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Quand le livre parle de sexe, on aime aussi. Pour ce qui concerne la littérature érotique, voir aussi les collections livre érotique et l'enfer du blog sexe de Flu.

La galerie des romans qu'on n'ose pas lire en public

Posté par Céline le 11.06.09 à 15:14 | tags : sexe et littérature, short-list
Ce n'est pas parce qu'un livre s'intitule Trash qu'il l'est forcément. Celui de Clara Chaal par exemple, paru le mois dernier chez Flammarion, semble abuser d'un terme qui attire  au moins l'attention quand il ne fait pas vendre. Ici, une jeune fille catholique se tape tout un tas d'hommes sans en avoir envie - par politesse, dit-elle - et sans capote en plus : est-ce que c'est trash, ça ?  Mouais... On a déjà été un peu plus loin dans la transgression, quand même.
 

D'ailleurs, un petit tour dans notre galerie des livres les plus trash qui ont fait date achèvera de vous convaincre : du Marquis de Sade à Virginie Despentes, l'histoire regorge d'auteurs qui ont trempé leur plume dans le sang, le stupre, le vomi - et dieu sait quelles autres semences...

 
Voir aussi :



Le journal Pilote revient pour un numéro sexy

Posté par Céline le 10.06.09 à 11:14 | tags : sexe et littérature, bd, revue, news
Le magazine de bande-dessinée Pilote, également appelé depuis 2003 « le journal qui s'amuse à revenir » en raison de l'irrégularité de sa parution (3 numéro en 5 ans), change de surnom pour son prochain numéro et devient : « Pilote, le magazine qui va et qui vient »...
 

Non, votre concupiscence ne vous joue pas des tours : la référence est bien sexuelle, puisque ce nouveau numéro - parution le 25 juin - fête les 40 ans de 1969 en jouant la carte de l'érotisme. De nombreux auteurs de bd se sont donc amusés avec le sujet : Alex Varenne (qui a signé la couverture), Moebius, Milo Manara, Blutch, Manu Larcenet, Claire Bretécher, Bastien Vivès, pour n'en citer que quelques-uns...
Créé en 1959 dans le but de devenir une sorte de « Paris-Match pour jeunes », Pilote s'était arrêté en 1989, avant de reprendre en 2003 avec des « numéro spéciaux », dont celui, en avril 2008, consacré au thème de mai 68. Aujourd'hui âgé de 50 ans, le magazine prouve qu'il sait rester très sexy. Quelques pages sont disponibles ici.

Source : Bodoï







Julia Palombe danse la poésie érotique

Posté par Myosotis le 10.05.09 à 10:30 | tags : littérature en vidéo, elucubration, sexe et littérature, poésie
 
L'Internet n'est pas le paradis de l'érotisme et encore moins des littératures érotiques. Il faut faire de réels efforts pour tomber sur quelque chose d'intéressant : des vieux textes, des ouvrages littéraires, rarement illustrés, des conversations et des écrits qui ne sombrent pas directement dans le graveleux, le porno et le hardcore, devenus depuis... hum... tout le temps, l'alpha et l'omega de l'offre en ligne. Sur Youtube, la censure régnant, on peut peut-être plus facilement trouver son compte si on ne recherche pas les sensations fortes et s'offrir quelques réels frissons innocents. Quelques lectures de texte en ligne, du Baudelaire, du Crébillon (en cherchant bien), quelques images volées, beaucoup d'adolescentes qui lisent, déclament.... cela ne va généralement pas très loin.
 
Et puis, il y a cette étrange vidéo promotionnelle, un teaser énigmatique pour un spectacle (un pestacle, un sex live show) de littérature érotique : Baudelaire (encore lui) et d'autres, lus, chantés, dansés par Julia Palombe. Spectacle de poésie érotique, striptease littéraire, crée par Julia Palombe et réalisé par le légendaire John B. Root. Oh bon sang ! Il y a le numéro de téléphone. Je laisse un massage,.... un message. Voici que la littérature érotique est sauvée. Mieux que Lucchini, mieux que Robert Hossein en Angélique, mieux que Daniel Pennac en Bartleby, que les interminables Monologue du Vagin qui ont plombé des générations d'amateurs de théatre, Julia Palombe ? Sûrement, peut-être.
 
Il ne s'agit pas de ça (la chose) mais bien d'une véritable danseuse, une vraie, avec des chaussons, au service des arabesques littéraires et caresses versifiées, qui a déjà dansé Neruda et Cervantes, rien que ça. A voir sûrement, si on vous en laisse le temps, ou à recevoir en spectacle privé, à domicile et en bon bourgeois. Désolé.



Les illustrations SM du créateur de Superman

Posté par 2goldfish le 02.04.09 à 16:45 | tags : vo, comics, sexe et littérature
Secret Identity, un livre de Craig Yoe qui vient de paraître outre-Atlantique, révèle ce qu'il est advenu de Joe Shuster, le co-créateur de Superman qui a revendu ses droits sur l'homme d'acier pour une bouchée de pain.
Shuster, dont la vue diminuait, a dû travailler quelques années comme livreur pour joindre les deux bouts avant de retrouver un job dans l'illustration pour un obscur magazine nommé "Nights Of Horror". Dans ce magazine, Shuster illustrait d'abracadabrants scénarios sado-masochistes dans le même style graphique que Superman. Pire encore, il donnait à ses personnages les traits de Superman/Clark Kent, Lois Lane, Lex Luthor et autres héros de la bande dessinée qui l'a rendu célèbre.

Nombreux ont été les dessinateurs de comics contraints à accepter ce genre de jobs "honteux", sans parler de ceux qui l'ont fait par choix. Craig Yoe en avait déjà révélé plusieurs dans son livre "Clean Cartoonist's Dirty Drawings", qui compilait des travaux érotiques peu connus de dizaines d'artistes parmi lesquels Carl Barks (créateur de Picsou), Steve Ditko (Spiderman) ou Chuck Jones (Bugs Bunny).

 

Aujourd'hui, la plupart des artistes connus qui s'adonnent à l'érotisme, voire la pornographie, ne se cachent même plus. En matière d'érotisme pourtant, on peut se prendre à regretter l'apparente naïveté du passé, à l'époque où dessiner une femme en petite tenue brandissant un fouet relevait du sulfureux et de l'interdit, plutôt que de la banalité du quotidien de nombreux graphistes qui créent aujourd'hui des sites web érotiques par milliers.

 

Lire aussi :

Robert Crumb a fini de dessiner Dieu 

Big Numbers d'Alan Moore : le troisième numéro enfin retrouvé 

 




Faut-il condamner les images à caractère pédophile... virtuelles ?

