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L'actualité de la science-fiction, pour profanes et initiés.

Envies d'utopie : le Yellow Submarine en ébullition cérébrale

Posté par Myosotis le 18.07.08 à 10:21 | tags : revue, science-fiction

Yellow Submarine a beau être la revue de SF française la plus ancienne (1983), ce n'est pas nécessairement la plus connue du grand public, ce qui est malheureux, compte tenu de l'extrême qualité de ses contributions et contributeurs. La revue actuelle qui paraît (si je ne me trompe pas) au moins deux fois par an regroupe désormais sous forme d'une revue-livre des articles autour d'une thématique comme les extraterrestres, une ville, ou cette fois-ci la notion d'utopie. Le recueil qui sort aux Editions Moutons Electriques est le numéro 133 de la revue mais aussi celui qui célèbre le 25ème anniversaire de sa création. Pour l'événément, le thème des utopies tombe à pic puisqu'il permet d'élever le débat vers ce qui se fait de mieux en la matière, mêlant investigations historiques, approche géo-sociologique (les villes) et variations journalistiques sur des mouvements sociaux qui ont vécu de et par l'utopie.

 

Le numéro de 190 pages est moins SF que réflexif cette fois, comme si l'âge avait fait gagner tout le monde en raison philosphique. L'introduction du fondateur du titre, André François-Ruaud situe le débat dans une vision politique qu'on ne partage qu'à moitié : la notion d'utopie aurait été battue en brèche après que les grandes utopies se soient révélées des désastres pour l'homme, à moins qu'on ne les ignore parce qu'elles disent... la vérité d'un monde que "certains" ne veulent pas voir advenir. On caricature à l'extrême la vision portée par l'édito en disant cela mais on peut regretter tout de même que le texte introductif ne soit pas à la hauteur analytique des articles qui suivent. Si l'utopie ne prend plus, à mon sens, c'est qu'elle a été défaite par la réalité et non parce qu'elle est étouffée. L'utopie, entre autres, souffre de deux maux qui sont assez anciens : la mort (politique, technique, philosophique, biologique) du rêve qui affecte l'enfant et l'adulte; le transfert du songe du réel fantasmé vers le fantasme du réel (en clair, l'onirique a versé dans le 7ème art, technique qui n'en permet pas par principe l'actualisation).

 

Utopies en Vrac

 

Ceci étant dit, ce numéro 133 est une mine d'informations et de révélations qui font le sel de cette excellente revue. Marie-Pierre Najman propose un article un peu didactique sur la typologie des utopies et nous aide à poser nos idées. La revue devient carrément emballante lorsqu'on arrive à la section des cas pratiques : la Cité du Soleil de Tommaso Campanella (passionnante évocation de Ullo Bellagamba) et surtout l'article-phare du recueil, un développement de François-Ruaud sur les villes utopiques réelles et fantasmées. L'article titré "Helvéties rêvées, Helvéties réalisées. De l'utopie comme espace de vie." est impeccable, savant mais pas trop, soutenu par une iconographie intéressante et délivre un message qu'on ne répétera jamais assez : il manque de la géographie dans la littérature générale, de l'analyse des lieux comme porteurs de valeurs et de pensée civilisationnelle. L'auteur dans un méli-mêlo pardonnable nous livre en pâture une bonne dizaine d'utopies qu'on découvre avec lui les yeux embués et des rêves pleins la tête. Chaque aventure mériterait un roman tant on a envie de se plonger dans chacune des expériences qui sont évoquées ici.

 

Plus loin, Max Renn, alias secret de notre collaborateur et ami Maxence Grugier, tire le portrait de tribus utopiques venues de loin : les Zippies technophiles psychédéliques et Ferals, écotopistes techno australiens. Les deux articles ont l'avantage de donner les clés de ces deux mouvements assez célèbres dans le monde anglo-saxon et qu'on n'aura jamais la chance de découvrir ici que dans Tracks peut-être ou, un jour d'égarement, dans les pages Voyages du Figaro Madame. Les portraits sont précis et décrivent un peu trop brièvement peut-être pour qu'on y soit vraiment, ce qu'il faut savoir d'essentiel sur ces groupes hauts en couleurs.

D'une manière générale, on pourra reprocher à ces Envies d'Utopies de manquer un peu de cohésion et d'homogénéité (le thème aurait gagné à être circonscrit, à moins que s'agissant d'utopie, le choix de naviguer autour ait été pris sciemment) mais surtout pas d'idées et d'anecdotes. On entre dans chaque article avec l'idée qu'il va s'y passer quelque chose et on rentre verni, ce qui est déjà pas mal. Yellow Submarine est une revue précieuse parce qu'elle fouille et creuse là où beaucoup ne fourrent pas le nez, mais peut-être aussi, parce qu'elle n'a pas l'ambition de nous imposer une vision éditoriale trop dogmatique des thématiques qu'elle aborde. Cette qualité est son principal défaut.

 


Sonic Youth, l'art et la science-fiction

Posté par Maxence le 16.07.08 à 10:43 | tags : science-fiction, elucubration

Réécoutant Evol il y a peu, pour les soins de ma rubrique Culte et Bizarre sur Playlist, je réfléchissais à l'influence de la science-fiction dans l'œuvre musicale des New Yorkais de Sonic Youth. En effet, tout au long de leur désormais longue carrière, les membres de Sonic Youth eurent à cœur de rendre hommage en musique à ce genre littéraire propice aux évocations fantastiques et aux visions prémonitoires plus ou moins sinistres de notre futur.

Du clin d'œil à Halloween sur Bad Moon Rising, en passant par la fameuse Sprawl Trilogy, titre donné au triptyque de William Gibson comprenant ses trois premiers roman (Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'éclate), et qui sert d'inspiration à une monumentale pièce également en trois parties sur Daydream Nation, jusqu'au « Pattern Recognition » titre de l'avant-dernier roman du même Gibson, qui ouvre Sonic Nurse lui aussi avant dernier album du quatuor, les new-yorkais émaillent à l'envie leur œuvre de références et d'influences science-fictionnesques.

 

Pour ceux qui, comme moi, ont encore des vinyls, il est alors amusant de jouer à l'archéologue en exhumant certains disques de sa collection. Au hasard de ces retrouvailles, on trouve des clins d'œil cachés, parfois même cryptiques, à l'outsider de la SF Californienne K. W. Jeter, mais aussi à Philip K. Dick et à Lucius Shepard. Le roman sur le vaudou de ce dernier, « Les yeux électriques », est explicitement cité comme source d'inspiration sur Sister et Shepard y est remercié. A l'intérieur de la pochette d'Evol, on peut également voir une image d'enfant blond crucifié évoquant le film Les Enfants du Maïs, lui-même tiré d'une nouvelle de Stephen King.

Nul doute que Thurston Moore, principal auteur des textes du groupe avec Lee Ranaldo, soit doté d'une impressionnante culture dans ce domaine, même si le groupe est riche de bien d'autres influences, en particulier dans le domaine de l'art contemporain, comme en témoigne leurs pochettes créditées du collectif Savage Pencil, mais aussi d'artistes de renom comme Richard Kern (Evol), Gerhard Richter (Daydream Nation), Raymon Petibon (Goo), Mike Kelley (Dirty), William Burroughs (une peinture pour NYC Ghosts & Flowers), Richard Prince (Sonic Nurse), etc.

