Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.
Fil d'actu : sociétéFil Rss société
Moeurs, environnement, économie, vie urbaine...le monde dans lequel on vit, décrit, analysé, conspué...

Entretien : Jean-Yves Cendrey raconte deux facettes de Berlin

Posté par Céline le 04.11.09 à 14:45 | tags : société, news

Au début des années 90, Jean-Yves Cendrey s'installe à Berlin : il n'en découvre alors qu'une atmosphère brutale et les habitants résignés. Aujourd'hui, bien que la capitale allemande soit redevenue "aimable" à ses yeux, l'écrivain s'avoue tout de même "inquiet" des commémorations qui se préparent pour les 20 ans de la chute du mur. Entretien.

 

On le sait depuis… Principes du cochon, son premier livre. Jean-Yves Cendrey hait les concessions. Le dérèglement des hommes, les dérives du système, la médiocrité contagieuse des petit bourgeois. Tout ça le met hors de lui. Alors, il l'écrit. On pense souvent à deux de ses livres qui ont frappé très fort – là où ça fait mal : Les Jouets Vivants et Corps enseignant. Mais il y a aussi, en 1994, Oublier Berlin, témoignage d’une Allemagne brutale et résignée, où « les vieux démons se sont fait des têtes de skinhead ».(...)

Voir aussi :
Le diaporama Berlin, l'effacement des traces
En images : 20 ans après la chute du mur, Berlin Est la rebelle
En images : Le tour du monde des murs de séparation




Garcia Marquez accusé de faire l'apologie de la prostitution infantile

Posté par Céline le 05.10.09 à 11:13 | tags : société, news
Les deux affaires se suivent, ne se ressemblent pas tout à fait, mais un peu quand même. Une semaine après le retour de l'affaire Polanski, l'écrivain nobélisé Gabriel Garcia Marquez se voit aujourd'hui accusé par une ONG de faire l'apologie de la prostitution infantile, à travers l'adaptation à l'écran en cours de son roman Mémoires de mes putes tristes.

 

Dans le roman, il est notamment question d'un vieil homme de 90 ans qui décide de s'offrir une vierge de 14 ans pour son anniversaire. En cédant les droits de cette histoire pour une adaptation mexicaine, l'écrivain se rendrait coupable « d'un délit d'apologie d'un délit ». Selon Terez Ulloa, directrice de la Coalition régionale contre le Trafic de Femmes et de Fillettes en Amérique latine et aux Caraïbes, le film « banalise le phénomène et place en situation de risque tous les enfants, filles ou garçons pauvres de notre Amérique latine et des Caraïbes », et c'est pourquoi il faut « empêcher le tournage », initialement prévu entre octobre et novembre.

Outre Garcia Marquez, la plainte concerne également les entreprises mexicaines Femsa et Televisa, qui co-produisent le film, ainsi que Mario Marin, gouverneur de l'état mexicain de Puebla, où doit se dérouler le tournage. En 2005, ce dernier avait été accusé d'avoir fait arrêter illégalement la journaliste Lydia Cacho, auteur d'un livre sur un réseau de prostitution infantile, avant d'être blanchi par une décision de la Cour Suprême mexicaine.







Une enquête révèle qu'un français sur trois rêve d'écrire

Posté par Céline le 24.09.09 à 17:42 | tags : news, société, média

Selon un sondage réalisé ce mois-ci par OpinionWay pour Le Figaro littéraire, la population française compte dans ses rangs de nombreux aspirants écrivains : un français sur trois (32%) aurait déjà pensé à écrire un livre, et 3% auraient déjà franchi le cap. Ce qui représente donc plus d'un million de manuscrits que vous ne lirez jamais (du moins pas avant un moment) même si 400 000 d'entre eux ont été envoyés à des maisons d'édition.

 

Mais qui sont tous ces écrivains potentiels ? Eh bien, ils peuvent être n'importe qui. Le Figaro souligne que toutes les catégories de personnes sont touchées par le phénomène, sans aucune discrimination liées au sexe, à l'âge, au métier exercé ou au niveau social. Seule tendance notable : les 50-59 ans sont plus représentés que la génération des 18-24 ans.
 
Et de quoi parlent-ils ? D'eux, surtout. Neuf textes sur dix relèvent du récit autobiographique. Interrogés sur leurs motivations, 41% des sondés choisissent les options "Pour entretenir la mémoire/l'histoire de ma famille", et "l'envie de raconter mon histoire, mon expérience". 15% voient également dans l'écriture une forme de thérapie.

Ecrire, oui. Lire, moins. Mais si beaucoup de Français sont séduits par l'écriture, ils le sont toujours moins pour la lecture. Parmi les personnes interrogées, une sur cinq n'a lu aucun livre ces douze derniers mois, un tiers a lu entre un et cinq livres dans l'année, et 28% lisent plus de dix livres par an. Des chiffres qui ne tiennent pas compte, cependant, du genre des ouvrages lus.

Se faire éditer à tout prix. A défaut de lire, les auteurs de manuscrits veulent être lus. Ils sont nombreux à se tourner vers l'auto-édition, recours qui les oblige parfois à payer pour être publié. Aux Etats-Unis, les livres imprimés à la demande sur Internet connaissent un franc succès. Les Français semblent aujourd'hui suivre ce chemin, au risque de tomber sur de prétendus « Net éditeurs » qui ressemblent davantage à des imprimeurs, et dont les tarifs sont bien souvient injustifiés... 



Harry Potter et Don Quichotte à Guantánamo

Posté par Madeleine le 08.09.09 à 11:44 | tags : société, news
Lors d'un reportage à la prison de Guantánamo, un journaliste du quotidien panarabe Al-Hayat a interrogé le bibliothécaire sur les ouvrages les plus empruntés par les 229 détenus qui se trouvent derrière les murs du centre de détention. Parmi les 13 500 livres que contient la bibliothèque, la série des Harry Potter connaît le plus de succès, suivie de Don Quichotte de Miguel de Cervantes, et de l'essai de Barack Obama, Dreams from my father (Les rêves de mon père en français).

Au top 3 donc : un best-seller, un grand classique, et un ouvrage politique. Si le succès d'Harry Potter et de Barack Obama, deux superstars dans leur domaine, n'étonne guère, la présence sur ce podium du roman culte (et joli pavé) de l'espagnol Cervantes était moins prévisible.

