Fluctuat : Un certain nombre de lecteurs français vous ont découvert l'année dernière avec Un homme changé. La dernière traduction d'un de vos romans remontait à Blue Angel, en 2001. Que s'est-il passé entre temps ? J'ai mis 5 ans à écrire
Un homme changé. Entre temps, j'ai aussi écrit plusieurs essais :
Caravaggio, le peintre des miracles et
Reading Like a writer (Ndrl : ces deux titres ne sont pas disponibles en français).
Vous êtes maintenant un écrivain à succès. Est-ce que vous vous souvenez du jour où vous êtes devenue un auteur de best-sellers ?
Ca s'est fait assez lentement et sur une très longue période, ce qui fait que je ne m'en suis pas vraiment aperçu, je crois... En fait, je me souviens de l'endroit où j'étais lorsque mon éditeur m'a appelé pour me dire que mon essai Reading Like A Writer était entré dans la liste des meilleures ventes du New York Times. Je descendais la 17ème rue et je lui répondais sur mon portable. Ce qui veut dire qu'en réalité, hé bien, je me souviens de ce moment....
Vous avez justement écrit cet essai (Reading Like A Writer) qui explique comment un écrivain lit, considère et décortique les livres des autres. Pouvez-vous y revenir ? Reading Like a Writer parle d'une technique qui consiste à ralentir son rythme de lecture, à lire chaque ligne mot à mot, et à apprendre à écrire en lisant les classiques. Je suis assez surprise qu'il n'ait pas été traduit en français car j'y parle de nombreux auteurs français et notamment de
Balzac et
Stendhal. Ce livre a même été un bestseller au Brésil !
L'éditeur français cite, sur la couverture, la proximité du roman avec Joan Didion et Carson McCullers. Ce sont des écrivains dont vous vous sentez proche ? Ce sont des écrivains auxquels je pensais en écrivant le livre. J'avais également en tête
Le Journal d'Anne Frank. D'ailleurs, je viens d'achever un livre qui parle du
Journal d'Anne Frank et qui doit sortir aux Etats Unis cet automne.
Vous faites référence directement au film Sueurs froides (Vertigo) dans le roman ainsi qu'à My Funny Valentine, la chanson de Chet Baker. Ce sont des œuvres d'art extérieures qui ont ainsi accompagné, voire stimulé l'écriture ? J'ai beaucoup pensé à Vertigo c'est vrai. C'est l'un de mes films préférés. Même chose pour My Funny Valentine. Le livre parle également du pouvoir qu'a l'art, la musique, la peinture pour ramener le passé ou l'enfouir, pour nous aider à vivre le futur, ou... ne pas nous y aider.
Margaret, l'aînée qui se noie, et Nico, sa jeune soeur, entretiennent des rapports assez ambigus d'amour et de rivalité. D'où vous est venue cette approche de deux personnalités contraires et qui se construisent ensemble dans la différence ? Pour ma part, j'ai juste un frère mais j'ai aussi deux fils et j'ai eu tout le temps d'observer comment fonctionnent les relations entre frères ou entre sœurs.
Il y a un contraste dans le livre entre la violence de la situation (la noyade, la mort, la souffrance) et le caractère paisible des réactions. Tout est très retenu dans les emotions, très interiorisé. Etait-ce une volonté de votre part de conserver cette douceur, d'éviter l'hystérie et l'outrance ?
Exactement. Je suis contente que vous ayez remarqué mes efforts.
On se demande évidemment en tant que lecteur si cette épreuve de la perte d'un enfant ou d'un être cher est quelque chose que vous avez éprouvé ou cotoyé....
Ma mère venait de mourir quand je me suis mise à écrire ce livre.
Enfin, On peut aussi lire les réactions des personnages en fonction de leur origine sociale. Ce sont des WASP, des intellectuels, artistes de la classe moyenne supérieure. Que pensez-vous de cette lecture ?
Les classes sociales ont une influence sur tout, non ?
Propos recueillis par Benjamin Berton