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L'actualité de la science-fiction, pour profanes et initiés.
Avec la revue Bifrost, Richard Canal est parmi nous ! Honte sur moi, j'ai failli laisser passer le numéro 54 de Bifrost, consacré à Richard Canal ! Cet écrivain français de science-fiction pas banal(e) mérite pourtant qu'on se penche sur son cas comme le fait l'équipe du magazine d'Olivier Girard dans ce nouveau et copieux numéro.
Ecrivain baroudeur, de la veine de Lucius Shepard, Richard Canal peut affirmer sans rougir qu'il a eu une existence hors-normes. Titulaire d'un doctorat en informatique, il a trainé ses guêtres au Maroc, puis en Afrique (Cameroun, Sénégal) puis enfin en Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, etc.). De fait, et malgré des chef d'oeuvres de science-fiction humaniste comme sa trilogie cyberpunk "africaine", composé de Swap-Swap, Ombre Blanche et enfin Aube Noire (de Babylon à Zion), Canal n'a jamais vécu de sa plume. Il est pourtant l'auteur d'une quinzaine de romans et l'un des piliers de la défunte (et mythique) revue Fiction, d'Alain Dorémieux. Cela n'empêche pas l'auteur de s'être vu récompenser par de nombreux prix, dont le fameux "Rosny-Aîné", Solaris (pour "C.H.O.I.X", une nouvelle ) et en 1988 le Grand Prix de la Science-Fiction Française pour la nouvelle, "Etoile". Il n'était donc que justice de voir Bifrost, la revue des mondes imaginaires, offrir un forum à cet auteur très (trop ?) discret dans un entretien fleuve dont seul ce magazine a le secret. A son habitude, ce volume 54 propose également une longue nouvelle de l'auteur qui donnera une bonne idée du talent du bonhomme aux néophytes et rappelera de bons souvenirs aux autres (avec peut-être, à la clé, l'envie de le relire). On pourra enfin y lire "Une niche", magnifique nouvelle de Peter Watts, auteur de l'éblouissant Vision aveugle ! En dehors de ses chroniques qui datent toujours un peu (le magazine étant bimensuel, on l'excusera), ce numéro est as usual un incontournable pour tous les fans de SF intelligente et sensible. Lire aussi : Les livres de J.G. Ballard ont la cote au cinéma
J.G. Ballard nous a quitté en avril de cette année mais il reste bien vivant dans nos coeurs et se rappellera même bientôt à nos bons souvenirs en passant faire un tour sur les écrans à l'occasion des adaptations du roman High Rise (I.G.H., ou "Immeuble à Grande Hauteur" en VF), ainsi que de la novela glaçante Running Wild - Le Massacre de Pangbourne en VF.
Le film I.G.H., qui conte l'histoire du retour à l'état sauvage et des guerres tribales entre les habitants d'un immeuble ultra-moderne, dans une sorte de "lutte des classes" version Ballard, est signée de l'italien Vincenzo Natali (Cube) et se présente comme un projet au long cours, que le réalisateur caressait depuis de nombreuses années. Running Wild sera lui dirigé par le jeune réalisateur Kevin Kerslake, et montrera Samuel L. Jackson (!) dans le rôle du psychiatre chargé d'aider les enquêteurs cherchant à résoudre le mystère de la disparition (et même l'assassinat de masse) des parents d'une cité modèle. La qualité des interprétations de l'acteur dans ses derniers films ne donne que peu d'espoir en ce qui concerne la pertinence du projet, tout comme l'intervention d'un réal débutant. Mais qui sait, on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
A propos d'acteur justement, un bruit court sur le net depuis le mois de mai dernier : Christian Bale (American Psycho, Terminator Renaissance) qui faisait déjà parti du casting de L'Empire du soleil, annonce qu'il souhaiterait adapter un autre livre de Ballard, décidément coté ces derniers temps. Il s'agirait cette fois de Concrete Island (L'Ile de béton, en VF), dont l'acteur américain partagerait les droits avec le réalisateur Brad Anderson (The Machinist). Le tournage est loin d'être concrétisé pour l'instant, tout cela n'étant encore qu'un projet. A suivre donc... Après Crash, adapté de manière glacé (et toujours controversée) par David Cronenberg, et L'Empire du soleil de Steven Spielberg, ce sont donc là les troisième et quatrième adaptations du romancier au cinéma. Et comme Philip K Dick avec Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques, le romancier ne sera pas là pour les voir (et c'est peut-être une bonne chose finalement...)