Posté par 2goldfish le 05.11.08 à 11:36 | tags : elucubration, bd, sexe et littérature
La famille qui couche ensemble reste ensemble - Robert Crumb

Chez nos voisins d'outre-Manche la loi vient d'être modifiée pour permettre aux juges de punir les détenteurs d'images "pédo-pornographiques" même quand celles ci ne sont pas des photos. Cette modification aurait pour but de lutter contre un phénomène qui prend de l'ampleur sur le net : la création par des pédophiles de modèles 3D d'enfants mis dans des situations érotiques dans de courts films ou sur des images fixes. N'importe qui peut en effet prendre quelques heureus pour apprendre à se servir d'un logiciel de modélisation 3D et parvenir à partir de modèles pré-existant à faire faire ce qu'il veut à des marionettes virtuelles à peu près convaincantes. C'est bien pour la création et la possession de telles images 3D qu'un britannique a été condamné en Octobre à dix-huit mois de travaux d'intérêt général et à suivre une thérapie. Les images étaient si réalistes, selon le jury, qu'elles pouvaient passer pour des photos.

 

Bien sûr le condamné n'était probalement pas totalement innocent. Il aurait déclaré n'avoir jamais eu l'intention de violer la loi et ne pas être attiré par les enfants. Cette dernière affirmation est quelque peu surprenante venant de la part de quelqu'un qui détenait des milliers d'images dessinée d'enfants que le juge a qualifiée de "mauvais goût et dégoûtantes mais parfaitement légale". On ne va pas pleurer sur le sort du condamné mais on est en droit de se poser quelques questions : quel mal a-t-il fait exactement ? Aucun enfant n'a été sa victime. Sans l'enquête de la police, cette histoire serait vraissemblablement restée entre lui et son disque dur. Et où le juge décidera-t-il à l'avenir de placer la ligne entre le légal et l'illégal ?

 

Les images incriminées ont été décrites comme ayant "des bulles, presque comme une bande dessinée". Si le problème est là, je suis coupable autant que le condamné pour la possession d'un exemplaire de Snatch Comics de Robert Crumb (dont j'ai ici reproduit l'illustration coupable dans une version subtilement censurée) et pour une séquence du Filles Perdues d'Alan Moore et Melinda Gebbie. En quoi une représentation picturale non "réaliste" de la pédophilie est-elle moins "grave" ? Pourquoi pourrait-on tout décrire avec des mots mais pas avec des images ? Où se trouve la limite entre pornographie et art ? Plutôt que de débattre de ces questions, on ferait mieux de très pragmatiquement s'inquiéter du fait que ce genre de loi (qu'on supposera si on le veut comme "bien intentionnée") finit toujours tournée ou détournée en outil de censure. N'allez pas croire qu'aucune association de famille bien pensante n'a repéré le potentiel qu'elle représente pour elle.




Les cahiers de vacances érotiques sont-ils excitants ?

Posté par Myosotis le 11.08.08 à 10:45 | tags : élucubration, sexe et littérature, jeux littéraires

On connaissait parmi les marronniers de l'été le numéro spécial sexe des Inrocks, les quizz érotiques de la presse magazine féminine, le supplément tarot du sexe de Marie-Claire, Isa, Babou ainsi qu'évidemment l'astrologie coquine de Elle et, plus sérieusement, le numéro spécial été de Echanges magazine (ou comment échanger ta nana de 20 ans contre une de 40 ans au profit d'un notable de Bourg-en-Bresse chaud comme la braise pour un plan baise à 4, 5 ou plus si affinités à Valras Plage). On connaissait bien sûr pour s'y être collés (ou y avoir collé les enfants) les cahiers de vacances, aussi chers qu'inutiles, mais qui peuvent aisément nous déculpabiliser quand le petit dernier foire complètement sa rentrée en 4ème ou tombe pour trafic de shit ("pourtant, il avait fait son cahier de vacances comme il faut cet été, madame le proviseur/monsieur l'inspecteur !").

 

Les sympathiques éditions de la Musardine, pas contre un peu d'argent facile ces derniers temps et depuis le succès de leur révoltante collection "Osez..." (la bisexualité, la sodomie, faire l'amour à 3, à 4, beurk), lancent cet été, dans toutes les maisons de la presse et librairies, une opération crossover qui mêle les deux genres : le recueil de jeux idiots et le cahier de vacances. Pour 9 euros 90 (soit la peau des fesses pour une quarantaine de pages), vous trouverez ainsi un petit manuel de jeux vaguement teintés d'érotisme : quizz sur la biologie du sexe (le point G, les seins,...), des jeux portant sur les citations érotiques, l'histoire du cinéma érotique ou encore la littérature érotique. Comme lorsqu'on se tape les problèmes de mathématiques, on a droit à des mots croisés, fléchés, à des devinettes ou à des sortes de problèmes dont la solution est donnée (bien sûr et heureusement) à la fin du volume.

 

Etrangement, de la part d'un éditeur qui généralement ose véhiculer des messages stimulants assez directs et aborder la question frontalement, il faut avouer que ces cahiers sont clairement décevants et assez peu excitants, pas assez coquins et beaucoup trop sérieux. Le cahier ne comporte aucune recommandation érotique, aucune photo cochonne (d'adultes ou d'ados) et n'exploite pas complètement son support. On aurait pu imaginer que certaines planches glissent vers des propositions de jeux sexuels, qu'on monte parfois un degré sur l'échelle du coquin : on ne trouvera à la place que des conseils bêta pour nous aider à mieux faire l'amour en vacances. Pas d'extraits à proprement parler érotiques mais juste des allusions superficielles qui, même sous un climat porteur, ne devraient pas suffire à échauffer des personnes normalement constituées. Sur ce type de promesses, le cahier de vacances tombe court et mal, même si on lui accorde des vertus distrayantes. L'illustration de couverture est finalement ce qu'on a trouvé de plus sexy dans ce mini-recueil. C'est maigre mais c'est toujours mieux que rien (pas sûr, en vérité).

 

Malgré ces défauts majeurs (on vient ici s'amuser, pas se donner la gaule en slip de bains, c'est entendu, ni se consoler d'une peine de coeur), on imagine que les cahiers de vacances érotiques peuvent servir de prolégomènes à des conversations coquines, à des échanges badins et pourquoi pas au final, contribuer à la libération de la libido. D'aucuns pourront s'émouvoir du fond de perversité qui commande à la con-fusion d'un modèle développé pour les écoliers (le cahier de vacances) et d'un appareil érotique. C'est dans ce jeu sur les apparences qu'il faut traquer l'audace de l'éditeur.

En pervertissant le modèle du cahier de vacances, on satisferait ainsi une revanche sur le temps où nos parents s'enfermaient dans la chambre du gîte rural (ou la tente) pour une sieste crapuleuse tandis que nous étions invités à travailler pendant une heure. Pendant que certains s'occupent à ces devoirs de vacances, d'autres ont fait leur choix et privilégieront l'action érotique plutôt que les mots croisés de l'amour....

 

 




Le manga pour les filles qui aiment les garçons qui aiment les garçons...

