Julien Parme de Florian Zeller



Critique

Note du livre Julien Parme - Florian Zeller

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Julien Parme - Florian Zeller



Après la Fascination du Pire, je m'étais juré de ne pas relire de Florian Zeller, même pour rire ou dire du mal. J'avais trop souffert. Et pourtant, j'avais tort car Julien Parme, à défaut d'être un bon roman, est une lecture plus qu'intéressante pour comprendre ce qui ne marche pas chez l'écrivain Zeller.
Sur les forums : Florian Zeller et le roman réaliste

Tout est globalement ici une question de justesse et de... sensibilité. Julien Parme (pour le peintre Julien de Parme ou plus probablement un mélange de Julien Sorel et de la Chartreuse) est un petit enculé de fils à papa (à maman, en fait) de 15 ans qui veut devenir écrivain romantique et exprimer sa singularité dans la rebellion et l'affirmation de son amour pour une fille. Le livre raconte les aventures malheureuses et "extraordinaires" (en fait, pas trop) de Julien qui - - tombe amoureux d'une autre nana bourge (Mathilde - de la Mole ? - voir le Rouge et le Noir), la séduit, fugue, pique la carte bleue Mastercard Gold de son beau-père Français, blesse sa soeur dans un club hippique et puis retournera tout con chez lui à la fin du bouquin en espérant retrouver l'amour de sa mère.

La grande affaire du livre est de dire l'histoire du point de vue de l'ado rebelle et futur écrivain. Julien Parme est donc clairement un exercice de style dont Zeller se tire plutôt moins mal que d'habitude. Le ton Julien Parme est suffisamment crédible pour qu'on déroule le livre aussi facilement qu'on regarde un documentaire de Delarue ou une séquence de Strip Tease. Evidemment, il y a des erreurs de ton assez fréquentes (lorsque Zeller parle pour Julien de politique, par exemple) mais, dans l'ensemble, c'est bien joué car Zeller fait de son principal défaut (pauvreté des effets, des mots, des idées, du fond) une qualité pour ce qu'il a à dire (puisque le personnage est bidon). Le tour de passe-passe mérite les félicitations du jury et réussit à faire de Julien Parme un truc dont on va sans doute entendre parler comme "un témoignage très réussi sur l'adolescence, ses troubles, ses espoirs, ses élans etc" ou "un livre plein d'énergie et de fraîcheur qui montre que Zeller est un grand enfant". La promo lorgne déjà quant à elle vers l'Attrape-Coeurs, Vian & co car il y a une autoroute dans ce cadre là. En réalité, Julien Parme n'est pas mal parce qu'il se laisse lire et peut rappeler effectivement certaines situations que les gens ont vécu ou vivent. Il joue l'identification à outrance mais ne vaut guère plus. Ce qui dérange par delà le récit, c'est que

1) Zeller écrit pour, par et depuis sa classe sociale. Son adolescent est, si on se coupe de la sympathie qu'il inspire naturellement, un petit con comme on en rencontre uniquement dans les livres de l'Ecole de Versailles (Beigbeder, Rey & co), avec des problèmes de petit con et des aspirations de petit con : sorties en boîte, arrosage au champagne, virée en Italie,... Son modèle n'est en aucune façon générationnel et n'a aucune portée en dehors de son milieu.

2) L'histoire est globalement et partiellement pour cette même raison inintéressante : à titre personnel, je me fous complètement du mal-être des gosses de riches qui font du cheval, souffrent dans leur boîte à bac et fuguent entre le 17ème et le 14ème arrondissement pendant 48 heures. Zeller parle de familles recomposées où le seul trouble est que le beau-père aime l'opéra et pas le théâtre, est plus ou moins catho que le reste de la famille etc. Il y a donc un problème plus global (que ne lui reprochent pas ses lecteurs assidus) qui est : de quoi on parle et surtout qu'est-ce qu'on veut lire en tant que lecteur ?

3) Zeller n'a pas assez pensé le rapport écrit/parlé de sa langue pour réussir pleinement dans sa tentative de raconter depuis cet ado. J'y reviendrai en appui de l'extrait. Du coup, Julien Parme fait parfois toc, ce qui nuit à l'énergie que le roman dégage dans l'ensemble.

En bref, je pense qu'il vaut mieux lire Julien Parme que de consulter le blog de Florian Zeller (www) ou d'aller voir ses pièces. Tant quà faire tout de même, mieux vaut lire les témoignages rustiques d'une enfance d'autrefois par Guy Goffette : Un Eté autour du cou (2001) et une Enfance Lingère (mars 2006)

Julien Parme
Florian Zeller
Edition Flamarion
Sortie : 18 août 2006

Benjamin Berton Le 19 août 2006
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Sur le web : - Blog de Florian Zeller








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