Lire aussi : J. G. Ballard, visionnaire ultime Lord of Light, le roman qui ne reste qu'un roman![]() "Lord Of Light" c'était, à la base, un excellent roman de science fiction bouddhiste de Roger Zelazny. Aujourd'hui, ça n'est toujours que ça mais ce n'est pas faute d'avoir essayé de l'adapter en film.
A la fin des années 1970 l'écrivain et inventeur Barry Geller arrive à Hollywood bien décidé à réaliser une adaptation cinématographique du roman de Zelazny. Pour ce faire, il embauche le roi des comics, Jack Kirby, qui dessine pour lui des décors complétement fous. Plutôt que de dire "c'est trop, on arrivera jamais à construire ça" comme n'importe quel homme sensé l'aurait fait, Geller s'enthousiasme et suggère à Kirby d'utiliser ses dessins comme la base d'un parc d'attraction dans le Colorado qu'il appellerait Science Fiction Land et qui serait bâti sous un dôme géodésique de plus de 700 mètres de haut. Geller avait tout de même réussi à réunir quelques millions de dollars pour financer tout ça quand son assistant a été arrêté pour avoir détourné ces fonds. L'histoire de Geller s'arrête là, mais pas celle du film puisque le script et les dessins de Kirby seront utilisés plus tards par des agents de la CIA qui délivreront des otages après s'être fait passé pour des producteurs hollywoodiens venus à la recherche d'un lieu où tourner ce film au budget colossal. La réalisatrice Dian Bernard a l'an dernier entrepris de tourner un documentaire plutôt prometteur sur toute cette histoire, et elle en a même montré un peu sur un blog consacré au projet en septembre dernier mais aujourd'hui, c'est le silence radio. Le projet LOL serait donc à nouveau tombé à l'eau ?
Lire aussi : Le journal Pilote de retour pour un numéro sexy Le nouveau Greg Egan, c'est pour novembre ! On en parle déjà beaucoup sur le forum du Bélial (maison d'édition, entre autres, de la revue Bifrost) : l'éditeur à l'origine de la publication de "l'intégrale raisonnée" des nouvelles de l'immense auteur australien de science-fiction, Greg Egan, annonce en effet la parution du tome 3 de ses nouvelles, sous le titre Océanique, pour novembre 2009 !
L'évènement est de taille puisque ce copieux recueil faisant suite à Axiomatique et Radieux, comprendra "treize récits dont sept inédits". Rappelons que la réunion, traduction et publication de toutes les nouvelles de cet écrivain précieux est une initiative que l'on doit aux Quarante-Deux, indispensable database et communauté d'auteurs, d'éditeurs, de traducteurs et de passionnés (une des premières sur le net en France) gravitant autour du fameux site du même nom, spécialisé dans la littérature fantastique et la science fiction. Quarante-Deux est également une "base de données exliibris recensant actuellement plus de quatorze mille textes", parmi lesquels des notices courtes, des commentaires d'ouvrages, des essais sur le genre, la liste des prix littéraires et des fanzines.
La parution de ce nouveau volume consacré à Greg Egan sera une nouvelle fois l'occasion pour les amateurs de faire la nique aux détracteurs des littératures de l'imaginaire, en présentant un auteur dont les sujets dépassent largement le cadre d'une SF souvent galvaudée, et encore trop souvent moquée et ignorée par ceux qui n'y connaissent rien (ou ne se basent que sur les couvertures souvent trop colorées, qui valent bien des déboires au genre). En l'occurrence, ce recueil d'Egan ne péchera pas dans le sens d'un gribouillage pseudo-futuriste, puisque sa très belle couverture en partie dévoilée par l'éditeur sur son site, s'inspire du Nazaréen (création de Nicolas Fructus). Une façon d'insister sur "l'importance de la question religieuse et la question morale face aux changements culturels et scientifiques, dans l'œuvre d'Egan... ", selon Olivier Girard, responsable du Bélial. Une autre bonne nouvelle pour finir : Océanique ne sera pas le dernier volume de l'intégral puisque l'auteur s'est enfin remis à écrire après une pause de plusieurs années... A suivre donc.