Sur les rayons de la bibliothèque du camp militaire, des ouvrages en arabe côtoient des publications en langues asiatiques et européennes. Déjà en 2007, un avocat des prisonniers racontait une conversation qu'il avait eue avec un de ses clients, lecteur d'Harry Potter. Celui-ci voyait des ressemblances entre Lord Voldemort (le grand méchant de chez J.K. Rowling) et George Bush, entre la forteresse d'Azkaban où sont enfermés les sorciers criminels, et le centre de Guantánamo.

 

Voir aussi : le diaporama des écrivains en danger




En images : les auteurs les plus menacés du monde, de Saviano à Soyinka

Posté par Céline le 14.08.09 à 16:45 | tags : société, news
A moins de trente ans, il a témoigné devant des journalistes du monde entier. Vendu des millions et des millions d'exemplaires de son livre, Gomorra. Dans une tribune publiée dans le Times, Roberto Saviano avoue pourtant ne pas pouvoir s'en satisfaire. Recherché depuis trois ans par la mafia napolitaine, il souffre. De la peur, de la solitude, du regret.

 

Une situation d'exil qui rappelle que, dans d'autres pays et d'autres contextes, nombreux sont les écrivains qui ont risqué - parfois donné - leur vie pour défendre leurs idée. En lutte contre la dictature, l'injustice, l'obscurantisme, l'oppresion et la censure en tout genre, ils ont tous brandi leur plume au nom de la liberté, au point d'être assassinés, emprisonnés, chassés. Retour en images sur quelques-unes de ces grandes figures résistantes, avec notre diaporama des écrivains en danger.




Mort de Thierry Jonquet, pilier du polar social

Posté par Céline le 10.08.09 à 17:34 | tags : société, polar, news
Digne héritier de Manchette et de Giovanni, il était l'un des auteurs phares du polar français. Thierry Jonquet est mort dimanche à Paris, à l'âge de 55 ans, ont annoncé aujourd'hui les éditions du Seuil.
 

Engagé - même s'il détestait ce mot - généreux, prolifique, l'écrivain avait signé une vingtaine de romans, variant le plus souvent ses thèmes d'un livre à l'autre, mais imprimant à chacun la même noirceur : « Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut », écrivait-il dans Rouge, c'est la vie (1998). Son expérience de travail dans le milieu hospitalier, notamment en gériatrie et dans un établissement psychiatrique, auront sans doute orienté son écriture vers les motifs sans issue que sont la mort, la folie.


De son premier livre, Mémoire en cage, à Jours tranquilles à Belleville, en passant par Mygale et Les Orpailleurs, Thierry Jonquet n'a cessé de vouloir saisir la réalité du monde, à travers des histoires qui lui étaient d'ailleurs inspirées, le plus souvent, par la lecture de la presse : "En lisant les journaux je suis consterné par la violence qu'ils décrivent, par la barbarie de notre monde. Au lieu de ruminer cela tout seul dans mon coin, j'écris des romans à partir de ce matériau de faits divers." Lui qui avait rejoint la Lutte ouvrière, puis la Ligue communiste révolutionnaire, fut aussi celui qui détourna les codes du roman noir traditionnel pour dire la détresse des démunis et des laissés-pour-compte, comme dans Ad vitam aeternam (2002) ou Mon vieux (2004). Pour son dernier livre, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, il avait reçu la médaille d'honneur de la Licra.

 

Sur Fluctuat : lire un entretien avec Thierry Jonquet réalisé en 1999.

Photos © BALTEL/SIPA 




Tender Morsels : jusqu’où peut aller la littérature jeunesse ?

Posté par Madeleine le 06.07.09 à 15:53 | tags : société, jeunesse, sexe et littérature, news

« Pour cela, beaucoup de gens la traiteraient de salope », voilà comment démarre le roman Tender Morsels ("Tendres morsures"), de l'australienne Margo Lanagan. Rien de choquant, à première vue. Sauf qu'il s'agit d'un récit destiné aux jeunes adultes (à partir de 13-15 ans), et qu'il raconte, entre autres réjouissances, un viol collectif...

 

Tender Morsels est sorti ce mois-ci aux éditions Random House, et des parents se sont aussitôt indignés qu'un tel récit soit publié dans une collection qui s'adresse à la jeunesse, sans que la couverture n'informe sur la violence du contenu. Les éditeurs ont en effet opté pour un avertissement à l'intérieur de l'ouvrage. Tender Morsels est en outre publié dans deux collections : la première, destinée aux adolescents, la seconde, pour les adultes. Un même texte pour deux publics ; seule l'image de couverture change.

Selon l'écrivain Philip Pullman, auteur de la trilogie A la croisée des mondes, nul besoin de prévenir le lecteur, la première page d'un livre suffit à donner une idée de son contenu. Il va même plus loin et explique que pour lui, « il ne devrait pas y avoir de thématiques interdites à la littérature jeunesse. Les enfants font face à des réalités bien plus fortes : le divorce, le trafic de drogue, la sexualité. »

Quel adolescent en mal de sensations n'a pas d'ailleurs pioché, un jour, parmi les oeuvres les plus transgressives de la littérature ? (celles, notamment, qui sont présentées dans notre diaporama des livres les plus trash.)




Persepolis 2.0 : une nouvelle version de la bd dénonce le régime iranien

Posté par Céline le 29.06.09 à 18:21 | tags : news, bd, web, société

« 2.000 personnes ont été arrêtées et sont actuellement en détention » en Iran, a déclaré Karim Lahidji, président de la Ligue iranienne de défense des droits de l'Homme, à l'AFP. Comment en est-on arrivé là ? Une version réactualisée de Persepolis, la célèbre bd de Marjane Satrapi, entreprend de retracer très clairement les événements qui agitent le pays depuis la réélection supposée truquée d'Ahmadinejad.

 

Nous ne sommes plus en 1979 mais trente ans plus tard, en juin 2009. Ce n'est plus de la chute du Chah qu'il s'agit, mais de la réélection d'Ahmadinejad contre Moussavi. La résistance s'organise désormais sur Twitter. Les images restent mais le texte change. L'histoire est-elle destinée à se répéter inlassablement, les opposants à se taire ? C'est ce que semble dire ce Persepolis 2.0, édité par Payman & Sina, et qui invite tous leurs lecteurs à diffuser leur bd.

 

 




Des ados lisent des livres contre... une canette de Coca

Posté par Céline le 29.06.09 à 12:19 | tags : news, société
De quoi un adolescent est-il capable pour obtenir gratuitement une canette de Coca ? D'aller très loin, paraît-il, et même : de lire des livres...

