Le onzième volume des Rougon-Macquart, publié en 1883, surprend en premier lieu par un phénomène assez inhabituel chez
Emile Zola : il se termine bien. La jeune et honnête Denise se marie avec le directeur du magasin, qui, à son contact, devient humaniste et semble prêt à vouloir assurer le bonheur de son personnel. C'est aussi que Zola prend très nettement parti pour le grand magasin face aux petits commerces. Ceux-ci semblent voués à une extinction certaine. Le « Bonheur des Dames » apparaît comme l'inéluctable évolution. Il en dénonce certes les excès, mais il y voit malgré tout un facteur d'amélioration générale, tant pour la clientèle que pour les employés. On est loin du tableau pessimiste et presque apocalyptique que l'on trouvera bientôt dans Germinal. Ici, productivité et développement ne provoquent pas le malheur des « petits », mais bien au contraire tend à leur rendre la vie meilleure. Au bonheur des Dames est encore une fois le fruit d'un travail documentaire détaillé de la part de l'auteur. La maison d'Octave Mouret s'inspire de deux grands magasins dans lesquels il a pris une foule de note, Le bon marché et le Louvre, et semble prendre vie sous les yeux du lecteur, tel une ruche à l'organisation huilée, qui engloutit vendeuses et consommatrices et déverse les marchandises à travers tout Paris.
Le 24 janvier 2008