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Catherine Dufour est brillante on ne le répétera jamais assez. On pourrait la taxer de "grande dame de la SF française", mais se serait l'enterrer un peu vite. Personnellement je préfère "punkette de la SF française", un sobriquet affectueux qui lui va nettement mieux et met en lumière l'aspect délicieusement immoral des récits réunis dans ce volumineux recueil par les éditions du Belial. De fait, si l'on excepte la couverture indigeste de Caza (que j'admire pourtant, vraiment) L'Accroissement mathématique du plaisir est un véritable festin.
Du vécu à l'imaginaire
Fines, cruelles et souvent très drôles, les historiettes de Dufour laissent apparaître un esprit gentiment anarchiste, pour ne pas dire franchement libertaire, et une personnalité excentrique dotée d'une vie intérieure exceptionnellement riche. A cheval entre fantasy, science-fiction et contes philosophiques, les vingt nouvelles sélectionnées pour ce recueil donne en effet une idée assez net de l'imaginaire de Catherine Dufour l'écrivain, mais surtout - et c'est plus rare dans les littératures de l'imaginaire - du vécu de l'être humain derrière l'auteur. On pense par exemple à son évocation particulièrement féroce (et hilarante) de la grossesse dans "L'immaculé conception". Comme l'indique Richard Comballot dans sa préface pleine de sensibilité, on sent très bien à leur lecture combien les histoires de cet auteur français, plus qu'aucune autre dans son genre, sont le fruit de ses expériences personnelles.
Une source d'inspiration paradoxalement originale dans le style qui nous préoccupe ici, c'est à dire la science-fiction, et qui rapproche son auteur de la littérature dite "blanche". C'est d'ailleurs dans ce domaine, celui de la littérature générale, qu'elle s'exprime dans "Le cygne de Bukowski" ou encore "Valaam". Deux récit inspirés de voyages bien réels mettant en scène l'auteur elle même dans des situations à peine modifiées. "Une nouvelle vient souvent d'une simple idée, ou de plus léger encore, d'une image" indique l'écrivain dans une postface qui vient agréablement compléter ce volume. Des aventures, évènements, accidents ou incidents - ou des idées donc - qu'elle travestit merveilleusement, les transformant en pures métaphores ou en évocations prospectives poétiques et échevelées.
De Fragonard à Kurt Cobain
Catherine Dufour, quand elle ne pastiche pas un récit culte ("Je ne suis pas une légende"), ou ne s'inspire pas d'auteurs et d'histoires existantes en les habillant de son humour et en les plongeant dans son imaginaire débridé (un hommage à Edgar Allan Poe pour "La confession d'un mort", à Lewis Carroll pour "Le poème au carré"), réinvente de vieille légende rurale ("Mater Clamorosum"), ou écrit sa version très personnelle de fantasy à la sauce Lanfeust de Troy dans "Troll d'histoire". Elle évoque aussi la vanité ("Le Jardin de Charlith") et l'amour fou - ou l'amour qui rend fou ("L'accroissement mathématique du plaisir"), la vengeance à une époque high-tech ("L'amour au temps de l'hormonothérapie génique", "La liste des souffrances autorisées") et les souvenirs ("Vergiss mein nicht"), en passant par les questions de société réactualisées ("Un soleil fauve sur l'oreiller").
On le voit, Catherine Dufour fait feu de tout bois. Sa culture, qu'elle soit "classique" (voir son évocation enchantée des tableaux de Fragonard ou de Crébillon dans "Le rhume des foins") ou plutôt "pop" ("Kurt Cobain contre Dr. No") lui permet de tester tous les genres avec le même bonheur, la même aisance et la même virtuosité. Trois armes de décontraction massives dont elle usait déjà abondamment dans son excellent premier roman de science-fiction Le goût de l'immortalité et qui nous fait dire, encore une fois, que nous tenons là un auteur de premier ordre.
Catherine Dufour, L'accroissement mathématique du plaisir, Ed. du Bélial.
Maxence Grugier
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