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Toujours L.A

Hollywood, l'usine à dingues

Hollywood, l'usine à dingues

Certains ont vu dans la publication française de Toujours L.A. de Bruce Wagner un fameux coup marketing, appuyé qu'il était par la crème de l'intelligentsia et de la littérature américaine (préface inédite de James Ellroy, éloge du New Yorker, commentaires de Bret Easton Ellis, Salman Rushdie ou David Cronenberg) mais c'est méconnaître Bruce Wagner.

L'écrivain, également scénariste de série (Wild Palms, c'est lui !), acteur et producteur, connaît intimement ce milieu, ses peoples et ses secrets, et dont l'envers du décor n'en a plus aucun pour lui. L'américain, qui travaillait il y a deux ans avec David Cronenberg sur Maps the Stars (en court d'adaptation par le réalisateur canadien) est en effet intime des "stars". S'il décortique leurs rites, obsessions, habitudes, psychoses, si méchamment (et lucidement ?) dans Toujours L.A, c'est en connaissance de cause. Si l'on peut donc reprocher quelque chose à Wagner, avant d'avoir lu son livre, c'est juste de connaître son sujet, comme Ellis pouvait connaître le sien (sa vraie vie) dans Lunar Park.

A ce titre le rapprochement entre les deux auteurs n'est pas un hasard. Wagner partage en effet, la fascination de son aîné pour les détails superficiels qui agacent. Dans son épais roman, il collecte avec une férocité monomaniaque digne du Patrick Bateman d'American Psycho, les noms de stars, les titres de série, les noms et description de leurs quartiers, de leurs maisons, de leurs manies (les religions asiatiques, les hobbies, les perversions en tout genre) au point que le lecteur qui ne se passionne pas pour ce milieu se retrouve vite largué par cet amoncellement de références.

Et puis il y a aussi un côté Les lois de l'attraction dans les histoires parallèles de Becca, jeune actrice vivotant dans le monde trouble des sosies de stars en tant que « Drew Barrymore » de service, Kit Lightfoot, acteur victime d'une agression qui va le rapprocher du rôle qu'il doit jouer dans un film traitant de l'infirmité mentale et Lisanne, secrétaire névrosé gentiment frappadingue qui va finir par virer salement dingo. Ses destins qui se croisent et s'entrecroisent, sont toute la trame d'un livre qui, s'il est épais, n'en est pas moins plein de vide. Un constat qui fait aussi écho à la banalité de la vie de star et dont on fini par se demander s'il n'est pas désiré et calculé par l'auteur.

Au final, Bruce Wagner et ses "chroniques hollywoodiennes", n'achève pas de nous convaincre. Trop autocentré, trop people, trop copie-carbone, on se dit qu'il y a bien des choses à écrire sur ce monde, et ce milieu, sans passer par la case déjà-vu, la pose californienne cool mâtinée d'un pathos de série TV à la mode.

Une chose est sûre cependant, l'auteur est un satiriste et manipulateur de génie dont l'imaginaire s'alimente des excès d'une époque qu'il juge corrompue. Wagner, un moraliste ? Certainement. Difficile d'ignorer l'humour grinçant avec lequel il met en scène les péripéties de ses anti-héros et victime (souvent) consentante. On le sent bien, l'auteur se réjouit du constant chassé-croisé entre outrage et moralisme. Une façon d'entretenir le trouble pour le moins efficace qui dissimule mal les pulsions refoulées et avilissantes, le désespoir et le manque d'amour évident qui se cache sous le vernis, lisse comme la surface miroitante des piscines de Beverly Hills de Toujours L.A. Reste que ce livre est un ratage. C'est dommage, les idées sont là, mais le style n'est pas encore mûr (et la traduction ne semble pas fameuse non plus). On attend la suite donc... ?

Maxence Grugier.