie, à l'issue de l'épisode 7, et presque malgré lui, rejoindra les Boys pour une suite d'aventures qu'on espère prochaine et encore plus trash (et elle l'est au moins jusqu'au 20ème épisode, croyez moi).

Garth Ennis et Darick Robertson, The Boys, tome 1 : La Règle du jeu, Marvel Panini France, septembre 2008.

Benjamin Berton

Le 15 septembre 2008
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