 

C'est ce que croit, en tout cas, l'équipe pédagogique d'un établissement de Wellington, Nouvelle-Zélande, qui a décidé de mettre en place un nouveau système pour inciter ses jeunes élèves à la lecture. Le barème est le suivant : pour deux livres lus, l'ado se voit offrir une canette de coca. Pour cinq livres lus : un bon de transport. 10 livres valent une place de ciné, et enfin, jackpot : un bon pour un téléphone mobile récompensera le petit champion qui saura prouver qu'il a lu 10 livres. Selon le lycée Rongotai, le nombre de livres empruntés à la bibliothèque aurait doublé depuis le lancement de cet étrange concept. Un carnet de notes de lectures et les témoignages des parents doivent ensuite attester de la lecture effective des ouvrages empruntés...

Autant le programme qui proposait à des prisonniers de s'engager à lire des livres contre remise en liberté apparaissait comme une belle initiative, autant celui-ci laisse plus perplexe. « Je suis la première personne à reconnaître que c'est du soudoiement, avoue Kit Norman, en charge du programme, mais les résultats parlent d'eux-mêmes ».

Certains d'entre nous se souviennent s'être forcés à lire du Stendhal ou un Maupassant dans le cadre d'un exercice scolaire. Forcé. Pour avoir une bonne note. Et déjà que la moitié des mots nous filaient entre les doigts. Alors vous pensez bien, pour une canette de Coca...
 
Lire aussi :
 



Une étude révèle les inégalités des franciliens face à l'accès au livre

Posté par Céline le 23.06.09 à 11:18 | tags : société, sociologie, news
Est-il plus difficile de trouver en librairie le dernier Marc Levy en Seine-Saint-Denis qu'en Seine-et-Marne ou à Paris ? Une étude publiée hier par le MOTif - l'observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France - qui révèle de nombreuses inégalités face à l'accès aux livres, tend à montrer que oui.
 
Exemple : à Paris, on compte au total 739 points de vente et 1 librairie pour environ 4000 habitants. Dans le 93 : 64 points de vente, soit 1 librairie pour environ 46 000 habitants... Des chiffres qui n'ont rien d'étonnants : les entrepreneurs fuient évidemment les espaces les plus éloignés de Paris, défavorisés ou ruraux. A Sevran (93), à Cergy (95), ou sur tout un axe de Sarcelles à La Courneuve, on ne trouve tout simplement aucune librairie. La raison ? « C'est là où le revenu moyen est le plus bas d'Ile-de-France », explique Vincent Monadé, le directeur du MOTif.

Comment procéder alors pour réintroduire la librairie dans les secteurs les plus délaissés ? A Aubervilliers en 2005, la mairie a pris une initiative originale, en rachetant la librairie-papeterie de propriétaires qui partaient à la retraite, et en la confiant à un libraire afin « d'éviter que cet emplacement ne se transforme en kebab », précise le maire PS Jacques Salvator (!). Si la remarque n'est pas forcément du meilleur goût, toutes les pistes sont aujourd'hui bonnes à explorer pour relancer le commerce du livre là où il n'y en a plus...
L'étude complète du MOTif sera intégralement publié sur son site cette semaine.
 
Lire aussi :
 



Tout le monde veut Debord à son bord

Posté par Céline le 17.06.09 à 12:19 | tags : média, news, essai, société
Afin d'aider l'Etat à réunir les fonds nécessaires pour acquérir et conserver les archives de Guy Debord, le président de la BNF Bruno Racine a organisé, lundi dernier, un dîner de gala auquel il a convié de potentiels donateurs : 500 euros par couvert, et plus si affinités...

Tout a commencé en janvier dernier, au moment où Christine Albanel déclare "trésor national" les archives de Debord. Le fonds précieux, qui regroupe tous les manuscrits de l'écrivain, dont celui de La Société du spectacle, devait rejoindre le centre de recherche sur l'avant-garde de l'Université de Yale. Pas moyen. La France veut garder ses agitateurs aussi. Mais pour cela, il faut payer. Plusieurs centaines de milliers d'euros, et dans moins de trente mois, sans quoi les archives fileraient direct à l'autre bout du monde. D'où l'idée de faire appel à des mécènes.
 
La veille du dîner, Alain Beuve-Méry cite dans un article du Monde d'éventuels participants : Total, Veolia ou Roeder ont réservé des tables, tout comme Sotheby's, les galeries d'art Ropac ou Templon. De nombreux autres donateurs habitués de la BNF devraient également être de la partie : Nahed Ojjeh, la veuve du marchand d'armes Akram Ojjeh, Pierre Bergé, cofondateur de la maison de couture Yves Saint Laurent, Pierre Leroy, collectionneur et cogérant du groupe Lagardère. Alors, tous ces gens-là seraient des admirateurs de Debord ? Alain Beuve-Méry glisse une remarque qui pourraient expliquer l'intérêt de certains des convives : « pour les entreprises qui font des bénéfices, l'opération est intéressante, car les dons sont fiscalement déductibles à hauteur de 90 % ; pour les particuliers, le seuil est fixé à 60 %. »
 
Le très radical site du Jura Libertaire s'insurge et dénonce « une extravagante récupération étatique », reprenant les termes employés par l'écrivain lui-même au sujet de l'usage, en 1986, d'une photo de Lautréamont sur les billets de loterie nationale. Debord espérait alors voir les « invités du Comte de Lautréamont » venir troubler « les grandes satisfactions » des responsables de l'opération, faisant référence au saccage organisée par les surréalistes dans une boîte de nuit ouverte en 1930, et trop hâtivement appelée le Maldoror. "Nous sommes les invités du comte de Lautréamont" avait clamé la bande à Breton en faisant littéralement péter le champagne et fuir les invités en tenue de soirée.
Pour l'auteur de l'article, les similitudes sont évidentes entre le souper mondain du Maldoror et le dîner organisé par Bruno Racine, qui « réunira autour de la princesse Alice Debord au pays des merveilles spectaculaires et marchandes, quelques marchands de canons, quelques trafiquants d'art (à moins que ce ne soit le contraire), et la représentante d'un gouvernement dont le chef a pour programme explicite la liquidation de mai 68 ». Les "invités de Debord" sont-ils alors, comme promis, venus troubler la tranquillité de cette petite société du spectacle ?
 
MAJ : Libération propose un compte-rendu du dîner, qui selon le Jura libertaire aurait rapporté 180.000 euros, "soit moins du dixième de la somme que la France doit réunir dans les deux ans et demi qui viennent."