 

A noter à ce propos, qu'une exposition Sonic Youth, Sensational Fix, a actuellement lieu au LIFE à Saint-Nazaire, ancien hangar à sous-marins créée par la Wehrmacht durant la seconde guerre mondiale (Alvéole 14), du 18 juin 2008 au 7 septembre 2008. L'expo remet en perspective les activités pluridisciplinaires du groupe, son travail sonore et son approche du graphisme et de l'art en général.

Plus de renseignements ici.


Unica, roman choc récompensé par le Grand Prix de la Science-Fiction Française

Posté par Maxence le 01.07.08 à 10:45 | tags : roman, prix, science-fiction, poche

Qui est Unica ? La mystérieuse fillette aux cheveux blancs « comme de la coke » qui traque les cyber pédophiles sur la toile ? Ou bien est-ce elle, qui est traquée par CYBER, l'intransigeante section anti-pédophilie crée à Vancouver dans un futur proche ? Il semblerait en tout cas que ce soit bien elle qui mène la danse puisque cette fameuse brigade se voit irrémédiablement doublée depuis quelques mois par un mystérieux groupe d'enfants vengeurs. A chaque cas traité, la même punition : le coupable est retrouvé chez lui en état de choc, fermement ligoté devant son ordinateur et pleurant des larmes de sang. En tentant de piéger ces justiciers en herbe, Herb Charity, jeune flic à la CYBER devra se débrouiller seul pour faire toute la lumière sur les agissements de celle qui se fait appeler Unica, et son équipe. Une enquête qui ne sera pas une sinécure d'autant que la gamine n'est pas ce qu'elle semble être.

 

C'est sur cette intrigue à la thématique dérangeante que la romancière Elise Fontenaille bâtit son nouveau roman, Unica. Un roman de science-fiction initialement publié chez Stock et récompensé par le Grand Prix de la Science-Fiction Française 2008...

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Elise Fontenaille
Unica
Le Livre de Poche


Cory Doctorow : Cyber écrivain 2.0

Posté par Maxence le 20.06.08 à 12:26 | tags : science-fiction, roman, elucubration

Les amateurs de science-fiction, mais aussi ceux qui lisent parfois les revues branchées nouvelles technologies et société, que se soit on-line (Boing Boing) ou sur papier (Wired), ont déjà entendu parler du mouvement cyberpunk. Né dans les années 80, drivé par une poignée d'écrivains dont Bruce Sterling, William Gibson, Pat Cadigan, Lewis Shiner, Rudy Rucker, Greg Bear (à ses débuts) et quelques autres, le cyberpunk se voulait l'étalon d'une nouvelle science-fiction. Un poil plus couillu, dérangeante et rock'n'roll que celle de ses prédécesseurs, la science-fiction cyberpunk est surtout obsédée par l'intégration de la technologie au sein du corps humain (par le biais d'implants, de vêtements, d'armes, de nanotechnologies etc.) mais également du corps « social » (grâce au réseau informatique global quasiment inventé - ou presque - par ces mêmes cyberpunk, dont William Gibson et son fameux « cyberespace », au megacorporations et à une mondialisation galopante). Voilà en gros ce qu'est le cyberpunk.

Les écrivains qui adhérèrent à ce mouvement il y a plus de 20 ans, réfutent quasiment tous aujourd'hui y avoir appartenu. D'autres, comme Bruce Sterling, porte parole du mouvement et philosophe du réseau, s'en souviennent avec nostalgie, mais sont presque tous passés à autre chose (voir les derniers romans de William Gibson qui s'éloignent chaque année un peu plus de ses thèmes). Pour autant, les cyberpunk ont eu, et ont encore une très grande influence. Aux Etats-Unis bien sûr, mais aussi en Europe, en Amérique du sud et en Asie. Ils furent aussi les précurseurs de nombreux comportements actuels, qu'il s'agisse de partage d'information ou d'innovation en matière d'écriture et de littérature.

Sterling fut un des premiers écrivains au monde à avoir son blog par exemple. Bien avant ça, il distribuait son premier roman, « The Hacker Crackdown » en ligne. Bref, les cyberpunk furent les premiers cyber écrivains. Nul étonnement alors, à voir aujourd'hui toute une génération d'auteurs travailler en ligne, partager, donner des conseils, fonder des communautés (voir Chuck Palahiuk et son « Culte », administré par ses fans). Pour autant, la distribution et la diffusion en ligne de roman entiers (plusieurs qui plus est) avant publication en librairie est plus rare.

Ainsi, la traduction et la publication en France chez Folio SF du premier roman du jeune écrivain canadien Cory Doctorow, initialement mis gratuitement à la disposition du public sur son site, est à la fois une bonne nouvelle (le livre est excellent) mais incarne aussi l'aboutissement de toute une nouvelle génération d'écrivain : les cyber écrivains 2.0. Il faut dire qu'en la matière Cory Doctorow est un habitué de ce type de comportement. Pionnier du net, programmateur, il est collaborateur du fameux fanzine en ligne Boing Boing et connaît son internet sur le bout des doigts. Ce qui explique qu'avec Dans la dèche au royaume enchanté, l'américain signe à la fois un très bon roman de « science-fiction » et un grand travail de journaliste...

Lire la chronique de Dans la dèche au royaume enchanté


Bifrost et ActuSF ont 20 ans à eux deux ! ça se fête !

Posté par Maxence le 13.06.08 à 17:23 | tags : science-fiction, news

Vous ne saviez pas quoi faire ce soir ? Qu’à cela ne tienne, Actu SF, site de référence dans le domaine de la science-fiction et ami du Cafard Cosmique, et Bifrost, la revue des mondes imaginaires (qu’on ne vous présente plus, ou alors vous ne lisez pas Millefeuilles) ont quelque chose à vous proposer à l’occasion de leurs 10 ans respectif, soit 20 ans global. Dans le petit monde de la SF faites-moi confiance, on sait s’amuser, surtout quand on a 20 ans (et on le sait, « on est pas raisonnable quand on a 20 ans »). Pour l’occasion, la revue SF et le site vous invite à fêter cet anniversaire en dédicace, en musique et en … football puisqu’une télé sera mise à disposition des acharnés du ballon rond ! Gageons que cela va provoquer moulte débats, et qu’un des auteurs invités (car, oui, il y en aura) aura bien l’idée de nous pondre un roman de science-fiction autour du foot dans les années à venir… A suivre donc.

 


 


Sommaire exceptionnel de Bifrost, la revue des mondes imaginaires

Posté par Maxence le 11.06.08 à 11:55 | tags : revue, science-fiction

Il flotte un vent chaud sur le numéro 50 de Bifrost, seule et unique revue française de qualité - tant au niveau rédactionnel que conceptuel- consacrée à la science-fiction dans tous ses états.
Un vent du désert, un vent estival donc, que l'on doit certainement à l'excellente interview de l'écrivain américain (Californien) Tim Powers et à sa nouvelle inédite « Itinéraire Nocturne », complétée d'une biographie analytique.
Un entretien fleuve, admirablement mené, où l'on apprend tout ou presque sur l'auteur des « Puissances de l'Invisible », de « Pocker d'Âmes », « Les Voies d'Anubis » et plus récemment « Les Voies du Néant ». Powers, grand ami de K. W. Jeter et de James P. Blaylock, a côtoyé Philip K Dick et fut longtemps considéré comme le co-inventeur (avec Jeter) du sous-mouvement littéraire « steampunk » (du cyberpunk au temps des machines à vapeur si vous voulez).
C'est aussi un grand auteur de science-fiction, un des meilleurs, de ce qui peuvent, à l'image de Robert Charles Wilson, largement séduire les lecteurs de littérature générale. Sa fiction, souvent excentrique et pleine de référence culturelle et littéraire, s'enjolive de thèmes typiquement californiens (le désert, la nuit, les mythes de l'humanité revus et corrigés à la lumière de la contre-culture des 60's...), thèmes parfaitement illustrés par la nouvelle proposé dans ce volume de Bifrost.

