Le juif et la métisse de Fabrice Pliskin




“Des chewing-gums, des chewing-gums, encore des chewing-gums. Sur le goudron, ils font des taches blanches ou couleur chair, les unes rondes, les autres difformes. Certaines sont plates, quelques-unes gonflent à la manière d'une pâte, d'autres commencent à s'écailler. Leur densité augmente par endroit selon les lois ivres d'une géographie opage. Ici, les chewing-gum s'espacent ; là, ils empiètent les uns sur les autres, jusqu'à s'amalgamer. Ils criblent la rue des Fontaines-du-Temple où le vent tourne les pages d'un magazine féminin abandonné. Ils maculent la rue Turbigo où, au numéro 59, une blédarde en djellaba prend le soleil, assise par terre au seuil d'un immeuble, les pieds nus, le visage momifié, les mains nervurées de henné, ses béquilles, l'une métallique, l'autre en bois, posées debout contre la façade, comme si Paris était son village natal.