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Chaque volontaire semble retrouver force, courage et estime de soi. Malheureusement, cela s'accompagne d'incontrôlables effets secondaires sur le timide Casper Padrack qui va perdre tout sens commun, devenant par là même, égocentrique, manipulateur et faisant preuve d'un total manque d'empathie. Arrivé à la fin de l'expérience, celui-ci exigera de connaître la recette du bon docteur et, dans un accès de rage meurtrière, se vengera cruellement sur la famille de l'infortuné et de façon plus extrême encore sur sa collègue. Friedrich découvrira alors qu'à force de vouloir à tout prix protéger les autres du malheur, on finit par le provoquer de façon plus grave encore.
Famille, je vous hais
Saga familiale s'étendant six décennies et trois générations, racontée par différents membres de la famille Friedrich et son entourage, Le remède et le poison est un curieux bouquin. L'évènement qui lie la famille Friedrich, Will, Nora et leurs quatre enfants, est un drame et même un traumatisme, qui hantera ces personnages et aura des répercussions sur le restant de leurs existences. Mais le destin n'est pas tout, et l'ambition du chef de famille, tout d'abord assistant psychologue, puis neuro-psycho-pharmacologiste, jette également une ombre sur leur histoire individuelle. En voulant provoquer le bien-être de ses contemporains à tout prix, Friedrich et sa collaboratrice n'ont-ils pas voulu jouer au Docteur Frankenstein ?
A trop vouloir ménager la chèvre et le choux, son couple et sa carrière, la vie de famille et la promotion professionnelle, le docteur va provoquer la haine de ses enfants, ou tout du moins leur incompréhension. En ce sens, Le remède et le poison est à l'image de son titre ambigu, un roman ambivalent qui se veut une réflexion métaphorique sur les paradoxes de la vie de famille, un lieu où nous vivons généralement des événements marquants et forts mais qui comporte son lot d'aléas, de heurts, ses moments de joie profonde et uniques, mais aussi ses passages à vide, ses gouffres d'ennui, où les valeurs des uns se trouvent éternellement bornées par celles des autres.
Demi-teintes
A la fois autobiographie déguisée (le père de Wittenborn était psychologue) - et donc règlement de comptes familiale, peinture goguenarde d'une Amérique éternellement au bord de la crise de nerfs, et attaque en règle contre l'abus des "médications de confort" que l'on finit par confondre avec les drogues illicites (et vice versa), on se demande parfois où Le Remède et le poison veut vraiment nous emmener. Si Wittenborn ne manque pas de conviction, il lui arrive simplement de se perdre en chemin. S'engageant sur la voix du thriller scientifique puis du roman de moeurs familiale, en passant par la description individuelle de la vie de chaque protagoniste, l'auteur ne nous épargne pas quelques longueurs. Ce qui est dommage car son portrait des banlieues du milieu des années 50 et de ses classes moyennes est plutôt plaisant, souvent très juste et toujours drôle, mais peut-être pas assez féroce finalement.
Le lecteur qui s'attend à une épopée à la Ken Kesey, à un grand récit délirants sous stupéfiants, genre auquel nous ont habitué les Hunter S. Thompson (Las Vegas parano), Tom Wolfe (Acid test) ou Tom Robbins (Même les cowgirls ont du vague à l'âme) sera peut-être déçu de se retrouver face à un récit très sage, plus proche des gentilles élucubrations d'un John Irving. Pas mièvre - loin de là, mais pas dingo non plus. Même dans son exposition sans concession de la vie de la famille Friedrich, Wittenborn n'ose pas dépasser les bornes. Il y avait pourtant à faire avec cette fratrie rendu parano par un drame bien plus terrible que ne le laisse présager l'auteur. Pas un poison donc, ce roman, mais pas vraiment un remède non plus.
Maxence Grugier
Dirk Wittenborn, Le Remède et le poison, Editions du Seuil, 2009
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