« Volume », car en fait de revue, Bifrost pèse bien sa demi-livre et compte près de 180 pages ! Au programme, une section critique pléthorique, parfois parti pris, mais tellement revigorante dans le « petit » milieu de la SF trop souvent conventionnel. Les amateurs profiteront également de deux nouvelle inédites, dont le troublant « Origam-X » de Stéphane Beauverger et « La Nuit des Pétales » de Laurent Genefort. Sans oublier les « rubriques » habituelles, Les Anticipateurs (où l'histoire de la SF à travers les âges par maître Frédéric Jaccaud), Scientifiction (le genre littéraire à l'aulne des véritables découvertes scientifique) et les fameuses « infodéfonce et vracanews ». A déguster sur la plage bien sûr, ou le soir, sur la terrasse d'un bungalow en regardant passer d'étranges créatures portées par le vent du sud...

Birfost N°50 - Dossier Tim Powers (dans toutes les bonnes librairies)


William Gibson en couverture de M&CD

Posté par Maxence le 05.06.08 à 10:17 | tags : news, science-fiction, revue

Première "Une" non-musique pour M&CD, le magazine des musiques et cultures digitales qui vous invite ce mois à décrypter le Code Source de l'immense écrivain américain, William Gibson.
Un article de fond, mais aussi une interview qui répond à celui que nous vous proposions dans nos pages il y a quelques mois. Et comme Millefeuilles est le blog de toutes les feuilles, il était également temps de parler de ce magazine papier bimestriel au sein duquel s'expriment toutes les tendances de l'art numérique, de la musique électronique, de la science-fiction et des nouvelles technologies.

Au sommaire ce mois : Le nouvel album de Mark Stewart en écoute, une discussion "musique et politique" autour du blog éponyme de Sylvain Gauthier, interview de l'artiste Ghislain Poirier, poète québécois du son global et rencontre avec Rémi Dury, inventeur d'un instrument pour jouer de la musique électroacoustique en temps réel. M&CD c'est aussi bien sûr, des reportages sur des évènements (ici la scène Australienne, Suisse et Française), des chroniques de romans SF et un copieux agenda.

A noter également, encore du papier, la parution de la deuxième édition du Guide des Festivals Numériques. Une bible dans son genre, puisqu'il recense près de 250 festivals consacrés aux musiques électroniques, arts numériques et multimédia; en France comme à l'International, pour la saison 2008-2009. Ponctué par des interviews de directeurs de cette nouvelle génération de festivals, ce guide est aussi disponible en format numérique (PDF avec plus de 6 000 liens cliquables), en téléchargement sur le site de MCD: www.digitalmcd.com

( NB d'Easywriter : A noter encore que notre éminent collaborateur participe avec son talent habituel à ce magazine ami) 


Robert Charles Wilson peut il sauver la SF ?

Posté par Maxence le 30.05.08 à 11:42 | tags : denoel, science-fiction, elucubration

Avec sa science-fiction à échelle humaine (voir notre chronique de Spin), l'américain Robert Charles Wilson fait figure de maître étalon dans la catégorie des auteurs capable de donner un aura de respectabilité au genre si souvent décrié. Alors, Robert Charles Wilson dont l'actualité est fructueuse ce mois, est-il l'auteur qui pourrait ramener les lecteurs les plus réfractaires à la SF ? Certainement, il a, en tout cas, tous les atouts pour ce faire.[...]

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Paul J. McAuley : Les secrets de la vie (et d'un bon roman de SF)

Posté par Maxence le 27.05.08 à 13:22 | tags : robert laffont, roman, science-fiction

Malgré son titre à la fois peu, et très subtil (ceux qui le liront comprendront), et quelque peu second degré (ou « provocateur », selon que l'on se place du point de vue du lecteur de SF averti ou pas), Une invasion martienne est un livre ambitieux qui tente de circonvenir le chaos du monde par le biais de la science, mais pas seulement, car c'est bien de littérature - et de très haut niveau - dont il s'agit ici.

 

Même si avec Paul J. McAuley mieux vaut avoir quelques notions de vocabulaire scientifique, ou plus simplement, mieux vaut être curieux et se tenir au courant des avancées scientifiques (et en particulier biologiques) de notre temps, cet auteur anglais, biologiste de formation, également tout près de s'imposer comme un romancier phare de la science-fiction contemporaine, n'oublie jamais d'embarquer son lecteur dans une véritable histoire. De celle où l'épaisseur des personnages, la crédibilités des évènements et le sens of wonder nécessaire à tout bon roman, ne sont jamais absents. [...]

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Neal Stephenson est de retour !

Posté par Maxence le 23.05.08 à 16:37 | tags : science-fiction, news, elucubration
Il est le petit génie de la génération post-cyberpunk, l'auteur acclamé du Cryptonomicon (publié, à tort, encore une fois, au rayon science-fiction en France), c'est Neal Stephenson. Bonne nouvelle, l'américain est de retour avec Anathem, malheureusement pas encore traduit dans nos contrées, tout comme son Quicksilver, première partie d'un "Cycle baroque", que de nombreux fans attendent (vainement semble t-il, Stephenson est tout sauf commercial et seul un Claro serait capable de s'atteler à la traduction de ce monstre de plus de 1000 pages) avec impatience.

Ceux qui ne le connaissent pas encore - et qui ne lisent pas de « science-fiction » - doivent savoir que Neal Stephenson est un des plus sûrs prétendants au titre envié de « nouveau Thomas Pynchon ». Ses récits alambiqués, sa culture historique tout azimut, son goût pour les digressions inouïes mais toujours passionnantes, font de lui un des plus grands écrivains américains vivants, un de ceux qui méritent vraiment ce titre, et un outsider de la littérature contemporaine.

Les impatients devront donc attendre le mois d'août pour dévorer Anathem en VO. Un long été n'y suffira peut-être pas... A suivre.


Vladimir Sorokine : Petit précis d'oppression

Posté par Maxence le 25.03.08 à 10:56 | tags : roman, science-fiction

Moscou 2028. Tous les matins, l'opritchnik Komiaga se réveille au son d'un coup de fouet suivi d'un cri, et d'un deuxième coup suivi, lui, d'un gémissement. C'est la sonnerie de son téléphone portable, enregistrée dans l'une des salles de tortures du quartier général de l'Opritchnina, la terrible police secrète du souverain absolu qui gouverne la Russie dans le futur proche de Vladimir Sorokine.

Le reste de la journée sera rythmé par des rituels très précis, mêlant violence et prières, enquêtes et orgies, corruptions et machinations politiques, menées tambour battant à bord d'une automobile décorée d'une tête de chien fraîchement coupée, pour le compte d'un souverain omnipotent que les technologies de surveillance électroniques ultra-sophistiquées rendent omniprésent.

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Vladimir Sorokine

Journée d'un opritchnik

Ed. de l'Olivier


William Gibson : entretien avec l'ex-pape du cyberpunk

Posté par Maxence le 20.03.08 à 15:14 | tags : polar, au diable vauvert, science-fiction

Cela devait arriver. Avec sa manie d'inclure objets hype, références musicales et manies contemporaines dans ses romans, l'ex-pape du Cyberpunk William Gibson a fini par réinventer la "chick litt", cette littérature légère et branchée pour jeune fille moderne.

