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Après un Girlfriend dans le Coma en demi-teinte et reçu comme tel par la critique, Douglas Coupland revient avec Hey, Nostradamus !, sixième roman enfin traduit en France. A la fois mélancolique et impitoyable, le Canadien y pratique provocation et autodérision, auscultant avec ironie les actes (et en l'occurrence, celui d'écrire des livres) qui tentent de racheter les tragédies de l'existence. Un exercice de littérature-pop, un brin morbide, dont les accents mystiques, mais également pathétiques, vont encore en déstabiliser plus d'un. Rencontre, et chronique.

Si nous devions comparer votre premier roman, Génération X et Hey, Nostradamus !, pourrions-nous dire que "Gen X" illustrait le point de vue optimiste d'un jeune auteur encore naïf et Hey, Nostradamus !, symboliserait plutôt la fin de l'innocence ?
J'étais certainement naïf quand j'écrivais Génération X. Je suis devenue un peu plus méfiant envers l'humanité. Cependant, je reviens sur ces acquis aujourd'hui. J'ai perdu un peu de confiance mais j'en ai aussi gagné.
Dans votre esprit, est-ce que l'histoire de Hey, Nostradamus !, en plus de faire référence à la tragédie de Colombine, est-elle liée au 11 septembre 2001 ?
C'est difficile. En fait, je n'ai pas consciemment planifié d'écrire sur le 11 septembre déclare le canadien, mais cet événement est comme une tache d'encre dans une machine à laver, il colore tous le reste. Donc quelque part, c'est certain, c'est un sujet qui s'inscrit en filigrane dans Hey, Nostradamus !, surtout que j'en ai commencé le rédaction trois mois après.
Hey, Nostradamus ! est donc inspiré du massacre de Colombine en 1999, qu'avez-vous ressenti quand vous avez entendu parler de cette histoire au premier abord ?
J'avais coutume de penser que quoiqu'il arrive dans votre vie, vous pouvez toujours devenir la personne que vous avez choisi de devenir. Je ne le pense plus aujourd'hui, même si cela me désespère. La vie de famille rajoute des taches d'encres dans la machine. Les taches restent à tout jamais.
Est-ce un nouveau symbole de la "fin de l'innocence" pour l'Amérique, comme ont pu le dire certains observateurs ?
C'est vraiment trop drôle. J'ai 43 ans et toute ma vie j'ai entendu les européens parler de choses comme "La Fin de l'innocence". Ou, "La fin du rêve américain". C'est une question qui ne veut vraiment rien dire. Essayer d'y répondre implique une liste de suppositions si complexe et si longue que vous finissez par vous perdre sans obtenir la moindre réponses perspicace.

La foi est un mot qui revient souvent chez moi. J'y pense tous les jours. Beaucoup plus que la plupart des gens et pour beaucoup de raisons différentes. Mais je ne le contrôle pas, cela me vient juste à l'esprit, étrangement.
Pensez-vous que la foi soit une réponse aux évènements comme le 11 septembre, ou les massacres dans les collèges américains ?
Non. Je pense que la foi n'est pas une réponse adéquate pour des tragédies comme celles de Colombine. Au contraire, elle en est bien souvent la cause sous-jacente de ces évènements. La foi est une manière de travestir nos sentiments.
Comment expliquez vous cette aspiration à l'apocalypse qui semble une des constante de la culture occidentale ?
Quelque chose qui prend feu peut se réveler très joli à la télévision. Une vraie voiture qui brûle devant vous, le sera moins. C'est réducteur, mais vrai, je pense.
Et la fascination pour les crimes de masse et les serials killers ?
Je n'ai pas celle-là. Comme je ne partage pas la fascination pour la musique country & western music ou la musique trance.
En conclusion, vous considérez vous plutôt optimiste ou pessimiste face au monde tel qu'il est aujourd'hui ?
Je crée actuellement une série TV où j'invente une nouvelle fin du monde chaque semaine. Et chaque semaine, les six protagonistes doivent apprendre quelque chose qu'ils pourront employer pour changer leur manière d'exister. Ainsi je pense donc que je suis tout de même un optimiste finalement.
NOTE : outre ses explorations artistiques, Douglas Coupland travaille actuellement sur le scénario d'un film de fiction. Depuis Hey, Nostradamus !, le canadien a publié deux romans non traduits, Eleanor Rigby où il explore les thèmes de la filiation et de la perte et Jpod sur l'univers des gamers.
Lire aussi : la chronique de Hey Nostradamus !, le dossier Coupland, et la note sur Douglas, l'artiste.
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