La lecture ou la prison ? ou comment résoudre la délinquance par les livres

Posté par Céline le 12.06.09 à 16:12 | tags : société, news
Imaginez : des taulards remis en liberté, à la seule condition qu'ils acceptent... de lire des bouquins et d'en discuter ! Et ça marche... C'est une bien belle histoire vraie que nous raconte Philippe Boulet-Gercourt dans un article paru dans le dernier numéro du Nouvel Obs.
 

Massachusetts, 1991. Un juge et son copain prof de littérature discutent. Le premier confie au second être frustré par le système judiciaire qui lui renvoie sans cesse les mêmes récidivistes. Le prof, Robert Waxler, propose alors d'essayer quelque chose avec les livres. Bientôt, huit cobayes à la peau dure (qui totalisent ensemble 142 condamnations) se voient réunir sur le campus de Dartmouth pour des sessions-lectures. Des sessions, qui, 18 ans plus tard, continuent à fonctionner.

 

Le principe du programme : « en acceptant de lire six livres en douze semaines, et d'en discuter, le prévenu échappe à la prison ferme ou sort de prison avant terme. » Mais attention, le juge Michael Leahy précise : « Certains, pour ne pas avoir lu un livre, ont été renvoyés en prison. » Ce programme n'est donc pas un programme pour rire. Les participants eux-mêmes ne déconnent pas. Ils se prennent des claques en lisant Steinbeck et Jack London. Le juge n'oubliera jamais Larry Bird, un héroïnomane pendant longtemps incarcéré, qui passa les dernières années de sa vie à dévorer un stock de livres achetés aux puces...

Les résultats de ce programme aurait dû en faire un véritable modèle : deux fois moins de récidivistes parmi les participants, et plus économique que l'incarcération systématique. Mais alors, pourquoi seules quelques villes s'en sont inspiré ? Car bien sûr, Le « tout-répressif » est « tellement plus simple », rappelle le journaliste à la fin de son article. Finalement, pas tout à fait un conte de fées...

 

Source : Bibliobs

 

Voir aussi :

Les 10 livres à planquer en cas de perquisition

Le diaporama des anciens chefs de gang sud africains

Le diaporama des nouvelles armes non létales de la police




La biz-lit, de Zola à Bret Easton Ellis

Posté par Céline le 27.05.09 à 17:01 | tags : news, short-list, société
C'est sans doute la faute à cette crise qu'on a pu manger à toutes les sauces, mais beaucoup de lecteurs se sont récemment découvert un certain intérêt pour le monde des affaires. Du coup, les parutions autour de ce sujet ont proliféré ces derniers mois, rappelant à l'occasion que de nombreux livres de golden boys ont déjà fait date.

 

Sophie Vouteau, des éditions Max Milo (qui ont récemment publié Le Loup de Wall Street de l'ex-trader Jordan Belfort), rappelle ainsi que « depuis toujours, l’argent, le sexe, la drogue fascinent les lecteurs ». En l’occurrence, ce sont là trois ingrédients que l’on retrouve généralement dans la biz-lit. Et qui attirent davantage, semble-t-il, la gente masculine : « la réussite, l’excentricité, les excès : il y a là quelque chose qui relève de la testostérone ». Mais pas seulement : plus accessibles qu’un cours d’éco, certains titres de biz-lit peuvent également être abordés comme des ouvrages de vulgarisation financière. Un tel nous raconte les ficelles de la bourse, un autre les coulisses de la pub, cet autre encore celles de la banque : et nous voilà prêt à investir ou à déjouer les pièges de méchants requins…
 
Arnaqueurs géniaux, traders psychopathes ou repentis : voici un petit rappel des figures qui ont fondé une "biz-lit", de Zola à Bret Easton Ellis...
 
Lire aussi :



Les auteurs de science-fiction se prononcent contre la loi Hadopi

Posté par Céline le 12.05.09 à 12:20 | tags : news, science-fiction, société

La loi « Création et Internet » rapproche, oppose et divise. Pour : des comédiens ou chanteurs d'un « certain âge », Pierre Arditi, Juliette Gréco, Michel Piccoli, par exemple. Contre : des auteurs de science-fiction, naturellement concernés par le sujet, qui ont répondu à l'appel lancé notamment par l'écrivain Roland C. Wagner (à qui l'on doit la traduction du dernier Spinrad). Par exemple.

 

Intitulé « Qui contrôlera le futur ? » et publié sur le blog Génération Science-fiction, cet appel souligne le danger de la loi, qui, sous couvert de défendre les droits des artistes, « apparaît surtout comme un cheval de Troie employé pour tenter d'établir un contrôle d'Internet, constituant par là même une menace pour la liberté d'expression dans notre pays. » Ont déjà signé, entre autres : Pierre Bordage, Martin Winckler, Thomas Day, Pierre Pelot...

 

Interviewé par Ecrans, Wagner reconnaît que « les écrivains de science-fiction ne sont pas très portés sur l'action collective ». Ce qui l'a poussé, à la veille de la seconde lecture à l'Assemblée nationale, à enfin réagir contre Hadopi, c'est la découverte d'un certain "Paul Atréides" - nom du héros du roman Dune - dans la pétition de la Sacem en faveur de la loi. « J'ai alors ressenti une violente impression de récupération et d'instrumentalisation d'un personnage d'un roman de science-fiction au profit d'une "cause" très similaire à ce que nombre d'auteurs de SF ont fort souvent dénoncé. »
D'ailleurs, la loi Hadopi pourrait constituer, selon l'écrivain, un excellent point de départ pour un scénario de science-fiction : "on pourrait écrire d’excellentes dystopies en extrapolant à peine ses conséquences sur notre société, comme par exemple la disparition de la notion la vie privée, ou du simple droit de prêter une œuvre pour la faire découvrir." Et ce n'est bien évidemment pas parce que l'on dénonce l'absurdité du dispositif Hadopi que l'on est pas attaché au droit d'auteur, rappelle aussi le texte des auteurs de SF. Roland Wagner, par exemple, promeut la mise en place d'une licence globale, permettant de diffuser librement la culture, sur le modèle des Creative Commons.
 
MAJ : La loi Hadopi a été adoptée cette après-midi par l'Assemblée à 296 voix contre 233.

 

Suivez toute l'actu de la loi Hadopi sur le blog société de Fluctuat.

