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On a parfois pas envie d'attendre la traduction. Ici la littérature est en version originale.
Les freaks, c'est chic
Freakangels est un nouveau webcomic hebdomadaire scénarisé par rien moins que Warren Ellis. Ce n'est sans doute pas anodin de voir un scénariste aussi réputé et "bankable" (il devrait très prochainement hériter du principal titre x-men à la suite de Grant Morrisson et Joss Whedon) se lancer dans un ambitieux projet de comic gratuit pour le web. Il a l'appui de l'éditeur américain Avatar Press (une version papier est bien sûr prévue plus tard) et le site comme la bédé ont la marque d'un professionnalisme que les webcomics n'acquièrent en général qu'après plusieurs années (ou plus souvent jamais). Il y a un forum déjà très actif, un flux RSS (youpi !), une interface simple et claire et des lecteurs, déjà beaucoup de lecteurs (77 000 la première semaine, dieu sait combien aujourd'hui).
Ce qui arrive ensuite, pour l'instant, c'est qu'on est introduit à une ribambelle de personnages, tous autant de clichés "ellis-éen" cyniques et râleurs... Mais on ne va pas se mettre à regarder dans la bouche d'un cheval offert, n'est-ce pas ? D'autant plus que Paul Duffield au dessin s'avère plutôt talentueux. Son style mélange habilement l'influence des mangas pour filles avec un côté plus européens et des couleurs à tomber.
On pourra regretter de voir que, offert une telle occasion, Ellis produise un peu toujours la même chose mais son idée semble plus être pour l'instant de changer le "contenant" plutôt que le "contenu". On peu espérer que Freakangels ouvre la voie à d'autres auteurs de comics "traditionnels", loin des offres online moyenâgeuses de DC Comics et Marvel. Natalie Dee est drôleJe pourrais écrire tout un tas de trucs pour vous expliquer en quoi les dessins quotidiens de Natalie Dee sont excellents et pourquoi vous devriez les lire. Je ne sais vraiment pas ce que j'écrirais au delà de "drôle", "inventif", "coloré" et quelques autres adjectifs que j'ai toujours sous la main mais je trouverais sans doute. Sauf que franchement, même si je suis censé habiller un minimum les liens que je balance ici, ça vous ennuierait vous et moi et nous ne sommes pas là pour ça : nous sommes là pour que vous ayez quelque chose à lire au bureau. Natalie Dee, donc... elle est drôle. Regarde toujours la vie du mauvais côté
C’est une chose de lire les histoires de Jimmy Corrigan ou Quimby The Mouse et voir Ware peindre des personnages parfaitement pitoyables, c’en est une autre de retrouver le même misérabilisme dans son autoportrait. C’est que les carnets de dessins de Ware sont bourrés de croquis pas toujours intéressants visiblement réalisé surtout quand il n’avait vraiment rien d’autre à faire, d’où une multitude de portraits d’inconnus attendant à l’aéroport, d’amis vus de dos en train de conduire et de paysages urbains probablement observés depuis un arrêt de bus.
