Faites-nous la bise de Daniel Woodrell



Critique

Note du livre Daniel Woodrell embrasse le roman noir rural

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Daniel Woodrell embrasse le roman noir rural



Ceux à qui la nature parle, ceux qui apprécient par exemple les paysages désolés filmés par les frères Cohen et décrit par Cormac McCarthy, les contrées sauvages de Jim Harrison et le sud profond de James Lee Burke, ne resteront pas indifférent à la lecture de Faites-nous la bise , dernier roman de l'américain Daniel Woodrell paru en poche chez Rivages/noir ce mois. Après le turbulent La fille aux cheveux rouges tomate et le grinçant Sous la lumière cruelle, Woodrell part à la rencontre de ses racines campagnardes à travers se "roman noir rural" truculent et quasiment autobiographique.

A travers l'histoire classique d'une vendetta générationnelle vue par un des membres les mieux lotis du clan, Doyle - l'écrivain de la famille, Faites-nous la bise brosse avec tendresse et ironie la saga d'une famille originaire des Ozark, terre rocailleuse et inhospitalière du Sud profond des Etats-Unis.

"Trois petites secousses"

"Trois petites secousses" : c'est ce qui valut aux Redmond de se voir déchue de leurs terres et de perdre ainsi fortune et considération. Trois petites pressions des doigts du grand-père "Panda", sur la gâchette d'un revolver un jour de marché, et ç'en était fait du destin de toute une lignée de Redmond. Privée de sa propriété pour rembourser les frais de justice, la tribu est condamné à appartenir pour la postérité à la caste des petits blancs pauvres, ceux que l'on nomme white trash aujourd'hui, Hillbillies hier, et de se faire un paquet d'irréductible ennemis connus sous le nom de "Clan Dolly".

Doyle, le plus jeune des frères Redmond, a beau s'être éloigné de cette lourde hérédité en publiant des romans, il semblerait que l'on ne badine pas avec la tradition familiale puisqu'il est question ici d'un pactole en cannabis, dûment cultivé par son frère "Smoke" (ça ne s'invente pas), surveillé par la troublante Niagra (un brin allumeuse, mi-sorcière, mi-starlette, mais tellement touchante) et bien évidemment convoité par les méchants Dolly.

Par delà l'hymne au mal-nés et aux abandonnés qui ne plient pas devant la loi, aux derniers rebelles qui n'ont de toute façon, plus rien à perdre, Woodrell élabore un univers enchanté où archaïsmes et superstitions côtoient tant bien que mal progrès et civilisation. Qualifié de "vieille âme" par une hippie des bois, Doyle entend des voix et se sait habité par les multiples incarnations de ses vies précédentes, qui toutes interviennent de façon plus ou moins directe dans sa vie. En ce sens ce Faites-nous la bise au style à la fois âpre et poétique tient autant du roman noir que du conte fantastique.

Maxence Grugier

Maxence Grugier Le 15 février 2008