Zéro faute : L'Orthographe, une passion française de François de Closets



Critique

Note du livre La passion du mauvais débat

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La passion du mauvais débat



Ce n'est pas que notre chroniqueur Myosotis en veuille personnellement à François de Closets, mais presque...
 
Cette fois-ci, et après le retour du poujado-sarkozysme d'il y a 3 ans, De Closets, en bon surfeur d'Enghien Les Bains, s'envole sur une triple lame porteuse dont la structure est la suivante :

1) conjoncturelle : c'est la rentrée des classes, une période à laquelle remontent à la surface les années d'école, les souvenirs de dictée, les traumatismes des parents, grands-parents et un fond de nostalgie par rapport à sa jeunesse envolée. Le coup marketing est bien senti et de bon aloi.

2) confessionnelle : Pennac a lancé le mouvement avec succès. La cancremania peut se poursuivre et est l'un des caractères les mieux partagés de la sympathie nationale. De Closets fera le boulot, qu'on se le dise, lui le gars brillant à lunettes, diplômé de Sciences Po, journaliste hors pair reconnu et longtemps pro du journalisme scientifique, était nul en orthographe au point que quelques professeurs alors qu'il n'était âgé que de 14 ans ont voulu lui interdire de faire des études supérieures. Vous n'y pensez pas. Il tient d'ailleurs en réserve un vieux bulletin scolaire qu'il brandit comme un totem et qui indique qu'il était nul en classe. Quel exemple pour la jeunesse...

3) tendancielle : L'orthographe est avec la gastronomie et le... voile islamique, un des sujets que les français affectionnent et auxquels ils adorent appliquer leur fameuse culture du débat, qui brasse de l'air et ne sert pas à grand chose. Là où De Closets est, comme toujours à côté de la plaque, c'est quand il lance une croisade contre ceux qui stigmatisent ceux qui font des fautes d'orthographe. A son époque, raconte-t-il, on était montré du doigt quand on était mauvais en dictée. Aujourd'hui, il y aurait une sorte de persécution organisée (des profs, des employeurs et j'en passe) contre les gens qui ne savent pas écrire correctement. Dans son fantasme, il oublie que la France a changé et que, par la force des choses, plus personne n'est harcelé parce qu'il écrit mal. Ceux qui ont souffert d'un zéro en dictée ces 5 dernières années sauront de quoi je parle : les profs de lettres surpréparent l'exercice et les zéros pointés sont devenus une norme partagée dont tout le monde se tamponne plus ou moins.

Si la première partie du livre (historique) est plutôt intéressante (De Closets refait l'histoire de l'orthographe et met en évidence, sous le contrôle de spécialistes, qu'ont toujours cohabité jusqu'au XIXème deux niveaux d'orthographe, une convention administrative très stricte et une orthographe "privée" plus relâchée), le penseur devient réellement intéressant quand il s'engage dans la partie proposition. Comme il ne peut pas proposer d'abandonner toutes les règles en vigueur (De Closets n'est pas un affreux punk), et qu'il est lui-même assez vieille France pour avoir intégré les règles de la grammaire et des conjugaisons, il suggère qu'on garde notre grammaire (la vraie difficulté de la langue française est là : lisez une rédaction d'un élève de 6ème et vous verrez que les conjugaisons lui sont plus difficiles que l'écriture des noms) et qu'on relâche la bride sur les noms et mots afin de leur donner une écriture rationnelle. Le 2ème "l" d'imbécillité devient son cheval de bataille. Il ajoute à son cocktail de modernité régressive l'usage intensif du correcteur orthographique (ortografik ?) pour palier les insuffisances (et pas aux insuffisances, bandes de c*). Ceux qui ont pu voir l'histrion (sans y) en spectacle sur les télés de France et de Navarre (le JT, le Grand Journal,...) ont pu voir que De Closets lui-même semblait embarrassé par sa propre proposition de réformes comme s'il en découvrait, en même temps qu'il causait, les incohérences et l'inconsistance.

Son autre idée force est que l'orthographe est avant tout une histoire de... mémoire visuelle et que cela désavantagerait les uns par rapport aux autres. Il ne lui vient pas à l'idée que s'il est une chose qui s'est accrue dans la jeunesse ces dernières années (sous le torrent d'images youtubesques, l'ère du portable, le tout câble, etc) c'est bien cette mémoire photographique. Pourquoi si l'orthographe est essentiellement un jeu de mémorisation des images d'écriture, les jeunes qui ont la mémoire plus aiguisée que les anciens n'ont-ils pas progressé en dictée ? Mystère....

Si tant est que ces questions aient un intérêt autre que saisonnier, pourquoi faudrait-il proner pour contrebalancer la normalisation "autoritaire" du XIXème siècle une autre réforme officielle ? De Closets ne l'appelle d'ailleurs pas de ses voeux et semble s'en remettre (c'est l'impression qu'il donne en plateau) à une sorte d'évolution irremédiable des choses et donc à un desserrement naturel du niveau de contraintes qui se fera avec le temps. Tout ça pour ça est-on tenté de conclure ? Un livre pour souhaiter qu'on réforme l'orthographe et qui conclut que c'est impossible ? Avec FDC, et malgré ses efforts, c'est évidemment Toujours Plus avec toujours moins de réflexion. S'il s'agissait simplement de lancer un débat, était-il besoin de faire un livre mi-figue, mi-chourave et de squatter l'antenne pour y arriver à demi.

A la question posée par Michel Denisot de savoir à quel sujet il s'attaquerait après celui-là, De Closets a répondu qu'il ne savait pas encore. Les sujets en tremblent encore. kom on di en SMS langage : LOL i conpren rin é nou non +.

Myosotis
Le 01 September 2009

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