Lire aussi : Peter Watts explore nos espaces intérieurs Peter Watts explore nos espaces intérieurs Ecrivain canadien encore inconnu en France, Peter Watts débarque en librairie avec Vision aveugle, un livre de science-fiction d'une ambition rare qui concentre, sur un peu moins de 400 pages, propos scientifiques pointus, réflexions philosophiques et ambiance macabre au service d'un imaginaire débridé. Un parfait exemple de divertissement intelligent. On en redemande !Sous ses dehors de space opera classique (une mission envoyée à la rencontre d'un artefact extra-terrestre), Vision aveugle abonde en questions cruciales sur le devenir de l'humanité et surtout sur le but de son évolution. Parmi celles-ci, certaines reviennent de manière récurrente : à partir de quand une société cesse t-elle d'évoluer ? Quel est le point de rupture entre évolution et destruction ? Existe t-il vraiment une nature humaine ? En bonne auteur de science-fiction, Peter Watts fournit bien évidemment de nombreuses réponses. Les auteurs de science-fiction se prononcent contre la loi Hadopi
Intitulé « Qui contrôlera le futur ? » et publié sur le blog Génération Science-fiction, cet appel souligne le danger de la loi, qui, sous couvert de défendre les droits des artistes, « apparaît surtout comme un cheval de Troie employé pour tenter d'établir un contrôle d'Internet, constituant par là même une menace pour la liberté d'expression dans notre pays. » Ont déjà signé, entre autres : Pierre Bordage, Martin Winckler, Thomas Day, Pierre Pelot...
Interviewé par Ecrans, Wagner reconnaît que « les écrivains de science-fiction ne sont pas très portés sur l'action collective ». Ce qui l'a poussé, à la veille de la seconde lecture à l'Assemblée nationale, à enfin réagir contre Hadopi, c'est la découverte d'un certain "Paul Atréides" - nom du héros du roman Dune - dans la pétition de la Sacem en faveur de la loi. « J'ai alors ressenti une violente impression de récupération et d'instrumentalisation d'un personnage d'un roman de science-fiction au profit d'une "cause" très similaire à ce que nombre d'auteurs de SF ont fort souvent dénoncé. » D'ailleurs, la loi Hadopi pourrait constituer, selon l'écrivain, un excellent point de départ pour un scénario de science-fiction : "on pourrait écrire d’excellentes dystopies en extrapolant à peine ses conséquences sur notre société, comme par exemple la disparition de la notion la vie privée, ou du simple droit de prêter une œuvre pour la faire découvrir." Et ce n'est bien évidemment pas parce que l'on dénonce l'absurdité du dispositif Hadopi que l'on est pas attaché au droit d'auteur, rappelle aussi le texte des auteurs de SF. Roland Wagner, par exemple, promeut la mise en place d'une licence globale, permettant de diffuser librement la culture, sur le modèle des Creative Commons. MAJ : La loi Hadopi a été adoptée cette après-midi par l'Assemblée à 296 voix contre 233.
Suivez toute l'actu de la loi Hadopi sur le blog société de Fluctuat.
Photo : Roland C. Wagner, DR
Peter Weir n'adaptera pas le roman de William Gibson Peter Weir n'adaptera pas le roman de William Gibson
Alors que le net vibrionne depuis plus de deux ans autour de la nouvelle, aucun site littéraire ou cinématographique n'a été capable de remettre ses pendules à l'heure concernant le fameux "scoop" selon lequel le réalisateur Peter Weir (Master And Commander, The Truman show) travaillerait sur l'adaptation du roman Identification des schémas de l'écrivain William Gibson.