Posté par 2goldfish le 02.07.08 à 09:06 | tags : manga, sexe et littérature

Ce qui est bien avec le manga, c'est qu'il est généralement bien découpé en catégories lisibles pour les initiés. Il y a le shonen pour les garçons travaillés par leurs hormones, le shojo pour les filles romantiques, le hentai pour les pervers, l'ecchi pour les pervers de moins de dix-huit ans, le gekiga pour les intellos, etc... Il y a même tout un tas de sous catégories pour désigner des niches spécifiques : "ero guro" pour les fans d'érotisme gore, par exemple, ou "Yaoi". Au non initié, le yaoi apparaitra comme le manga gay : on y trouve deux personnages masculins qui vivent une histoire d'amour et de sexe. Généralement il y a un dominant et un dominé (désignés bien sûr par des termes japonais spécifiques que je vous épargne).

 

A y regarder de plus près cependant, le style utilisé est le même que celui des mangas pour fille : des personnages androgynes, un trait fin et souple, des fleurs qui surgissent de nulle part pour exprimer l'motion des personnages... Le yaoi est en fait fait par et pour des jeunes filles. Comme les jeunes hommes occidentaux s'émeuvent volontiers d'histoires lesbiennes, les japonaises elles sont de plus en plus nombreuses à se délécter des émois homosexuels de jeunes éphèbes. Le fait que l'idéal masculin représenté dans les mangas soit très effeminé ne fait que rajouter à la confusion des genres.

 

On spécule beaucoup sur les raisons qui peuvent pousser les jeunes japonaises (et quelques occidentales) à lire ces mangas. Il y a forcément un lien avec le sexisme de la société japonaise et des mangas traditionnels dans lesquels la femme séduit souvent son homme en lui préparant un bon déjeuner mais seulement une fois qu'elle a surmonté sa timidité maladive (qui est une preuve de "pureté", offrir à manger à tous les garçons qui passent, c'est le propre de la trainée). En s'identifiant à l'un des hommes dans une relation homosexuelle, les jeunes filles peuvent se placer dans une situation d'égal à égal. Il y aurait aussi peut-être le fait de voir des hommes se comporter "comme des femmes", montrer des émotions, se laisser dominer dans la relation... Et puis soyons honnête, les hommes fantasment à mort sur les lesbiennes, les femmes peuvent bien aimer voir s'entrechoquer de beaux corps d'homme. Une scène entre deux hommes, c'est deux fois plus de satisfaction pour les yeux...

 

La toute nouvelle revue Manga, 10 000 images disponible en librairie, offre dans son premier numéro un regard très complet (bien que teinté d'amateurisme) sur ce phénomène encore peu connu en France. Il faut saluer la création en France d'une revue critique aussi poussée sur le manga auquel elle manquait jusqu'ici cruellement. Espérons juste que les numéros suivants ressemblent un peu moins à un bulletin de fan.




Sexe, censure et tribunaux

Posté par Céline le 14.04.08 à 14:30 | tags : elucubration, news, sexe et littérature
Il faudrait pouvoir s'insurger à chaque fois que sévit injustement la censure.
Nouvel exemple en Indiana, (état du centre des Etats-Unis), où les élus siégeant au Congrès ont décidé de mettre en place un flicage anti-porno. Une loi votée fin mars oblige désormais les commerces susceptibles de vendre des "contenus sexuellement explicites" à se faire enregistrer auprès des autorités de l'Etat, afin de faciliter leur contrôle.

Les sex-shops sont les premiers à être touchés par le nouveau dispositif. Le problème, c'est que la loi est énoncée de façon si vague, si vaste, qu'elle peut tout à fait s'appliquer aux libraires, quand bien même ceux-ci ne feraient que diffuser des œuvres littéraires ou des manuels d'éducation sexuelle.

Après tout, qu'est-ce qu'un "contenu sexuellement explicite" ? Selon la Constitution de l'Indiana : "Tout ce qui décrit et représente la nudité, un comportement ou une excitation sexuels". Les puritains ont parlé. Le diable habite les pages dangereuses de romans blasphématoires, il faut protéger nos jeunes de la perdition.

Les libraires, qui se verront désormais dans l'obligation de payer de nouvelles charges à l'Etat pour assurer leur suivi par les autorités locales, ont de quoi être furieux. D'abord, ils se retrouvent là face à une violation du premier amendement, qui défend la liberté d'expression. Et puis, depuis quand un dealer de livres est-il réputé pour être dangereux ? L'American Booksellers For Free Expression prévoit de porter l'affaire devant les tribunaux. La loi, parfois, c'est quand même bizarre.

Au fond, ne suffit-il pas d'avoir un peu d'imagination, doublée d'une once de paranoïa, pour voir le mal partout... En version française : vous ne trouvez pas que dans Martine à la plage, la jupe de la fillette est un peu courte, et fait par conséquent de l'ouvrage un exemple de mauvaise vertu à l'égard des petites filles ?
Ne faudrait-il pas refaire le programme du bac, et en supprimer tous ces auteurs, de Ronsard à Rimbaud, qui invitent nos enfants à la débauche sexuelle au lieu de leur inculquer la rigueur et la chasteté ? On pourrait décliner à l'infini des aberrations dans le même genre.

D'autant plus aberrant que si nous devions retirer d'une librairie tous les ouvrages comportant des allusions sexuelles, il ne resterait sans doute pas grand-chose. Pas même la Sainte Bible.

(Sur le rapport entre sainteté et sexualité, vous pouvez lire un billet sur le blog sexe)




A la découverte de la littérature érotique

Posté par Myosotis le 21.11.07 à 11:11 | tags : sexe et littérature, web

Ceux qui aiment la littérature érotique et qui trouvent l'ami Robbe-Grillet un peu trop cavalier et sauvage pour eux, pourront aller faire un tour sur l'un des sites français de référence en la matière, le mal nommé http://www.eros-thanatos.com/.
Le site qui s'appuie sur une mise en page peu ragoûtante est une vraie caverne d'ali-baba de la littérature érotique avec en réserve quelques pépites de textes issus des bonnes plumes du genre Sade évidemment, mais aussi les moins connus Restif de la Bretonne ou encore, comme ici, ce bon Théophile Gautier. Dans cet extrait, tiré d'une Lettre à la Présidente écrite en 1850, l'auteur du Roman de la momie, augure une sorte d'excursion touristique qui, à la manière d'un Jean-Pierre Pernaud priapique, nous emmène dans un tour des cons, des culs et des enculades qui n'est pas sans charme. On peut, au fil des lectures, s'émerveiller des tournures de phrases de ces grands écrivains des XVIIIe et XIXe siècles, dont la langue, avec le recul, sonne à la fois kitsch et parfois quasi-administrative. Lorsque l'érotisme est envisagé sous le prisme de la raison, on voit bien qu'il a tendance à s'emballer.   

