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On a parfois pas envie d'attendre la traduction. Ici la littérature est en version originale.

Les freaks, c'est chic

Posté par 2goldfish le 23.04.08 à 14:41 | tags : comics, web, lectures de bureau, vo

Freakangels est un nouveau webcomic hebdomadaire scénarisé par rien moins que Warren Ellis. Ce n'est sans doute pas anodin de voir un scénariste aussi réputé et "bankable" (il devrait très prochainement hériter du principal titre x-men à la suite de Grant Morrisson et Joss Whedon) se lancer dans un ambitieux projet de comic gratuit pour le web. Il a l'appui de l'éditeur américain Avatar Press (une version papier est bien sûr prévue plus tard) et le site comme la bédé ont la marque d'un professionnalisme que les webcomics n'acquièrent en général qu'après plusieurs années (ou plus souvent jamais). Il y a un forum déjà très actif, un flux RSS (youpi !), une interface simple et claire et des lecteurs, déjà beaucoup de lecteurs (77 000 la première semaine, dieu sait combien aujourd'hui).

 

Pour ce qui est de la bédé elle même, il n'y a pas encore grand chose à en dire. Elle s'ouvre sur l'image d'une Londres a demi immergée et ces mots "Il y a vingt-trois ans , douze étranges enfants sont nés en Angleterre exactement au même instant. Il y a six ans, le monde a touché à sa fin. Ceci est l'histoire de ce qui arrive ensuite".

Ce qui arrive ensuite, pour l'instant, c'est qu'on est introduit à une ribambelle de personnages, tous autant de clichés "ellis-éen" cyniques et râleurs... Mais on ne va pas se mettre à regarder dans la bouche d'un cheval offert, n'est-ce pas ? D'autant plus que Paul Duffield au dessin s'avère plutôt talentueux. Son style mélange habilement l'influence des mangas pour filles avec un côté plus européens et des couleurs à tomber.

 

On pourra regretter de voir que, offert une telle occasion, Ellis produise un peu toujours la même chose mais son idée semble plus être pour l'instant de changer le "contenant" plutôt que le "contenu". On peu espérer que Freakangels ouvre la voie à d'autres auteurs de comics "traditionnels", loin des offres online moyenâgeuses de DC Comics et Marvel.


Natalie Dee est drôle

Posté par 2goldfish le 10.04.08 à 11:58 | tags : web, lectures de bureau, bd, vo

natalie dee

Je pourrais écrire tout un tas de trucs pour vous expliquer en quoi les dessins quotidiens de Natalie Dee sont excellents et pourquoi vous devriez les lire. Je ne sais vraiment pas ce que j'écrirais au delà de "drôle", "inventif", "coloré" et quelques autres adjectifs que j'ai toujours sous la main mais je trouverais sans doute. Sauf que franchement, même si je suis censé habiller un minimum les liens que je balance ici, ça vous ennuierait vous et moi et nous ne sommes pas là pour ça : nous sommes là pour que vous ayez quelque chose à lire au bureau.

Natalie Dee, donc... elle est drôle.


Regarde toujours la vie du mauvais côté

Posté par 2goldfish le 08.04.08 à 10:56 | tags : comics, autobiographie, vo

En lisant les carnets de Chris Ware, il y a de fortes probabilités pour que vous vienne l’envie de balancer le bouquin contre le mur en criant « Mais cesse donc de geindre, mollusque ! » ou quelque chose dans ce goût là.

C’est une chose de lire les histoires de Jimmy Corrigan ou Quimby The Mouse et voir Ware peindre des personnages parfaitement pitoyables, c’en est une autre de retrouver le même misérabilisme dans son autoportrait.

C’est que les carnets de dessins de Ware sont bourrés de croquis pas toujours intéressants visiblement réalisé surtout quand il n’avait vraiment rien d’autre à faire, d’où une multitude de portraits d’inconnus attendant à l’aéroport, d’amis vus de dos en train de conduire et de paysages urbains probablement observés depuis un arrêt de bus.

Lire la suite

 

Pour en savoir plus sur le Graphic Novel, lisez le dossier spécial sur Flu

 

The Acme Novelty Library Date Book Vol. 2 1995-2002

Chris Ware

Oog & Blik


Le Livre Noir de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires

Posté par 2goldfish le 26.12.07 à 10:30 | tags : comics, vo, alan moore
Ce Black Dossier n'est pas le véritable troisième tome des aventures de la Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. La Ligue, rappelons-le, est une Bd au concept simple et génial : les héros de la littérature victorienne parmi lesquels Alan Quatermain, l'Homme Invisible et le Capitaine Némo, sont embauchés par les services secrets britanniques pour lutter ensemble contre les menaces du monde moderne : Fu Manchu, les Martiens de la La Guerre des Mondes etc...
Jusqu'ici, nous avons eu droit à deux aventures en Bd de la Ligue, et à une, paraît-il, horrible adaptation cinématographique.

Black Dossier n'est donc pas le troisième épisode de la série, mais plutôt un interlude ou un supplément de luxe qui s'avère finalement encore meilleur que le matériel d'origine. Dans les première pages de la Bd, nous retrouvons Mina et Allan, les deux héros des précédents volumes, mystérieusement rajeunis dans le Londres des années 1950 alors en pleine transition après la chute du régime de Big Brother. Mina séduit un espion playboy, qui aime les vodka-martini secouées mais pas frappées, qui se fait appeler Jimmy (pour des raisons de droit, comme plusieurs de ses collègues des fifties, il ne sera jamais plus clairement identifié). Elle l'utilise pour infiltrer l'ancien Ministère de l'Amour et subtiliser le fameux Black Dossier.
La suite de la Bd sera une course poursuite entre les voleurs et Jimmy, assisté d'Emma Peel et Bulldog Drummond (espion britannique pré-Bond), pourtant cette course poursuite n'est qu'une succession d'entractes, ce qui nous permet de souffler entre deux tranches du Black Dossier volé, intégralement reproduit dans les pages de l'album.