A sa manière à la fois ironique et visionnaire, la parution de Code Source fait de Gibson l'écrivain contemporain le plus ancré dans notre modernité, et le plus lucidement mordant quand il s'agit de se moquer gentiment de l'homo habitus du 21e siècle. Omniprésence et références continues à la pop culture, séjours dans des hôtels de luxe, nouveaux comportements liés au technologies de l'information et marques nommées à tout bout de champ, Gibson décrit un monde ridicule dans lequel l'apparence est tout, mais contre lequel ses personnages, éternelle rebelles without a cause, se battent constamment, à leur façon étrangement apathique et décalée. Un monde dans lequel même les espions utilisent le Ipod comme disques durs externes, où les fugitifs cours en Adidas GSG9, portent du Prada, boivent de la Red Bull et écoutent du reggaetón.

 

Lire l'entretien avec William Gibson

Lire la chronique de Code Source


Acide manga test

Posté par 2goldfish le 29.02.08 à 15:37 | tags : manga, science-fiction

Dans ce qui ressemble fort à un futur proche, le Japon a légalisé le commerce et l'usage d'à peu près toutes les drogues et permis l'ouverture de "bars à pompes" où les salarymen las peuvent venir s'envoyer divers hallucinogènes de synthèse derrière la cravate après une dure journée de travail. Evidemment cette nouvelle consommation récréative respectable de la bonne société se démarque bien de celle des junkies qui fréquentent des bars à pompes crades, tenus par des médecins peu regardants sur les risques encourus par leurs clients, et qui se font harceler par la "police sanitaire" s'ils sont pris en flagrant délit d'hallucination dans la rue.

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Ultra Heaven

Keiichi Koike

Glénat


Christopher Priest : la nouvelle vague SF

Posté par Céline le 27.02.08 à 15:09 | tags : science-fiction

 

Considéré comme le successeur de Philip K Dick par certains, décrié par d'autres, puristes, qui l'ont soupçonné de parodier H-G Wells, Christopher Priest s'est taillé une place à part dans le domaine de la SF. Les distorsions de la réalité, les dangers de la virtualité, les personnages partagés entre deux mondes, il maîtrise. Les amateurs de SF peuvent foncer, chacun de ses romans plonge dans un nouvel univers où se mêlent imaginaire, réflexion sur la société, intrigue sentimentale.

C'est avec son troisième roman, Le Monde inverti, que Christopher Priest a conquis son public : il remporte le Prix British Science-Fiction, une forme de reconnaissance envers sa contribution littéraire au genre. Avec Ballard, il a participé à la nouvelle vague SF qui a traversé les années 70, en abordant de nouveaux thèmes et en soignant davantage son style.

Deux ans après Le Monde inverti, est publié Futur intérieur, considéré comme un roman mineur, alors qu'il comporte pourtant une importante thématique pour tous les travaux qui suivront.

Viennent ensuite de nombreux titres : notamment L'archipel du rêve, Le Prestige, qui a été adapté au cinéma en 2006 par Christopher Nolan, la novélisation de l'eXistenZ de Cronenberg, mais également des romans qui évoquent davantage l'univers développé dans ses écrits de jeunesse, comme Les Extrêmes et La Séparation.

Toujours, la problématique de la frontière entre réel et virtuel est mise en avant, et explorée dans tous ses possibles. Après la découverte d'un auteur comme Christopher Priest, pilier du genre, on comprend que les succès SF genre Matrix ne se sont pas inventés tout seul.

 

Lire les chroniques de Fluctuat sur Christopher Priest :

Les vertus du Monde inverti

Futur Intérieur, avant le virtuel

Les Extrêmes : entrez dans le jeu

La Séparation : entre Histoire et 'science) fiction

 

 


Lecture de Labo : Dresden Codak

Posté par 2goldfish le 28.12.07 à 10:31 | tags : lectures de bureau, web, comics, science-fiction, bd

 

Passons en revue si vous le voulez bien les défauts traditionnels du webcomic moyen : un auteur qui maîtrise mieux Photoshop que les bases du dessin ; des références obscures pour tout non-spécialiste dans telle ou telle ténébreuse niche ; des compositions ambitieuses mais qu'on ne sait pas dans quel sens lire ; un auteur qui après une poignée de strip perd la terre de vue et se lance dans de grandes fresques à suivre beaucoup trop ambitieuses...
Dresden Codak cumule tout ça : des couleurs informatiques bien plus réussies que le dessin dessous ; des pages labyrinthiques ; de nombreux gags incompréhensibles de presque tous, en dehors de la communauté scientifique ; et la série de gags originelle a même laissé place dernièrement à une histoire à suivre de voyageurs temporels et d'OVNI/robot.


Bref, ça devrait être mauvais. Mais franchement, si vous aimez les couleurs qui pètent, les blagues sur l'interprétation de Copenhague et Carl Jung, vous serez certainement prêt à passer outre les pages mal construites et les faiblesses du dessin des premières. Toutefois, les choses s'améliorent petit à petit, et les dernières pages sont presque lisibles.

 


John C.Wright : L'âge d'or et la fin de l'histoire

Posté par Maxence le 21.12.07 à 16:03 | tags : roman, science-fiction, philosophie

La science-fiction est un genre philosophique par excellence. C'est ce qui fait sa richesse et qui fait aussi que les arguments de ses détracteurs prétextant qu'il s'agit d'une littérature pour adolescent boutonneux ne tiennent pas. Et ce n'est pas le cycle (une geste, ou une saga, pour être précis) de L'Oecumène d'or de John C. Wright qui contredira cette affirmation.

Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.

Tout semblerait donc (enfin) parfait dans le meilleur des mondes possibles, si ce type de civilisation sclérosée par un confort lénifiant, la quête du plaisir immédiat et le conservatisme rampant, ne comportait pas aussi de gros défauts : l'ennui tout d'abord, le manque de défi et d'ambition ensuite, ainsi que la peur du changement.
Pourtant, dans un univers où le soleil entrera un jour en expansion et réduira les planètes qui l'entourent en cendre, l'humanité devrait se soucier de son avenir. Un avenir qui, pour certains, se situe dans les étoiles. Mais dans une société comme celle de l'Oecumène d'Or, quand les conditions sont optimales, tout changement est considéré comme une dangereuse régression ou au moins comme une dégradation.



L'Oecumène d'or : Une geste de l'avenir lointain
John C. Wright
(Le Livre de Poche)


Lucius Shepard : Le bayou des derniers jours

Posté par Maxence le 06.12.07 à 10:53 | tags : science-fiction, roman, elucubration

En tant que genre apparenté de la science-fiction, le fantastique est un genre quasi-psychanalytique qui interroge l'humanité à la lumière de l'inconscient. Alors que la science-fiction actualise les mythes et les légendes d'hier en entrant en résonance avec une certaine vision de l'avenir, le fantastique plonge dans un univers intérieur mystérieux dans lequel survit, souvent malgré nous, des bribes de rites, de croyances et de superstition. Or, c'est bien connu, à toutes les époques de l'histoire, l'humanité a cédé à la tentation d'utiliser la technologie pour donner une forme physique et théorique aux croyances qui l'habitent fussent-elles totalement anti-scientifiques. C'est la tekne, à la fois "science, art et technique" en grec, appliquée au vaste champ de l'inconscient. Mais notre monde scientiste à tendance à dénigrer ces croyances ancestrales qui sont pourtant bien vivantes dans l'esprit de nos contemporains. C'est pourquoi il est nécessaire de parler de Lucius Shepard, un écrivain de science-fiction qui use de légendes fantastiques et d'exotisme corrompue, mais aussi de modernité, pour exorciser les démons de notre civilisation.

