Mastodonte de la BD française, la saga de Froideval (scénario) et maintenant Pontet (dessins) amorce peut-être dans son 13ème album la dernière ligne droite avant une conclusion qu'on attend depuis 1989 avec une certaine impatience. Malgré un changement de dessinateur après le tome 5, les aventures de Wismerhill, un "homme qui voulait devenir roi", comme on dit dans ces contrées, auront toujours été suffisamment passionnantes pour nous faire avaler les yeux fermés des histoires de porte de l'Enfer, de légions de satan, de monstres et autres sortilèges. Ce qui a fait la qualité de la série, c'est le contraste entre sa violence incarnée dans des affrontements toujours plus légendaires, massifs et sanglants, et l'humour carrément régressif des personnages, toujours prêts à lancer une vanne à deux balles ou à mettre en avant leur côté grotesque. Les dessins de Pontet et le travail des coloristes, servant sur un plateau des couleurs criardes, primaires ou immondes, se seront toujours mis au niveau d'un scénariste alternant les moments de déprime et de noirceur, et les excès rabelaisiens.
Alors que le tome 12 était plus tourné vers la peinture de l'administration de l'empereur Wismerhill, le dernier est clairement dans une logique de mise en place des éléments terminaux de la saga : un affrontement entre les 2 plus gros étripeurs de la galaxie, avec à la clé, la domination sur un monde globalement éclaté et revenu à l'âge des tribus et des seigneuries. L'affrontement entre Wismerhill et Thorn s'il a couvé par le passé n'a jamais été si près de ressembler à une guerre ouverte. Espérons (ils avaient eu cette tendance sur les tomes 9-12) que les auteurs ne feront pas durer la sauce indéfiniment et donneront à cette série le final intense et apocalyptique qu'elle mérite et que ceux qui l'ont suivie en temps direct (comme moi, depuis, mince, 17 ans) sont en droit d'attendre !