 

Photo : Roland C. Wagner, DR

 

Lire aussi :

Peter Weir n'adaptera pas le roman de William Gibson

Thomas Day : de l'american drug trip à la mafia japonaise

Les zombies envahissent les librairies




Le Top 5 des mots les plus recherchés aux Etats-Unis

Posté par Mélanie le 02.12.08 à 12:40 | tags : société, numérique, news, short-list

Qui a dit que les américains n'avaient pas de vocabulaire? Si c'est le cas, nos amis de chez l'Oncle Sam se soignent et cherchent à maîtriser perfaitement les termes clés de l'actualité... Ainsi, le dictionnaire en ligne gratuit Merriam-Webster qui recense 125 millions de pages vues par mois et 10 consultations par seconde a rendu public son palmarès 2008 des mots les plus recherchés.

 

Top five des "mots que les Américains ont entendus et lus tous les jours en 2008 et dont ils ne sont pas sûrs de connaître l'exacte définition":


Number 1: "Bailout" (plan de sauvetage)

Terriblement d'actualité, ce terme se réfère bien sûr au contexte économique - les Etats-Unis sont officiellement entrés en récession hier - et au plan de 700 milliards de dollars proposé par le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, destiné à sauver les banques de la faillite.

 

2: "(to) Vet" (vérifier)

Ce verbe qui signifie également "apporter des soins vétérinaires" se réfère ici au processus de vérification auquels sont soumis les candidats aux plus hautes responsabilités exécutives avant que leur nomination ne soit soumise au vote du Sénat. L'équipe du président élu Barack Obama a procédé récemment à la vérification de l'irréprochabilité morale de son prochain attorney general (ministre de la justice), Eric Holder. Une telle transparence démocratique dans le processus de nomination paraît très exotique pour nous, Français. Notre régime monarcho-présidentiel ne prenant pas la peine de vérifier les diplômes de sa Garde des Sceaux ou si le directeur de cabinet de sa Ministre au Logement n'occupe pas abusivement un logement HLM...

 

3: "Socialism" (socialisme)

Les américains se sont-ils passionnés pour la laborieuse désignation du Premier Secrétaire du Parti Socialiste français au congrès de Reims pour s'intéresser subitement à la définition de ce mot diabolisé depuis le maccarthysme? Of course not. Il semblerait qu'enfin, nos amis yankees cherchent à connaître la réelle définition de ce mot, utilisé à tort et à travers par les opposants au plan Paulson qui s'insurgeaient contre la nationalisation des banques menacées de faillite.

 

4: "Maverick" ( franc-tireur, éléctron libre)

Voilà un mot rigolo, difficilement traduisible en français. Son origine est liée au baron Samuel A. Maverick, pionnier texan du XIXe siècle qui avait la particularité de ne pas marquer ses moutons. Ce mot a été utilisé pendant toute la campagne présidentielle américaine pour définir le candidat républicain malheureux John McCain. Celui-ci s'est en effet distingué des néo-conservateurs dominant le parti républicain pendant toute sa carrière par des positionnements "centristes" (pro-choix par exemple). Ce qui était alors son plus grand défaut est devenu son argument clé pour se désolidariser de la politique execrée du président sortant, George Bush.

 

5: "Bipartisan" (bi-partisan)

Cet adjectif, en référence à la situation politique bipolaire des Etats-Unis, est utilisé pour désigner une commission ou un groupe de travail où Républicains et Démocrates sont équitablement répartis. C'était le cas de la commission chargée de valider le plan Paulson.

 

Dans un genre beaucoup plus léger, rappelons que le mot "cassoulet" a enregistré un pic d'interrogations sur Google et fait l'objet d'une création de fiche Wikipédia après que l'équipe du petit journal de Yann Barthès sur Canal+ ait brandi une pancarte "cassoulet" sur Times Square le soir de l'élection... >

 

Photo: Henry Paulson, secrétaire au Trésor U.S. Son plan de sauvetage des banques a véritablement été au centre des préoccupations sémantiques des Américains en 2008.

 




Que lisent les fans d'Obama en pleine déprime post-électorale ?

Posté par Céline le 01.12.08 à 15:57 | tags : news, édition, société
La déprime postélection est un mal dont on ne parle pas souvent. Pourtant, selon le Wall Street Journal, cette version politique du baby-blues touche depuis quelques semaines ceux qui, pendant la campagne électorale américaine, ont soutenu Barack Obama avec le plus de ferveur.

Après son élection le 4 novembre, le victorieux démocrate a, semble-t-il, laisser un vide douloureux auprès de ses plus insatiables fans. Moins de vidéos, moins de discours, moins d'anecdotes : les accrocs ont dû se trouver des produits de substitution, parmi lesquels... des livres. Alors, que trouve-t-on sur le chevet des Obamaniaques ?

D'abord, les livres que lit le nouveau président lui-même. Parfois qualifié de « nouvel Oprah », en référence à la très influente présentatrice Oprah Winfrey, Obama est devenu un gros prescripteur en matière de lecture. Le mois dernier, il n'avait eu qu'à mentionner deux ouvrages sur Franklin Roosevelt - The Defining Moment: F D R's Hundred Days and the Triumph of Hope de Jonathan Alter, et une biographie de Jean Edward Smith - pour que les éditeurs concernés espèrent voir grimper les ventes de ces deux titres.

Ensuite, les livres qui parlent du nouveau président, qu'ils soient signés de sa main ou non. En France, l'effet Obama agit aussi sur l'édition, de façon certes plus atténuée que dans le premier pays concerné, mais remarquable quand même : la version en poche de son autobiographie, Les Rêves de Mon Père (Points), occupe la 5e place dans les meilleures ventes de livres de poche (classement Ipsos/Livres Hebdo).

Son essai De la race en Amérique (tiré de son discours donné le 18 mars en réponse au pasteur Wright), paru chez Grasset, a quant à lui été tiré à 65 000 exemplaires et se trouve en 20e place des meilleures ventes d'essais. Il est suivi de près par Obama : Les secrets d'une victoire, paru chez Fayard (24e place). Selon l'éditrice Sophie de Closets, ce livre, signé Guillaume Debré, « ressemble à la saison sept de West Wing (A la Maison Blanche) », série pleine de rebondissements retraçant le quotidien d'un président démocrate. La déprime postélection, c'est par les livres qu'on la combat.

(Source : Livres Hebdo du 28 novembre 2008)




Polémique d'enfant gâté au salon du livre ?

Posté par Céline le 11.03.08 à 12:26 | tags : festival, roman, actu du salon du livre, société

A quelques heures de l'ouverture du Salon du livre de Paris, le boycott organisé par les pays arabes et musulmans se poursuit. Au cœur du débat : Israël, invité d'honneur. Une façon de cautionner la politique d'occupation de cet Etat ?