En effet, l'auteur lui-même affirme sur son blog, dans un papier savoureusement intitulé "J'ai plus de souvenirs de projets d'adaptation avortés de Neuromancien que vous n'en n'avez jamais entendu parler" : "Parmi toutes mes déceptions concernant les supposées adaptations de mes livres par Hollywood, je crois que je peux ajouter le fait qu'il est fort probable encore une fois que Peter Weir ne soit plus dans la course pour l'adaptation de Pattern Recognition. Un projet qui rejoint tous ceux qui ont fini à la corbeille, hélas", déclare t-il en substance. Quant au projet d'adapation de Neuromancien, roman culte de l'écrivain américain, il serait question d'un script réalisé par Joseph Kahn, réalisateur de clips pour Britney Spears : une idée qui semble également faire bien rire Gibson dans le même article... Thomas Day : de l'american drug trip à la mafia japonaise
De science-fiction il est bien évidemment question ici, mais pas n'importe laquelle. Dans chacun de ses deux ouvrages, un recueil de trois nouvelles pour le premier et un roman pour le second, l'auteur explore l'histoire et les mythes de ces deux pays à l'aune de ses fantasmes et de sa culture (intarissable) les concernant. Ce n'est donc pas vraiment d'uchronie dont il s'agit ici, mais bel et bien de l'évocation de grands moments de l'histoire, revus et corrigés par un français à l'imaginaire baladeur et prolifique. C'est tout d'abord une Amérique toute de traviole dans This is not America, véritable american drug trip (c'est d'ailleurs le titre de l'une des nouvelles) : l'assasinat de JFK a été fomenté par des extra-terrestres liquides vivant en symbiose avec leurs hôtes, un homme raconte sa vie à un ours, un président est obligé d'incarner successivement différentes figures historiques au destin tragique pour sauver le monde. Trois récits tour à tour émouvant, hilarant et savant, dont la philosophie guerrière, comme toujours chez l'auteur, est prétexte à voir plus loin, à croiser la métaphore avec une Amérique bien connue mais dont la réalité, en soit, est déjà tellement démesurée que ces distorsions ne forment qu'une fantaisie de plus dans le paysage local.
C'est ensuite l'évocation d'un japon de l'esprit avec La Maison aux fenêtres de papier. Ici, l'écrivain prend pour prétexte la lutte fratricide de deux démons nés des explosions successives d'Hiroshima et de Nagasaki, pour dépeindre les collusions - pour le coup bien réelles - entre pouvoir et mafia locale dans l'histoire du pays, de l'immédiat après-guerre à aujourd'hui. Un roman d'action haletant et cultivé, derrière lequel se cache une histoire bien plus secrète. A ce titre, La Maison aux fenêtre de papier, extrêmement documenté et bourré de références aux grands réalisateurs du cinéma nippon, de Kinji Fukasaku (Duel à Okinawa) à Takeshi Kitano, sans oublier les écrivains philosophes (Murakami Ryu, Yukio Mishima), est un vrai plaisir de lecture.
Bref, deux très bons titres dont il serait dommage de se priver, d'autant qu'ils forment une excellente introduction, pour ceux qui ne la connaissent pas déjà, à l'oeuvre de cet étonnant voyageur de l'imaginaire contemporain. Norman Spinrad se moque des fans de SF dans son dernier roman
Plutôt satirique, Il est parmi nous pose également de nombreuses questions inhérentes au fait d'être arrivé, en tant qu'espèce, à un carrefour dangereux qui risque de nous projeter dans le néant si nous prenons la mauvaise direction. Disparition des combustibles fossiles, crise massive de notre système économique, remise en cause de nos valeurs, destruction de notre biosphère, possession à grande échelle d'armes de destruction massive : l'humanité telle que nous la connaissons aujourd'hui se dirige tout droit dans une impasse au risque de se prendre le mur qui est au fond. "Une période de crise, que toute civilisation évoluée doit traverser avant de prendre son envol vers les étoiles", selon les propres mots de l'écrivain, à qui l'on doit notamment Jack Baron et l'éternité, Rock Machine ou Rêve de Fer. Pourtant, au-delà de ses réflexions plutôt pessimistes, Norman Spinrad a voulu faire de ce roman, un livre drôle, et même subtilement moqueur envers les fans de science-fiction eux-mêmes.
Pourquoi ce choix ? Il s'en explique longuement, tout en répondant à d'autres questions, en détaillant les principaux personnages de son nouveau roman, en dissertant sur les rapports entretenus par la philosophie New Age et la science (voir la "science-fiction"), ainsi que la place de la rue et des sub-cultures dans ceux-ci, avant d'évoquer sa carrière, ses débuts en tant qu'auteur, sa vision du monde et des Etats-Unis. La première partie de cette interview fleuve est donc visible en ligne. Le retour des couvertures psyché de la collection Ailleurs & Demain![]() Pour ses quarante ans, c'est Paul McAuley (avec Cowboy Angels) et Iain M. Banks (avec Trames, un nouveau roman du cycle de la Culture), deux auteurs cultes de la science-fiction de ces vingt dernières années (et plus pour Banks), qui auront l'honneur de réanimer la fameuse - et même mythique - collection d'anticipation de Robert Laffont, Ailleurs & Demain.