Pour en savoir plus sur le Graphic Novel, lisez le dossier spécial sur Flu
The Acme Novelty Library Date Book Vol. 2 1995-2002 Oog & Blik Le Livre Noir de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires Ce Black Dossier n'est pas le véritable troisième tome des aventures de la Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore et Kevin O'Neill. La Ligue, rappelons-le, est une Bd au concept simple et génial : les héros de la littérature victorienne parmi lesquels Alan Quatermain, l'Homme Invisible et le Capitaine Némo, sont embauchés par les services secrets britanniques pour lutter ensemble contre les menaces du monde moderne : Fu Manchu, les Martiens de la La Guerre des Mondes etc...Jusqu'ici, nous avons eu droit à deux aventures en Bd de la Ligue, et à une, paraît-il, horrible adaptation cinématographique. Black Dossier n'est donc pas le troisième épisode de la série, mais plutôt un interlude ou un supplément de luxe qui s'avère finalement encore meilleur que le matériel d'origine. Dans les première pages de la Bd, nous retrouvons Mina et Allan, les deux héros des précédents volumes, mystérieusement rajeunis dans le Londres des années 1950 alors en pleine transition après la chute du régime de Big Brother. Mina séduit un espion playboy, qui aime les vodka-martini secouées mais pas frappées, qui se fait appeler Jimmy (pour des raisons de droit, comme plusieurs de ses collègues des fifties, il ne sera jamais plus clairement identifié). Elle l'utilise pour infiltrer l'ancien Ministère de l'Amour et subtiliser le fameux Black Dossier. La suite de la Bd sera une course poursuite entre les voleurs et Jimmy, assisté d'Emma Peel et Bulldog Drummond (espion britannique pré-Bond), pourtant cette course poursuite n'est qu'une succession d'entractes, ce qui nous permet de souffler entre deux tranches du Black Dossier volé, intégralement reproduit dans les pages de l'album.Ce dossier est censé présenter l'histoire de la Ligue, de sa première incarnation avec Gulliver, Prospero et Davy Crockett aux plus récentes aventures d'Allan et Mina en Amérique parmi les beatniks. Moore et O'Neill s'en donnent à coeur joie et multiplient les pastiches : d'une fausse pièce inachevée du célèbre biographe William Shakespeare à un hilarant mix entre l'auteur comique P.G. Wodehouse et l'effrayant H.P. Lovecraft en passant par une Tijuana Bible (Bd porno) "1984" et un très drôle chapitre à la Kerouac dans lequel Mina et Allan stoppent le diabolique Docteur Sachs. Il y a forcément plus de références qu'on ne saurait reconnaître, mais peu importe, ça fait partie du jeu : Black Dossier est deux fois plus ludique encore que les précédentes aventures de la Ligue. Les dernières pages font même usage de la troisième dimension grâce à une paire de lunettes fournies avec le livre. Black Dossier est cependant plus que ludique. C'est aussi une histoire de la fiction et de son rôle depuis l'aube de l'humanité, un traité de dissidence sexuelle plus condensé et efficace que Lost Girls et une démonstration de l'étendue du talent de dessinateur de Kevin O'Neill. D'une certaine façon, c'est un travail plutôt mineur pour Alan Moore, et pourtant on est encore une fois époustouflé par son génie.Une ultime précision : l'avenir pourrait me faire mentir, nous avons déjà eu de telles frayeurs finalement infondées avec Lost Girls, mais il semblerait bien que le président de DC comics, très en colère après Alan Moore, ait décidé d'empêcher la publication de ce Black Dossier en dehors des USA. Sa lecture demande un très bon niveau en anglais. Toutegois, voyons les choses du bon côté : le dollar ne vaut plus rien pour nous autres riches Européens et même en tenant compte des frais de port, on peut importer la Bd pour une bouchée de pain. The League of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier Alan Moore, Kevin O'Neill DC Comics/America's Best Comics Cat And Girl