Dans le Valais, nous avons rencontré ma chimère, c'est-à-dire la femme à trois tétons ; mais le troisième était un goitre et c'était le seul dur. Je n'ai pas été tenté de demander à cette Isis suisse si elle avait le con en travers, fantaisie chinoise qui m'affriole. Dans l'auberge du Simplon, dont le papier représente les Anglais en Chine, comme un roman de Méry, un parapilla ailé et monstrueux s'introduit dans la bouche de Lady Bentinck, qui s'écrie "Very delicious !" Les canons sont transformés en membres qui déchargent, les roues forment les couilles, les canons, la pine, et la fumée simule la mousse éjaculatoire : ces embellissements priapiques sont dûs au crayon libidineux de jeunes rapins français.

À Domo d'Ossola, les lieux, que quinze heures de route nous faisaient un devoir de visiter pieusement, pour y déposer nos libations, présentaient un aspect enchanteur et féerique ; ils étaient peints à fresque et représentaient des bouquets de roses qui s'épanouissaient comme des trous du cul de blondes, avec une touche de pourpre au milieu. Il est fort agréable de s'accroupir, ayant l'oeil sur ces anus fleuris, ou sur ces fleurs anales, dépliant leurs pétales : les fronçures d'un sphincter, prêt à boire une pine, ou à vomir un étron.




Snatch : Pornographie avec un grand P

Posté par 2goldfish le 01.10.07 à 15:00 | tags : comics, sexe et littérature

Peut-être le "climat" actuel a-t-il poussé son ancien propriétaire à me céder un exemplaire de Snatch Comics (publié par Cornélius en 2005), après les ennuis de Tintin Au Congo au Royaume-Uni, puis en Belgique et tout récement l'interdiction d'une BD éducative anti-discrimination diffusée par l'Union Européénne parce que les personnages noirs ressembleraient à ceux de Tintin. La couverture de ce recueil est plus provocante que jamais. C'est une bonne chose parce que les BD elles-même ont pas mal perdu de leur mordant.

Le recueil rassemble les trois numéros de Snatch publiés en 1968 et 1969 par Robert Crumb, ainsi qu'un "Jiz Comics" de la même époque. A l'époque, Crumb venait d'exploser à la face du monde avec les numéros 1 et 0 de Zap Comics et multipliait les titres pour publier ses délires d'érotomane iconoclaste. Les pages de Snatch sont pleines d'illustrations pornographiques à l'humour un peu lourd et de courtes BD qui dévoilent un imaginaire sexuel débridé, voire un peu glauque (comme n'importe quel autre, vraiment). On parlait alors de BD révolutionnaire, incroyablement subversive. Mais aujourd'hui, on peut se demander ce qui en dehors du style de dessin si particulier de Crumb différencie tellement ces blagues graveleuses des pièces jointes que tout le monde reçoit pour peu qu'il ait un collègue un peu beauf avec le "forward" facile (vous savez, des montages photos grossiers avec Sarko qui baise Ségo, ou des vieux dessins mal scannés d'almanach Vermot porno).

La réponse c'est : pas grand chose. Crumb balançait sur la page tout ce qui lui passait par la tête et que, s'il avait conservé une once de décence ou d'inhibition, il aurait gardé aussi loin que possible du monde extérieur : grosses fesses, inceste, gros seins, violence, inceste, grosses cuisses... Il y a certes une énergie, une vitalité et une inventivité peu commune dans ces dessins. Cependant, les BD pornographiques existaient déjà depuis longtemps à l'époque. Ce qui fait vraiment toute la différence, c'est que le nom de Crumb était écrit gros sur la couverture, que tous ses fantasmes, toutes ses idées saugrenues, perverses, inconvenantes, il les assumait. Et ensemble, elles dressaient le portrait d'une personnalité unique et d'un homme qu'on aurait pu retrouver avec un simple annuaire si l'envie nous avait pris d'aller lui serrer la main.

Aujourd'hui, la "perversion" qui semble gêner le plus de gens, c'est l'assexualité. La zoophilie, la pédophilie et autres "-philie" plus ou moins étranges, restent choquantes, mais on a plutôt l'habitude. On sait plaisanter sur le sujet, on sait comment réagir. L'assexualité, voilà le vrai tabou. Ces vieux Crumb ont donc perdu beaucoup de leur puissance dans une société aussi ouvertement libidineuse que laotre et pour tout dire je leur préfère franchement ses travaux un peu plus "intellectuels" des années 1970, mais on tient tout de même là les débuts de la formation d'un personnage fascinant et, malgré tous les suiveurs qui se sont dessinés en train de se masturber depuis, peu (aucun?) n'a exposé tous les caprices de sa libido avec le même acharnement obsessionel et le même talent. La suite a sans doute rendu ces BD plus intéressantes, mais elles l'étaient déjà pas mal au début.




Yapou, le pire manga du monde ?

Posté par 2goldfish le 12.09.07 à 11:12 | tags : manga, sexe et littérature

La Cité de Verre de Paul Auster, adapté par Paul Karasik et David Mazuchelli, voilà le contre-exemple que tout le monde cite quand on parle de l'inintérêt uniforme des adaptations de romans en BD. Je l'ai lu il y a quelques années. C'était effectivement très très bon. Et, mis à part quelques oeuvres plus obscures qui existent certainement et qui me surprendront peut-être un jour, je peux me permettre d'aborder les autres adaptations de ce type sans m'attendre à grand chose.

J'ai été pris en traître par l'adaptation en manga de Yapou: Bétail Humain, classique de la littérature SM japonaise d'après-guerre. La couverture (imprimée du mauvais côté du bouquin, pour ajouter à la confusion) met bien en avant une citation élogieuse de nos confrères de Chronic'Art qui, je l'ai découvert plus tard, parlaient en fait du roman de Shôzô Numa et nullement du manga que j'avais entre les mains.

Le roman de Numa racontait l'histoire d'un couple composé d'une Allemande et d'un Japonais, qu'une voyageuse temporelle égarée dans le XXe siècle rammène chez elle, dans un futur dominé par des femmes blanches. Leurs époux leur sont soumis, mais le pire sort a été réservé aux Japonais, devenus les "yapous", sous-hommes utilisés comme animaux de compagnie, repose-pied et/ou sex toy. Je n'ai pas lu le roman, mais ce que j'ai pu en deviner, d'après cette, c'est que tout comme pour Sade, passée la révélation de la justesse de la vision sociale (ici le masochisme du Japon vis-à-vis des vainqueurs de 1945), si on n'a pas un vif intérêt personnel pour la description du dressage des êtres humains et des diverses humiliation qu'on leur fait subir, on s'ennuit bien vite.

L'adaptation en manga de Tatsuya Egawa est confondante de médiocrité. Le dessin est étonnament mauvais. Etonnament, parce que si les Japonais ne produisent pas des planches qui cherchent à égaler la qualité illustrative de la BD européénne, le système de production en masse du manga nous a habitués à un certain professionalisme, ici totalement absent. Pourtant, le pire est sans doute l'abscence de tout travail d'adaptation. Le texte original, plein de longues descriptions de la société misandre du futur, ne se prétait pas vraiment à la BD sans un gros travail de réécriture. Egawa ne s'en est manifestement pas rendu compte, se contentant de multiplier les pavés de texte accompagnés d'illustrations inutiles.