Les plus vieux d'entre vous se souviennent peut-être des couvertures de la collection, savant mélange de psychédélisme et de futurisme, à base de circonvolutions plus ou moins géométriques métallisées, hypnotiques et en tout cas tout à fait originales. C'est cet aspect chromé (qui n'est pas sans rappeler les non moins fameuses productions acousmatiques et contemporaines du label Prospective 21e Siècle basées sur le même modèle et paru à la même époque) qui fit la renommée de cette prestigieuse collection. C'est lui que les éditions Robert Laffont remettent au goût du jour, sans pour autant abandonner le côté graphique pour certaines couvertures : la suite des rééditions de Michel Jeury, elle, est toujours illustrée (pour une fois d'une création presque regardable). Les amateurs, déjà heureux de retrouver l'esthétique aujourd'hui retro-futuriste de ces éditions, seront aussi soulagés de constater qu'il n'ont plus à supporter les illustrations abominables des graphistes qui infectent toujours, peu ou prou, le domaine de l'édition de la science-fiction en France (en l'occurrence ici, Jackie Patter Noster). Un bonheur n'arrivant jamais seul, le fait que ce soit Banks (l'homme qui a renouvelé le space opera) et McAuley (une des meilleurs plumes actuelles dans ce domaine), deux éminents auteurs britanniques d'une SF parfaitement fréquentable et adulte, qui réactivent cette collection, est doublement heureux. Pour les collectionneurs, ne reste plus qu'à ressortir des cartons les anciens volumes sur le même modèle. Pour mai, Robert Laffont annonce déjà une nouveauté dans le même esprit : La grande course de chars à voiles (Le Chant de la Terre 1) de Michael Coney. Aujourd'hui Ballard est mort Chef de file du roman d'anticipation sociale, Ballard était cet écrivain assez grand pour que les hommages à son égard se multiplient même de son vivant. Comment saluer aujourd'hui le génie, le visionnaire, mort hier à Londres, à l'âge de 78 ans ?Né en 1930 à Shanghai d'un industriel anglais, Ballard avait grandi dans le quartier des concessions internationales, avant de connaître l'occupation japonaise. Il s'installa en 1946 en Angleterre, et ne tarda pas à écrire, dans des journaux d'abord, et des romans bientôt. Dès ses premiers ouvrages, Le Monde englouti, Sécheresse ou La Forêt de cristal, Ballard exploitent les obsessions littéraires qui construiront son œuvre. Mais c'est en 1973 qu'il se fait remarquer, avec la publication des deux titres fondamentaux que sont L'Île de béton et Crash ! - redécouvert par l'adaptation qu'en a donné David Cronenberg. Ballard y interroge des sujets clés : l'écologie dans L'Île de béton, le corps, les rapports humains et la perversité dans Crash. Passionné par les sciences, fasciné par la science-fiction, Ballard s'est aussi avéré être un écrivain des plus engagés. Dans La Foire aux atrocités (1969), il abordait le thème de la psychose provoquée par les nouvelles technologies. Dans sa série de nouvelles Fièvre guerrière, il s'avançait sur le terrain délicat de la géopolitique, dénonçant les manipulations médiatiques. Toujours fécondes, les obsessions de fin du monde de Ballard ont servi de modèle à toute une génération, aujourd'hui muette devant l'héritage laissé par ce visionnaire ultime . « Le jour où Ballard est mort, il y aura un trou dans le ciel et le présent tombera dedans. Je publierai, si je suis encore ici, un post blanc (ce que je n'ai jamais fait) sans un mot, sans titre et tout le monde (enfin, ceux qui seront encore là et s'en souviendront) saura que c'est de cela dont il s'agit. », avait-on écrit sur Fluctuat. Place au silence. Les zombies envahissent les librairies
C'est du moins ce que l'on peut déduire si l'on observe l'actualité du genre depuis quelques mois. Outre la parution d'une parodie d'Orgueil et préjugés de Jane Austen en version "zombie" - qui trône déjà, selon le NY Times, en 3e place des meilleures ventes - on peut désormais trouver en librairie un ensemble de titres consacrés aux morts-vivants, notamment : Zombies !, l'essai de Julien Bétan et Raphael Colson paru aux éditions les Moutons électriques, ainsi que le Guide de survie en territoire zombie : (Ce livre peut vous sauver la vie) et World war Z : Une histoire orale de la Guerre des Zombies, tous deux signés Max Brooks (le fils de Mel Brooks) et parus aux éditions Calmann-Levy dans une traduction de Patrick Imbert, passionné de science-fiction, critique et photographe. Sérieusement "documenté" et fortement corrosifs, ces ouvrages peuvent être lus comme des livres de science-fiction jubilatoires et loufoques (ce qu'ils sont), mais aussi comme des recueils dispensant de vrais conseils, ou des témoignages, à l'usage de tout ceux qui souhaiteraient survivre à notre époque majoritairement zombifiée.