Ce dossier est censé présenter l'histoire de la Ligue, de sa première incarnation avec Gulliver, Prospero et Davy Crockett aux plus récentes aventures d'Allan et Mina en Amérique parmi les beatniks. Moore et O'Neill s'en donnent à coeur joie et multiplient les pastiches : d'une fausse pièce inachevée du célèbre biographe William Shakespeare à un hilarant mix entre l'auteur comique P.G. Wodehouse et l'effrayant H.P. Lovecraft en passant par une Tijuana Bible (Bd porno) "1984" et un très drôle chapitre à la Kerouac dans lequel Mina et Allan stoppent le diabolique Docteur Sachs. Il y a forcément plus de références qu'on ne saurait reconnaître, mais peu importe, ça fait partie du jeu : Black Dossier est deux fois plus ludique encore que les précédentes aventures de la Ligue. Les dernières pages font même usage de la troisième dimension grâce à une paire de lunettes fournies avec le livre.


Black Dossier est cependant plus que ludique. C'est aussi une histoire de la fiction et de son rôle depuis l'aube de l'humanité, un traité de dissidence sexuelle plus condensé et efficace que Lost Girls et une démonstration de l'étendue du talent de dessinateur de Kevin O'Neill. D'une certaine façon, c'est un travail plutôt mineur pour Alan Moore, et pourtant on est encore une fois époustouflé par son génie.

Une ultime précision : l'avenir pourrait me faire mentir, nous avons déjà eu de telles frayeurs finalement infondées avec Lost Girls, mais il semblerait bien que le président de DC comics, très en colère après Alan Moore, ait décidé d'empêcher la publication de ce Black Dossier en dehors des USA. Sa lecture demande un très bon niveau en anglais. Toutegois, voyons les choses du bon côté : le dollar ne vaut plus rien pour nous autres riches Européens et même en tenant compte des frais de port, on peut importer la Bd pour une bouchée de pain.


The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier
Alan Moore, Kevin O'Neill
DC Comics/America's Best Comics

Cat And Girl

Posté par 2goldfish le 22.11.07 à 10:16 | tags : comics, lectures de bureau, vo

 

Une des choses que j'ai apprises en écrivant pour Mille feuilles c'est qu'il est extrêmement difficile d'écrire sur une série de strips. Il n'est déjà pas facile de parler du comique en général, la tentation étant très forte de juste dire "regardez, c'est rigolo", parce que, chacun le sait, une blague ça ne s'explique pas. Non content d'être pour la plupart comiques, les strips présentent la difficulté supplémentaire d'être généralement très simples.
On peut s'en sortir avec Peanuts, certes, mais peu d'oeuvre en ont la subtilité ou la richesse et, surtout, les soixante années d'existence (sans parler des travaux de critiques plus talentueux qu'on peut paraphraser).


Cat And Girl de Dorothy Gambrell est un excellent webcomic qui raconte la vie de tous les jours d'un chat anthropomorphique léger et fantasque, et d'une fille intello et cynique. Le strip typique les voit confronter leur point de vue sur une question philosophique plus ou moins élaborée, abstraite, fondamentale ou parfaitement triviale. Le strip peut être comme ses deux personnages assez intello ou agréablement inconséquent, passant de réflexions sur l'art et la vie à une aventure de Bad Decision Dinosaur. Parfois une poignée de personnages secondaires parmi lesquels Boy, prétendant malchanceux de Girl, Grrrl ou les zombies de Dorothy Parker et Joseph Beuys apportent un peu de variété. D'autres fois, Dorothy Gambrell fait juste n'importe quoi.

Que dire de plus, finalement ? Regardez, c'est rigolo.

Cat And Girl
Dorothy Gambrell
catandgirl.com chaque semaine le mardi, jeudi et vendredi


Alan Moore, Art Siegelman et Dan Clowes dans les Simpsons

Posté par 2goldfish le 20.11.07 à 16:40 | tags : comics, vo, alan moore, littérature en vidéo
Dans le dernier épisode de la saison 19 (!) des Simpsons diffusé aux USA, une nouvelle librairie de comics "alternative" s'ouvre à Springfield et organise une séance de dédicace avec Daniel Clowes, Art Spiegelman et Alan Moore.
Dans les années 1980, alors qu'il n'était "que" l'auteur du brillant strip Life In Hell, Matt Groening aurait pu s'asseoir à la même table. Observez bien le poster de Lost Girls derrière Moore, parce que depuis que Delcourt s'est dégonflé, la diffusion sur Canal+ de cet épisode sera sans doute ce qu'on aura de plus proche d'une publication de cette BD en France.
Oui, bon, euh... C'est vrai que les Simpsons, à la télé, c'est plus ce que c'était.
C'est quand même un moment important dans la reconnaissance culturelle des comics alternatifs. Ou pas. Enfin, c'est un peu amusant, je crois. Euh, je fais quoi là, déjà ?

L'inquiètude des nouilles

Posté par 2goldfish le 08.11.07 à 11:05 | tags : vo, bd

Worried Noodles de David Shrigley a été publié pour le première fois il y a deux ans chez Tomlab, un label habituellement spécialisé dans la musique.
Le bouquin se voulait en fait le livret de paroles d'un disque qui n'existait pas et en adoptait le format (vynile, pas CD, heureusement). Le livre a vite été épuisé et il est à nouveau publié aujourd'hui, acompagné d'un double CD sur lequel les paroles de Worried Noodles ont été mises en musique par tout un tas de groupes indépendants : TV On The Radio, Liars, Hot Chip, David Byrne... Un casting de luxe qui nous faisait saliver dans le blog d'à côté (le résultat, lui, est pour le moins inégal et inconséquent comme souvent avec ce genre de compilation).

