| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Entretien avec les traducteurs de Dan Brown |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | Articles Livres |



Voodoo Child
On sent chez Delaume, comme chez Angot - avec qui elle ne partage cependant pas grand-chose - une volonté de rester à tout prix une marginale, d'aller contre les vents dominants d'une littérature qu'elle se représente étrangement comme furieusement néo-réalistes ces temps-ci. Delaume est une combattante, une résistante qui ne fait pas comme tous les autres et écrit pour survivre. Les autofictionnants sont comme les rappeurs à leur échelle : ils ont besoin de la crédibilité que leur confère leur biographie tortueuse (des morts, du sang, de la peine, on est servi) et d'une certaine rage pour parler à bon droit. Delaume a de la douleur à revendre. Mais cela ne suffit pas à faire de son roman un livre original. Le dispositif semble venir tout droit de ces fausses bonnes idées qu'on avait adolescent : Chloé Delaume déteste sa grand-mère (voir supra) et veut écrire un livre qui sera si méchant et puissant qu'il la... tuera.
Le livre qui tue. Elle a la bave aux lèvres et réussit quelques jolis paragraphes sur la haine de son aïeule. Son entreprise crimi-littéraire est contrariée par la conversation d'un jeune homme nommé Théophile, qu'elle rencontre dans le cimetière où elle vient puiser son inspiration. Delaume et lui y passent la quasi-totalité du livre, se promènent entre les tombes et racontent l'histoire des morts. Et de la surgit une deuxième idée : raconter des morts et des vies anonymes, pas à la Jauffret, pour de vrai, mais à la Delaume, en imaginant ce qui s'est passé et en divaguant. Entre les séquences, Chloé Delaume parle d'elle et de son projet. Le roman, qui met en opposition l'autofiction tueuse et la déambulation mortifère, fonctionne plutôt bien.
Autofiction culottée
L'intrication des vies et de l'autofiction donne sa dynamique au livre qui est à la fois plaisant (on rigole quand elle parle du Tom est mort de Darrieussecq, de Sacha Distel, ou de la petitesse de sa famille), drôle (on interroge les gens qui ont des posters de Cure suite à une profanation), macabre (les histoires des tombes sont impeccables) et un rien complaisant. Dans ma maison sous Terre serait un livre tout à fait divertissant, bien qu'un peu dérangeant et flippant (on n'a pas demandé à connaître tout ça de sa vie), s'il n'y avait ce contexte théorique qui tend à en faire une bombe H littéraire qu'il n'est pas.
Pas assez exploité, le personnage de Théophile, écrivain raté, devient, malgré lui, l'incarnation de la littérature qui raconte des histoires, genre que Delaume prend en anti-modèle définitif. Elle écrit ainsi avec ironie : « N'écrivez plus sur vous, mais sur ce qui vous entoure aujourd'hui et demain, vous obtiendrez ainsi la quiétude et peut-être même l'estime de vos contemporains. (...) Trouvez une bonne idée qui relève du sociétal, loin de vos jérémiades et de vos chuintements, vous obtiendrez alors un vrai roman français. Bien comme il faut, dans la mouvance, plus acceptable que vos ovaires que vous voulez nous faire bouffer. »
Il faut un sacré culot pour poser ce constat dans le paysage littéraire français contemporain et encore plus de culot pour en faire état dans un roman autofictif, même dénaturé. A ces quelques réserves près, Delaume relève quand même le niveau d'une autofiction qui se traîne depuis des années. Ce n'est déjà pas mal.
Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre, Seuil, 2009.
Benjamin Berton
Sur Flu :
- Lire l'entretien avec Chloé Delaume
- Toute l'actu littéraire sur le blog livres
- Donnez votre avis sur le forum livres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z