Une des choses que j'ai apprises en écrivant pour Mille feuilles c'est qu'il est extrêmement difficile d'écrire sur une série de strips. Il n'est déjà pas facile de parler du comique en général, la tentation étant très forte de juste dire "regardez, c'est rigolo", parce que, chacun le sait, une blague ça ne s'explique pas. Non content d'être pour la plupart comiques, les strips présentent la difficulté supplémentaire d'être généralement très simples. Que dire de plus, finalement ? Regardez, c'est rigolo. Cat And Girl Alan Moore, Art Siegelman et Dan Clowes dans les SimpsonsDans le dernier épisode de la saison 19 (!) des Simpsons diffusé aux USA, une nouvelle librairie de comics "alternative" s'ouvre à Springfield et organise une séance de dédicace avec Daniel Clowes, Art Spiegelman et Alan Moore. Dans les années 1980, alors qu'il n'était "que" l'auteur du brillant strip Life In Hell, Matt Groening aurait pu s'asseoir à la même table. Observez bien le poster de Lost Girls derrière Moore, parce que depuis que Delcourt s'est dégonflé, la diffusion sur Canal+ de cet épisode sera sans doute ce qu'on aura de plus proche d'une publication de cette BD en France. Oui, bon, euh... C'est vrai que les Simpsons, à la télé, c'est plus ce que c'était. C'est quand même un moment important dans la reconnaissance culturelle des comics alternatifs. Ou pas. Enfin, c'est un peu amusant, je crois. Euh, je fais quoi là, déjà ? L'inquiètude des nouilles
XKCD, ça veut dire quoi ?![]()
Steve Ditko, l'autre papa de SpidermanSteve Ditko, co-créateur de Spider Man avec Stan Lee (enfin, est-ce vraiment le cas ?) a récemment fait l'objet d'un documentaire sur la BBC réalisé par Johnathan Ross. L'intégralité du documentaire est visible sur youtube, mais vous pouvez commencer avec cet extrait, une bonne introduction pour ceux qui ignoreraient tout de Ditko. De comment il est grave talentueux et complètement ouf d'Ayn Rand et de son objectivisme (une "philosophie" de l'égoïsme), de pourquoi c'est Stan Lee seul qui apparaît dans les films Spiderman et de quoi ont l'air Neil Gaiman et Alan Moore en vrai : Creased, pro-dépresseur
Ça ne vous remontra probablement pas le moral si vous bossez dans une de ces usines automobiles où tout le monde se suicide, mais si vous vous faites prendre en flagrant délit de lecture, ils fonctionneront parfaitement comme appel à l'aide et on vous accordera enfin le droit de prendre une heure de pause pour aller voir le psy comme tous vos collègues. Quand le Prozac commencera à faire effet, vous pourrez retourner travailler heureux, et par peur de vous "pousser de l'autre côté", tout le monde vous laissera tranquille quand vous lirez Creased, BD qui fonctionne d'autant mieux lue dans un état émotionnel chimiquement contrôlé. Lecture de bureau : Perry Bible FellowshipSelon toute vraissemblance, vous devez être nombreux à lire Fluctuat au bureau. Et avec la croissance si proche du zéro, c'est peut-être irresponsable de notre part de faire davantage de mal à votre productivité, mais nous ne sommes pas votre mère ni votre patron. Aussi ce billet inaugure-t-il une série sur les lectures de bureau. Des lectures divertissantes, consommables par petites doses, furtives et faciles à cacher dans un onglet anonyme de votre ordinateur.
Pour commencer cette entreprise de sape de l'économie française, il n'y a pas mieux que le célèbre Perry Bible Fellowship, un strip hebdomadaire à l'humour universel. Contrairement à la plupart des webcomics, PBF est très bien dessiné (ne vous fiez pas à l'exemple du dessus qui date un peu), le plus souvent dans un style naïf rappelant les livres d'enfants, mais parfois aussi dans toute une variété de styles allant de l'estampe japonaise au pixel-art selon les besoins du gag. Globalement, ceux-ci tournent à peu près toujours autour du sexe, de la mort ou de la stupidité, trois thèmes éternellement porteurs. Les archives sur le site ont été récemment raccourcies pour accorder l'exclusivité des meilleurs vieux strips à un bouquin sorti il y a peu aux Etats-Unis mais il reste tout de même quelques dizaines de très bons strips. 52 : la saga sitcom des outsiders DC