J'ai découvert le travail de Shrigley sur l'album Friend Opportunity de Deerhoof au début de cette année. Il a réalisé douze pochettes plutôt sympa pour le disque. Et le groupe avait le premier composé une chanson sur des paroles trouvées dans Worried Noodles : "Kidz Are So Small".
Ces quelques vers "Si j'étais un homme et toi un chien/je lancerais un bâton pour toi" (traduction libre par mes soins) étaient plutôt amusants et se prêtaient bien à un morceau de hip-hop bordélique et mignon. J'ai donc ouvert le livre de Shrigley dans la meilleure des dispositions.

Les paroles des chansons de Shrigley y sont écrites à la main et accompagnées de ses dessins primitifs, façon faux-art brut. La plupart des chansons sont très courtes, à peine quelques mots, toujours très simples, le plus souvent des observations naïves du quotidien. L'auteur vise tour à tour le mignon et le glauque et est occasionellement drôle.

Malgré un talent certain de Shrigley dans ce qu'il fait, la naïveté feinte peut très vite lasser et il est difficile de lire plus de quelques pages à la suite. Certes, le bouquin ne va pas s'envoler et on peut l'apprécier par petite dose, mais Worried Noodles m'amène à m'interroger sur l'opportunité d'un livre entier réalisé sur ce mode. Sans parler de toute une carrière. Je m'inquièterais presque pour lui.


Worried Noodles
David Shrigley
Tomlab, paru accompagne de deux CD

Ecoutez quelques extraits des disques.


XKCD, ça veut dire quoi ?

Posté par 2goldfish le 05.11.07 à 10:02 | tags : comics, lectures de bureau, vo

 

En matière de lectures de bureau, on ne fait pas mieux que XKCD.
Ce petit webcomic sans prétention est pensé spécialement pour le programmeur qui s'ennuit entre deux lignes de code. Certes, les gens comme moi (et peut-être vous) qui ont arrêté les maths à la maternelle peuvent apprécier XKCD, pour peu qu'ils aient deux ou trois notions d'anglais et un minimum de culture geek. Il semble pourtant qu'une part de l'humour échappera toujours au non initié, la part qui vient quand on se reconnait.

Peu importe, c'est pour toi, Ami programmeur, une BD avec des protagonistes anonymes, sans visages ni émotions, avec des blagues sur les maths et sur Final Fantasy VII, une dose étonnament élevée de romantisme et de l'humour.
De l'humour drôle, en plus.


Steve Ditko, l'autre papa de Spiderman

Posté par 2goldfish le 24.09.07 à 09:56 | tags : alan moore, comics, web, vo
Steve Ditko, co-créateur de Spider Man avec Stan Lee (enfin, est-ce vraiment le cas ?) a récemment fait l'objet d'un documentaire sur la BBC réalisé par Johnathan Ross. L'intégralité du documentaire est visible sur youtube, mais vous pouvez commencer avec cet extrait, une bonne introduction pour ceux qui ignoreraient tout de Ditko. De comment il est grave talentueux et complètement ouf d'Ayn Rand et de son objectivisme (une "philosophie" de l'égoïsme), de pourquoi c'est Stan Lee seul qui apparaît dans les films Spiderman et de quoi ont l'air Neil Gaiman et Alan Moore en vrai :

 

Creased, pro-dépresseur

Posté par 2goldfish le 17.09.07 à 10:54 | tags : bd, vo, lectures de bureau, web

La lecture au bureau a un nouveau nom officiel, la glandouille. La glandouille n'est en effet pas le propre du sauvageon prompt à l'incivilité et de l'immigré qui ne peut aller au boulot parce qu'il n'y a pas de bus. La glandouille concerne aussi tout un tas d'employés livrés à eux même dans des bureaux non vidéo-surveillés.
Pour glandouiller au bureau cette semaine, je vous propose donc Creased Comics, l'oeuvre d'un certain Brad Neely. Ces gags surréalistes en une case sont plutôts laids, souvent incompréhensibles (mais pas moins drôles) et tristes, très tristes.

 

Ça ne vous remontra probablement pas le moral si vous bossez dans une de ces usines automobiles où tout le monde se suicide, mais si vous vous faites prendre en flagrant délit de lecture, ils fonctionneront parfaitement comme appel à l'aide et on vous accordera enfin le droit de prendre une heure de pause pour aller voir le psy comme tous vos collègues. Quand le Prozac commencera à faire effet, vous pourrez retourner travailler heureux, et par peur de vous "pousser de l'autre côté", tout le monde vous laissera tranquille quand vous lirez Creased, BD qui fonctionne d'autant mieux lue dans un état émotionnel chimiquement contrôlé.



creasedcomics.com 


Lecture de bureau : Perry Bible Fellowship

Posté par 2goldfish le 11.09.07 à 11:17 | tags : vo, bd, web, lectures de bureau

Selon toute vraissemblance, vous devez être nombreux à lire Fluctuat au bureau. Et avec la croissance si proche du zéro, c'est peut-être irresponsable de notre part de faire davantage de mal à votre productivité, mais nous ne sommes pas votre mère ni votre patron. Aussi ce billet inaugure-t-il une série sur les lectures de bureau. Des lectures divertissantes, consommables par petites doses, furtives et faciles à cacher dans un onglet anonyme de votre ordinateur.

 

Pour commencer cette entreprise de sape de l'économie française, il n'y a pas mieux que le célèbre Perry Bible Fellowship, un strip hebdomadaire à l'humour universel. Contrairement à la plupart des webcomics, PBF est très bien dessiné (ne vous fiez pas à l'exemple du dessus qui date un peu), le plus souvent dans un style naïf rappelant les livres d'enfants, mais parfois aussi dans toute une variété de styles allant de l'estampe japonaise au pixel-art selon les besoins du gag. Globalement, ceux-ci tournent à peu près toujours autour du sexe, de la mort ou de la stupidité, trois thèmes éternellement porteurs. Les archives sur le site ont été récemment raccourcies pour accorder l'exclusivité des meilleurs vieux strips à un bouquin sorti il y a peu aux Etats-Unis mais il reste tout de même quelques dizaines de très bons strips.
Il n'y a rien de pire que d'expliquer une blague, si ce n'est peut-être de décrire à quelqu'un ce qu'il est tout à fait capable de voir lui même, aussi je vous laisse parcourir vous-même les archives de Perry Bible Fellowship. Faites juste bien attention qu'on ne vous voit pas.


