Génération X de Douglas Coupland



Critique

Note du livre Génération X : Fin de partie

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Génération X : Fin de partie



Douglas Coupland a connu avec son premier roman Génération X (sous titré, ce qu'on oublie tout le temps, "Tales for an accelerated culture"), publié en 1989, un succès immédiat et incommensurable. Le roman deviendra culte pour toute une génération de trentenaires désenchantés.
L'idée du roman est venue d'une collaboration avec le dessinateur de BD Paul Leroche publiée en feuilleton dans le Vancouver Magazine. La série se proposait de fournir un guide de lecture de la "Génération X", sorte de manuel réaliste et de commentaires d'une société en voie de Yuppisation. L'histoire veut que Coupland sur cette bonne aubaine journalistique, traitée par dessus la jambe dans un premier temps et à des fins strictement alimentaires, ait eu une sorte de révélation, qu'il ait déménagé en Californie et soit ressorti quelques mois plus tard avec le texte de son premier roman. Immédiatement déclaré "porte parole de sa génération" par la presse américaine, Coupland dément avec une modestie et une nonchalance qui assied son rayonnement : "I speak for myself, not for a generation. I never have." Le mot, passé pour l'affirmation d'une non- ambition, a paru à l'époque résumer la philosophie d'une jeunesse insouciante, fer de lance des élites néo libérales et, pourtant chaînon manquant entre l'esprit baba cool des sixties et le réalisme désenchanté des années 90.

C'est à Génération X qu'on doit l'apparition en forme de squelette littéraire, entre la fiction et l'art pop, de romans parfois qualifiés de "sous-merdes publicitaires" par la critique classique ("le Journal de Bridget Jones" en est un lointain cousin au même titre que pas mal de séries TV comme Friends, Sex and the City, etc.). Le livre est encadré par des têtes de chapitre politiques à caractère vaguement situationniste (du type "je ne suis pas un cour de cible", "acheter n'est pas créer", "l'aventure sans risques c'est à Disneyland", ou encore "les célébrités meurent aussi") mais se résume à une évocation du quotidien de trois personnes, deux mecs et une fille, qui vivent paisiblement, normalement, et se croisent de temps à autre dans les bars à cocktail de Palm Springs.

Coupland y fait le portrait d'une classe d'âge jamais réellement décrite avant lui, typiquement américaine, issue des classes moyennes (c'est l'une de ses différences avec Ellis) qui vit sans grandes illusions, désorientée mais sans angoisse entre le traumatisme saoulant du Vietnam, des velléités écolos et une quête du bonheur quotidien. Le roman est 100 % anecdotique, respire la bonne humeur mais fait surtout frémir par la difficulté qu'ont les personnages à organiser leur existence dans une direction qui ne soit pas absurde. Coupland égale parfois Nicholson Baker dans la description des aspirations et des activités quotidiennes de ses anti- héros. Il leur ajoute cette dégaine adolescente qu'on retrouvera dans les années 90 chez les "slackers" de Seattle. La tendresse marie toujours la révolte, permanente mais jamais assez forte pour déclencher une insurrection ou ne serait-ce qu'une action d'envergure. L'angélisme et le jenfoutisme des jeunes les rend totalement impuissants devant la réalité. Chez Coupland, la direction n'est jamais indiquée et les personnages passent leur temps à se chercher.

Coupland avec Génération X ressuscite le mouvement pop. Les illustrations de Génération X rappellent immanquablement Liechstenstein. Le corps de texte est ravagé par des notes qui définissent le vocabulaire d'une nouvelle langue parlée par des "planétomanes" ("sous groupe jeune branché sur le végétarisme, les accoutrements psychédéliques, les drogues douces et les bonnes chaînes stéréo. Des sérieux qui manquent d'humour.") des "catogan ramollos" ("membre de la génération baby boom, d'âge mûr, fatigué par la vie et nostalgique des temps hippies d'avant la fatigue") et de "geeks" (les freaks dingues de micro informatique). Avec le recul, "Génération X" tient encore la route et reste toujours d'actualité dans une France partagée entre ses "queers", ses "squares" et ses "bobos". Cela donne des passages du style : "Se désaper. Parler tout seul. Regarder le paysage. Se masturber. Se prendre à poil au Polaroïd. Faire un tas d'ordures et de débris. Exploser ce tas d'ordures à la carabine." ou encore ça "Dag prétend être une lesbienne coincée dans un corps d'homme. Essayez de comprendre ça. A le regarder fumer une cigarette filtre dans le désert, la sueur qui s'évapore sur le visage aussi vite qu'elle se forme, tandis que Claire agace les chiens avec des morceaux de poulet derrière le hayon de la Saab, impossible d'échapper à ces visions de photos Kodak décolorées d'il y a cinquante ans qu'on trouve aujourd'hui dans les boîtes à chaussures au fond des greniers." Enorme donc et qui situe d'emblée Coupland comme le rival le plus sérieux d'Ellis qui deux ans plus tard assommera la concurrence avec son American Psycho (1991).

Myosotis

Le 17 février 2005







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