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L'actualité éditoriale des éditions Verticales.

Chloe Delaume habite une télé qui n'existe pas

Posté par Myosotis le 17.09.06 à 20:39 | tags : roman, rentrée littéraire, verticales
Cela n'a rien de personnel mais j'ai toujours eu du mal avec le travail de Chloé Delaume : difficulté à apprécier son style si particulier, ses mots, à m'intéresser à ses "intrigues" (le mot n'est pas bien choisi), à ses effets, enfin et surtout, à voir en quoi son travail était incisif ou décisif. Fidèle d'Arrêt sur Images, je n'ai jamais été impressionné par le travail de décryptage qu'elle effectuait à partir des interventions des forumnistes en fin d'émission, pas plus que je n'ai été convaincu par son travail sur le jeu The Sims.
J'habite la télévision ne m'a pas fait changer d'avis.
Le livre est plaisant, le dispositif aussi drôle que le "SuperSized Me" de ce journaliste américain qui s'était empiffré de Mc Do mais ne mène nulle part. Ce qui est en cause ici, ce n'est pas l'écriture de Chloé Delaume, très affûtée, accessible et d'une belle élégance, mais la portée théorique de cette expérience. Son discours critique s'arrête trop longtemps sur cette phrase "de cour de récré" tenue par Le Lay mais ne réussit pas à lui faire dire autre chose que ce qui a été dit mille fois : la télé abêtit, ok, et alors ? la télé est une affaire de pub et de fric, ok et alors ? la téléréalité, ça peut tuer les gens, ouais, la vie aussi, et alors ? la télé est tenue par le grand capital, ah bon, je croyais qu'elle était gérée par un collectif de chômeurs ?
Très sincèrement (et la preuve en creux est que la télé abêtie, bête et méchante a reconnu la portée critique du travail de Delaume !), cette charge est plus que légère et bâtie à 90% sur des poncifs ou du moins des éléments devenus depuis pas mal d'années théoriquement consensuels. Concentrée sur son expérience personnelle (et cet angle original qu'est la transformation de son corps sous l'effet de la télé), concentrée sur les éléments à charge, Delaume en oublie de parler de ce qu'elle regarde. C'est ce qui manque cruellement dans ce livre : la télé n'y est pas.
Ce qu'elle oublie de dire, c'est que la télé n'est pas un sens en soi, un instrument ou un attentat contre la personne, la télé, lorsqu'elle se voit et se regarde, lorsqu'elle se lèche et s'entend, la télé est un spectacle total, un divertissement qui est probablement autant un drame qu'un bonheur. La télé (c'est faire du Lévinas de supermarché que de dire ça) est une usine à visages, une usine à produire du rapport à l'autre, l'autre animateur, l'autre soi, l'autre étranger, l'autre fiction, l'autre réel, l'autre humanité : c'est Delarue, Fogiel, mais aussi l'ensemble du monde qui passe dans le champ, des plateaux, des reportages, des sourires fugaces, des larmes, des cris, des explosions, des histoires, une économie monde autrement plus réelle que ce que Delaume essaie de faire croire et peut-être plus réelle que le réel de nos vies. Du coup, ces théories macromédiologique ne parviennent pas à s'incarner dans la microéconomie du spectorat. Peut-on habiter dans la télévision et ne pas la voir ?

NB Easywriter : A Flu, tout le monde n'est pas d'accord: lire un autre avis sur J'habite la télévision (Verticales)


Jean-Louis Magnan : Les iles éparses

Posté par Easywriter le 28.08.06 à 12:02 | tags : roman, extrait, rentrée littéraire, verticales

« Ce qui s’inventait à Juan de Nova – l’esclavagisme économique sain pour le plaisir pervers de quelques-uns – semble accidentel, une particulière situation. J’y vois la figure très exacte de la globalisation du XXIè siècle. L’établissement d’un régime hédoniste et vulgaire reposant en vase clos de la chose humaine. On peut lire Dickens sans souci et faire le tour de nos courtes frontières sans voir s’y dérouler d’insoutenables scènes. Nous les avons simplement repoussées plus loin, outre-mer. Le lieu où nous exécutons les supplices pour notre profit désinvolte est un proche ailleurs. La morale n’est pas sauve, nous le savons, mais l’œil oui. La confusion des mots de la victime et du bourreau permet que nous croyions l’une quand nous sommes l’autre. A l’échelle de la planète, nos pays tout entier sont des Trianons où l’on s’amuse à distribuer, sans y réfléchir, des brioches à travers des grilles, et l’intellectuel moderne a trouvé son incarnation et certainement son destin en Marie-Antoinette dont il partage la conscience sociale et la lente progression vers l’échafaud. »
En attendant la chronique et l'entretien, voici donc un extrait du très alléchant "Iles éparses" de Jean-Louis Magnan chez Verticales.




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