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Elisabeth Roudinesco analyse dans son dernier livre cette situation. Elle expose méthodiquement les différentes critiques formulées à l'encontre de la psychanalyse par les promoteurs de l'homme « neuronal » et pointe les failles de leur système de pensée et leurs mythes sous-jacents. Elle tente ainsi de montrer en quoi l'idée d'un homme purement biochimique mène à une impasse thérapeutique et ontologique. L'engouement pour les diverses « pilules du bonheur » et « thérapies brèves » s'appuie selon elle sur une approche clinique centrée autour de la dépression, portée comme la maladie de notre époque ; ainsi tout devient dépression et la solution réside soudain dans l'arsenal de psychotropes ( découverts dans les années cinquante ) agissant sur l'anxiété. La psychanalyse est une découverte qui surgit en Europe au sein d'une évolution médicale et psychiatrique particulière. L'Histoire, à travers la montée des régimes totalitaires fascistes, a fait qu'elle s'est exportée outre-Atlantique - événement que Roudinesco analyse à la fois comme sa sauvegarde et sa perte. Elle s'y est en effet confrontée de plein fouet à un modèle culturel prônant l'épanouissement personnel, au risque de ne pouvoir laisser place à la composante tragique de l'homme - l'on retrouve à la base de la civilisation européenne, aussi bien dans la mythologie, la religion, la philosophie. Aussi Freud et sa théorie gênent en mettant cette négativité au cœur de toute compréhension préalable de la dimension du Sujet ; la psychanalyse se heurte ainsi à la conception de l'American way of life, cette conception ne pouvant supporter l'idée que l'origine de tout mal (mal-être ou maladie) ne soit réductible à un objet - au lieu du sujet dans sa totalité. Objet, qui alors nommé gêne, traumatisme ou neurone, pourrait être isolé pour être enfin réparé, corrigé, supprimé. Roudinesco aborde également la situation de la France en retraçant l'histoire de l'arrivée et du développement de la psychanalyse, et explique comment celle-ci a su trouver dans ce pays un essor qui en fait encore aujourd'hui une référence dans de nombreux domaines.
Ce livre a au moins un double intérêt. Celui de montrer qu'en matière de psychanalyse une réflexion continue de se faire ; il souligne par là même combien la psychanalyse reste d'actualité et féconde dans ses applications. Celui également de faire le point sur le discours anti-psychanalytique en le remettant dans son contexte et en en analysant les raisons. On regrettera simplement qu'Elisabeth Roudinesco donne parfois le sentiment d'être partie dans une croisade anti-cognitiviste pas toujours très éloignée d'un certain manichéisme. Certains chapitres sont également des reprises synthétiques d'ouvrages antérieurs de l'auteur qui, au-delà de leur finesse d'analyse et de leur pertinence, peuvent faire redite. Il reste que c'est un livre que l'on lit avec beaucoup d'intérêt et qui sera très instructif pour toute personne - néophyte ou expérimentée - désireuse de mieux comprendre le débat actuel dont il porte le titre.
François Grünspan
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