Lire aussi : Les voix fantômes de William Burroughs : vidéo et bande-sonLa poétesse canadienne Myra Davies, adepte du spoken word (l'ancêtre du slam actuel), le dit très bien dans "Burroughs' Bunker", un morceau en forme d'hommage à l'écrivain renégat de la beat generation, qui ouvre son dernier album Cities & Girls : la diction de William Burroughs était si particulière qu'on se moquait finalement de ce qu'il avait à dire... Pour être définitivement captivé par ses lectures à haute voix, il suffisait de se laisser bercer par le flot lent et boueux de la langue burroughsienne. Un rythme qui héritait en droite ligne des mouvements lourds, plus aqueux que liquides, du fleuve Mississipi dont l'écrivain parle tant dans son œuvre. Ce fleuve au bord duquel, jeune homme, il se postait pour tirer à la carabine sur les vautours qui en hantaient les îlots, en compagnie de Jack Kerouac.
Les curieux pourront également découvrir ou redécouvrir ses textes et leur pouvoir, lus par l'auteur lui-même, sur l'excellent site Ubu.com. Extraits du Festin nu, des Garçons sauvages, morceaux d'interviews fictifs, routines, Ubu.com est une véritable mine en la matière. Une journée passée à réécouter les monologues de cette voix fantôme et on finit par se persuader que William Burroughs est bien là quelque part. La preuve avec l'incroyable interview posthume récemment proposée par notre collègue Myosotis... Un inédit de Philip K. Dick auto-publié par sa femme Auteur de SF dont les œuvres sont devenues cultes (Substance mort, Ubik, Blade Runner) Philip K. Dick avait laissé, au moment de sa mort en 1982, un ouvrage inachevé... que l'on pourra bientôt découvrir : Tessa Dick, sa cinquième et dernière épouse, s'est chargé de remanier le manuscrit, et faute d'avoir trouvé un éditeur, elle vient de l'auto-publier via CreateSpace, site d'auto-édition dépendant d'Amazon. Dans un entretien accordé à Self Publishing review, Tessa Dick donne quelques informations sur cet inédit de K. Dick, intitulé The Owl in Daylight : le roman retrace les aventures d'un informaticien (Arthur Grimley) piégé dans un monde virtuel dont il serait lui-même à l'origine. Il devrait être suivi d'un second volume, The Owl in Twilight. Le titre du premier volume, The Owl in Daylight, avait quant à lui été également annoncé comme celui d'un biopic en cours de réalisation sur Philip K. Dick, dans lequel Paul Giamatti tiendrait le rôle principal. Le livre lui, est donc disponible sur Amazon.
Source : ActuaLitté
Lire aussi : Les Moutons électriques, un éditeur pas rasant Avec ActuSF, la science-fiction c'est dans la poche
Les Moutons Electriques, un éditeur pas rasant
![]() ![]() Bientôt cinq ans d'activisme (déjà!) pour les Moutons Electriques, éditeur indépendant, oeuvrant (entre autres) dans le champ des littératures de l'imaginaire, science-fiction, fantastique et essais de contre-culture. A l'occasion de cet anniversaire, retour sur le catalogue et les collections proposées par cette structure peu connue.
Fondé en juin 2004 par un groupe d'auteurs passionnés et principalement dirigé par André-François Ruaud, les Moutons Electriques sont d'abord fort d'une collection de plumes reconnues, telles que David Calvo, Fabrice Colin, Ugo Bellagamba, Serge Lehman, Xavier Mauméjan, Michel Jeury ou Roland C. Wagner, pour les francophones. Tandis que du côté des anglophones, on retrouve Mary Rosenblum, Stephen Fry, Terri Windling ou James Patrick Kelly.