Avant qu'il ne soit trop tard pour vous, et parce que la période s'y prête (rien de tel qu'un petit comics sur la plage pour passer pour quelqu'un d'irresponsable, mégacool, décérébré et ouvert à toutes les expériences multipartenaires), il est encore possible de vous précipiter en kiosque pour rattraper les 3 numéros de la série 52 sortis ces derniers mois. A 4 euros et quelques le numéro (pour 40 minutes de lecture x 3, donc), l'investissement n'est pas si mauvais et peu aisément être comparé à la lecture de qui vous savez (ML, le hérisson & co). Evénement de l'année 2006 chez DC Comics, 52 a non seulement réussi à assurer une bonne part du bénéfice commercial des adversaires de la Maison des Idées, mais démontré que son format original (1 numéro par semaine sur 52 semaines - d'où son titre, enfin, je suppose) était artistiquement tenable. Il aura fallu pas moins de 4 équipes de scénaristes pour venir à bout du défi et présenter un magazine ponctuel et de qualité, que la sortie française nous offre dans un format sensiblement différent (4 numéros rassemblés par mois sur 13 mois), ce qui n'est pas plus mal. Du coup, c'est un réel plaisir de suivre la résurrection de personnages dont on ne soupçonnait plus même l'existence et de se laisser paumer dans et par une succession de tableaux (4 "héros" constituent 4 fils narratifs qui se rejoignent) dont on trouve les sources un peu partout dans l'univers DC mais aussi dans le modèle des sitcoms télé (Friends, Heroes qui a raflé la mise au même moment) ou de la BD indépendante (le Top Ten d'Alan Moore). Parmi ces personnages venus de nulle part et qui occupent ici les premiers rôles, on marquera une préférence pour le déchirement d'Elongated Man, qui a, au début du récit, perdu sa femme, pour la lesbienne alcoolo Renée Montoya et pour le mystérieux homme sans visage, The Question. On aura aussi une pensée pour BatWoman, le méchant Black Adam et pour toutes les trouvailles scénaristiques qui font de la saga 52 une entrelacs de récits, histoires et sous-contes tout à fait passionnant. Il reste néanmoins à parier que ceux qui avaient pris l'habitude de lire les comics en roue libre et avec une petite partie de leur cerveau, ceux qui ne peuvent pas suivre plusieurs choses de front, ceux qui se croient trop intelligents pour s'attacher à des hommes et femmes en collants, se perdront en route. Rappelons le : il y a plus à gagner en se lovant dans la soie de l'araignée qu'à péter avec élégance dans celle du hérisson. (proverbe sarthois) William Gibson présente Spook CountryIl en est aujourd'hui des livres comme des films. Ils ont leurs trailers, leurs bandes annonces, leur making off, bientôt leurs illustrations qui seront vendues à part dans les librairie avec la mention sur la couverture : "cet ouvrage comporte des photos, en vente séparément, renseignez vous auprès de notre personnel pour les acquérir". Une idée que William Gibson a déjà fait sienne avec son dernier roman Spook Contry (ainsi que mes amis du Cafard Cosmique l'ont rapidement noté) puisque des rues, des places, bref, des lieux du livre sont bien évidemment disponible sur internet par le biais de google map, streetwiew and so on. On apprend beaucoup de chose dans cet interview et sa présentation, pour ce que j'en sais, est véritablement révolutionnaire puisqu'on a droit ici à un véritable petit film. Ceci étant, il ne s'agit bien sûr que du sommet de l'iceberg médiatique qui se met en place autour de Spook Contry. La preuve, quelques jours plus tard, il était en conférence lecture sur Second Life. Et preuve que nous sommes bien dans le domaine de la science-fiction, quand il répond, Gibson n'ouvre pas la bouche... Naturellement, je ne saurais trop vous conseiller de suivre le lien du Cafard, vous aurez droit à la liste non-exhaustive des interviews/reviews de l'auteur et de son oeuvre sur le net (et oui, les cafards sont bien utiles parfois... ce post leurs est tout naturellement dédié) Alan Moore revient sur la pornographie
Si on revient une fois encore sur Lost Girls, c'est que Moore l'a fait aussi en se fendant d'un petit essai sur l'histoire de la pornographie pour l'excellent mais défunt magazine américain Arthur. Son contenu est résumé par l'auteur lui même : "Des cultures sexuellement progressives nous ont données les mathématiques, la littérature, la philosophie, la civilisation et le reste quand des cultures sexuellement répressives nous ont donné le moyen âge et l'holocauste. Ce n'est pas que j'essaye de donner du poids à mon argument, bien sûr." Pour en arriver là Moore dresse une histoire de la sexualité et de sa représentation de la Vénus de Willendorf à nos jours en passant par la grèce antique, les oeuvres pornographiques perdues d'Aubrey Beardsley et William Blake et Traci Lords. Tout cela est écrit sur un ton discursif très digeste, autrement plus en tout cas que ne l'est Lost Girls, d'autant que Moore n'a pas ici à avoir honte d'être didactique. Se pose pourtant un problème récurrent chez l'anglais, de plus en plus apparent dans la croissance exponentielle de l'universalisme de ses ambitions : il est et reste anglais et anglo-centriste. Lui qui ne quitte jamais sa ville de Northampton prétend n'en avoir pas besoin puisqu'il serait capable d'invoquer n'importe quel lieu dans son living room. Une idée séduisante qu'on est prêt à croire venant de lui mais qu'il n'a pas l'air très soucieux de mettre à l'épreuve. Thomas Pynchon : Commentaire sur le commentaire du commentaire