Selon l'AFP, la plupart des écrivains israéliens sont hostiles à la politique de leur pays, mais considèrent que le boycottage de l'événement revient à s'opposer à l'existence même de l'Etat hébreu. C'est l'avis par exemple d'Amos Oz, l'un des invités.

Plusieurs autres personnalités (littéraires ou politiques) sont conviées à s'exprimer sur le sujet car la polémique fait beaucoup de bruit en France. Mais l'affaire du Salon du livre est-elle si urgente que ça, au regard de l'Histoire Israël-Palestine, faite de sang et de larmes, pour un peuple comme pour l'autre ?

 

Dans un entretien paru dans Les Inrocks de cette semaine, Etgar Keret, autre écrivain invité, semble presque sourire de cette discussion qui lui paraît purement médiatique : "C'est vraiment un truc pour les pays qui vont bien. Ici, on a d'autres vrais problèmes que votre liste pour le Salon du livre : les infrastructures laissées l'abandon dans les municipalités arabes, ou la quasi-absence de représentants arabes au gouvernement". Il ajoute ensuite, entre provoc et lucidité : "on arrête pas de voir des journalistes français en ce moment. On parle de vous entre nous. Les écrivains sont un peu comme des putes : on est prêt à mettre une perruque et à faire les chiennes si le client veut. Et les journalistes français, on sait leur faire notre numéro d'écrivains israéliens".
Serions-nous à ce point incapable de nous départir de notre regard d'enfant gâté ? Peut-être bien.

 

Fluctuat vous offre 20 places pour le Salon du Livre de Paris : accéder au concours Salon du Livre

 




Chuck Klosterman autopsie la culture pop

Posté par Maxence le 12.11.07 à 12:34 | tags : naïve editions, société

Dans l'ensemble j'avais apprécié Je, la mort et le rock'n'roll : Une histoire vraie à 85% de Chuck Klosterman, un recueil d'articles écrits sur la route et évoquant la mort du point de vue des personnalités et des célébrités.
Klosterman ciblait principalement les rock-stars et c'était plutôt plaisant. D'autant qu'il s'agissait surtout d'un prétexte pour explorer les obsessions de l'auteur qui posait la question du poids d'une vie au regard des mythes vivants (et donc morts, vous suivez toujours ?) engendrés par la culture musicale populaire. Klosterman usait du style gonzo inventé par Hunter S. Thompson (Las Vegas Parano, La Grande Chasse aux Requins), pour un road movie existentiel sur fond de rock'n'roll. Voilà en gros ce qu'était Je, la mort et le rock'n'roll et ce n'était pas si mal. Naïvement, je prévoyais que le prochain serait encore mieux...

Autant dire que la déconvenue fut à la hauteur des espoirs que j'avais placés dans ce critique américain. Hélas, trois fois hélas, dès le titre racoleur, Sexe, drogues et pop-corn annonce la couleur. Télé réalité (The Real World), univers vidéoludique (dit simplement : "jeux vidéos". Où Klosterman fixe en particulier sur le phénomène des Sims), apologie de l'horreur rock FM Billy Joel (si si, vous lisez bien !), analyse de la vidéo porno de Pamela Anderson, re-apologie de Guns N' Roses cette fois (comme si avec Billy Joel, la coupe n'était pas déjà assez pleine...), base-ball, football, voilà les sujets abordés par les chroniqueurs américains dans ce qui n'est finalement qu'une compilation d'articles. Même si certains papiers valent le coup (le chapitre sur les Sims est tout bonnement hilarant), la plupart des tirades de l'auteur agacent au plus haut point. On sent bien à quel point Chuck Klosterman adorerait vraiment être méchant, mais qu'il est bien trop américain pour cela.

Finalement, hormis une prétention sans borne et un ton qui laisse penser que beaucoup de gens dans le monde "devrait" s'intéresser d'avantage à ce que Chuck Klosterman pense des enfants, des animaux, des groupes que les autres aiment et pas lui, du football français, et en fait, de tout ce qui ne touche pas son petit univers de music geek prostré dans le posture classique du déni anal et régressif, "moi, ma petite collec' de disque, ma TV, mon PC", le principal défaut de l'Américain est sa manière de jouer les esthètes et les critiques indulgents envers l'inculture des autres. Une pose difficile à assumer quand sa culture se borne à Star Wars, Sauvés par le gong, Happy Days, les céréals Cocoa Puffs, et côté musique (puisque tel est son métier après tout)  Nirvana, Radiohead, les Monkeys, Elvis Costello, pour les plus pointu, quand ce n'est pas Axl Rose, Kiss, Eagles, Duran Duran, Eurythmics, Molly Hatchett (argh !) ou U2.

 

Au final, Klosterman possède un sens de l'humour tellement surévalué, et surtout des goûts tellement douteux, qu'on croirait lire une version sérieuse des encadrés musicaux ironiques de Bret Easton Ellis dans American Psycho. Comme le dit la citation de la quatrième de couv' : "Lire Sexe, drogues et pop corn c'est comme regarder la TV avec la télécommande d'un autre". Or, il n'y a rien de plus énervant au monde !
A lire si vous aimez la culture populaire, et uniquement populaire, servie réchauffée par un binoclard prétentieux, sûr de vous être supérieur juste parce que sa discothèque compte plus de 50 CD, et qui déclare sans sourire que Appetite for Destruction de Guns N' Roses est "peut-être le 1er album le plus fort de l'histoire du rock" !