 

Ecrivain américain, reporter de guerre, infatigable voyageur et baroudeur émérite, Lucius Shepard fait parti de la génération des Philip K. Dick, Norman Spinrad & Co., autant dire la frange rock'n'roll, exubérante et engagée de la SF des 70's. Mais Shepard est aussi un écrivain au style fluide, proche des grands auteurs anglo-saxons, comme Ernest Hemingway ou Joseph Conrad. C'est également le spécialiste d'une littérature fantastique teintée de modernité qui mélange aussi bien, rites vaudous, légendes urbaines et futur proche. Les personnages de Shepard, sont un peu comme les personnages de La Plage d'Alex Garland, des occidentaux paumés, aux prises avec des forces et des coutumes qui les dépassent. C'est le cas de Jack Mustain, le héros de Louisiana Breakdown, dernier roman de l'Américain traduit aux éditions du Bélial.

 

Raconté comme un compte à rebours vers le désastre et la perdition, Louisiana Breakdown se déroule en un peu moins de 48 heures dans la moiteur des marais de la Louisiane profonde : Immobilisé malgré lui dans la ville de Graal, Jack Mustain va faire connaissance avec sa population haute en couleur, saturée de chaleur et de secrets. Une bourgade du sud profond qui semble condamnée d'avance et sombre lentement dans la démence sous l'ombre omniprésente du cyclone Katrina. Un lieu où il ne fait pas bon tomber amoureux, un endroit enfin, ou charmes anciens et maléfices sont plus que jamais vivant dans le cœur de ceux qui y vivent.

En styliste hors-pairs, Lucius Shepard évoque la moiteur de la Louisiane, le silence des marais et le mystère des bayous. Bien sûr, on peut parfois penser que l'auteur joue avec les clichés, mais c'est véritablement sa manière, très cinématique, de poser l'ambiance et de décrire cette région du monde où la fiction dépasse bien souvent la réalité. Une région dont il connaît bien les mœurs et de coutumes et dont l'écrivain livre une description quasi-anthropologique, quand ce n'est pas tout simplement photographique. En ce sens, Louisiana Breakdown offre une bonne introduction à l'univers décalé de cet écrivain hors-normes. Un véritable bain de jouvence dans le panorama, parfois un brin morose, de la littérature contemporaine.


Louisiana Breakdown
Lucius Shepard
Editions du Bélial


William Gibson : Le cyberpunk à travers les mailles du réseau

Posté par Maxence le 04.12.07 à 11:33 | tags : roman, science-fiction

Alors que les éditions J'ai Lu réédite, Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'eclate, les trois premiers romans de William Gibson (dits, de la Sprawl Trilogy) accompagnés de son recueil de nouvelles, Gravé sur chrome, sous la forme d'un Omnibus titré Neuromancien et autres dérives du réseau, impossible de faire l'impasse sur ce qui fut certainement l'un des plus intéressants mouvements littéraires issu de la science-fiction du 20ième siècle : le cyberpunk, un mouvement littéraire né au début des années 1980 est largement influencé par la new wave anglo-saxonne des années 1970, représentée par des auteurs comme J.G. Ballard, Michael Moorcock, Harlan Ellison ou Samuel Delany.

En tant que genre, le cyberpunk, se caractérise par une fascination pour les technologies de l'information, l'informatique et les formes d'invasion, ou de mutation, du corps et de l'esprit induites par les nouvelles technologies. La société dépeinte dans les romans cyberpunk est fortement contrastée, séparant les très pauvres des très riches de manière radicale. Les multinationales ont la mainmise sur de nombreux domaines de la sphère sociale, qu'il s'agisse de l'emploi, du droit ou de la vie privée. Les protagonistes des romans cyberpunk sont constamment connectés, de manière plus ou moins légal selon les revenus et la classe social, au réseau des réseaux. Ça vous rappelle quelque chose ?
 

Cet univers, on le doit à de nombreux auteurs, mais avant tout à William Gibson Ford, l'inventeur de ce qui restera dans les annales de l'histoire comme "le cyberespace". Une "réalité virtuelle", un paysage de données, qu'il définit comme une représentation 3D des ordinateurs reliés en réseau de part le monde. (On notera que pour Gibson, cette "hallucination consensuelle" comme il l'a nommée, concerne en premier lieu les transactions de capitaux internationaux.) Un espace qui ressemble fort à notre Internet, à une différence près, et non des moindres, les visiteurs, pirates, hackers et police des corporations, y naviguent réellement pour s'y livrer une bataille sans merci. Mais cet espace virtuel abrite aussi des entités mystérieuses, parfois discrètes, parfois omnipotentes et omniprésentes, les IA, ou Intelligences Artificielles. Ça vous rappelle encore quelque chose ? Bravo, dans Matrix les frères Wachowski lui ont tout piqués !


Lire le portrait de William Gibson sur Fluctuat.
Voir aussi une interview sur le site du Cafard Cosmique.


Desolation Jones

Posté par 2goldfish le 29.11.07 à 10:35 | tags : comics, science-fiction, polar

 

Michael Jones est un ancien espion du MI-6, mis à la retraite après avoir subi une expérience mystérieuse qui a rendu sa peau grise et son humeur massacrante. Comme le reste des espions décommissionnés du monde, il est assigné à résidence à Los Angeles où il survit en jouant les détectives dans la communauté bigarrée des ex-espions de L.A. Le premier album commence quand un vieil homme fortuné l'engage pour retrouver une bobine de film qui lui a été volée. Le vieux a aussi trois filles, dont une a été kidnappée et l'intrigue est calquée plus ou moins fidèlement sur celle du Grand Sommeil de Chandler. Aussi, la bobine que Jones doit retrouver contient un film pornographique tourné par Hitler dans son bunker en 1944.

Les connaisseurs auront immédiatement identifié un pitch de Warren Ellis (scénariste de BD à ne pas confondre avec son homonyme violoniste et comparse de Nick Cave). Bourré d'idées dans tous les sens, d'obscénité, de violence et d'amertume mais basé sur un genre qu'il respecte finalement plus qu'il ne le subvertit. C'est à la fois la principale qualité et le principal défaut d'Ellis : ses scénarios sont souvent squelettiques, des prétextes pour nous caser des concepts plus ou moins intéressants. C'est d'autant plus vrai avec l'utilisation du roman de Chandler, déjà tellement exploité par deux films, trois même en comptant The Big Lebowski. Ici, nous avons plutôt de la chance. Le bouquin s'ouvre sur une petite leçon d'urbanisme, se perd un peu dans les histoires d'espions génétiquement modifiés, puis nous parle un peu des affres du porno "gonzo".

La vraie force de Desolation Jones se trouve dans le dessin de J.H. Williams III, connu principalement pour son boulot sur Prométhéa. Un choix pas vraiment évident : les compositions alambiquées et les grands écarts stylistiques, qui faisaient des merveilles pour les visions mystiques, d'Alan Moore ne semblaient pas a priori adaptés à un polar terre à terre. Cependant, Williams s'en tire finalement très bien, ne se lâchant que dans les flashbacks et des scènes d'action visuellement épatantes, mais plutôt confuses. Le reste du temps les feux d'artifices sont assurés par le coloriste José Villarubia, dont les choix parfois extrêmes fonctionnent la plupart du temps plutôt bien, assurant une ambiance unique à chaque séquence.