Mother London : Livre-ville
![]() Mother London tient en réalité plus du guide touristique et du livre d'histoire que du livre de science-fiction. Il s'adresse directement à ceux qui sont fascinés par Londres et par sa construction si particulière, en couches historiques qui, au lieu de se juxtaposer (comme à Paris où les époques finissent par cohabiter) se superposent et s'enfouissent les unes dans les autres. Moorcock imagine ici les destins croisés de 3 personnages, nés ou révélés pendant le Blitz, la période sombre des bombardements nazis, dont la vie va se confondre avec celle de la grande cité. Mary Gasalee, David Mummery et Josef Kiss, les 3 héros de Mother London, ont en effet hérité d'un étrange pouvoir, circonscrit à la ville de Londres, qui leur permet de connaître à la perfection sa topographie et surtout de lire les pensées des habitants de la ville. Tellement pénétrés du sens de la capitale anglaise, ils en deviennent (et c'est l'idée de génie de Moorcock) une part de sa conscience, si tant est qu'une ville puisse avoir une conscience. Du coup, les 3 télépathes sont considérés comme des dingues par leur époque et évoluent tout au long du livre entre séjours psychiatriques et déambulations mélancoliques et romantiques dans la ville. On les suit pas à pas, année après année, malgré l'absence quasi totale d'événements. Moorcock propose avec ce livre un pendant romanesque et poétique au Londres de Peter Ackroyd dont il se rapproche à bien des égards. Son roman est précis, construit sur un plan simple mais élaboré (les parties finales sont le miroir des premières) et avant tout sur un immense amour de Londres et de son peuple. C'est l'atmosphère de la ville qu'il faut venir chercher ici, sa respiration, son agitation, sa capacité à afficher les différences et à les fondre dans un même mystérieux (et fumeux) esprit londonien.
Mother London est un grand roman-torrent, long et ennuyeux sur les bords (il ne s'y pas passe grand chose), mais grand roman-ville ce qui n'existe quasiment pas dans la vraie vie romanesque, un livre suffisamment costaud pour établir la ville dans son siècle. Paris n'a pas de livre équivalent, sorti des flâneries de Baudelaire et des Passages benjaminiens. Et si c'était les livres qui faisaient l'âme des villes plus que leurs habitants ou leurs maires ? Mother London Le Destin d'Eddie Campbell
Plus intéressant pour qui ne nourrit pas une fascination excessive pour tous les détails de From Hell, Campbell se livre aussi à un exposé de quelques "règles" de son invention pour une narration non mélodramatique pour la bande dessinée. Il réfute notament l'existence généralement admise du temps dans la page de BD et établit la nécessité de l'autonomie dramatique de la case dans la planche. Il est aussi question de BD en général, de musique, de peinture et de geckonidés, autant de sujets sur lesquels Campbell se montre toujours aussi éloquent et cultivé. A cet instant, je ne vois pas ce que ce type pourrait faire pour que je l'aime plus. Toutes mes lectures en ligne comme Art Garfunkel
Il n'est peut-être pas trop tard pour s'y mettre (encore que...) : chaque lecteur, petit, moyen ou gros, a rêvé un jour de se retourner sur son parcours de lecteur et de pouvoir contempler d'un oeil fier (cette culture balayée, assimilée, oubliée), honteux (ce temps perdu, ces rendez-vous manqués, cette désolation), ou étoilé (ces découvertes, ces émotions), la liste exhaustive de ses lectures. La somme de nos lectures résumerait-elle ce que nous sommes ? Les livres font-ils l'homme ou est-ce que c'est l'homme-lecteur qui fait les livres et leur enchaînement ? Une A.I bien intentionnée pourrait-elle, dans un futur proche, à partir de ces précieuses informations nous dire enfin qui nous sommes ? Qui sera là pour me rappeler qu'un automne 2006, je lisais un livre de Marc Levy ?