Sexe, drogues et pop-corn,
Chuck Klosterman
Editions Naïves




Indigènes d'hier et d'aujourd'hui

Posté par Easywriter le 25.09.06 à 13:08 | tags : société

En même temps qu' Indigènes , le film de Rachid Bouchareb,  sort également le livre complémentaire "Noirs blanc beurs libérateurs de la France" (toutes les illus de cette notule en sont tirées)qui retrace notamment l'épopée de De Gaulle en Afrique du Nord et subsaharienne pour recruter des résistants. Le refoulé colonial refait doncune énième fois surface et même Chirac fait semblant de découvrir le problème des anciens combattants étrangers dont les pensions ont été gelées en 1959.
C'est dans ces années-là et suivantes qu'une autre génération d'Indigènes, issue des mêmes colonies du Mahgreb et d'Afrique subsaharienne viendra grossir les effectifs de l'industrie française du bâtiment. Dans les années 1970, le groupe Bouygues a employé jusqu'à 88% d'immigrés sur ses chantiers. Francis Bouygues expliquait qu'ils n'étaient pas chers, peu qualifiés et n'hésitant pas à travailler douze à seize heures par jour pour pouvoir retourner rapidement au pays. ( voir quelques uns de ces propos sur le site de l'INA).
Le plus gros des maçons ne faisait rien d'autre que résumer la philosophie tacite du pays : lier cette immigration exclusivement au travail et donc à un accueil de type provisoire. Mais les foyers créés dans les années 195O, pour parquer la chair à truelle et effectuer plus aisément  le contrôle social, sont devenus des résidences permanentes et la plupart de ces ouvriers ne sont jamais repartis,  sans jamais être intégrés dans les structures ordinaires de la vie sociale.
C'est seulement aujourd'hui qu'on commence à mesurer les effets de cette nonchalance sur fond de retour du refoulé colonial : arrivés à l'âge de la retraite, isolés et avec peu de ressources, ces immigrés vont connaître un vieillissement plus dur que les nationaux (vous me direz c'est cohérent) : années de travail non déclaré, et périodes difficiles de chomage  pour une main d'oeuvre vieillissante et usée, difficulté à constituer un dossier de retraite, absence de mutuelle complémentaire....
Unique source de revenus pour leur famille restée au pays, ces immigrés ont eux-même du mal à imaginer « leur inactivité nouvelle »et encore plus de mal à financer leur entrée dans une maison de retraite, et plus généralement leur dépendance croissante au fil du temps. Les chercheurs en sciences sociales ne se sont intéressé au vieillissement de ces populations qu'à partir de la fin des années 1970. L'Etat français ne s'en préoccupe pas vraiment pour l'instant. Qui pour faire un film sur un Algérien de 70 ans qui meurt seul dans un foyer Sonacotra de la banlieue parisienne ?
Noirs, blancs, beurs, libérateurs de la France par Charles Oana. Editions Duboiris.
NB : Un excellent numéro de Retraite et société, le vieillissement des immigrés (N44 janvier 2005) qui détaille avec précision la situation des isolés aujourd'hui.




Le travail est intenable

Posté par Easywriter le 26.07.06 à 10:32 | tags : news, société

A force de répondre aux incessantes demandes patronales de souplesse et de flexibilité, les salariés se sont bousillés le dos.  Car ,dans sa version contemporaine, l'exploitation a su conserver quelques règles utiles : travail répétitif - que vous enchainiez le calibrage de boulons ou la rédaction de "posts" - cadence élevée, efforts physiques... Outre les habituels troubles musculo-squelettiques, stress et démotivation sont les conséquences ordinaires de ces pratiques.
Tout cela on le savait déjà, mais l'équipe de syndicalistes et de chercheurs qui s'est penchée pendant 18 mois sur la massive intensification du travail, explique aussi que le discours de responsabilisation et  d'autonomisation des salariés est un leurre : en France, les réorganisations - toutes "verticalisantes"- se succèdent sans grande cohérence et fixent les salariés à leur poste. Leur intelligence étant rarement invitée à la noce, ces derniers culpabilisent et finissent par avoir honte de ce qu'ils produisent.
"Or les syndicalistes, focalisés sur le maintien de l'emploi, ont longtemps sous-estimé ces problèmes, a expliqué à l'AFP le sociologue Bernard Dugué: le défi est de renouer le lien avec les salariés pour agir, avec eux et en amont, sur les projets d'organisation du travail. Sauront-ils faire leur mue ?"
"Le travail intenable, Résister collectivement à l'intensification du travail", ouvrage collectif sous la direction de Laurence Théry. Editions La Découverte.



La Ludd finale

Posté par Easywriter le 28.06.06 à 16:24 | tags : société
 
Angleterre, début du 19 ème siècle : les débuts de l'industrialisation suscitent une réaction violente dans le monde ouvrier. Les luddites - qui tirent leur nom de Ludd , un destructeur de machines textiles du siècle précédent - brisent les nouveaux outils.
Souvent associé à une révolte anachronique, le luddisme fut un mouvement complexe qui prit des visages différents selon les régions et le contexte social  où il s'est développé.
Bon vous l'aurez compris, on n'a pour l'instant pas digéré -ni même fini - l'excellent livre Les Luddites, publiées par les éditions Ere. On regarde parfois avec circonspection dans ces colonnes -jugez plutôt des lointaines crapules que nous sommes - la multiplication des petites maisons d'édition. Les editions E®e publient de passionnants ouvrages qui ne verraient probablement jamais le jour sans elles.
Déjà éditeur de la cultissime "controverse pieds/mains", elles publient donc Les luddites, bris de machines, économie politique et histoire, encore un ouvrage érudit qui ouvre des pistes de réflexion inouïes.
On y revient abondamment cet été à moins que d'ici là, on décide de balancer notre ordinateur par la fenêtre et de foutre le feu à notre borne Wi-fi.
Les luddites, bris de machines, économie politique et histoire
de Vincent Bourdeau, François Jarrige et Julien Vincent. Les editions E®e



La Divine Mimesis

Posté par Myosotis le 19.06.06 à 10:23 | tags : arts visuels, essai, société

Après une discussion un peu idiote avec un ami sur le conformisme, j'ai relu l'autre jour la Divine Mimesis de Pier Paolo Pasolini.  Petit livre inachevé constitué de notes pour des chants/poèmes sur le modèle de Dante, la Divine Mimesis n'en reste pas moins un ouvrage précieux, qui véritable "matière en fusion" selon son auteur, est plus percutant qu'il n'est long.
L'idée de Pasolini sur la Divine Mimesis est, tout en "copiant" Dante (les extraits ne portent que sur quelques chants et principalement sur l'Enfer) de proposer une transposition de l'Enfer médiéval, avec ses vieilles peines, en un Enfer néocapitaliste, avec ses peines modernes et ultramatérielles. En même pas 100 pages, PPP donne une vision encore une fois présciente de ce qui nous a attendu quelques trente années après sa mort .
Sur le conformisme, justement, ce qui me ramène au début, voilà ce qu'il dit (on connâit dans Salo sa lecture du phénomène).