52 : la saga sitcom des outsiders DC

Posté par Myosotis le 21.08.07 à 10:52 | tags : vo, lectures de plage, comics

Avant qu'il ne soit trop tard pour vous, et parce que la période s'y prête (rien de tel qu'un petit comics sur la plage pour passer pour quelqu'un d'irresponsable, mégacool, décérébré et ouvert à toutes les expériences multipartenaires), il est encore possible de vous précipiter en kiosque pour rattraper les 3 numéros de la série 52 sortis ces derniers mois. A 4 euros et quelques le numéro (pour 40 minutes de lecture x 3, donc), l'investissement n'est pas si mauvais et peu aisément être comparé à la lecture de qui vous savez (ML, le hérisson & co).

Evénement de l'année 2006 chez DC Comics, 52 a non seulement réussi à assurer une bonne part du bénéfice commercial des adversaires de la Maison des Idées, mais démontré que son format original (1 numéro par semaine sur 52 semaines - d'où son titre, enfin, je suppose) était artistiquement tenable. Il aura fallu pas moins de 4 équipes de scénaristes pour venir à bout du défi et présenter un magazine ponctuel et de qualité, que la sortie française nous offre dans un format sensiblement différent (4 numéros rassemblés par mois sur 13 mois), ce qui n'est pas plus mal.
Du scénario de 52, on ne dira pas grand chose si ce n'est qu'il se présente comme un univers transitionnel où les principaux héros de la franchise DC (Superman, Batman et WonderWoman) sont pour des raisons diverses (perte de pouvoirs, crise métaphysique, année sabbatique ! - voir Infinite Crisis) allés voir ailleurs. Le terrain est devenu libre pour les héros de seconde zone, les seconds couteaux du super-pouvoir, ceux qui ont du mal à vivre de leur art et n'ont jamais fait les premiers titres des journaux.

Du coup, c'est un réel plaisir de suivre la résurrection de personnages dont on ne soupçonnait plus même l'existence et de se laisser paumer dans et par une succession de tableaux (4 "héros" constituent 4 fils narratifs qui se rejoignent) dont on trouve les sources un peu partout dans l'univers DC mais aussi dans le modèle des sitcoms télé (Friends, Heroes qui a raflé la mise au même moment) ou de la BD indépendante (le Top Ten d'Alan Moore). Parmi ces personnages venus de nulle part et qui occupent ici les premiers rôles, on marquera une préférence pour le déchirement d'Elongated Man, qui a, au début du récit, perdu sa femme, pour la lesbienne alcoolo Renée Montoya et pour le mystérieux homme sans visage, The Question. On aura aussi une pensée pour BatWoman, le méchant Black Adam et pour toutes les trouvailles scénaristiques qui font de la saga 52 une entrelacs de récits, histoires et sous-contes tout à fait passionnant.

Il reste néanmoins à parier que ceux qui avaient pris l'habitude de lire les comics en roue libre et avec une petite partie de leur cerveau, ceux qui ne peuvent pas suivre plusieurs choses de front, ceux qui se croient trop intelligents pour s'attacher à des hommes et femmes en collants, se perdront en route. Rappelons le : il y a plus à gagner en se lovant dans la soie de l'araignée qu'à péter avec élégance dans celle du hérisson. (proverbe sarthois)


William Gibson présente Spook Country

Posté par Maxence le 09.08.07 à 10:52 | tags : vo, média, science-fiction, web
Il en est aujourd'hui des livres comme des films. Ils ont leurs trailers, leurs bandes annonces, leur making off, bientôt leurs illustrations qui seront vendues à part dans les librairie avec la mention sur la couverture : "cet ouvrage comporte des photos, en vente séparément, renseignez vous auprès de notre personnel pour les acquérir".
Une idée que William Gibson a déjà fait sienne avec son dernier roman Spook Contry (ainsi que mes amis du Cafard Cosmique l'ont rapidement noté) puisque des rues, des places, bref, des lieux du livre sont bien évidemment disponible sur internet par le biais de google map, streetwiew and so on. On apprend beaucoup de chose dans cet interview et sa présentation, pour ce que j'en sais, est véritablement révolutionnaire puisqu'on a droit ici à un véritable petit film. Ceci étant, il ne s'agit bien sûr que du sommet de l'iceberg médiatique qui se met en place autour de Spook Contry. La preuve, quelques jours plus tard, il était en conférence lecture sur Second Life. Et preuve que nous sommes bien dans le domaine de la science-fiction, quand il répond, Gibson n'ouvre pas la bouche...

Naturellement, je ne saurais trop vous conseiller de suivre le lien du Cafard, vous aurez droit à la liste non-exhaustive des interviews/reviews de l'auteur et de son oeuvre sur le net (et oui, les cafards sont bien utiles parfois... ce post leurs est tout naturellement dédié)

Alan Moore revient sur la pornographie

Posté par 2goldfish le 11.05.07 à 11:59 | tags : sexe et littérature, alan moore, vo, web

Maintenant que la poussière de la campagne médiatique préventive autour de Lost Girls est retombée, un certain consensus critique semble s'être établi autour du fait que toutes les bonnes intentions et les grandes ambitions d'Alan Moore et Melinda Gebbie, pour louables qu'elles sont, le mariage de la pornographie et de l'art n'a pas fonctionné. Le nom du fautif étant le point sur lequel le consencus se brise, j'avais pour ma part de l'art et de la pornographie choisi de blâmer les deux également, et de Moore et Gebbie accuser le premier surtout de lourdeur didactique. Peu importe puisque la campagne de soutien au livre a marché : il s'est vendu en grande quantité et surtout il a jusqu'ici évité presque tous les ennuis juridiques qu'on lui prédisait.