Publié dans la "sérieuse" collection Kami, l'importation de Yapou chez nous laisserait perplexe même dans une collection érotique moins prétentieuse. C'est en fait si mauvais que la lecture en devient divertissante, un peu comme une "fan fiction" Harry Potter, Tome 1 : Harry Potter à l'école des sorciers érotique ou un film de Steven Seagal. Pour ma part, je me lasse assez vite de la médiocrité et je ne regarde jamais les séries Z plus de quelques minutes. Bref, si vous croisez ce manga : passez votre chemin.

Yapou : Bétail humain
Tatsuya Egawa
Kami

 




Les clichés de l'été (2) : le sexe partout

Posté par Easywriter le 31.07.07 à 10:00 | tags : sexe et littérature, lectures de plage
Après les bouquins pour décérébrés, voici le sexe à tous les étages : c'est bien connu, la chaleur troublante, les chairs qui se dénudent, multiplient par dix les opportunités sexuelles et tout le monde se retrouve casté dans un érotique italien. A la vérité, les spécialistes du blog sexe  (épaulés par Libé)  ont expliqué hier  que la chaleur était plutôt dissuasive et génératrice de stress.
Alors pourquoi persister à remplacer les "unes internationales" des hebdos par des enquêtes babyloniennes sur la fidélité des Françaises ? Mais pour générer de la frustration les amis : dans No sex last year, le journaliste David Fontaine interroge justement l'abstinence comme une réaction à la société du tout sexuel, qui hiérarchise la valeur accordée à chaque individu en fonction de ses capacités en la matière. Outre la débauche d'imagerie sexuelle dans la pub et les medias, les études statistiques ont également un rôle normatif (mais où suis je situé par rapport à la moyenne nationale ?).
Dans ce contexte, la sexualité -forcément un rien anxiogène en soi- devient usante et les non pratiquants éprouvent tous (dans le livre de Fontaine en tout cas) d'abord une forme de soulagement.
Bien sûr, leur abstinence n'est pas un choix politique de contestation de l'emprise de l'industrie sur leur vie et leur comportement s'explique surtout par des raisons personnelles. Il n'empêche que nombre d'entre eux retrouvent une sexualité plus harmonieuse après cette période d'abstinence. Pourquoi ? Parce que d'une certaine manière, ils ont récupéré leur sexualité, leur rytme, leur motivation et la volonté de prendre l'autre en compte, plutôt que de l'utiliser comme faire-valoir dans le cadre d'une sexualité finalement instrumentalisée. Car au fond, en mettant en avant le désir et le frustrant immédiatement pour le détourner vers un autre désir (la consommation) , ce que fait l'industrie s'apparente à la définition exacte de la perversion. 

No sex last year David Fontaine. Les petits Matins.



Alan Moore revient sur la pornographie

Posté par 2goldfish le 11.05.07 à 11:59 | tags : alan moore, sexe et littérature, vo, web

Maintenant que la poussière de la campagne médiatique préventive autour de Lost Girls est retombée, un certain consensus critique semble s'être établi autour du fait que toutes les bonnes intentions et les grandes ambitions d'Alan Moore et Melinda Gebbie, pour louables qu'elles sont, le mariage de la pornographie et de l'art n'a pas fonctionné. Le nom du fautif étant le point sur lequel le consencus se brise, j'avais pour ma part de l'art et de la pornographie choisi de blâmer les deux également, et de Moore et Gebbie accuser le premier surtout de lourdeur didactique. Peu importe puisque la campagne de soutien au livre a marché : il s'est vendu en grande quantité et surtout il a jusqu'ici évité presque tous les ennuis juridiques qu'on lui prédisait.

Si on revient une fois encore sur Lost Girls, c'est que Moore l'a fait aussi en se fendant d'un petit essai sur l'histoire de la pornographie pour l'excellent mais défunt magazine américain Arthur. Son contenu est résumé par l'auteur lui même : "Des cultures sexuellement progressives nous ont données les mathématiques, la littérature, la philosophie, la civilisation et le reste quand des cultures sexuellement répressives nous ont donné le moyen âge et l'holocauste. Ce n'est pas que j'essaye de donner du poids à mon argument, bien sûr." Pour en arriver là Moore dresse une histoire de la sexualité et de sa représentation de la Vénus de Willendorf à nos jours en passant par la grèce antique, les oeuvres pornographiques perdues d'Aubrey Beardsley et William Blake et Traci Lords.

Tout cela est écrit sur un ton discursif très digeste, autrement plus en tout cas que ne l'est Lost Girls, d'autant que Moore n'a pas ici à avoir honte d'être didactique. Se pose pourtant un problème récurrent chez l'anglais, de plus en plus apparent dans la croissance exponentielle de l'universalisme de ses ambitions : il est et reste anglais et anglo-centriste. Lui qui ne quitte jamais sa ville de Northampton prétend n'en avoir pas besoin puisqu'il serait capable d'invoquer n'importe quel lieu dans son living room. Une idée séduisante qu'on est prêt à croire venant de lui mais qu'il n'a pas l'air très soucieux de mettre à l'épreuve.




100 coups de brosse...

Posté par Myosotis le 14.03.07 à 09:05 | tags : roman, sexe et littérature

Cet assez ridicule petit livre italien (best seller dans la botte et traduction en plus de 30 langues) d'une mystérieuse Melissa P, qui aurait aujourd'hui 18 ans, et vivrait maintenant à Rome, est un bon outil pour une masturbation littéraire et rythmée. Livre érotique, les 100 coups de brosse avant d'aller dormir (je ne prends pas la peine d'expliquer le titre, même si le traducteur s'est amusé en français à jouer sur une vieille expression qui assimilait coups de brosse et "peignage de giraffe" ou coups d'autre chose) est anecdotique dans l'histoire des livres érotiques mais réellement rafraîchissant, si vous entretenez, fille, une nostalgie de votre éveil sensuel, si vous en êtes, garçon, à l'époque de votre vie où vous... commencez à regretter les corps et sexes de filles de moins de vingt ans.

Mellissa P donc raconte l'histoire d'une jeune fille (tendance ado 14-15 ans) qui découvre que les hommes confondent sexe et amour (les méchants bonhommes !) et décide de se donner frénétiquement à eux dans l'espoir de voir un jour une lueur d'amour dans leurs yeux, ou dans deux. S'en suit un parcours sexy et amusant à la Justine de Sade, où la petite (qui en profite pour découvrir sa sexualité, façon téléfilm de M6, brouillard et main dans la culotte, c'est toujours émouvant) va de désillusion (grosses désillusions) en désillusion (petites désillusions flétries). Mélissa P alterne les scènes réellement violentes pour son héroïne et celles où elle s'en sort plus gentiment sur le mode picaresque, réussissant au fil des aventures à nous attacher à ce personnage. Mais ne risque-t-elle pas de se perdre en agissant de la sorte telle qu'elle agit en faisant ça ? (voilà tout l'enjeu très Feux de l'Amour de ce livre).

