« Une oeuvre d'art doit être jugée selon les critères esthétiques. En arrt, ce qui est beau est moral. »
Gabriel Matzneff naît en 1936 de parents « russes blancs » venus en France en 1917. Dès l'âge de six mois, il est ballotté d'un lieu à un autre du fait du divorce de ses parents. Malgré cela et malgré la guerre, il a une enfance que beaucoup lui envieraient, entre les cercles intellectuels qui entourent la famille (les russes blancs de Paris) et les concours hippiques. Il se rend pourtant rapidement compte qu'il est atteint d'une certaine « inaptitude au bonheur ».
Il entre à la Sorbonne en 1954 et y suit un cursus complexe fait de lettres, de philosophie et de langues orientales. L'université est une dernière étape avant l'entrée dans le monde adulte, qu'il recule autant que possible. Il rencontre Henri Montherlant et noue avec lui les liens d'une amitié solide et durable.
Il part en Algérie en 1959, d'abord pour y étudier l'épigraphie latine et y écrire un essai sur le suicide dans la Rome antique, ensuite en tant qu'appelé dans un régiment de l'infanterie coloniale.
Retour en France en 1961, il s'installe à Paris dans l'appartement de sa petite amie et se réinscrit à l'université pour bénéficier d'un statut d'étudiant. Il commence l'année suivante à écrire dans
Combat. A cette époque, Matzneff découvre les amours illicites avec des partenaires dans leur prime jeunesse. En 1964 il voyage en Europe de l'Est où il est reçu par les chefs d'Etat, mais surtout il rencontre une lycéenne, Tatiana Scherbatcheff, sa future femme.
Ses premières oeuvres paraissent dans la seconde moitié des années 60. D'abord l'essai baroque
Le Défi, puis le roman
L'Archimandrite. Il voyage beaucoup dans l'Est, fréquentant les milieux orthodoxes et contestataires. Il mène une vie amoureuse agitée, entre son amour pour Tatiana et ses régulières infidélités avec de jeunes personnes, mais finit par se marier en 1970.
Mais rapidement leur union se dégrade, Tatiana sentant ses velléités d'indépendance contrariées par le mode de vie de son mari. L'arrivée dans leur vie de Mike, adolescent anglais, précipite la fin, jusqu'au divorce prononcé en 1973. Matzneff prend conscience qu'il ne pourra pas mener cette vie bourgeoise socialement conforme qu'il visait.
Il entre alors dans une phase de tension permanente entre l'adulte qu'il est mais ne veut pas devenir et l'enfant qu'il n'est plus mais qu'il désire.
La parution de son essai
Les moins de seize ans est le premier remous d'une longue série de polémiques et de désaccords critiques qui dure encore aujourd'hui. Matzneff se place au centre de ses écrits, qu'ils soient fictions ou essais, et confesse ses expériences. Jusque-là rien de problématique, la tradition littéraire est là, et Matzneff s'y inscrit. La langue est d'ailleurs belle, le « problème » se situant ailleurs.
Au fil de ses ouvrages, romans, essais et journaux intimes, Matzneff construit une oeuvre de dandy autour des thèmes du suicide, de l'Antiquité, de la religion orthodoxe et du libertinage. Par extension et préférence de l'auteur, ce libertinage s'applique aisément aux enfants. Dans les livres tout du moins, Matzneff ne revendiquant que des amours pubères.
Ce goût pour la jeune chair lui vaut de régulières attaques pour apologie de la pédophilie, faisant de lui une personnalité controversée : alors que certains fustigent en bloc le récit d'événements réprimés par le droit mais apparemment autorisés par l'art, d'autres préfèrent voir en Matzneff un opposant à l'ordre moral bienséant, dont l'esthétique du troisième sexe plonge dans des racines antiques.
Gabriel Matzneff se tient aujourd'hui à l'écart des médias. L'oeuvre de cet hédoniste scandaleux, aimée de l'érotomane du Luxembourg,
Philippe Sollers, pose la sempiternelle question de la distinction entre la valeur artistique d'une prose et la nature des idées qui y sont exposées.