Si on revient une fois encore sur Lost Girls, c'est que Moore l'a fait aussi en se fendant d'un petit essai sur l'histoire de la pornographie pour l'excellent mais défunt magazine américain Arthur. Son contenu est résumé par l'auteur lui même : "Des cultures sexuellement progressives nous ont données les mathématiques, la littérature, la philosophie, la civilisation et le reste quand des cultures sexuellement répressives nous ont donné le moyen âge et l'holocauste. Ce n'est pas que j'essaye de donner du poids à mon argument, bien sûr." Pour en arriver là Moore dresse une histoire de la sexualité et de sa représentation de la Vénus de Willendorf à nos jours en passant par la grèce antique, les oeuvres pornographiques perdues d'Aubrey Beardsley et William Blake et Traci Lords.

Tout cela est écrit sur un ton discursif très digeste, autrement plus en tout cas que ne l'est Lost Girls, d'autant que Moore n'a pas ici à avoir honte d'être didactique. Se pose pourtant un problème récurrent chez l'anglais, de plus en plus apparent dans la croissance exponentielle de l'universalisme de ses ambitions : il est et reste anglais et anglo-centriste. Lui qui ne quitte jamais sa ville de Northampton prétend n'en avoir pas besoin puisqu'il serait capable d'invoquer n'importe quel lieu dans son living room. Une idée séduisante qu'on est prêt à croire venant de lui mais qu'il n'a pas l'air très soucieux de mettre à l'épreuve.


Thomas Pynchon : Commentaire sur le commentaire du commentaire

Posté par Maxence le 17.04.07 à 12:02 | tags : roman, news, elucubration, vo

Etonnant cet article lu chez nos confrères de Chronic'art sur Against The Day, le dernier roman du mythique écrivain Thomas Pynchon, qui vient de paraître outre-atlantique. Faute d'avoir lu le livre, le chroniqueur maison nous pond deux pages complètes de commentaires sur les revues de presse anglo-saxonnes !? Du jamais vu. Après la chronique du livre : La chronique de la chronique. Ou "le commentaire du commentaire".
De surcroît, à la lecture du rapport qu'en fait le journaliste de Chronicart, il est évident que la critique anglo-saxonne est très partagée (c'est le moins que l'on puisse dire). "Imbitable" pour les uns, "incontournable" pour les autres, le livre se voit taxer d'"Exaspérant et imaginatif", ou encore à propos des personnages d'Against The Day : "C'est triste à dire mais ce qu'il leur arrive, à eux et à leurs proches, on en a rien à faire" (dans le New York Time). Le journaliste parle d'ambivalence, de démesure (toujours en citant les compte-rendus des journalistes anglo-saxons) et continu pourtant à construire tout son papier sur le fait que "globalement, la presse outre-manche et outre-atlantique, ne tarie pas déloges sur le dernier roman de Pynchon" ? Du coup on ne comprend pas trop bien l'intérêt de ces deux pages couvrant un évènement littéraire en demi-teinte et on se demande bien que penser de cet article affichant de manière maladroite une façon de prendre ses désirs pour des réalités, plutôt que l'objectivité. De votre côté vous devez également vous demander à quoi rime ce post... pas bête. Peut-être est-il simplement le reflet d'une critique en demi-teinte qui tente de revêtir les couleurs d'un enthousiasme franc et massif, ce que ce livre de Pynchon échoue à provoquer semble t-il. Alors, "bon ? Pas bon ?" le dernier Pynchon ? Hé bien il ne nous reste plus qu'à attendre sa traduction en France, (ou à trouver le courage de la lire dans sa langue originale) pour enfin pouvoir ce faire une idée précise.


Mother London : Livre-ville

Posté par Myosotis le 16.04.07 à 10:29 | tags : roman, vo

 

La réédition fait souvent le larron et c'est le cas ici avec cette ressortie en poche (Folio SF) du très bon Mother London de Michael Moorcock. Auteur célèbre pour ses sagas SF (de Jerry Cornelius à Elric), Moorcock publie en 1988, alors qu'il n'est pas encore un vieux monsieur (50 ans), son livre-somme, soit un pavé de plus de 600 pages qui n'appartient en aucune façon au genre fantastique auquel il nous a habitué.
Mother London
tient en réalité plus du guide touristique et du livre d'histoire que du livre de science-fiction. Il s'adresse directement à ceux qui sont fascinés par Londres et par sa construction si particulière, en couches historiques qui, au lieu de se juxtaposer (comme à Paris où les époques finissent par cohabiter) se superposent et s'enfouissent les unes dans les autres. Moorcock imagine ici les destins croisés de 3 personnages, nés ou révélés pendant le Blitz, la période sombre des bombardements nazis, dont la vie va se confondre avec celle de la grande cité. Mary Gasalee, David Mummery et Josef Kiss, les 3 héros de Mother London, ont en effet hérité d'un étrange pouvoir, circonscrit à la ville de Londres, qui leur permet de connaître à la perfection sa topographie et surtout de lire les pensées des habitants de la ville. Tellement pénétrés du sens de la capitale anglaise, ils en deviennent (et c'est l'idée de génie de Moorcock) une part de sa conscience, si tant est qu'une ville puisse avoir une conscience.
Du coup, les 3 télépathes sont considérés comme des dingues par leur époque et évoluent tout au long du livre entre séjours psychiatriques et déambulations mélancoliques et romantiques dans la ville. On les suit pas à pas, année après année, malgré l'absence quasi totale d'événements. Moorcock propose avec ce livre un pendant romanesque et poétique au Londres de Peter Ackroyd dont il se rapproche à bien des égards. Son roman est précis, construit sur un plan simple mais élaboré (les parties finales sont le miroir des premières) et avant tout sur un immense amour de Londres et de son peuple. C'est l'atmosphère de la ville qu'il faut venir chercher ici, sa respiration, son agitation, sa capacité à afficher les différences et à les fondre dans un même mystérieux (et fumeux) esprit londonien.