Depuis les 100 coups de brosse, l'auteur a publié deux autres romans dont un pamphlet sur les travers de l'Eglise ayant provoqué, paraît-il, un beau scandale. Il ne serait pas étonnant compte tenu de tout ça qu'on découvre un de ces jours que se cachait derrière cette jeune narratrice et écrivain un vieux monsieur libidineux. Mais c'est une autre histoire. En attendant, le coup de brosse avant d'aller dormir ne fera de mal à personne. Et viva italia !




Mademoiselle Rose dans la bibliothèque

Posté par Easywriter le 09.02.07 à 16:29 | tags : photo, sexe et littérature
Belle idée du magazine Vice que de publier un shooting de mode de bibliothécaires suédoises, délicieusement bourgeoises et sexys. Ceux qui comme moi ont des fantasmes assez primaires d'infirmières nues sous leur tenue, de femmes de notaires abonnées à la salle de gym et à la nymphomanie, ou justement, de bibliothécaires moins puritaines, je vous
conseille ceci.



Black Hole : L'adolescence est un trou noir

Posté par 2goldfish le 11.12.06 à 10:48 | tags : comics, sexe et littérature
balck hole Charles BurnsAprès la parution du dernier numéro il y a quelque mois, Delcourt sort pour Noël l'intégrale de Black Hole en un gros pavé bien plus joli que l'édition précédente,et la lecture d'une traite est autrement plus satisfaisante que le morcellement par épisodes subit depuis 1995.
Black Hole raconte l'histoire d'une bande d'adolescents infectés par une mystérieuse MST qui provoque des mutations plus ou moins horribles (une queue, une bouche ou des palmes leurs poussent aux pires endroits). On pense évidemment immédiatement au SIDA, mais l'histoire se passe dans des années soixante-dix dessinnées façon sixties avec des références aux EC Comics des années cinquante. En fait, cette chose que ces ados se refilent, qui les poussent à se cacher, à se craindre les uns les autres et à vivre dans les bois, c'est simplement le sexe.
Le sexe est partout dans la BD, sans doute la plus freudienne que vous trouverez en dehors des mauvaises histoire de super héros qui tuent leur père. Aucune grotte, aucune plaie, aucun passage dans les bois ni aucun serpent ou aucun flingue ne laisse la place au doute quand à ce qu'il figure vraiment. Ce n'est pas subtil, mais l'adolescence ne l'est pas non plus. Les transformés ne font qu'extérioriser leur image intérieure et, alors qu'ils se croient devenus des parias pour le reste de leur vie, la maladie ne les affectera que quelques mois. Si Black Hole est une histoire d'horreur, l'horreur y est celle de l'adolescence.
Le soin apporté à chaque détail sordide, des pustules sur le visage d'un ado contaminé aux premiers poils de moustache dun autre, justifie bien les années passées. Le contraste violent du noir et blanc donne au dessin un côté très statique, figeant chaque case dans un moment de gêne éternel, exactement comme un souvenir d'adolescence. Pendant dix ans Charles Burns a exorcisé les siens, et nous a attiré dedans comme un trou noir ou nous même nous revivions nos pires moment. Dieu merci, c'est fini.
Black Hole
Charles Burns
Delcourt



Quatuor X : polar porno chez les bourgeois bruxellois

Posté par Myosotis le 08.11.06 à 12:14 | tags : métailié, polar, sexe et littérature
Je continue d'explorer avec bonheur les polars récents de la collection Métaillié Noir. Après Au fond de l'Oeil du Chat, très classique dans la forme et le fond, voici un Quatuor X à dévorer d'une traite et sans modération. Jean-Baptiste Baronian, Belge d'Anvers, est un auteur de genre très réputé et président de l'association des amis de Georges Simenon. Cela se sent : son détective privé, héros de ce roman, n'a pas l'allure d'un Maigret mais joue de l'histoire du métier, empruntant l'âge, le look, le moral désabusé, la culture classique, les femmes de tous ceux qui l'ont précédé.
 Dans Quatuor X, le privé est embauché par un producteur de films X bruxellois, bien comme il faut, pour rechercher sa fille disparue depuis une quinzaine de jours après s'être mise à la colle avec un mystérieux producteur de musique. L'amant, mal vu par son beau-père, est très vite retrouvé mort dans son appartement (égorgé et à poil), le cul posé sur une lettre suggestive signée d'une certaine Jeanne Mansfield (ne pas confondre avec Jane Mansfield, l'actrice). L'enquête va progresser dans le brouillard, à la façon d'un Derrick haletant où ce sont les indices qui viennent au privé plutôt que l'inverse. Les morts s'enchaînent et l'on plonge peu à peu dans les eaux troubles des partouzards amateurs d'orchestres à cordes (tranchantes) de Bruxelles : d'où ce Quatuor X dont je tairai tout.
L'ambiance créée par Baronian, mélange de déambulations gastronomiques dans la cité bruxelloise, de réflexions inspirées sur la vie, la mort, l'amour et de critique voilée de la Bonne Bourgeoisie (on se croirait dans un bon Chabrol ou chez... Simenon justement) est tout à fait réussie et enivrante. Le seul reproche qu'on fera à l'auteur est de nous donner trop vite envie d'arriver à la résolution de l'énigme, celle-ci étant servie un peu brutalement et trop simplement à notre goût. C'est évidemment l'une des qualités du polar que de nous faire lire à la vitesse de la lumière mais on aurait aimé cheminer quelques dizaines de pages de plus en compagnie des personnages de ce Quatuor (et plus si affinités).
Quatuor X
JB Baronian
Métailié

 

 




Confession d'une jeune fille

Posté par Myosotis le 23.10.06 à 17:46 | tags : poche, sexe et littérature

A 2 euros pour 100 pages (en Folio), La Confession d'une jeune fille du sévère Pidansart de Mairobert , "censeur royal" du XVIIIème siècle, auteur de quelques traités savants et secrétaire honorifique du roi, offre un rapport prix/excitation quasi imbattable. Ecrit pour les hommes (enfin, il me semble), bien que racontant l'initiation d'une jeune fille dénommée Sapho (évidemment), ce court roman est un modèle du genre et démontre, s'il le fallait encore, que la littérature érotique est un outil aussi stimulant que tout ce que la chimie et l'Internet peuvent proposer en libre accès à nos contemporains.
Servi par un style précis et moderne (l'auteur se suicidera en 1779, pour défendre son honneur), le roman de Pidansart de Mairobert tourne autour de la découverte de la sexualité et de l'initiation au lesbianisme d'une toute jeune fille. Sa trouvaille principale (et sa contribution à la langue) peut se résumer dans une expression : il dit de son héroïne qu'elle se découvre sous l'action d'une pédagogue zélée, un "clitoris diabolique". Je n'en dis pas plus sur ce que cela signifie et sur les conséquences que la découverte d'un tel organe peut avoir sur une jeune femme-volcan, mais il s'avère que l'idée qu'un clitoris puisse être "diabolique" ouvre des perspectives quasi infinies pour l'imagination, la masturbation, et globalement la vie en général. En 100 pages, le roman n'en explorera que quelques unes, féminines puis plus convenues, mais qui vous pénétreront assez profond pour que vous ayez envie par vous-même d'en inventer des tas d'autres hors champ.

