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Harold Bloom en fait l’un des quatre plus grands romanciers américains de son temps avec Philip Roth, Thomas Pynchon et Don DeLillo, mais Cormac McCarthy s’en fout ; lors d’une récente et ahurissante interview accordée à Oprah Winfrey (imaginez feu Julien Gracq chez Michel Drucker ), il confesse préférer la compagnie des scientifiques à celle des écrivains.
Pourtant, rien à faire : sous ses dehors désincarnés (un décor gris, deux personnages), La route est une histoire humaine et brûlante, de celles qui vous dévastent.
Donc, tout est fini : tout est en train de finir. On ne sait pas très bien ce qui s’est passé ; peu importe. La Terre est devenue une chose morne et vitrifiée achevant de perdre sa substance. Seuls, un homme et son fils arpentent les highways solitaires de ce qui fut autrefois l’Amérique : vers le sud, vers la mer (on n’ose écrire « l’espoir »). Sur leur chemin : le froid, les cannibales, la maladie, la mort.
L'après, pulvérisé et sauvage

Impossible, à la lecture de cette apocalypse, d’ignorer que le roman est dédié au fils de Cormac, John Francis, âgé de huit ans (l’âge, en gros, de l’enfant du livre). Impossible aussi d’oublier que le précédent opus (celui-ci s’est écoulé à plus de deux millions d’exemplaires outre-Atlantique, et un film est d’ores et déjà en préparation) s’intitulait Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme.
Marcher vers rien
Férocement biblique, La route reprend les choses là où son prédécesseur les avait laissées, et il n’y a plus de monde : juste une création que son créateur a quittée. Livrés aux mains d’un destin désormais aveugle, les hommes en sont réduits à s’entre-dévorer. Comment épeler le mot avenir lorsque toutes les lettres ont disparu ? Le marcheur ne réfléchit plus à ces questions. Il marche – vers rien.
Et cependant, Cormac McCarthy a eu un fils. Et cependant, il continue d’écrire. Les dernières lignes du roman évoquent un présent immémorial figé dans l’ambre et le mystère : un monde « qu’on ne pourrait pas refaire ». Seul, peut-être, reste l’amour.
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