J'attends l'extinction des Feux de Dominique Fabre




Mottes de terre. C'étaient des bagarres à n'en plus finir avec lui. On se jetait des mottes de terre. Lui et moi on ne se croisait jamais par hasard, on connaissait tout de nos vies. Dès que les devoirs étaient terminés, on avait champ libre pour se bagarrer.

- Salut, ça va ?

- Ouais, ça va ? T'as fini tes devoirs ?

- J'ai rien compris, est-ce que tu pourrais m'aider ?

On avançait sur la route goudronnée toute noire vers le village, sans avoir besoin de se le dire. À hauteur du chien corniaud, moi qui en avais peur je marchais derrière lui, pour qu'il me fasse rempart. Le chien ne bougeait pas. Il avait en tête ses rêves de chien et des cauchemars qui le laissaient complètement laminé, avec ses oreilles cassées en deux comme un vieux mouchoir. D'autres fois il démarrait, et il aboyait en tirant sur le bout de sa longue chaîne, de vingt mètres je dirais. Oh putain. Au bout de la chaîne, il nous avait loupés de peu, il hurlait un bon coup histoire de réveiller les morts du cimetière du bas, qui était trop petit et déjà bien occupé. Les nouveaux morts, il fallait leur trouver une place ailleurs, dans le village du haut, ils y resteraient une centaine d'années environ, et nous aussi, si on ne partait pas de là. Un jour, ce chien m'avait mordu.