Rock'n roll : Un portrait de Led Zeppelin de François Bon



Critique

Note du livre La littérature a ses riffs

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La littérature a ses riffs



L'auteur le plus rock'n roll de notre époque n'est pas un jeune ravagé pourvu d'une coiffure nihiliste rendue possible par l'avancée de la recherche en matière de gel fixant. Bien au contraire. Plus de vingt ans d'écriture, plus de vingt ans d'engagement. Avec ce Portrait de Led Zeppelin, François Bon achève la trilogie Rock'n'Roll, entamée en 2002 avec la biographie des Stones, et poursuivie avec celle de Bob Dylan (2007).
 
Dans Rock'n roll : Un portrait de Led Zeppelin, François Bon semble rester fidèle à la démarche suivie dans les biographies des Stones et de Dylan : on retrace le parcours de grandes figures de la musique, mais c'est bien de littérature qu'il s'agit. « Si la littérature a besoin des tambours du rock, c'est pour les vies qu'elle lui permet de dire, ou que le monde tel qu'il est nous force à dire (...) ».

L'ouvrage livre, à peu de choses près, les informations d'une simple biographie : histoire de la formation du groupe avec dates, rencontres, anecdotes. Dans cette œuvre ultra documentée - on croirait à chaque ligne qu'il y était - et parsemé de passages en VO qui en font toute la dynamique (du genre, en ouverture : « for the next three hours your mother wouldn't like it »), François Bon ne cherche cependant pas à retracer les aléas du groupe dans une chronologie triviale. Il faut lire, en filigrane dans ce texte qui semble parler musique surtout, le projet romanesque de l'écrivain - une autre partition : « Et pas de hasard dans la marche en avant : ce qui compte, avec Led Zeppelin, c'est ce mélange d'intention et d'improvisation. Pour lancer dans l'abîme ce matériau lourd, savoir à l'avance précisément l'endroit où on va le construire. Morceau long, cela veut dire narration ».

Icônes

Le Portrait porte bien son nom : page après page, l'écrivain fait revivre par le verbe - puissance stylistique - chaque membre du mythique Led Zep : John Bonham, dit Bonzo, batteur grandiose mais arraché, qui multiplie les frasques avec Richard Cole le manager, et finira « étouffé dans son vomi ». Jimmy Page, virtuose et « bosseur », avec son goût pour les sciences occultes, et plus tard, son addiction à l'héroïne. Robert Plant, qui impose sur scène corps et voix, « chemise ouverte et pantalon bas toison blonde ». John Paul Jones enfin, bassiste hyper-calé, qui se mettra raisonnablement à l'abri de la décadence que souvent suppose le succès. Un seul moment compte vraiment pour le biographe dans chacune de ces quatre existence : celui où la musique vient les envahir.

Hagiographie renversée, le livre de François Bon s'empare de quelques destinées fabuleuses et les rend fascinantes, comme le sont celles des plus grands écrivains - alors Flaubert et Rimbaud sont cités à plusieurs reprises. Il y a la gloire sur scène, les noms rendus immortels, mais derrière, il y a le vomi, les scandales, et perdre les pédales lorsqu'après les tournées édifiantes il faut revenir à la vie réelle. Ils sont dieux et ils sont hommes. Malgré les failles, ils font leur révolution, et c'est cette révolution que François Bon n'a de cesse de vouloir saisir : « Il n'y a pas de littérature rock. Il y a entrer, avec la littérature aussi, dans les principales secousses du monde, et chercher. Et tant pis si les fissures vous contaminent ».

François Bon, Rock'n Roll : un portrait de Led Leppelin, Albin Michel, septembre 2008.

Céline Ngi

Le 15 October 2008
- Toute les chroniques de la rentrée littéraire