Desolation Jones manque de substance, mais offre suffisament de bonbons pour l'oeil et le cerveau pour qu'on ne regrette pas sa lecture. Et puis si ça peut vous rassurer, on ne voit jamais le film d'Hitler.

Desolation Jones, Tome 1 : Made in England
Warren Ellis, J.H. Williams III
Panini


Un jeu cruel, Silverberg et ses freaks romantiques

Posté par Myosotis le 23.11.07 à 09:06 | tags : science-fiction, roman

A n'en pas douter Chuck Palahniuk n'aurait pas craché sur cette histoire-là, tant les jolis monstres de Robert Silverberg font écho à l'univers déjanté de l'auteur de Choke et d'Invisible Monsters. Un jeu cruel est une fable assez étonnante sur la plume pourtant variée de Silverberg, l'homme aux 200 et quelques textes (romans, nouvelles), auteur de l'Homme Programmé ou de Gilgamesh.
Ecrit en 1967 et venu à nous en Folio SF 40 ans plus tard, Un jeu cruel, court roman de 200 et quelques pages, se situe dans un futur assez éloigné mais qui n'est pas dénué de réalisme. Un producteur télé qui tient, dans une logique de concentration tout azimut, des chaînes de télé comme des parcs touristiques, des sites naturels sur la Terre et les planètes de la galaxie, a l'idée pour relancer l'audimat d'organiser la rencontre de 2 freaks à la dérive : un astronaute kidnappé par des extraterrestres hostiles qui, après avoir tué ses deux collègues, le reconstruisent en tentant "d'améliorer ses fonctions rudimentaires". Ses yeux, par exemple, s'ouvrent non plus de haut en bas mais de droite à gauche. On lui a rajouté des tentacules et refait le portrait, ce qui n'a pas manqué de le traumatiser. L'homme vit en reclus et n'ose plus faire un pas dehors. Le monstre parfait. A sa gauche, une jeune fille de 16 ans, pas moins paumée qui a eu son heure de gloire lorsque des scientifiques zélés lui ont prélevé cent ovules pour donner naissance simultanément à 100 bébés. La vierge aux 100 bébés, 2ème personnage culte de cette histoire loufoque. Le gras-double producteur de télé (obèse et qui se nourrit à la souffrance humaine) organise avec ses sbires un rencard qui fonctionne par delà les espérances et amène à une love story entre les deux monstres, lesquels entreprennent alors une sorte de lune de miel des meilleurs spots de la galaxie. Dit ainsi, pas simple de vendre ce livre-là sans dire que Silverberg s'en tire à la quasi-perfection tant sur le plan de la forme que du fond. Sur le fond, justement, les travaux d'apprivoisement des deux coeurs perdus sont impeccablement saisis. Si l'on considère (c'est une définition qu'on peut en donner) que l'amour n'est jamais que le moyen trouvé par deux douleurs pour se consoler, Un jeu cruel en est la meilleure illustration. Les échanges entre la vierge folle et le Caliban astronaute sont superbes. Leur redécouverte de leur corps meurtri sonne tout à fait juste et les brouilles qui suivent leur idylle prosac tout à fait convaincantes. On déplorera juste que la partie médiatique soit sacrifiée au profit de l'aventure sentimentale. Le rôle du producteur sort un peu affaibli des choix structurels, ce qui est dommage compte tenu de son potentiel. Sur la forme, où Silverberg excelle d'ordinaire à faire pleurer les machines, le récit offre quelques beaux morceaux de bravoure : récits enchassés des tortures subies par les astronautes, solitude, poursuites amoureuses à travers l'espace intersidéral : du grand art à haut potentiel évocateur, comme souvent chez cet auteur.

A l'arrivée, un Jeu cruel n'est pas un roman aux enjeux extraordinairement élevés (on parle amour, beauté et pas gloire), mais un plaisir de gourmets qui ravira tant les amateurs de soap opera que les fans de SF. Dans un registre différent, le livre s'adresse à ce public de plus en plus nombreux qui vient à la SF par l'extérieur et qui aime garder un pied en terre connue. Un Jeu Cruel fait cet effet là et le fait bien.

Un jeu cruel
Robert Silverman
Folio SF


Stardust : le livre ou le film ?

Posté par Myosotis le 16.11.07 à 10:52 | tags : roman, science-fiction, le livre ou le film ?

Stardust, le mystère de l'étoile a ses supporters parmi les fans de Neil Gaiman. Même s'il faut avouer qu'il se situe très nettement en dessous en matière d'ambition littéraire et d'imagination que Neverwhere, Anansi, American Gods et même le très beau MirrorMask (dont le livre illustré vient d'ailleurs de sortir en français).
Stardust est un roman de genre pur jus, un conte pour grands enfants, un rien décentré par rapport à la tradition victorienne et par rapport aux pratiques ultérieures du genre (Le Seigneur des Anneaux, Conan...), mais d'une certaine façon un roman qui déborde d'assez peu la veine à laquelle il se rattache sciemment. C'est cette distance infime entre le roman fantasy victorien, ses histoires de fées, de lutins, son retour à la nature et à la campagne épaisse, sa naïveté et son langage ampoulé, et la langue moderne qui fait la magie du livre de Gaiman et le manque de charme du film qui en est tiré.
Rien d'exceptionnel dans cette histoire d'un jeune homme (né de l'union d'un homme de Wall, petit village-frontière, et d'une magicienne de l'autre côté du mur) parti récupérer pour l'amour d'une ingrate une étoile filante tombée de l'autre côté du mur.

Tristan Thorn croisera des licornes, des rois fantômes, des sorcières, des mages, des guerriers, de l'horreur et des bons sentiments. Les amateurs de fantasy seront avec le livre en terre connue, mais sur une terre connue revisitée avec des moyens modernes (une mise en place littéraire simple, des scènes d'action plus nombreuses que les descriptions, des séquences transitoires moins barbantes que chez Tolkien,...) sans pour autant être révolutionnaire ou satirique (à la Pratchett). La fantasy de Gaiman n'est jamais moqueuse et n'a d'intérêt que dans son infini respect des codes du genre. L'ouvrage reste suffisamment simple pour porter sur lui le potentiel féérique et le potentiel dynamique qui en faisaient un candidat admirable pour une adaptation cinématographique.
Ce qui cloche dans l'adaptation de Matthew Vaughn, c'est que la machine hollywoodienne n'a pas su faire la différence entre l'épique et le bucolique et a foncièrement foiré le travail d'équilibre, fondamental dans le domaine de la fantasy, entre les scènes d'action et les scènes dites psychologiques. L'épique est privilégié par le film et accompagné tout au long du film d'une musique symphonique ridicule qui vient anéantir la petite musique intérieure, primesautière et badine entendue lors de la lecture.