 Confession d'une jeune fille
Pidansart de Mairobert
Folio




J'ai lu Lost Girls

Posté par 2goldfish le 17.10.06 à 10:31 | tags : alan moore, bd, sexe et littérature, vo
lost girlsApparement, je suis le premier ici, et j'ai de la chance. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, je vous parle d'une BD pornographique d'Alan Moore et Melinda Gebbie dans laquelle trois femmes nomées Alice, Wendy et Dorothée se retrouvent dans un hotel suisse à la veille de la première guerre mondiale pour se raconter leur biographies sexuelles. C'est une oeuvre très ambitieuse censée réconcilier le lecteur avec son imagination sexuelle.
Lost Girls est déjà un succès critique et commercial, et pas encore la victime d'un procureur américain bien pensant (ce qui ne saurait tarder, n'en doutons pas). C'est effectivement une oeuvre hautement recommandable à tout lecteur majeur, mais ce n'est pas le chef d'oeuvre absolu annoncé.
Premier problème, Lost Girls n'est pas une révélation. C'est peut-être la différence culturelle, puisqu'en tant que français nous avons la réputation d'une attitude éclairée vis a vis du sexe, mais je n'ai pas attendu cette lecture pour savoir que l'imagination sexuelle est une chose formidable, que la pornographie peut-être de l'art ou que la guerre n'est jamais que l'expression de pulsions homosexuelles refoulées (ou "les soldats, c'est tous des pédés"). Ce n'est pas un crime, mais Lost Girls ne fait jamais que répéter (avec un très bon sens de la formule), des idées pas si originales que ça.
Lost GirlsBeaucoup plus grave, l'écriture de Moore ruine souvent l'efficacité de son propos. Plutôt qu'une vraie BD, Lost Girls ressemble trop souvent à l'un de ces livres illustrés que lisent ses personnages. Moore répète volontiers que selon certaines études, en stimulant en même temps les deux hémisphères de notre cerveau via le texte et l'image, la BD serait le plus efficace moyen de communiquer une information. Ici, avec ces deux éléments mis en parallèle plutôt qu'entremêlés, le lecteur adopte un rythme mécanique (je regarde l'image, je lis le texte, je regarde l'image suivante...).
Mon cerveau monopolisait donc mes flux sanguins au détriment de mes corps caverneux. Sans doute chez d'autres l'effets sera-t-il inverse. L'important c'est que, contrairement à Gebbie qui a apporté tout son art au dessin des actes les plus bestiaux (voir à ce sujet Dorothée et le lion du Magicien d'Oz), Moore ne réussi pas à marier l'art et la pornographie, juste à les faire cohabiter.
Lost Girls
Alan Moore et Melinda Gebbie



Fraise et chocolat de Aurelia Aurita

Posté par Easywriter le 13.09.06 à 09:40 | tags : bd, sexe et littérature

Cette bande dessinée ne raconte rien d'autre qu'une histoire de cul. Celle qu'une jeune fille va vivre au Japon de manière ultra-décomplexée. Pas de discours pour envelopper, légitimer, intellectualiser la simple envie de baiser.
Rien sur le Japon, le choc des cultures, les atermoiements d'une jeune fille qui donnerait son corps. " Je voudrais réserver mon âme à un seul homme mais avoir plein d'amants", dit notre sympathique hédoniste. Côté graphisme, un trait simple, lui aussi libéré des contraintes, le tout au service d'un livre léger et troublant.
" Tu sens bon comme les Japonaises mais tu te fais enculer comme les Françaises", lui balance l'amant quelques pages plus loin. Une jolie formule qu'elle a raison de prendre comme un super compliment. Féminisme new generation ?
Fraise et chocolat.
Aurelia Aurita
Impressions Nouvelles.



La position du lecteur couché (ou debout)

Posté par Easywriter le 29.07.06 à 10:01 | tags : sexe et littérature
Dire que certains croient que la lecture est une activité solitaire d'onaniste agoraphobe...
Mais bon, on savait que sexe et littérature font bon ménage depuis notre adolescence grâce à Henry Miller et que mêmes les auteurs classiques de nos années lycée type Verlaine étaient de sacrés chaudards. Si cet été, vous voulez être érudit et sexy, lisez Anne Archet qui analysent ses curiosa préférés sur le blog sexe.
Sinon, on a piqué cette superbe illustration ici.



Romain Slocombe, ayant chanté tout l'été (japonais)...

Posté par Maxence le 21.07.06 à 10:53 | tags : gallimard, polar, roman, sexe et littérature

... se trouva fort dépourvu, lorsque la bise fut venue.


Car Regrets d'hiver, clos la tétralogie japonaise entamée en 2000 avec Un été japonais et célèbre le retour attendu dans les rayons, d’un vieux de la vieille du fétichisme érotico-médical et militaire : Romain Slocombe. L'auteur est en effet un fervent admirateur des beautés asiatiques martyrisées et cela depuis le début des années 80. C’est dans cette collection aujourd’hui culte, que parut Phong-Dinh Express, un somptueux recueil de gravure illustrant un roman nihiliste (dans un style "no-future" de Bazooka et consort) racontant l’histoire d’un ancien du Vietnam torturé par sa passion des jeunes filles asiatiques accidentées. Ecrit sur un mode nettement plus comique, on ne se souviendra pas vraiment d’Un été japonais pour la profondeur du récit (les personnages évoluent dans le milieu des boites sado-masos, de la prostitution, du piercing, etc, ce qui peut semble parfois un peu cliché...), mais pour l’impression débonnaire que dégagent les aventures de Gilbert Woodbrook, photographe anglais, fasciné par les Asiatiques en uniformes.
Avec Brume de Printemps, deuxième volet de cette "Crucifixion en Jaune", on passe pourtant nettement aux choses sérieuses. Terrorisme international et sectes millénaristes toutes puissantes, dérive de l'extrême droite nippone, horreur commise par les mêmes, au court de la grande guerre en Chine, négationnisme…, l'époque n'est plus à la fantaisie et ça se sent. Et si le ton reste humoristique, Slocombe prend le parti de raconter l'Histoire, et non plus l"a petite histoire", à travers les divagations de son personnage principal, Gilbert Woodbrook. C'est le cas pour Averse d'automne, troisième volume, comme pour le dernier, Regrets d'hiver.
On retrouve ici, une série de personnages récurrents, mais surtout l'impression que Romain Slocombe, qui s'est bien amusé à nous décrire les turpitudes du pays du soleil levant, tient à faire amende honorable. En effet, le passionné d'uniformes et de blessures (factice, il va de soit), semble revenir sur ses acquis au fil de ces romans et nous offres avec Regrets d'hiver un mea-culpa, teinté d'anti-militariste venimeux. D'où la tonalité mélancolique très sombre, accompagné de passages parfois insoutenables, de ce volume de la tétralogie, où sont tout à tour évoqués les affres de l'occupation japonaise de Nankin en 1937, les liens entre l'économie et la pègre, la difficulté existentielle de l'artiste véritablement indépendant, dans une société entièrement dévouée au consumérisme et aux apparences (la figure tutélaire de de Paul Gauguin est souvent évoquée) et la folie. Mais comme d'habitude chez Slocombe, les plus fous ne sont pas ceux que l'ont croit.
Au final, par son ambition et son ambiguïté maîtrisée, ce frigorifique (au propre comme au figuré) Regrets d'hiver place une fois de plus son auteur dans la lignée des grands auteurs français, et pas seulement des "grands auteurs de polar". Maintenant, c'est à vous de voir...