"Dans cette zone - me dit mon guide, honteusement, comme toujours, par crainte de tomber dans les vulgaires données de fait - ce qui entravait en lui la Langue de la Haine et la lui émiettait dans la gorge -, tu ne verras pas de peine au sens figuré spectaculaire ou symbolique... Les conformistes petits-bourgeois ont commis des pêchés bien plus atroces que celui d'être conformiste.... Le conformisme fut simplement la base nécessaire de leurs péchés, la prémisse indispensable. Par conformisme, ils furent... par exemple.... des catholiques pratiquants.... des bien-pensants tout entiers dévoués au travail et à la famille... qui finirent par se faire faire des housses de fauteuil avec la peau de leurs victimes...." (...)
"Ceux qui sont condamnés ici, sous ces écriteaux, expliqua-t-il, ne furent pas des petits-bourgeois, si ce n'est par naissance, par définition sociale, etc. En réalité, ils avaient, comme on dit, les instruments nécessaires pour connaître leur "péché" : ils surent comment ne pas être conformistes et ils le furent. (...) Dans ce lieu, ajouta laconiquement le Guide - la seule peine est d'y être."

Il y a toujours chez Pasolini ce regard glaçant sur notre société et sur notre vie même qui me fait l'effet d'avoir un couteau assorti d'une microcaméra (au bout de la lame) planté entre les omoplates.

 

 




François De Closets : poujadisme, démagogie et plus encore

Posté par Myosotis le 12.06.06 à 10:44 | tags : média, société

Ce sont De Closets et Fayard qui remportent haut la main le prix du livre le plus creux et le plus engagé du moment. Avec Plus Encore, François de C met le doigt sur ce qui fâche dans notre beau pays (faisandé) : des patrons qui sont trop payés (les enculés de leur mère), roulent dans des grosses voitures et vivent dans de grandes maisons, alors que leur productivité n'est pas extraordinaire; aux fonctionnaires qui se planquent dans leurs bureaux moisis en attendant  de rentrer chez eux en plein après-midi pour se branler la nouille pendant leurs RTT, De Closets est un mec qui a le nez fin et qui connaît la France.
Dans la série raffarinesque des livres (de gauche et de droite) qui nous disent qu'il faut nous remettre au travail pour conserver notre standing, De Closets fait quelque chose de plus toc et nauséabond. Son livre ressemble à un mélange de Sans Aucun Doute pour la recherche du spectaculaire (ah, ses exemples subtilement choisis) et de Combien Ca Coûte pour le côté vaguement populolibéral. Au final, il faut lire ce livre pour sentir la seule chose qui est présente ici : on y sent le vent dans le cerveau qui pense. On y sent le vent qui souffle et essaie désespérément de rabattre une idée neuve. Le vent qui souffle dans le cerveau et donne l'ordre à la main de penser. Le vent qui souffle et ne suffit pas à rafraîchir la puanteur expulsée par les neurones embourgeoisés du journaliste qui n'a pas mis le nez sur le terrain depuis des années. Misère du journalisme, encore.




Une campagne pour la transparence administrative

Posté par Easywriter le 26.04.06 à 16:03 | tags : média, news, société

Bonne nouvelle : depuis quelques semaines, un nombre croissant de citoyens s'attaque à la vieille tradition française d'opacité étatique. Sous le parrainage de Paul Moreira et Luc Hermann qui dirigent la cellule enquête de Canal Plus,  la campagne Liberté d'informer, activement coordonnée par le journaliste Augustin Scalbert et des étudiants de Sciences-Po Paris, propose d'offrir un mécanisme de contre-pouvoir citoyen à cette culture du secret.
En clair : proposer au Parlement un texte de loi qui faciliterait réellement l'accès aux documents administratifs.  Cette démarche est inspirée de la Freedom of information act adoptée en 1966 aux USA et plus récemment en Angleterre. La loi  de 1978 ,toujours en vigueur dans notre pays, est de son côté soumise à une telle débauche d'exceptions qu'elle s'apparente à une coquille vide. La plupart des documents intéressants - rapports d'enquête judiciaire ou documents de travail ayant servi au processus décisionnel - sont classés "confidentiels".
Outre qu'elle empêche les journalistes d'exercer correctement leur métier, cette situation handicape sérieusement  le travail des chercheurs qui ne peuvent consulter les archives les plus sensibles de notre histoire ( la plupart d'entre elle est tenue secrète pendant 120 ans). " La France est dans le peloton de queue des démocraties modernes" résument les auteurs de cet appel déjà signé par plusieurs milliers de personnes. Et par nous même dès qu'on a fini cette brève.
Le site de Liberté d'informer
A noter que le site héberge également une pétition de soutien en faveur de Denis Robert, actuellement poursuivi par Clearstream devant la justice luxembourgeoise.
Maj : dans le mag société, entretien avec Paul Moreira et Luc Hermann + article liberté d'informer



David Garcia : Le pays où Bouygues est roi

Posté par Easywriter le 25.04.06 à 14:34 | tags : extrait, média, société
"Loin des critiques abstraites sur le capitalisme et la mondialisation, l'aventure de Bouygues au Turkmenistan a pour ambition de révéler en quoi consiste concrètemenr le travail d'une multinationale dans un pays antidémocratique. On verra que ce travail n'est à l'honneur de personne. Mais on verra aussi que l'honneur n'a rien à faire là-dedans. Les actions de Bouygues au Tukmenistan ne sont pas immorales : elles sont dénuées de toute considération morale. On veut mettre en place une télévision de propagande digne de 1984? Bouygues mobilise sa filiale TF1, ses présentateurs, ses grands reporters et ses techniciens, au service de Big Brother."

Quitte à se payer une tranche de TF1, autant y aller franco. Après la soupe Pernaut, voici l'indigeste aventure de la chaîne des maçons au Turkmenistan. Le journaliste David Garcia a enquêté sur la manière de travailler de Bouygues dans cette dictature d'Asie Centrale inconnue du grand public. Pour obtenir des contrats, le géant du béton met sa chaîne au service de Sparmourad Niazov et remonte sa vitre électrique quand une femme d'opposant enfermé lui crie son désespoir. Promis, on reparlera de tout cela très vite.
Mise à Jour du 02/10 : l'entretien avec David Garcia dans le dossier Turkmenistan

Le pays  où Bouygues est roi (Editions Danger Public)





  Discussions en cours sur le forum livres :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources et amis
- La feuille (FR)
- Le Typographe (FR)
- Tourgueniev (FR)
- M. T. Louverture (FR)
- Tiers livre (FR)
- E®enews (FR)
- Blogs BD (FR)
- Lessig blog (EN)
- Buzz littéraire (FR)
- Culture Café (FR)
- Alalettre (FR)
- Zazieweb (FR)