L'insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d'arguments pour se défendre. ”
Françoise Quoirez dite Sagan (pseudonyme choisi dans l’œuvre de Proust) est née dans une famille de la grande bourgeoisie. Elle vit une enfance épargnée par les pénuries de la Seconde Guerre mondiale.
Excessive
Elle est engagée en 1954 par le magazine
Elle pour effectuer des reportages de voyage en Italie, écrit à l'âge de dix-sept ans
Bonjour tristesse, ouvrage traitant du désir sexuel d'un point de vue féminin, qui séduit le public et la critique et suscite la polémique. Près de 850000 exemplaires seront vendus en tout, et de grandes plumes comme
François Mauriac font l'éloge de ce roman, toute nouvelle sensation littéraire de l'époque.
Désormais célèbre et fortunée, Françoise Sagan adopte un style de vie des plus décalés, suivant en quelque sorte le conseil de son père au sujet de ses revenus : "A ton âge c'est dangereux. Dépense-les !". Ses oeuvres s'inspirent de sa vie faite d'excès et menée à grande vitesse, et mettent en exergue l'ennui et la fuite dans l'alcool. Sagan aborde des sujets qui sont aujourd'hui définitivement associés à son oeuvre : la vie facile, les voitures rapides, les villas bourgeoises, l'oisiveté, tout cela étant toujours décrit à la fois avec cynisme et sensualité.
La jeune femme incarne ainsi une insolence et une fraîcheur qui ne pouvaient que choquer les étouffantes années 50.
Ses romans trouvant des échos dans les oeuvres de la Nouvelle vague, elle est souvent associée à ce mouvement. Tentée par la scène, elle s'est également essayé à quelques pièces de théâtre : Château en Suède, La Robe mauve de Valentine, L'Excès contraire...
Toxicité
Victime d'un grave accident de voiture en 1957, Sagan se retrouve en proie à de violentes douleurs, qu'elle soulage par l'alcool et les drogues. Elle suit un programme de désintoxication cette même année, une expérience qu'elle racontera dans le livre Toxiques.
A l'écart des querelles littéraires de son époque, et bénéficiant toutefois toujours d'un grand succès public, elle publie une cinquantaine de romans.
Engagée "à gauche" mais ne suivant aucun parti, elle prend position contre la guerre sous toutes ses formes, et signe notamment la "Déclaration sur les droits à l'insoumission dans la guerre d'Algérie". En 1974, elle signe également "le Manifeste des 343 femmes qui déclarent avoir avorté illégalement".
En 1985, au cours d'un voyage avec
François Mitterrand, avec lequel elle s'est liée d'amitié, elle fait un accident respiratoire. Dans les années qui suivent, ce sont divers scandales qui terniront peu à peu l'image glorieuse qu'elle reflétait plus jeune. Condamnée en justice dans le cadre de l'Affaire Elf, elle se retrouve ruinée, et doit, de plus, faire face à de graves problèmes de santé. Elle meurt le 24 septembre 2004 dans un hôpital de Honfleur. Quelques années auparavant, elle avait rédigé sa propre épitaphe : "
Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même."
Malgré le succès de ses oeuvres, Françoise Sagan n'a jamais reçu aucun
prix littéraire important. Françoise Sagan était avant tout un être vrai et libre. Elle restera dans l'histoire comme un personnage de roman, sans doute plus important que ses livres, un mythe dont la notoriété dépasse les frontières ; le totem d'une existence faite de liberté et d'insouciance.
En 2004, Diane Kurys lui consacre un film :
Sagan, avec
Sylvie Testud dans le rôle de la romancière. Cette sortie au cinéma donne l'occasion de nombreuses rééditions de son oeuvre.