Bret Easton Ellis naît à Los Angeles en 1964. Enfant de son époque, il est le fils d'un promoteur immobilier et d'une mère au foyer ; ses parents divorcent en 1982.
Il fuit la Californie parentale pour la côte Est, étudie dans un lycée du Vermont dont il s'inspire pour le Camden College des
Lois de l'attraction. Parallèlement à ses études, il joue dans des groupes mineurs des années 80.
Son premier roman, le très remarqué
Moins que zéro, paraît alors qu'il a 21 ans. Il s'en vend 50 000 la première année. Ellis y pose une écriture minimaliste et objective, franchement behavioriste. Il dépeint la vie de gosses de riches désoeuvrés, pas très futés, qui vivent pleinement la décadence de la décennie 80. La dialectique qui régit toute son oeuvre se pose déjà : Ellis incarne parfaitement ce qu'il critique, entre observation participante d'un côté et complaisance de l'autre. Dans
Les Lois de l'attraction (1987) et
Zombies (1994), il poursuit son exploration de cette société de consommation qui mange ses enfants, divinité vaine qui forge des adolescents à la sexualité et à la toxicomanie compensatoires. Ces livres dévoilent la vision sombre qu'Ellis a de l'adolescence, bien loin de celle d'un âge de découverte idéalisé.
En 1991,
American Psycho paraît, après son abandon par son éditeur initial sous le poids des groupes de pression qui s'opposaient au côté misogyne du roman. C'est une plongée dans la laideur des années 80, sous la forme du récit des meurtres commis par Patrick Bateman, un golden boy dont on ignore l'activité exacte. Les personnages se ressemblent, se pourchassent sur un même circuit de la réussite en forme de primes, de dîners dans les meilleurs restaurants, de costumes, chemises, crèmes de soin, cartes de visites, conquêtes griffées. La consommation des biens et des personnes y atteint un point rarement atteint, jusque dans l'horreur des meurtres commis par Bateman. Ici aussi, le style est détaché, sec et froid, nevrotiquement descriptif.
Ellis poursuit son démontage des années
Reagan sept ans plus tard avec
Glamorama, roman (anti-)spectaculaire dans lequel des top models pervers font leur catharsis sous forme d'attentats. Comme dans
American Psycho, il introduit des personnages réels en arrière-plan de la fiction, brouillant de plus en plus les pistes. Alors que ses lecteurs avaient du mal à séparer l'autobiographique de l'invention dans ses premiers romans, il renforce l'intimité entre réalité et fiction.
Ce jeu de miroirs complices s'approfondit encore dans
Lunar Park, son dernier roman en date. Après un premier chapitre en forme de courte autobiographie critique, Ellis lâche la bride à toutes ses obsessions et les laisse construire le roman. On y retrouve son infidélité, sa bisexualité, son rapport conflictuel au père, à l'argent, à la drogue, mais dans un nouveau cadre : celui d'un Bret Easton Ellis marié et père, qui enseigne à l'université et habite en banlieue. Les zones obscures sont encore plus présentes, sa vie saccagée par lui-même, des jouets maléfiques, le fantôme de son père et l'irruption de Pat Bateman.
Lunar Park est une somme de l'oeuvre d'Ellis, condensé de sa vie et de ses romans, mais aussi son livre le plus expérimental, terrifiant et sensible. Il se pose à la fois comme une conclusion et une introduction, une porte dont l'auteur n'a pas encore construit l'autre côté. Nihiliste pour certains, moraliste pour lui-même, Ellis est un auteur fascinant et agaçant qui tend à la fois vers le kitsch et le sublime.
Symbole de la Génération X, résonnant avec Agueev, il a d'une certaine manière décomplexé la littérature des années 80 et a ouvert la porte à McInerney mais aussi à de nombreux écrivains qui se ruent avec plus ou moins de succès dans la posture trash-hype initiée par celui qui l'a depuis abandonnée.
Lire aussi le
portrait de Bret Easton Ellis par
Benjamin Berton.