A la recherche de Cerebus
Par la suite Cerebus deviendra pape, ce qui donnera l'occasion à l'auteur d'être encore plus virulent avec la religion qu'il ne l'a été avec la politique. Beaucoup pourrait être dit à propos de Sim lui même, qui alors que son titre était au plus haut de sa popularité au début des années quatre vingt dix, avec parait-il un tirage inégalé dans l'auto-édition de comics, il publia au dos de Cerebus une série d'essais interprétés comme misogynes (je reste prudent tant que je ne les ai pas lu) et perdit très vite la plus grande part de son lectorat. Jeune homme libéral, féministe, drogué et gauchisant quand il a commencé son oeuvre dans les années soixante-dix, Sim est devenu fermement anti-féministe, extrêmement religieux (une sorte de gnosticisme christiano-musulman), qu'il soutient l'administration Bush et vit comme un ascète, refusant confort matériel, technologie et femmes. J'essaie cependant pour l'instant de lire l'oeuvre sans me laisser distraire par l'auteur, sur lequel je me pencherais sans doute une fois ma lecture terminée. Pour l'instant, j'apprécie juste l'ironie qui fait que son personnage le plus abouti soit un femme et je me délecte de l'échelle que peuvent prendre l'expérimentation avec la composition des pages quand on en a six mille. Je me régale de son utilisation comme personnage et narrateur d'Oscar Wilde, qui quitte le domaine de la parodie pour celui du clonage sur papier.
Philip Roth : Exit Zuckerman Après un cycle littéraire de neuf romans étalés sur 28 ans, l'écrivain américain Philip Roth abandonne son personnage fétiche Nathan Zuckerman. Exit Ghost est le titre de cet ultime ouvrage consacré au double littéraire de l'auteur à paraître l'an prochain aux Etats-Unis. Zuckerman jeune (puis moins jeune) romancier hanté par la culpabilité avait permis à Roth de créer des romans interrogeant sans cesse leur propre statut de fiction. Il est encore l’écrivain des ombres, des vies inventées et réinventées, telle cette Amy Belette rêvée en Anne Franck. Il est enfin un écrivain fantôme, ce double qui hante les romans de Roth dans un fascinant jeu de miroir entre l’imaginaire et le réel" , écrivait à propos du narrateur, Jean-Baptiste Louvet pour Fluctuat.Pour son dernier tour de piste, Zuckerman revient à New-York, croise la nouvelle génération d'écrivains en vogue et un ami mourant. Obsession, insatisfaction pathologique, sentiment permanent d'avoir trahi les siens, thèmes récurrents chez le romancier ,devraient encore être au centre du livre. Son éditeur américain précise qu'il "constitue une étude bouleversante de l'oubli et de la résignation". S'il le dit... Sur Flu, le mag : lire la chronique du Complot contre l'Amérique et une biblio express plutôt bien foutue. En direct de Coupland TV. Extinction Event, c'est le titre du nouveau joujou de l'hyper-actif écrivain Douglas Coupland. Il nous en parlait en effet en conclusion de l'interview accordée à Fluctuat, le mag, au printemps dernier. Il s'agirait donc d'un soap, co-signé avec les réalisateurs Chris Nanos (déjà co-producteur de Everything's Gone Green, le film de Coupland), Henrik Mayer et Elizabeth Yake, que l'auteur décrivait comme une série TV où j’invente une nouvelle fin du monde chaque semaine. Et chaque semaine, les six protagonistes doivent apprendre quelque chose qu’ils pourront employer pour changer leur manière d’exister. Plus précisément, le magazine Twitch, parle d'un évènement télévisuel dans la veine de Doctor Who, Buffy contre les Vampires et Lost. Le pilote est déjà écrit et la réalisation est en court. A suivre, donc... (merci Daylon)J'ai lu Lost Girls Apparement, je suis le premier ici, et j'ai de la chance. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je vous parle d'une BD pornographique d'Alan Moore et Melinda Gebbie dans laquelle trois femmes nomées Alice, Wendy et Dorothée se retrouvent dans un hotel suisse à la veille de la première guerre mondiale pour se raconter leur biographies sexuelles. C'est une oeuvre très ambitieuse censée réconcilier le lecteur avec son imagination sexuelle. Lost Girls est déjà un succès critique et commercial, et pas encore la victime d'un procureur américain bien pensant (ce qui ne saurait tarder, n'en doutons pas). C'est effectivement une oeuvre hautement recommandable à tout lecteur majeur, mais ce n'est pas le chef d'oeuvre absolu annoncé. Premier problème, Lost Girls n'est pas une révélation. C'est peut-être la différence