La construction hollywoodienne (en séquences) conduit à privilégier le spectacle, c'est un fait. Et ça l'est d'autant plus que la production dispose d'un beau et bon casting et de quelques moyens financiers, mais aurait pu s'autoriser quelques ponts un peu peinards qui auraient permis de donner une autre densité au film. Si le personnage interprété par Michelle Pfeiffer est très réussi, la complexité (et la méchanceté) de son caractère transparaît bizarremment moins efficacement à l'écran qu'en livre, alors même que l'actrice et les effets spéciaux auraient laissé espéré l'effet inverse. Le cabotinage de Robert De Niro envahit son personnage et lui enlève un tantinet le charme du personnage souche, beaucoup plus intéressant et moins lisible. Surtout, et c'est là que tout se joue, même si Stardust le film reste un très beau et bon spectacle familial, un film où on ne s'ennuie pas, le seul écart d'insolence prévu par Gaiman à la lettre du conte de fées a été supprimé. La dernière confrontation entre Victoria (la fille pour laquelle Tristan va chercher l'étoile) et Tristan est amputée de son véritable sens et évacuée comme une première conclusion rapide au film alors même qu'elle donnait au roman de Gaiman une intensité et une justesse proche des Contes de grenade de Wilde. Traitée en 2 plans, la séquence n'est pas compréhensible dans le film alors qu'elle constitue non seulement la clé du happy end final mais surtout une justification a posteriori de la quête qui passe d'une quête amoureuse à une quête philosophique. Deux minutes plus tard, les scénaristes choisissent de couronner l'Etoile et Tristan immédiatement alors même que le roman, dans un twist très libre, les envoyait en excursion de plusieurs années à travers le monde, vivre le romantisme de leur histoire et prolonger l'aventure bohème. D'un côté, on se trouve avec une fin cliché, de l'autre, avec un fabuleux appel d'air libertaire. Soit une différence fondamentale qui explique pourquoi on ne ressent que rarement la puissance évocatrice du livre dans le film.

Pour se résumer, Stardust le film est un divertissement qui vous fait dire, avec un frisson, que décidément la fantasy n'est plus tout à fait de votre âge ; Stardust le livre vous donne le frisson et vous fait penser que... décidément, vous avez conservé intact votre coeur d'enfant. Entre les deux, à vous de choisir votre camp.

 


Catherine Dufour : Une éternité au goût amer

Posté par Maxence le 10.11.07 à 13:00 | tags : roman, science-fiction, poche

A quoi bon la vie éternelle, si c'est pour la vivre en vase clôt, sous terre, comme la narratrice au début du Goût de l'immortalité de Catherine Dufour ?
A quoi bon, en effet, vivre éternellement sur une planète désolée, dévastée par la misère, les catastrophes écologiques et génétiques, les guerres et les épidémies ? A quoi bon l'immortalité en effet, si c'est pour la vivre en ne communiquant avec le reste de l'humanité que par le biais des réseaux informatiques à l'expansion endémique, dernier artefact du "lien social" sur une planète moribonde ?
C'est la question que pose subrepticement ce surprenant roman de Catherine Dufour, paru en 2005 aux Editions Mnémos, et réédité ce mois-ci en poche.
L'occasion, pour ceux qui ne s'étaient pas immédiatement rués sur ce livre (j'en suis, honte sur moi, je l'avoue) de découvrir l'un des meilleurs romans de science-fiction français de ces dix dernières années. Ni plus ni moins.

Envoyé en Mandchourie dans la ville de Ha Rebin en 2213, le chercheur en biologie Cmatic est chargé d'enquêter sur la réapparition d'une épidémie qui menace à nouveau à l'échelle internationale. Malheureusement, le fonctionnaire tombe immédiatement la tête la première dans une gigantesque machination politico-scientifique et joue de malchance en se laissant prendre au jeu d'une guérisseuse mal intentionnée. Affaibli, il ne devra la découverte de la vérité qu'à une étrange adolescente maladive, avec laquelle il va devoir s'engager dans un voyage au cœur des ténèbres d'une époque en totale déréliction.

J'hésite sur la forme, écrit-elle à son mystérieux correspondant dans ce roman épistolaire de plus de 300 pages.
Quand au fond, je peux déjà vous promettre de l'enfant mort, de la femme étranglée, de l'homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d'horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux, belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j'ai au moins une histoire... (p.13).

Et quelle histoire ! Mais cette description lapidaire ne rend pas forcément hommage à la subtilité d'un roman monde, dans lequel l'auteure parcourt les steppes d'un panasiatisme futur comme d'autres écrivent sur leur nombril, surfant sur la génomique, la politique, la magie et la sensualité décadente avec ce qu'il faut de "sens of wonder", pour vous tenir en haleine de la première page à la dernière.
Car du style, Catherine Dufour en a assurément, ainsi que des idées, et si son petit livre est si puissant, c'est qu'il nous rappelle immanquablement les grands de la S-F engagés et polémiques des années 70, les John Brunner, J.G. Ballard ou Philip K. Dick !
Il est également bon de noter que Le goût de l'immortalité a collectionné les prix littéraires. De 2005 à 2007, il remporte le Prix Rosny Aîné, le prix Bob Morane, le Grand Prix de l'imaginaire et le Prix du lundi de la S-F Française. A sa lecture, vous comprendrez que ce n'est certainement pas pour rien.

Le goût de l'immortalité
Catherine Dufour
Livre de Poche


Greg Egan : l’intégrale des nouvelles, deuxième !

Posté par Maxence le 09.11.07 à 13:06 | tags : philosophie, science-fiction

En guise de "participation" à la politique de développement durable actuelle, imaginez la création par une bande de biologistes renégats d'une forêt génétiquement modifiée, à la fois poumon vert de la planète mais aussi réseau de communication et de calcul biologique, collecteur d'énergie solaire et usine chimique cellulaire, non seulement totalement autonome, mais également capable de se défendre seule contre toutes interventions extérieures.
Ce n'est qu'une des fabuleuses idées présentées par l'écrivain de science-fiction australien Greg Egan dans ce deuxième volet de l'intégrale des ses nouvelles proposées par les éditions du Belial ce mois-ci. Une initiative qui débute rappelons-le, avec Axiomatique en 2006 (voir notre chronique ici) et qui se poursuit donc avec Radieux, second recueil réunissant 10 nouvelles ou novelas, accompagnées d'une bibliographie raisonnée de l'auteur. Rappelons aussi que Greg Egan, en plus d'être l'un des plus grands auteurs de science-fiction vivant, est un humaniste éclairé et un scientifique (mathématicien pour être exacte), ainsi qu'un écrivain engagé qui n'a pas hésité à abandonner son activité quelques années afin de se rendre utile dans le domaine de l'humanitaire. Un besoin de se rattacher au réel et au quotidien qui transparaît continuellement dans son œuvre.

La SF selon Greg Egan est toujours plausible, si ce n'est scientifiquement et minutieusement réfléchie. Pas de bébettes verdâtres couvertes de tentacules ici. Ces récits sont basés sur les dernières avancées techniques, ou théoriques, en matière de physique quantique, de bio-ingénierie, de réseaux informatiques et de technologies de pointe. Ces histoires explorent également l'impact psychologique et philosophique (quand ce n'est pas métaphysique) de ces découvertes sur nos vies et les changements qu'elles impliquent, et impliqueront dans le futur (car aussi proches et réalistes que soient les situations décrites par Egan, il s'agit tout de même de science-fiction, ne l'oublions pas) sur notre espèce, nos civilisations et notre histoire. Quand ce n'est pas sur notre vision du monde, de la vie et de la mort, ou en l'occurrence, parfois de sa disparition, comme c'est le cas dans son roman non traduit à ce jour Diaspora (publication en France prévue en février 2008).

