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Voilà quelques mois, était publié à la NRF le premier recueil de nouvelles de Frédéric Beigbeder, critique littéraire à Voici, noctambule invétéré et fondateur du Caca's Club.
En dépit de son titre un tantinet "hype" et racoleur, son bouquin fut salué par un autre critique, Michel Polac (officiant, lui, à Charlie Hebdo), dont l'insensibilité aux modes, prix et futilités littéraires est notoire. Intrigué, le désœuvrement me menant à la librairie du Virgin Megastore, où l'ouvrage incriminé caracole en tête des ventes, je l'ai acheté et même lu.
Un incipit, en forme d'avertissement didactique, décrit les effets euphorisants du MDMA, plus connu sous le nom d'ecstasy, ses effets secondaires cuisants, et invite le lecteur à n'en pas consommer puisqu' "il abîme le cerveau, comme le prouve ce recueil de textes écrits sous son influence" et que l'auteur y a lui-même renoncé. Habile mise en garde, soufflant le chaud et le froid; habile mise en abîme puisqu'on ne sait trop si elle stigmatise les comportements induits par la consommation de cette drogue ou la narration littéraire de tels comportements sous l'emprise de ladite drogue.
Cela pourrait nous conduire à dresser une rébarbative, quoique intéressante, typologie des relations entre écriture fictionnelle et stupéfiants. D'un côté, les ouvrages qui traitent d'expériences vécues sous influence, d'un autre, ceux qui sont directement nés de la consommation de drogues, d'un autre encore, ceux qui conjuguent l'expérience vécue et sa retranscription littéraire. On pourrait alors s'amuser à imaginer ce que donnerait la narration d'une absorption de crack sous XTC, ou celle d'un trip au psilo sous Nembutal, ou celle d'une prise de Seconal sous PCP (liste non close, pour une idée des mélanges possibles se reporter à une liste de produits stupéfiants établie par Health Canada On Line).
N'étant pas moi-même consommateur d'ecstasy, je ne sais donc pas si Beigbeder écrit sur, ou sous, ou sous et sur, ou sur et sous X.
Whatever, certaines nouvelles valent la peine d'être lues, à commencer par celle qui ouvre le recueil, Spleen à l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, logorrhée euphorique, suite ininterrompue de questions adressées à l'autre, dans un état d'empathie affective, avant que l'amorce de la descente n'en sonne le glas. Ou Comment devenir quelqu'un, hilarant monologue retraçant les dernières minutes de la vie du plus célèbre chauffeur du Ritz, et de ses deux passagers. Ou encore L'homme qui regardait les femmes, retour sur l'origine d'une frustration sexuelle née avec l'éveil de la concupiscence, dérivant lentement vers misogynie et scoptophilie : " synonyme de voyeurisme, bande d'ignares".
D'autres, moins réussies, ont une résonance sociale et sont de
purs moments d'anticipation, comme Manuscrit trouvé à Saint-Germain-des-Près qui narre l'ultime lutte des germanopratins pour leurs privilèges obscènes avant que les exclus ne se révoltent, n'éventrent BHL et Dombasle, et ne pendent Sollers par les pieds, ou Le jour où j'ai plu aux filles, narration burlesque, onirique et pornographique des effets que pourrait entraîner l'annonce de la mort du Sida.
Les nouvelles, recelant bien souvent de petites audaces verbales fort ludiques, sont ponctuées de sentences aussi bidonnantes que définitives comme "une soirée, comme une vie, n'est réussie que si elle a mal commencée". L'ensemble dépeint le blues des nantis avec une complaisance et une coquetterie ostentatoires qui lui confère paradoxalement son authenticité. Finalement, le défaut de Beigbeder, habile narrateur du mal-être fin de siècle, réside dans son romantisme échevelé qui le mène à confondre spleen et idéal et à ériger le spleen en idéal.
Mais dans le genre, on fait franchement pire. Je pense au premier roman de Charles Pépin, Descente, dont j'espère que la carrière sera aussi brève que le surnom de son illustre aïeul.
FX Couval
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