Bambipark de David Di Nota



Critique

Note du livre Guerres sans paix

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Guerres sans paix



Après J'ai épousé un Casque bleu, roman remarqué dans lequel il revenait sur le rôle (absurde) des Casques bleus en Bosnie, David Di Nota poursuit son enquête sur le conflit de l'Ex-Yougoslavie dans Bambipark, son nouveau roman.
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Entre le roman initiatique et le documentaire, Bambipark retrace le voyage en Serbie d'un écrivain, dont le but initial est de visiter un parc pour enfants construit... par le fils de Milosevic pendant la guerre de 1999. Arrivé sur place, l'auteur-narrateur, comme un Candide avide de vérité, va à la rencontre des Serbes - militaires et civils - et leur demande leur vision des choses. Les témoignages, insérés dans le texte, ne font qu'étayer la théorie de l'auteur : « Nous allons assister au plus grand carnaval humanitaire de l'Histoire parce que c'est encore la meilleure façon de faire une guerre comme si de rien n'était. » En dépit de leur grande promotion de la paix, les forces internationales n'ont en effet ni contribué à modérer le conflit - allant jusqu'à assister passivement au massacre de Srebrenica - ni œuvrer pour la reconstruction du pays après coup. Pire, elles permettent de justifier ces « vraies fausses guerres européennes » dans lesquelles chaque pays censé arbitrer le conflit ne recherche encore que son propre intérêt.

Mais au-delà des absurdes prétentions universelles et trop kantiennes des institutions internationales, Di Nota dénonce avant tout l'incapacité des sociétés contemporaines à regarder en face le « tragique » qui les habite. Et quel meilleur moyen que la littérature pour ré-exploiter, en l'actualisant, la notion de tragique ? L'auteur de Bambipark fait d'ailleurs appel à Corneille, maître du genre, et lui pose la question suivante : « comment concilier héroïsme et raison d'Etat, s'il devait apparaître que la moralisation de l'Etat est un leurre ? ». La pièce de théâtre qui suit le roman, Têtes subtiles et têtes coupées, est elle aussi à lire comme l'actualisation d'une grande tragédie politique : « Antigone est de retour, elle travaille comme procureur à la Haye. Son but est de faire en sorte que les victimes de Srebrenica soient enterrées dans la dignité. » L'Histoire se répète sans cesse, avec ses guerres irrésolues et ses massacres impunis, et Di Nota, non sans distance et humour, pointe du doigt « notre petite époque éprise de Justice internationale », incapable cependant de tirer leçon des erreurs passées.

David Di Nota, Bambipark suivi de Têtes subtiles et têtes coupées, Gallimard, 2009.

Céline Ngi

Le 03 mars 2009

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