Avec Radieux, le Belial fait donc office d'utilité publique en publiant les nouvelles souvent introuvables aujourd'hui, de cet auteur ambitieux et incontournable de la prospective-fiction actuelle, d'autant que l'on annonce un troisième volume en 2008 !  Ce volume regroupe d'ailleurs le meilleur de l'auteur, de Paille au vent (voir intro de l'article) à Cocon (le scandale d'une manipulation génétique embryonnaire destinée à éradiquer l'homosexualité, glups !) en passant par Monsieur Volition (la découverte de la volonté comme simple rouage du processus hyper-complexe qu'est la conscience humaine, ou "Nietzsche est mort !"), Notre-Dame-de-Tchernobyl (un thriller apocalyptique), Vif Argent (et sa vision au vitriole de ce qu'il appel "le spiritualisme") ou L'Eve mitochondriale (ou "la porté politique de la paléontologie"), chaque récit se compose comme une enquête (et bien souvent une quête) passionnante de bout en bout. Même si l'univers de l'Australien en mêlant hard-science, philosophie et humanité n'est pas exempt de difficultés.

A ce propos, j'invite ceux qui, comme moi, callent sur La Plongée de Planck, à se rendre sur ce sujet du forum du fameux webzine  SF-Fantasy-Horreur-Transfictions du Cafard Cosmique (belle une sur Gérard Klein ce mois-ci), pour y trouver définitions, explications et débats sur le sujet.


Radieux
Greg Egan
Editions Le Bélial


Laurent Fétis : Asphalte Jungle

Posté par Maxence le 25.10.07 à 10:52 | tags : polar, science-fiction

Il ne fait pas bon traîner dans les rues de Londres, en cette fin de siècle, surtout quand des morts-vivants en pleine forme y rodent à la recherche du futur casting de leur prochain snuff movie.
Oui, car le personnage de Lit de béton de Laurent Fétis c'est brutalement réveillé en 1980 dans la morgue du comté de Chester en Angleterre. Depuis, il zone dans la capitale Britannique et vit grand train grâce aux commandes que des pervers de tout poil lui passent à des fins de satisfaction personnelle. Un marché qui prend de l'ampleur chaque année, même si les vedettes principales des films produits par notre zombie, finissent toujours de manière tragique, la plupart du temps dispersées en petits morceaux aux quatre coins de la ville. "Une carrière n'est parfaite que si elle s'achève rapidement et de façon spectaculaire", telle pourrait être la devise de Red Eyes Production. Seulement voilà, notre bonhomme immortel, ne s'est jamais posé les bonnes questions. Pas un seul instant il ne se demande comment et surtout pourquoi la "vie" (ou plutôt, en l'occurence, la mort) lui a réservé ce curieux destin. Des questions qu'il va bien être obligé de se poser le jour où "la plus belle saloperie de toute la ville", comme il aime à se nommer lui-même rencontre plus monstrueux que lui...

Avec Lit de Béton c'est clair, Laurent Fétis nous sert une sorte de comics littéraire brutal et ignoblement drôle, comme du Spawn,  ou du Bret Easton Ellis qui aurait des visées dans le domaine de la série B. Evidemment peu crédible, cette histoire franchement gore est pourtant fascinante pour peu qu'on y entre sans a priori. Elle se lit en une journée avec autant de plaisir qu'une bonne BD ou un roman décadent de la fin du XIXe siècle. L'oiseau de nuit qu'est Laurent Fétis décrit mieux que tout autre le Londres nocturne, cette jungle de béton, ses lieux sordides, ses faunes interlopes, sa misère psychologique et morale, et les situations scabreuses qui en découlent.
Sa peinture sous-jacente de la société occidentale - et de ses mœurs - à la fin des 90's, est d'une sauvagerie peu commune, tout en restant parfaitement neutre et atone. La violence de Fétis est celle des bourreaux en col blanc. Son portrait de la psychologie du tueur pourrait également être un cas d'école. Terriblement pervers, l'anti-héros choisit sa proie avec soin, et c'est le lecteur qui est finalement malmené du début à la fin.
Âmes sensibles s'abstenir, pour les autres, foncez !

Lit de béton
Laurent Fétis
Edition Baleine


Fabrice Colin : Notre passage n'est pas vain

Posté par Maxence le 18.10.07 à 16:14 | tags : elucubration, science-fiction, au diable vauvert

On a pas assez parlé du fabuleux roman qu'est La Mémoire du vautour de Fabrice Colin. Ou alors mal. Ou en mal. C'est pourquoi je reviens dessus, quelques mois après sa publication estivale.
Roman incompris (souvent), roman mésestimé (parfois), mais surtout roman inexploré. Sous ses airs plutôt banal (il est présenté comme le premier roman de "littérature générale" de l'auteur). La mémoire du vautour est pourtant un immense roman univers, une œuvre cerveau emplie des obsessions de son créateur, mais également un voyage initiatique qui partage avec nous, outre de nombreux clins d'oeil (à Lynch, entre autres), des émotions puissantes et des croyances universelles.

Bill Tyron est homme à tout faire. Il dispense ses multiples talents dans de petits boulots, gardiennage, bricolage, mais aussi traductions, mise en page, relecture et corrections. Il vient de mettre un point final à la relecture du manuel technique d'une société américaine spécialisé dans les fours crématoire quand une organisation anonyme lui téléphone pour lui proposer de surveiller Sarah, une ancienne GI. Signe particulier ? Suite à un traumatisme subit en Indonésie, la mémoire de Sarah a été effacée grâce à un traitement révolutionnaire. Malheureusement, ce trou dans la continuité de ses souvenirs semble l'avoir rendu malade, elle est atteinte d'une leucémie. Pour Bill, le boulot semble simple, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux de Sarah, mourante et qui refuse tous soins. Il pense partir à la recherche de sa mémoire quand tout bascule.

Difficile d'en dire plus sans dévoiler des pans entiers de la réflexion de Fabrice Colin. Car plus qu'un simple roman, La mémoire du vautour est avant tout une profonde digression philosophique sur la vie et la mort. Comme l'écrit magnifiquement Colin, "la mort dessine une carte dont nous sommes l'unique point mouvant, jusqu'à ce que nous nous immobilisions et trouvions notre place, mais nous laissons des traces, c'est sûr. L'amour, les mots, la vie : Notre passage n'est pas vain (P.132)"

A ce titre, le chapitre central est éloquent dans son évocation du passage de la vie d'un être à l'autre, d'une vie à l'autre, d'une conscience et d'une mémoire à l'autre, disséminé, diffusé entre tous les êtres vivants. Car, au-delà de "l'intrigue", il serait, en effet, dommage d'ignorer la dimension proprement chamanique de ce livre. Un livre qui s'oppose à toute compréhension immédiate, dans le sens naïf du terme. Pour cela, La mémoire du vautour ne se révèlera incompréhensible qu'à ceux qui ont trop cherché à en comprendre l'histoire, sans en suivre la trame, sans écouter leur petite voix intérieure, celle qui nous dit ce qu'il faut croire et ce qui est vrai.
Une dimension métaphysique et spirituel donc, qui laissera certainement quelques lecteurs de côté, même si le récit - contre toute attente, au vu de mes arguments exposés ci-dessus - s'apprécie également de lui-même, au premier degré. En ce sens, la plume de Fabrice Colin semble ici à son apogée, totalement connectée avec son sujet transcendant, entièrement impliqué dans l'action décrite, qu'il s'agisse de la complexité géopolitique (l'étude de l'action de la CIA en Indonésie), des troubles de l'adolescence, du choc des cultures ou de la conscience animale et de la folie. 
A ceux qu'il a touché, enfin, La mémoire du vautour fera du bien, et ça, c'est tellement rare, que cela méritait aussi d'être souligné.

La Mémoire du vautour
Fabrice Colin
Au Diable Vauvert




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