Regrets d'hiver de Romain Slocombe, Fayard Noir.




Kathy Acker : les grandes espérances

Posté par Easywriter le 03.07.06 à 13:00 | tags : extrait, log out, rentrée littéraire, sexe et littérature



A part ça je n'étais qu'une ratée. J'étais trop sensible. Mes membres émotifs ressortaient comme s'ils étaient brisés et qu'on ne pouvait pas les soigner. J'embrassais trop gentiment les amis de ma mère quand ils jouaient à la canasta. J'étais trop intrigué par le sexe. Je n'étais pas jolie au sens classique du terme. Je ne me comportais pas comme Penelope Wooding. Quand je lavais un plat je ne lavais pas. Puisque je en savais pas si ma mère était dieu, je ne savais pas si je m'aimais. Mes amis me disaient que je percevais les choses en terme trop manichéens. "Le monde est plus complexe", disaient-ils. Je disais : "j'ai des A à l'école".

Kathy Acker ou la littérature qui ne démissionne pas. On en a déjà dit beaucoup de bien. Ce n'est que le début.

Les grandes espérances. de Kathy Acker. Réédité par (merci merci) les éditions Desordre/Laurence Viallet. Sorti le 21 août.



Erik Rémès ou la position de l'homo debout

Posté par Myosotis le 26.06.06 à 10:07 | tags : autobiographie, autofiction, livre, sexe et littérature, web

Je n'aimais pas tellement la gay pride lorsque j'habitais Paris car j'étais perturbé, comme beaucoup d'hétéros (?), par la présence dans le métro ou la rue des homos les plus visibles et les plus laids, qu'on ne voyait qu'à cette occasion, ceux qui ont du poil aux pattes et portent des shorts de cuir noir moule-organes. La présence de ces types m'a toujours fait flipper et me méfier de cette manifestation. Cela m'est resté.
Du côté des écrivains gay, après la disparition de Guillaume Dustan, je continue d'accorder pas mal de crédit à Eric Rémès, écrivain et ancien journaliste de 41 ans, qui sans être tout à fait sur la même ligne que Dustan, qui a été son premier éditeur n'en est pas si éloigné. Son écriture est précise et ses positions bien marquées. Rémès a fait parler de lui avec son roman Serial Fucker, accusé de faire l'apologie du bareback, ce qui n'était pas du tout le cas. Dernièrement, Rémès, et il  vaut mieux aller le lire que d'en causer pendant des heures (je ne veux pas dire trop de conneries sur une littérature dont je ne suis pas un spécialiste), a retravaillé son site et l'a enrichi d'extraits (les 2 premiers chapitres) de son prochain roman  Amour Kannibal (!) dont je reproduis ici le 4ème de couverture :

"J’ai commencé par les animaux. Éventrer – étriper – dépecer : je me masturbe toujours en pensant à cet continuité de mouvements, toujours forts excitants. Lorsque arrive la puberté, vers l’âge de douze ans, pervers, un nouvel élément vient s’insinuer dans mon fantasme et l’idée de manger finit par s’ajouter tout naturellement à mon rituel. Pendant des années, j’ai rêvé de consommer de la chair humaine, sans jamais me laisser aller à le faire, sans même oser penser que cela puisse vraiment se produire un jour. C’est très difficile de devenir un homme libre, de se débarrasser de ses peurs et de ses préjugés. Et peut-être même n’est-ce pas totalement souhaitable. Si ce n’est que moi, je l’ai fait".

Journal d'un cannibale.  Erik Rémès. A suivre sur le site de l'auteur.

Serial fucker. Editions Blanche




Le retour du roi Moore: les filles perdues

Posté par Myosotis le 21.06.06 à 10:34 | tags : bd, comics, sexe et littérature

Alan Moore, le Prince des scénaristes, empereur des comics, auteur des Watchmen, V pour Vendetta, Tom Strong, Promethea, etc revient cet été avec une bande-dessinée pornographique co-réalisée avec sa compagne et dessinatrice Melinda Gebbie. Entamé il y a 15 ans, le comic-book Lost Girls avait été interrompu à la fin du 2ème livret. Alan Moore propose chez Top Shelf (et en VO uniquement pour le moment) l'équivalent de 5 fois ce qui avait été écrit à l'époque. Le recueil Lost Girls reprend les récits croisés (et hautement érotiques) de 3 icônes de la littérature traditionnelle : Alice (du Pays des Merveilles), Dorothée (du Pays d'Oz) et Wendy (de chez Peter Pan & co), aux prises avec leurs désirs les plus fous. On aura droit à tout ici : scènes lesbiennes, masturbation, sexe hétéro, partouzes,... M'étant procuré les 2 premiers livres il y a quelques années, je peux vous assurer que Lost Girls sera à ranger d'emblée parmi les lectures les plus stimulantes que la littérature, d'images ou de texte, aura offert au monde depuis le KamaSutra.


Généralement très discret, Moore semble avoir mis le paquet pour assurer la promotion de cet ouvrage invraisemblable et qu'on imagine mal se vendre autrement que sous le manteau. Qui voudra d'une BD porno dans ses rayons ? Les grandes surfaces ? Les sex-shops ? Les magasins spécialisés ? Toujours est-il qu'on peut lire ici la quasi-intégralité des interviews annonçant et commentant l'ouvrage qui ont commencé à hanter le net. Moore y fait de nombreuses professions de foi, pas toujours rassurantes, mais qui prêchent dans la longueur sa philosophie de la Liberté Ultime, soit un monde où l'homme n'aurait pour seule contrainte que lui-même et l'identification du bon plaisir de l'autre. Sous ses airs de gourou, Moore ne fait jamais que rabacher les principes du vieil Emmanuel Kant.

Alan Moore et Melinda Gelinda
Filles Perdues
Delcourt

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