 

Mother London est un grand roman-torrent, long et ennuyeux sur les bords (il ne s'y pas passe grand chose), mais grand roman-ville ce qui n'existe quasiment pas dans la vraie vie romanesque, un livre suffisamment costaud pour établir la ville dans son siècle. Paris n'a pas de livre équivalent, sorti des flâneries de Baudelaire et des Passages benjaminiens. Et si c'était les livres qui faisaient l'âme des villes plus que leurs habitants ou leurs maires ?

Mother London
Michael Moorcock


Le Destin d'Eddie Campbell

Posté par 2goldfish le 15.03.07 à 10:33 | tags : web, bd, alan moore, vo, blogosphère livres

Il n'a commencé que depuis quelques mois, mais Eddie Campbell est déjà l'un des blogueurs les plus intéressants pour tout amateur de BD. Les détails de sa vie intime servant déjà de matière première à ses BD, The Fate Of The Artist (c'est le nom du blog et de son dernier album) sert plutôt à son auteur à parler de son art.
Il revisite ainsi page par page le script d'Alan Moore pour From Hell, dont seuls les premiers chapitres avaient été publiés. C'est l'occasion de constater que, comme Moore le disait dans ses propres annotations à son chef d'oeuvre, si lui nous imposait un appendice conséquent, les notes qu'Eddie Campbell peut produire sur son travail de documentation sont beaucoup plus fournies encore. On découvre aussi que, comme on le soupçonnait, il est l'un des seuls (si ce n'est LE seul) à avoir été plus loin que les scénarios particulièrement détaillés d'Alan Moore.

Plus intéressant pour qui ne nourrit pas une fascination excessive pour tous les détails de From Hell, Campbell se livre aussi à un exposé de quelques "règles" de son invention pour une narration non mélodramatique pour la bande dessinée. Il réfute notament l'existence généralement admise du temps dans la page de BD et établit la nécessité de l'autonomie dramatique de la case dans la planche.

Il est aussi question de BD en général, de musique, de peinture et de geckonidés, autant de sujets sur lesquels Campbell se montre toujours aussi éloquent et cultivé. A cet instant, je ne vois pas ce que ce type pourrait faire pour que je l'aime plus.


Toutes mes lectures en ligne comme Art Garfunkel

Posté par Myosotis le 05.02.07 à 11:50 | tags : livre, elucubration, vo

Il n'est peut-être pas trop tard pour s'y mettre (encore que...) : chaque lecteur, petit, moyen ou gros, a rêvé un jour de se retourner sur son parcours de lecteur et de pouvoir contempler d'un oeil fier (cette culture balayée, assimilée, oubliée), honteux (ce temps perdu, ces rendez-vous manqués, cette désolation), ou étoilé (ces découvertes, ces émotions), la liste exhaustive de ses lectures. La somme de nos lectures résumerait-elle ce que nous sommes ? Les livres font-ils l'homme ou est-ce que c'est l'homme-lecteur qui fait les livres et leur enchaînement ? Une A.I bien intentionnée pourrait-elle, dans un futur proche, à partir de ces précieuses informations nous dire enfin qui nous sommes ?
Le chanteur Art Garfunkel, en nous attendant, a fait cette énorme travail pour nous (pour lui), offrant depuis des années sur son site la liste de tous les livres qu'il a lus en 40 ans. Ne connaissant pas plus que n'importe qui le parcours musical de cet homme, je ne peux qu'être pris d'affection pour lui quand je découvre cette liste d'une richesse incroyable où Kant, Freud et Sénèque cotoyent Shakespeare, Gogol, Hawthorne et Dorothy Parker. Qu'on apprécie ou pas son drôle de duo folkeux avec le petit Paul Simon, ce gars-là a de saines lectures et s'impose, par cet affichage tout sauf ostentatoire, comme un homme de goût. Pour ceux que ça intéresse, Garfunkel devrait atteindre prochainement les 1000 livres (en 40 ans, ce qui fait une moyenne très honorable pour un Américain) et dévore actuellement le Loup des Steppes d'Herman Hesse. Six mois plus tôt, il se tapait La Débâcle d'Emile Zola, ça impose le respect. http://www.artgarfunkel.com/library.html

Qui sera là pour me rappeler qu'un automne 2006, je lisais un livre de Marc Levy ?

 


A la recherche de Cerebus

Posté par 2goldfish le 29.01.07 à 09:00 | tags : vo, comics

Dans le monde des comics, le Cerebus de Dave Sim occupe une place comparable à celle de La Recherche du Temps Perdu, en ce sens que si tout le monde en a entendu parler et reconnaît son importance, rares sont ceux qui l'ont réellement lu en entier. J'en ai pour ma part entrepris la lecture il y a plusieurs années, mais je me trouve véritablement "pris" que depuis quelques mois. Il faut dire que je n'ai peut-être pas bien fait de commencer par le début : à l'origine, Cerebus était un comic book mensuel autoédité, parodie du Conan de Barry Windsor Smith assez mal dessinée et pas très drôle (surtout si, comme moi, vous ne connaissez rien à Conan). Puis aux alentours du douzième numéro son auteur, le canadien Dave Sim a eu une révélation d'ordre mystique en prenant du LSD, un événement clé auquel il reviendra plusieurs fois, le décrivant tout à tour comme une crise de nerf ou un état de parfait équilibre extatique parfait . Cette crise eut deux conséquences majeures : sa femme et sa mère le firent interner pendant quatre jour, le temps qu'il redescende sur terre, et il traça pour Cerebus un plan qui le ménerait jusqu'au numéro 300, vingt-cinq ans plus tard. Et il s'y est tenu.

