Fresh Théorie de Christophe Kihm



Critique

Note du livre Fresh Théorie. Sous la direction de Mark Alizart et Christophe Kihm

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Fresh Théorie. Sous la direction de Mark Alizart et Christophe Kihm



Penser n'est pas jouer, vraiment ? Et si c'était faux ? Et si penser, précisément, était une forme de jeu parmi d'autres ? C'est en tous cas ce que suggère un livre collectif rassemblant tous les jeunes turcs de la pensée française contemporaine.
Gilles Deleuze aimait rappeler que jouer n'est pas forcément une activité futile. Il y a toujours une dimension expérimentale au jeu : une expérimentation sur le possible. Fresh Théorie serait-il un jouet ? Après tout, les livres ne constituent-ils pas les plus riches terrains d'expérimentation de nouveaux possibles ? C'est ce que semblent en tous cas penser Mark Alizart et Christophe Kihm, les maîtres d'œuvre de Fresh Théorie. En rassemblant 35 philosophes, psychanalystes et sociologues autour du défi que constitue l'entreprise de « rafraîchir la théorie », il s'agissait en effet pour eux de transformer ce défi en proposition expérimentale. Il s'agissait de transformer un ouvrage collectif en Rubic's Cube. Comment ? En demandant à chacun des 35 contributeurs de choisir un objet qui lui permettrait de formuler les nouveaux possibles que cet objet produirait à ses yeux.

De quoi parle-t-on, dans Fresh Théorie ? De The Matrix et de caddies de supermarché, de Michael Jackson et de méga bases de donnés, de cinéma porno et d'amplification, de politique de l'extraterritorialité et d'art contemporain. Dans Fresh Théorie, il y a l'éventail complet de ce qui produit notre ici et notre maintenant. Toute la question est la suivante : que faire de ce ici et de ce maintenant. Comment parvenir à jouer avec. Mais parce que Fresh Théorie est lui-même un jouet, il ne propose pas de réponse. Il ne propose que des ébauches de scénarios, des bribes de règles de jeu, des fragments de stratégies. Oui : parce que c'est un jouet, Fresh Théorie demande à ses lecteurs d'être aussi les héros du ici et du maintenant. De eux aussi prendre en charge le défi de « rafraîchir la théorie ». D'inventer le jeu qui va avec. Ce que fait Fresh Théorie, c'est juste en donner l'appétit.

En ce sens, le défi de Fresh Théorie n'est bien sûr pas un défi théorique : c'est un défi pratique. Il ne s'agit pas de donner un coup de peinture à des concepts poussiéreux, de tenter de lifter des philosophes dont il ne reste plus que le squelette, ou de faire la promotion d'objets qui joueraient les oubliés de la grandeur. Tout cela, ce ne serait encore que de la cosmétique : du blabla d'intellectuels. Non : le défi de Fresh Théorie est un défi qui s'adresse à tous ceux pour qui le possible ne se circonscrit pas au probable. C'est quoi, le probable ? C'est tout ce qui fait déjà l'objet d'une comptabilité. Le possible, au contraire, c'est ce qui peut être produit de telle manière qu'aucune comptabilité ne puisse en rendre compte. Répondre au défi que lance Fresh Théorie, c'est donc faire la pari que la création de possibles est elle-même possible. C'est faire le pari que jouer n'est pas vain.

A qui le tour ?

Illustrations. 1.Think fresh, by Ognen Zdrakovic|2.Fresh Theorie, book.

Laurent De Sutter Le 14 avril 2006
Log out - Fresh Théorie, c'est aussi un séminaire mensuel, « Lundi, c'est théorie », hébergé par l'Espace Paul Ricard (Paris). Renseignements, programme et horaire sur le site Freshtheorie