Au secours pardon de Frédéric Beigbeder



Critique

Note du livre Au secours pardon - Frédéric Beigbeder

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Au secours pardon - Frédéric Beigbeder



Frédéric Beigbeder a la grâce de toucher juste même quand il fait preuve de mauvaise foi. Ce qui ne le lave pas de ses nombreux pêchés. Implorant notre pitié dans Au Secours pardon, notre faux pénitent serait-il sur la voie de la rédemption ? A moins que son chemin de croix en Russie ait transformé l'(ex) Adolescent en Idiot ? Il fallait bien un encyclique de trois feuillets pour y répondre.
Frédéric Beigbeder est le genre de type capable de vous claquer la bise en boîte, bourré, vers quatre heures du matin, de vous ressortir la mauvaise blague que vous aviez faite sur sa barbe un an plus tôt, puis de vous refuser le lendemain une interview promise depuis dix jours. C’est comme ça. Mon ami Frédéric, ce n’est sans doute que de la littérature. Beigbeder n’est l’ami de personne, puisqu’un vrai mondain est par définition l’ami de tout le monde. Plutôt un grand frère paumé.

Le titre de son dernier roman, Au secours pardon, sonne comme le cri désespéré d’un petit délinquant chopé en flagrant délit, comme la prière d’une petite frappe qui n’assume pas ses actes. Mais ne nous y trompons pas : Celui qui implore ainsi notre pitié est tout sauf un humble pénitent. Plus que jamais, il se vautre dans le stupre et la luxure, de grands hôtels en clubs privés, adore Dior et le Veau d’Or. En l’occurrence : le sexe, la célébrité et l’argent.

Pour mieux en parler, l’auteur situe son histoire en Russie, pays (dont un affreux cliché veut qu’il soit celui) des putes blondes et de la vodka. Et cette fois, il se met dans la peau d’un « talent scout », un découvreur de mannequins professionnel. Jacques Braunstein, son « ami » journaliste chez « Technikart » et « Elle », a trouvé la formule qui tue : « Comme toujours, Beigbeder illustre ce qu’il dénonce, et sa dénonciation le rend encore plus illustre. ». Une marque de fabrique qui le priverait, selon certains, de toute crédibilité intellectuelle, artistique et politique, entre autres.

Du petit délinquant au grand escroc

Pas tout à fait vrai. Car Frédéric Beigbeder a le don (la grâce divine ?) de toucher juste, même lorsqu’il fait preuve d’une mauvaise foi digne d’un socialiste un soir de défaite électorale. Singeant cette fois-ci la littérature russe dans sa propension au lyrisme mélancolique échevelé, qui confine parfois à la niaiserie pure, notre écrivain de slogans publicitaires préféré semble plus grave, encore plus sincèrement déprimé qu’à l’accoutumée. Et ses digressions sur la situation socio-économique du pays, son histoire ou sa culture foisonnante font mouche. Touchant.

Seulement, en grandissant, les petits délinquants font les grands escrocs. Beigbeder est un petit malin timide devenu adulte, donc plus assuré, pragmatique et rusé. Il sait très bien ce qu’il fait, et il fait ce qu’il dit. Pas plus de folie en lui qu’en Nicolas Sarkozy. Aussi, pour dénoncer les affres du culte de la beauté, la toute-puissance du capital et l’obsession sexuelle globalisée, il a consciencieusement effectué une dizaine de séjours au pays des oligarques.

Résultat : à l’instar du regretté André Frossard, qui écrivit « Dieu existe, je l’ai rencontré », le personnage d’Octave (et double de l’auteur) affirme avoir rencontré le Très-Haut : « Dieu est une jeune fille russe aux seins neufs et au regard impérial. » Ou encore : « Jésus est une femme tchétchène ! » Allons bon. Tandis que l’auteur américaine Toni Bentley (Ma reddition) à trouvé Dieu au fond de son trou du cul, Frédéric Beigbeder Le reconnaît dans les nichons bourgeonnants d’une préadolescente. Concours de blasphème ?

Au secours pardon est pourtant bien un titre éminemment chrétien. Il en appelle à la miséricorde divine et à la rémission des péchés. Avec ce nouveau roman, comme toujours assez bon au début mais too much et bâclé à la fin (collecte industrielle de lait de femmes enceintes et de larmes de pucelles, attentat suicide), Frédéric Beigbeder opère une pseudo-tentative de conversion. Le problème, c’est qu’il semble ignorer la notion de repentir, condition sine qua non de l’absolution. Lui s’en tient à un aveu d’échec : « Je vous assure que j’ai failli devenir un type bien. »

Dommage, car nombreux sont ses lecteurs qui attendent de lui une véritable illumination. Comme il l’écrit lui-même : « C’est si simple de devenir une bête immonde quand on vampirise la candeur. » Trop facile, comme cette autre provocation : « Je refuse d’ouvrir le roman d’un écrivain qui pense à autre chose qu’à son propre plaisir ! ». On lui répond sans hésiter : « Nous refusons d’ouvrir le roman d’un écrivain qui fait mine de se préoccuper du sort de l’humanité, alors qu’il pense exclusivement à son propre plaisir ! » Courage, frère, la vie est dure mais elle est courte. Dépêche-toi de devenir un type bien.

Au secours pardon
Frédéric Beigbeder
Grasset, 318 pages, 19,90 euros.

Pascal Bories Le 25 June 2007
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