Chuck Klosterman est critique rock à
Spin magazine, dans la réalité mais dans son autofiction aussi.
Je, la Mort et le Rock'n'Roll ("
une histoire vraie à 85%" écrit Klosterman) aurait pu être d'un ennui profond, tellement ses thèmes sentent le
revival de la littérature rock des dernières années : narcissisme, usage de stupéfiants divers, cynisme chic, et du rock, du rock, la grande putain du rock, muse prêtant son corps au tout et n'importe quoi littéraire.
Alors, qu'est ce qui fait que le roman de Klosterman fonctionne ? Les blagues, un peu. La mort, beaucoup. Klosterman livre dans son oeuvre tout ce qu'il intériorise dans sa véritable existence.
Sorte de faux timide rongé par une conscience aiguë de ses défauts et une espèce de culpabilité aussi éternelle qu'irraisonnée, il écrit quelque part à la croisée du détachement clinique, des confessions psychopathologiques, et du surréalisme d'un metteur en scène attaqué par sa propre imagination.
Saupoudrez le tout d'humour de cimetière, de classements sociologiques basés sur les drogues, les alcools et les régions d'où vous venez, et de références quasi-névrotiques à
KISS où aux mastodontes préhistoriques, et vous obtiendrez un livre attachant, pas foncièrement génial mais suffisament original et (drôlement) morbide pour n'être jamais ennuyeux, et contenant la chronique de
Kid A (
Radiohead) la plus intéressante (et bizarre) que j'aie jamais lue. Vous obtiendrez aussi une véritable petite encyclopédie sur les morts violentes de rockeurs (ou inspirées par des rockeurs, ou causées par des rockeurs...) depuis 1950. Ça vous fera rire...