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Le temps du rêve
Un voile de tristesse résignée recouvre ces nouvelles. Et pour cause : les thèmes explorés sont résolument sombres. On a déjà mentionné l'attente interminable ; reste la froideur d'une mère, les crises de folie du dimanche, les départs repoussés, la solitude. Cela laisse présager peu d'éclaircies, mais contrairement à beaucoup de textes actuels, ceux-ci échappent au misérabilisme, parce que le ton sonne juste. Le narrateur, voix de la totalité des nouvelles, s'abstient de tout jugement de valeur, et dans ces textes cela donne l'impression qu'il s'agit d'une forme de respect, pour les personnages, et pour le lecteur.
De l'internat à la grande maison carrée, des bords de la Seine aux gares de banlieue, il nous promène dans ses souvenirs. Pour lui, il s'agit que le temps... se passe. Peu d'actions, donc. Peu d'évènements : même les occasionnelles sorties de sa mère avec des hommes mariés semblent se répéter à l'identique. Peu de personnages, et surtout, peu de détails sur les personnages, esquissés à partir de quelques instants de la vie du narrateur. On ignore donc presque tout de leurs sentiments, de leur vie lorsqu'il n'est pas là. Les suppositions que l'on peut faire reposent sur quelques mots seulement. Les lieux eux-mêmes sont parcellaires. Un petit bout de quai de gare, une cuisine dans un appartement, le perron d'une maison... Rien d'étonnant à ce que l'on passe autant de temps à rêvasser qu'à lire.
Flou stylistique
Alors quoi ? Que raconte le narrateur ? Presque rien. Et pourtant ce « presque rien » réussit à vivre dans l'esprit du lecteur, et reste présent une fois le livre refermé. Avec en prime un curieux paradoxe : c'est un livre dont on se souvient avec un plus grand plaisir qu'on en a éprouvé lors de sa lecture. Ce n'est pas que les situations soient décrites de manière imprécise ou floue - même si le narrateur déclare être myope -, c'est qu'il manque toujours quelque chose pour que se forme une image complète.
A quelques pages d'intervalle, les scènes se suivent et se ressemblent, s'interrompent avant que le lecteur ne puisse se les imaginer, reprennent presque à l'identique, etc. « Les trains marchent lentement par là-bas. Les gares y sont très proches l'une de l'autre, ils ont du mal à gagner en vitesse, ils ne démarrent jamais vraiment. » Et l'auteur de réussir son pari : nous faire sentir, sentir plutôt que penser, ce que cela fait, d'attendre.
Dominique Fabre, J'attends l'extinction des feux, Fayard, août 2008.
Elobru
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