A plus de six mille pages, Cerebus est sans doute la plus longue histoire jamais racontée par un seul homme sous forme de BD. Certains mangas comptent sans doute au moins autant de pages, mais aucun à ma connaissance ne racontent vraiment une seule histoire avec un début et une fin. Cerebus est un roman, pas une série. Du moins, arrivé à peu près à la moitié des trois cent numéros, c'est ce qu'il me semble. Les choses sérieuses ne commencent qu'au vingtième numéro et, si je peux vous conseiller un point de départ, ce sera High Society, le recueil des numéros 26 à 50 de Cerebus, dans lequel le personnage qui donne son titre à la BD, un oryctérope anthropomorphe sans foi ni loi, se retrouve premier ministre d'une cité en faillite. A cette période l'humour était encore largement présent et était même devenu très bon, notamment avec The Cockroach, un super héros qui change sans cesse de costume au gré des envies parodiques de Sim (son batman version Frank Miller est particulièrement bien vu).

Par la suite Cerebus deviendra pape, ce qui donnera l'occasion à l'auteur d'être encore plus virulent avec la religion qu'il ne l'a été avec la politique. Beaucoup pourrait être dit à propos de Sim lui même, qui alors que son titre était au plus haut de sa popularité au début des années quatre vingt dix, avec parait-il un tirage inégalé dans l'auto-édition de comics, il publia au dos de Cerebus une série d'essais interprétés comme misogynes (je reste prudent tant que je ne les ai pas lu) et perdit très vite la plus grande part de son lectorat. Jeune homme libéral, féministe, drogué et gauchisant quand il a commencé son oeuvre dans les années soixante-dix, Sim est devenu fermement anti-féministe, extrêmement religieux (une sorte de gnosticisme christiano-musulman), qu'il soutient l'administration Bush et vit comme un ascète, refusant confort matériel, technologie et femmes. J'essaie cependant pour l'instant de lire l'oeuvre sans me laisser distraire par l'auteur, sur lequel je me pencherais sans doute une fois ma lecture terminée. Pour l'instant, j'apprécie juste l'ironie qui fait que son personnage le plus abouti soit un femme et je me délecte de l'échelle que peuvent prendre l'expérimentation avec la composition des pages quand on en a six mille. Je me régale de son utilisation comme personnage et narrateur d'Oscar Wilde, qui quitte le domaine de la parodie pour celui du clonage sur papier.

Jaka, l'amour de la vie de CerebusIl y a encore un millier de choses que je pourrais dire sur Cerebus sans réussir à vous expliquer son génie ou même son sujet, mais elles devront attendre une prochaine fois. Sachez juste qu'il s'agit là de rien de moins qu'une pierre angulaire de la bande dessinée et que le statut de paria dans lequel son auteur s'est volontairement jeté ne devrait pas nous empêcher d'apprécier son chef d'oeuvre. Malheureusement pour nous, la paranoïa de Sim vis a vis des éditeurs ("Aucun éditeur ne vous payera jamais assez pour le poursuivre") fait qu'il se refuse à toute traduction de son oeuvre, a moins, éventuellement, qu'un groupe de fans approuvés par lui ne s'y colle. Par moment je me dis qu'arrivé au bout de ma lecture je lui passerais bien un coup de fil à ce sujet.


Philip Roth : Exit Zuckerman

Posté par Easywriter le 05.12.06 à 15:02 | tags : roman, vo
Après un cycle littéraire de neuf romans étalés sur 28 ans, l'écrivain américain Philip Roth abandonne son personnage fétiche Nathan Zuckerman. Exit Ghost est le titre de cet ultime ouvrage consacré au double littéraire de l'auteur  à paraître l'an prochain aux Etats-Unis. Zuckerman jeune (puis moins jeune) romancier hanté par la culpabilité avait permis à Roth de créer des romans interrogeant sans cesse leur propre statut de fiction. Il est encore l’écrivain des ombres, des vies inventées et réinventées, telle cette Amy Belette rêvée en Anne Franck. Il est enfin un écrivain fantôme, ce double qui hante les romans de Roth dans un fascinant jeu de miroir entre l’imaginaire et le réel" , écrivait à propos du narrateur, Jean-Baptiste Louvet pour Fluctuat.
 Pour son dernier tour de piste, Zuckerman revient à New-York, croise la nouvelle génération d'écrivains en vogue et un ami mourant. Obsession, insatisfaction pathologique, sentiment permanent d'avoir trahi les siens, thèmes récurrents chez le romancier ,devraient encore être au centre du livre. Son éditeur américain précise qu'il "constitue une étude bouleversante de l'oubli et de la résignation". S'il le dit...
Sur Flu, le mag : lire la chronique du Complot contre l'Amérique et une biblio express plutôt bien foutue.

En direct de Coupland TV.

Posté par Maxence le 25.10.06 à 17:29 | tags : vo, douglas coupland
Extinction Event, c'est le titre du nouveau joujou de l'hyper-actif écrivain Douglas Coupland. Il nous en parlait en effet en conclusion de l'interview accordée à Fluctuat, le mag, au printemps dernier. Il s'agirait donc d'un soap, co-signé avec les réalisateurs Chris Nanos (déjà co-producteur de Everything's Gone Green, le film de Coupland), Henrik Mayer et Elizabeth Yake, que l'auteur décrivait comme une série TV où j’invente une nouvelle fin du monde chaque semaine. Et chaque semaine, les six protagonistes doivent apprendre quelque chose qu’ils pourront employer pour changer leur manière d’exister. Plus précisément, le magazine Twitch, parle d'un évènement télévisuel dans la veine de Doctor Who, Buffy contre les Vampires et Lost. Le pilote est déjà écrit et la réalisation est en court. A suivre, donc... (merci Daylon)

