Quand il est le fruit d'une réflexion, l'amour est fragile : qui a aimé n'a-t-il pas aimé dès le premier regard ? ”
Christopher Marlowe, naît à Canterbury en 1564 est considéré comme le père de la tragédie anglaise. Il étudie à la King's School de Canterbury puis au Corpus Christi College de Cambridge, où il passe son B.A. en 1584. Trois ans plus tard, l'université hésite à lui accorder son M.A. à cause de rumeurs disant qu'il était parti à Reims et s'était converti au catholicisme. Ces hésitations sont dissipées par une lettre officielle établissant des services rendus à la couronne par Marlowe. Bien que la nature exacte de ces services ne soit pas précisée, on soupçonne qu'il a travaillé pour les renseignements.
Sa première oeuvre connue est
Didon reine de Carthage, mais la première à être présentée sur les planches londoniennes est
Tamburlaine, en 1587. Par sa versification particulière et ses thèmes, cette pièce est la première à véritablement poser les bases de la tragédie élisabéthaine.
Tamburlaine est un énorme succès, bientôt suivi de
Tamburlaine Part II.
La chronologie de ses oeuvres suivantes est inconnue. Toutes portent des thématiques riches en controverses. Ainsi
Le Juif de Malte raconte la vengeance barbare d'un Juif maltais contre les autorités de la ville. Par ailleurs,
Le Massacre de Paris relate les événements de la nuit de la saint Barthélemy, et
Edouard II plonge dans l'histoire anglaise, dans le détrônement d'Edouard II par son épouse et ses barons mécontents. En outre, il fait la première adaptation théâtrale de Faust,
La Tragique Histoire du docteur Faust.
Les deux parties de
Tamburlaine sont publiées en 1590. Ses autres tragédies paraissent de manière posthume. Marlowe écrit également de la poésie, dont le lyrique
The Passionnate Shepherd to His Love et des traductions d'Ovide, interdites et brûlées en place publique en 1599 sur ordre de l'archevêque Whitgift.
On sait peu de choses sur la vie de Marlowe, comme sur celle de nombreuses personnalités de cette époque. Les circonstances de sa mort ont longtemps tenu plus de la légende que d'une vraie compilation des faits qui sont parvenus jusqu'à nous. Il semble qu'il a été assassiné le 30 mai 1593 dans un pub de Deptford par des hommes des renseignements royaux, quelques jours après avoir été condamnés pour hérésie.
Cette mort mystérieuse est l'aboutissement d'une vie trouble, impossible à synthétiser en ces quelques lignes, et marquée par des soupçons d'espionnage, d'athéisme et d'homosexualité. Mais il est aujourd'hui impossible de séparer le vrai du faux, tant l'existence de Marlowe était secrète et complexe. De plus, ces allégations ne se basent que sur des interprétations des oeuvres de Marlowe et sur des éléments discutables, fournis par des personnes aux intentions peu claires.
Depuis la fin du XIXe siècle, une théorie existe, qui suggère que Marlowe a feint sa mort et a continué à écrire sous le nom de
William Shakespeare. Le travail le plus récent allant dans ce sens est celui d'A.D. Wraight,
The Story that the Sonnets Tell.
En outre, le personnage de Marlowe apparaît dans de nombreuses oeuvres contemporaines. Ainsi, en 1998,
Rupert Everett dans
Shakespeare in Love incarne un Marlowe qui aide Shakespeare à écrire
Roméo et Juliette, et dont les dernières paroles dans le film sont « Je pars pour Deptford ». Il apparaît également aux côtés de Shakespeare dans un épisode du
Sandman de
Neil Gaiman. Une constante dans les fictions prenant Marlowe comme personnage principal ou secondaire est la spéculation sur les mystères entourant sa vie et sa mort.
Enfin, plus de quatre cents ans après sa mort, son oeuvre continue à déranger : en 2005, alors que
Tamburlaine devait être joué à Londres, la scène lors de laquelle celui-ci brûle le Coran est changée au profit d'un holocauste de tous les textes religieux. Ce « choix artistique » du metteur en scène qui nia avoir censuré la pièce change pourtant considérablement le ton et la teneur de l'oeuvre principale de celui qui n'a pas fini d'embêter les pouvoirs en place.