La Tête de Pancho Villa de Craig McDonald



Critique

Note du livre Têtes de lard !

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Têtes de lard !



Avec La Tête de Pancho Villa, son premier roman, le journaliste américain Craig McDonald s'impose comme l'héritier improbable de James Crumley et de Jim Harrison, qu'on aurait réunis dans un film de Samuel Fuller avec James Ellroy au scénario. Un drôle de livre, et un livre très drôle, qui bouscule le genre noir et récatualisent les intrigues surannées du roman feuilleton du 19ème.
Dés les premières lignes, Craig McDonald va droit au but : Son roman sera "rough", comprendre, dur et direct comme une balle logé droit au milieu du front ! Roman de "tough guys" (les " durs " en VF), La Tête de Pancho Villa évoque une époque ou les hommes n'avaient pas froids au yeux (une époque où "les hommes étaient des hommes" comme aime à la souligner l'auteur en proposant pas moins de cinq citations viriles en introduction, de James Ellroy à ... George Bush !) et de fait, ce livre se situe quelque part entre le western et le polar hard-boiled.
Du premier, il cultive le décor qui respire, le goût des grands espaces du sud des Etats-Unis, les déserts, la végétation et l'écosystème sans merci. Du second, il a la teinte irrémédiablement noire, le goût des intrigues torturées et sans concession. On glissera donc ce roman entre James Crumley et Jim Harrison, pour la fine bouche et la descendance de "mecs qui en ont", les têtes de lards, un rien anar qui fricotent toujours avec la wild side de la vie. Mais La Tête de Pancho Villa est aussi teinté d'une touche fantastique et de beaucoup d'humour teigneux, quand son auteur, membre de la société des Mystery Writers of America, éprise des récits ombrageux et morbide d'Edgar Allan Poe, se laisse aller aux exagérations des écrivains de romans feuilletons du 19ème.

Une intrigue à en perdre la tête
La Tête de Pancho Villa est l'occasion de faire connaissance avec Hector Lassiter, écrivain sur le retour, baroudeur de tous les combats, ex-engagé dans les tranchés de la première guerre mondiale et pas en reste durant la seconde, amant de Marlene Dietrich, ami d'Hemingway et grand amateur de cuites mémorables. Un personnage haut en couleur que nous découvrons dés les premières pages du roman en partance pour le tournage de La Soif du mal d'Orson Wells. Attablé dans une cantina au sud de la frontière mexicaine, Lassiter se trouve en compagnie de Bud Fiske, journaliste, poète, remplissant également la fonction de biographe, et de Bill Wade, son ami trafiquant en tout genre. Les trois hommes sont en possession de la tête de Doroteo Arango, alias Pancho Villa, le fameux bandit assassiné sur les ordres du gouvernement des Etats-Unis au début du siècle dernier.

Nous sommes dans les années 50 et l'aura de Villa est encore très présente au nord comme au sud de la frontière : sa tête vaut, selon certains, des millions, pour d'obscures raisons plus ou moins valables/avouables selon le camp auquel vous appartenez. Après une escarmouche introductive et maints échanges de coups, le lecteur se trouvez rapidement plongé dans une intrigue délirante, mélange de roman noir, de fantastique et de... Bob Morane ! Poursuivis par la CIA, le FBI de Hoover, d'aussi nombreuses que stupides émanations de société secrète, des mexicains patriotes et des politicards revanchards, sans oublier une femme fatale bien sûr, Hector et Bud vont devoir garder la tête de Pancho sur les épaules et faire les bons choix, pour sauver la leur !

Jack Kerouac chez Orson Wells
Vous l'aurez compris, il ne faut pas vraiment prendre ce premier roman rigolard au sérieux. Aussi bourré d'hommages soit-il (sont cités Ernest Hemingway, Graham Green, Ira Lewis, Elia Kazan et Orson Wells), La Tête de Pancho Villa est aussi extrêmement irrévérencieux. Bourré d'humour de mauvais goût, de scènes dignes d'un film de Robert Rodriguez (Une Nuit en enfer, Perdita Durango, Planète Terreur...), de détails macabres, de bagarres que n'auraient reniées ni John Wayne, ni Samuel Fuller (de fait Lassiter est un croisement d'Hemingway, de Lee Marvin et Robert Mitchum, alors que Bud Fiske serait plutôt Jack Kerouac perdu dans un film d'Orson Wells), de dialogue à l'emporte pièce (assurément pas le fort de McDonald, même si cela donne des moments assez savoureux), La Tête de Pancho Villa débarque comme un ovni au milieu des autres parutions.

Si vous cherchez une nourriture intellectuelle substantielle et propre au mal de tête, vous resterez certainement sur votre faim à la lecture des aventures d'Hector Lassiter et de Bud Fiske. Mais les lecteurs en mal de dépaysement et de virils divertissements que le second degré n'effraie pas, trouverons ici largement leur compte.

Craig McDonald, La Tête de Pancho Villa, Belfond Noir, 2009.

Maxence Grugier
Le 27 octobre 2009

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