Frédéric Royer




Journaliste à Voici, Fredéric Royer est connu pour avoir lancé, avec Arnaud Demanche et Stéphane Rose, les Gérard du cinéma et de la télévision. Avec le Prix Bartleby, c'est au petit milieu du monde littéraire que l'agitateur fera cette fois profiter de son insolence et de son originalité. Le principe du prix ? Couronner le meilleur roman inachevé de l'année... Fred Royer nous raconte l'histoire du Prix Bartleby.

Fluctuat : Comment est née l'idée du Prix Bartleby ?

Fred Royer : Elle est née de ma propre incapacité à terminer un seul des romans que j'ai commencé à écrire : neuf en tout sur une quinzaine d'années. Le fait de constater que la plupart des gens autour de moi étaient tout aussi velléitaires (tout le monde veut ou essaie d'écrire) n'a pas apaisé ma frustration. Alors pour me rassurer, j'ai créé ce prix : peut-être y a-t-il des chefs-d'oeuvre parmi les romans inachevés qui traînent dans les tiroirs de leurs auteurs... Et puis, un bon roman doit-il forcément avoir une fin ?

Est-il une sorte de pendant littéraire des Gérard ? S'agit-il de tourner en dérision le monde littéraire ?
Je n'y avais pas pensé mais oui, on peut aussi le voir comme ça. Tout comme les cérémonies auto-congratulatoires du genre César, les prix littéraires ne servent qu'à flatter toujours le même petit cercle d'auteurs, avec souvent, on le sait, des arrangements entre éditeurs et jurys. En primant une oeuvre inachevée, on se moque des conventions du milieu. Mais attention, si avec la cérémonie des Gérard on récompense les plus mauvais du cinéma et de la télévision, avec le Prix Bartleby c'est le meilleur manuscrit qui sera choisi !

Quels seront les critères pour élire le meilleur roman inachevé ?
Nous n'avons pas encore défini les critères avec le comité de sélection et le jury, mais je pense que ça va se situer dans le domaine de la frustration masochiste : l'auteur qui nous donnera le plus envie de lire la suite sans que ce soit jamais possible (puisque si le lauréat termine son roman, il sera rétroactivement disqualifié) remportera certainement nos suffrages.

Pouvez-vous citer quelques romans qui, selon vous, aurait mieux fait de rester inachevés ?
Je n'aime pas trop ça car nous ne voulons surtout pas apparaître comme des donneurs de leçon. Et puis il y en a tellement ! Mais vous me tentez... Allez, pour n'en citer qu'un, disons toute la production de Florian Zeller.

 

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