culturelle, puisqu'en tant que français nous avons la réputation d'une attitude éclairée vis a vis du sexe, mais je n'ai pas attendu cette lecture pour savoir que l'imagination sexuelle est une chose formidable, que la pornographie peut-être de l'art ou que la guerre n'est jamais que l'expression de pulsions homosexuelles refoulées (ou "les soldats, c'est tous des pédés"). Ce n'est pas un crime, mais Lost Girls ne fait jamais que répéter (avec un très bon sens de la formule), des idées pas si originales que ça. Beaucoup plus grave, l'écriture de Moore ruine souvent l'efficacité de son propos. Plutôt qu'une vraie BD, Lost Girls ressemble trop souvent à l'un de ces livres illustrés que lisent ses personnages. Moore répète volontiers que selon certaines études, en stimulant en même temps les deux hémisphères de notre cerveau via le texte et l'image, la BD serait le plus efficace moyen de communiquer une information. Ici, avec ces deux éléments mis en parallèle plutôt qu'entremêlés, le lecteur adopte un rythme mécanique (je regarde l'image, je lis le texte, je regarde l'image suivante...).Mon cerveau monopolisait donc mes flux sanguins au détriment de mes corps caverneux. Sans doute chez d'autres l'effets sera-t-il inverse. L'important c'est que, contrairement à Gebbie qui a apporté tout son art au dessin des actes les plus bestiaux (voir à ce sujet Dorothée et le lion du Magicien d'Oz), Moore ne réussi pas à marier l'art et la pornographie, juste à les faire cohabiter. Lost Girls Alan Moore et Melinda Gebbie Dostoïevski et Martin Amis Coïncidence étonnante (ou début d'une période russe), je viens d'enchaîner la lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski (que je n'avais jamais lu) et de House of Meetings, le nouveau, court et excellent roman du britannique Martin Amis. Alors que je m'interrogeais sur les rapports entre les deux ouvrages, je tombe sur cette séquence, page 57, qui me paraît être une critique très pertinente des travaux de "Dusty", comme le surnomme Amis."Vous les occidentaux, le seul écrivain russe qui vous parle est ce vieux sac à vent, ce vieux corbeau, ce génie de Dostoïevski. Vous l'aimez parce que tous ses personnages sont foirés SCIEMMENT. C'est justement ce que Conrad ne supportait pas chez lui, tous ses personnages de fous sacrés, de débiles sans le sou, d'étudiants affamés et de bureaucrates paranoÏaques. Comme si la vie n'était pas assez dure, ces types font tout leur possible pour oeuvrer à leur propre souffrance." (traduction plus que libre) Il faut avouer que c'est assez bien vu. Dans le roman d'Amis, ce discours est tenu par un vieillard russe de 80 balais, sorti du goulag il y a quarante ans. Cette phrase nous rappelle qu'Amis, avant d'être un grand romancier, est aussi un énorme critique littéraire, très lucide, très synthétique. La fonction de tels critiques, et c'est le cas ici, est de donner un éclairage étonnant et quasi extralucide sur une oeuvre ou un auteur. Si l'on y pense, qu'on aime ou qu'on aime pas Dusty, il n'est pas sûr qu'on puisse porter un jugement de valeur sur son oeuvre plus pertinent que celui-là. Il y a évidemment une bonne centaine d'autres raisons de lire la House of Meetings, mais j'y reviendrai une autre fois.Douglas Coupland et Everything's gone green
Oui bon ok , c'est plutôt une actu cinéma mais :
1) tout ce qui concerne Douglas Coupland appartient à la rédaction livres qui le soutient sans quasiment aucune réserve depuis longtemps. 2) le responsable de ces pages nourrit de puissants fantasmes sur la ville de Vancouver où un jour il vivra une nouvelle incarnation autrement excitante que son existence du moment. Or Everything's gone green - dont l'auteur canadien a écrit le scénario - narre les tribulations de Ryan, semi-loose (encore..) d'une vingtaine d'années qui bosse pour un canard local distribué dans les supérettes et se retrouve embarqué dans une sale affaire de blanchiment d'argent. Mais c'est surtout une ode poétique à la capitale contre-culturelle du Canada. C'est à dire ? "La dominance de la culture de la marijuana, la culture asiatique, la culture immobilière, évidemment la météo, l'écotourisme, le cinéma et la télévision". Merci Doug! (Et merci Youtube) Actuellement en salles au Canada. Un petit entretien avec l'ami Coupland ? Allen Ginsberg et le sens du beatGinsberg pouss la chansonnette chez William Buckley. Le vieux beat n'a pas loupé sa vocation. |
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