J'ai lu Lost Girls

Posté par 2goldfish le 17.10.06 à 10:31 | tags : alan moore, sexe et littérature, bd, vo
lost girlsApparement, je suis le premier ici, et j'ai de la chance. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je vous parle d'une BD pornographique d'Alan Moore et Melinda Gebbie dans laquelle trois femmes nomées Alice, Wendy et Dorothée se retrouvent dans un hotel suisse à la veille de la première guerre mondiale pour se raconter leur biographies sexuelles. C'est une oeuvre très ambitieuse censée réconcilier le lecteur avec son imagination sexuelle.
Lost Girls est déjà un succès critique et commercial, et pas encore la victime d'un procureur américain bien pensant (ce qui ne saurait tarder, n'en doutons pas). C'est effectivement une oeuvre hautement recommandable à tout lecteur majeur, mais ce n'est pas le chef d'oeuvre absolu annoncé.
Premier problème, Lost Girls n'est pas une révélation. C'est peut-être la différence culturelle, puisqu'en tant que français nous avons la réputation d'une attitude éclairée vis a vis du sexe, mais je n'ai pas attendu cette lecture pour savoir que l'imagination sexuelle est une chose formidable, que la pornographie peut-être de l'art ou que la guerre n'est jamais que l'expression de pulsions homosexuelles refoulées (ou "les soldats, c'est tous des pédés"). Ce n'est pas un crime, mais Lost Girls ne fait jamais que répéter (avec un très bon sens de la formule), des idées pas si originales que ça.
Lost GirlsBeaucoup plus grave, l'écriture de Moore ruine souvent l'efficacité de son propos. Plutôt qu'une vraie BD, Lost Girls ressemble trop souvent à l'un de ces livres illustrés que lisent ses personnages. Moore répète volontiers que selon certaines études, en stimulant en même temps les deux hémisphères de notre cerveau via le texte et l'image, la BD serait le plus efficace moyen de communiquer une information. Ici, avec ces deux éléments mis en parallèle plutôt qu'entremêlés, le lecteur adopte un rythme mécanique (je regarde l'image, je lis le texte, je regarde l'image suivante...).
Mon cerveau monopolisait donc mes flux sanguins au détriment de mes corps caverneux. Sans doute chez d'autres l'effets sera-t-il inverse. L'important c'est que, contrairement à Gebbie qui a apporté tout son art au dessin des actes les plus bestiaux (voir à ce sujet Dorothée et le lion du Magicien d'Oz), Moore ne réussi pas à marier l'art et la pornographie, juste à les faire cohabiter.
Lost Girls
Alan Moore et Melinda Gebbie

Dostoïevski et Martin Amis

Posté par Myosotis le 16.10.06 à 09:00 | tags : roman, vo
Coïncidence étonnante (ou début d'une période russe), je viens d'enchaîner la lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski (que je n'avais jamais lu) et de House of Meetings, le nouveau, court et excellent roman du britannique Martin Amis. Alors que je m'interrogeais sur les rapports entre les deux ouvrages, je tombe sur cette séquence, page 57, qui me paraît être une critique très pertinente des travaux de "Dusty", comme le surnomme Amis.
"Vous les occidentaux, le seul écrivain russe qui vous parle est ce vieux sac à vent, ce vieux corbeau, ce génie de Dostoïevski. Vous l'aimez parce que tous ses personnages sont foirés SCIEMMENT. C'est justement ce que Conrad ne supportait pas chez lui, tous ses personnages de fous sacrés, de débiles sans le sou, d'étudiants affamés et de bureaucrates paranoÏaques. Comme si la vie n'était pas assez dure, ces types font tout leur possible pour oeuvrer à leur propre souffrance." (traduction plus que libre)
Il faut avouer que c'est assez bien vu. Dans le roman d'Amis, ce discours est tenu par un vieillard russe de 80 balais, sorti du goulag il y a quarante ans. Cette phrase nous rappelle qu'Amis, avant d'être un grand romancier, est aussi un énorme critique littéraire, très lucide, très synthétique. La fonction de tels critiques, et c'est le cas ici, est de donner un éclairage étonnant et quasi extralucide sur une oeuvre ou un auteur. Si l'on y pense, qu'on aime ou qu'on aime pas Dusty, il n'est pas sûr qu'on puisse porter un jugement de valeur sur son oeuvre plus pertinent que celui-là. Il y a évidemment une bonne centaine d'autres raisons de lire la House of Meetings, mais j'y reviendrai une autre fois.

Douglas Coupland et Everything's gone green

Posté par Easywriter le 10.10.06 à 12:09 | tags : vo, littérature en vidéo
Oui bon ok , c'est plutôt une actu cinéma mais :
1) tout ce qui concerne Douglas Coupland appartient à la rédaction livres qui le soutient sans quasiment aucune réserve depuis longtemps.
2) le responsable de ces pages nourrit de puissants fantasmes sur la ville de Vancouver où un jour il vivra une nouvelle incarnation autrement excitante que son existence du moment.
Or Everything's gone green - dont l'auteur canadien a écrit le scénario - narre les tribulations de Ryan, semi-loose (encore..) d'une vingtaine d'années qui bosse pour un canard local distribué dans les supérettes et se retrouve embarqué dans une sale affaire de blanchiment d'argent.  Mais c'est surtout  une ode poétique à la capitale contre-culturelle du Canada. C'est à dire ?
"La dominance de la culture de la marijuana, la culture asiatique, la culture immobilière, évidemment la météo, l'écotourisme, le cinéma et la télévision". Merci Doug! (Et merci Youtube)
Actuellement en salles au Canada.
Un petit entretien avec l'ami Coupland ?

Allen Ginsberg et le sens du beat

Posté par Easywriter le 06.10.06 à 13:28 | tags : vo, littérature en vidéo

Ginsberg pouss la chansonnette chez William Buckley. Le vieux beat n'a pas loupé sa vocation.



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