Le juif et la métisse de Fabrice Pliskin



Critique

Note du livre La perversion du bien-pensant

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La perversion du bien-pensant



Le nouveau roman de Fabrice Pliskin, Le juif et la métisse, porte un titre qui ne trompe pas. Il y est bien question d'un Juif, David Lévy, homme moyen sûr de ses valeurs, et d'une métisse, Bintu, rencontrée dans d'étranges conditions, et avec laquelle il va vivre une histoire malsaine, aux limites de la perversion sexuelle.

Cette chronique est proposée par un lecteur dans le cadre de la rentrée littéraire des lecteurs.

L'homme de gauche

Un roman qui débute par la description du tragique destin des chewing-gums sur les trottoirs parisiens ne peut pas être si mauvais. Une entame qui augure à la perfection de la suite. La narration du quotidien d'un homme, père idéal, et de sa relation quasi amoureuse avec sa fille. Une idylle au sein de laquelle la mère n'a rien à dire, s'avouant elle-même inexistante, insipide. David Lévy est un homme de gauche, défenseur des droits de l'homme, universitaire spécialisé dans l'étude des génocides, chose qui ne semble avoir qu'une importance négligeable en regard des couches qu'il doit changer et du babillage indigent de sa progéniture. Les cent trente premières pages nous donnent à voir un quotidien rythmé par les promenades en poussette et l'admiration qu'il porte à ses enfants, puisque je crois avoir oublié de mentionner l'apparition d'un fils. Les années passent, les galettes des rois constituant le seul repère temporel.

Tout se passe pour le mieux jusqu'au jour où son voisin lui propose d'aller rencontrer à sa place sa fille, dont il ignorait l'existence. Bintu est une magnifique métisse, l'incarnation du fantasme du héros, cette image de la banlieue qu'il cultivait sans jamais y avoir été confronté. Une provinciale qu'il veut être une banlieusarde, qu'il veut coller à cette image qu'il se fait de l'étranger. Et c'est bien d'une étrangère dont il s'agit, si proche et si lointaine. David perd femmes, enfants, appartement cossu pour s'engager dans une relation perverse, basée sur le mensonge et un désir sexuel inavoué. Il fréquente les prostituées, ce qui ne présente aucun autre intérêt que celui de le dire.

Politiquement sexuel

Il est beaucoup question de communautés dans cet ouvrage. Avec une malheureuse propension à la caricature. Juifs, arabes, ensemble, cultivant le mépris et l'absence de dialogues. Personnages secondaires manichéens. Le roman passe alors d'une chronique insipide de la vie d'un père formidable à une critique politique qui ne veut pas s'avouer telle. La description de la perte de l'identité au profit d'une appartenance sociale ou culturelle supposée supérieure est assez finement décrite.

A peine a-t-il rencontré Bintu que David s'enfonce dans une pleurnicherie et une soumission parfaitement assumées, embrassant enfin le statut de victime qu'il semblait revendiquer. Le roman évolue au fil de leur relation vers un croisement improbable entre Houellebecq (une chronique de l'âge moyen) et le Vollmann de La Famille royale (le sexuel et le trash, sans le mysticisme). Une partie qui aurait peut-être méritée l'utilisation d'un peu plus d'humour. La chute est vertigineuse, les interactions du couple de plus en plus malsaines, entre chantages pécuniaires et une sexualité explorant les limites de l'acte. Jusqu'au dénouement, qui me paraît un peu convenu, à l'exception d'un dernier rebondissement en points de suspension.

Un roman, enfin, qui n'est pas mauvais même s'il n'est jamais vraiment parvenu à m'exalter. L'auteur a du style, un sens certain de la formule mais il est à craindre qu'en tant que symbole d'une époque, il ne lui survive pas. Trop ancré dans un instantané de la société pour s'inscrire durablement dans notre inconscient. Il me reste cette impression d'un roman écrit dans la hâte : une séquelle du récent bouleversement politique dont nous avons été témoins. Manque un souffle, manque cette sensation de grand huit. Un roman trop propre, comme un paysage de bord d'autoroute. Une œuvre qui mériterait des carcasses brûlées, des arbres morts et des ordures sur le bas-côté. Lisez-le pour la première partie, plus anodine et d'autant plus précieuse.

Jarno Bourreau

Le 14 July 2008

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