Le catalogue de l'éditeur, pour sa part, se compose principalement de trois collections et de deux périodiques. La collection la "Bibliothèque Voltaïque", est globalement consacrée aux diverses fictions (romans et recueils de nouvelles) que l'éditeur estime être des œuvres marquantes, voire essentielles, de l'imaginaire. Vient ensuite la "Bibliothèque Rouge", co-dirigé par Ruaud et Xavier Mauméjean. Celle-ci réunit les ouvrages originaux de grandes figures de la littérature populaire (le roman feuilleton de Gustave Le Rouge, James Bond, Arsène Lupin, Maigret, Dracula, des romans de Jane Austen). Pour finir, la "Bibliothèque des miroirs" sera la nouvelle collection de l'éditeur. Co-dirigée par Julien Bétan et Raphaël Colson, thématique, elle se consacrera aux essais et beaux livres sous l'angle de divers médias (cinéma, télévision, littérature, musique, jeux vidéo ou univers virtuels). Le premier volume aura pour thème Les Zombies !.
Côté périodiques, on retrouve Fiction, l'édition française de la revue américaine Fantasy & Fiction. Cette anthologie semestrielle regroupe des textes mêlant les genres (SF, fantasy, fantastique et articles de fond venant compléter l'ensemble). La sélection des auteurs qui y sont proposés est internationale. De son côté, Yellow Submarine, créée en 83 et reprise aux éditions du Belial, se propose d'analyser les littératures de l'imaginaire sous l'angle d'un thème. Le dernier numéro, consacré au thème de l'utopie, a fait l'objet d'une présentation sur Fluctuat. Avec Actu SF, la science-fiction c'est dans la poche !![]() Ce n'est pas très nouveau mais il est bon d'en parler. Toute initiative liée à la science-fiction dans ce pays est de toute façon bonne à être soulignée. Il est donc temps de parler du fameux site Actu SF, passé dans la cour des éditeurs depuis presque un an aujourd'hui. C'est tout bête, mais il fallait y penser : quand une communauté de lecteurs, d'éditeurs et d'auteurs se retrouvent régulièrement sur un site et un forum, une possibilité apparaît parfois. En l'occurrence ici, celle de fonder une maison d'édition, modeste il est vrai, mais qui fait son bonhomme de chemin. Au catalogue des éditions Actu SF, on notera donc la collection "Les trois souhaits", au sein de laquelle sont déjà parus les petits volumes (format mini poche) du Petit guide à trimbaler de la S.F. étrangère, le même consacré à "L'imaginaire français", et un dernier concernant la Fantasy. Pratiques et bien foutus, ces trois mini-ouvrages (par la taille) font le maximum (pour ce qui est du contenu), recensant les auteurs incontournables du genre accompagné d'une bibliographie non exhaustive. Côté fiction, l'éditeur s'est déjà fendu de nombreuses plumes prestigieuses parmi lesquelles (entre autres), Michael Moorcock, Jean-Marc Ligny, Thierry Di Rollo, Laurent Genefort, Thierry Marignac ou encore Jean-Michel Calvez, et récemment, Sylvie Lainé et ses Espaces Insécables, dont Fluctuat reparlera bientôt. Une aventure éditoriale à suivre dans les mois qui viennent. Le site de l'éditeur Tolkien, même mort, publie encore
The Legend of Sigurd and Gudrún (HarperCollins) Attendu pour mai 2009, cet inédit, écrit entre la fin des années 20 et le début des années 30 - soit bien avant Bilbo le Hobbit - sera préfacé par le fils de l'auteur, Christopher Tolkien. Tolkien a écrit ce texte dans le cadre de ses recherches sur les civilisations scandinaves à l'université d'Oxford. Il avait alors entrepris de traduire du vieux norrois (ou vieil islandais), et en prose, les contes épiques de Sigurd le Völsung et la chute des Niflungs. Les fans peuvent exulter, il s'agit là d'un véritable inédit après le flot de resucées marketing qui a accompagné le succès de l'adaptation ciné du Le Seigneur des Anneaux par Peter Jackson. Ce texte inédit en France sortira le 24 février. Petit conte écrit et illustré par le professeur J.R.R. Tolkien himself en 1935, il raconte les aventures avec sa toute nouvelle automobile de Monsieur Merveille (Mr Bliss en anglais), aristocrate anglais habitant une belle demeure campagnarde. Tolkien réserva alors l'exclusivité du texte à ses propres enfants jusqu'à sa première publication américaine en 1982. L'édition française de 2009 reproduit en fac-similé le manuscrit original conservé à la bibliothèque de Marquette University à Milwaukee, aux Etats-Unis. Monsieur Merveille est un récit facétieux, d'une drôlerie insoupçonnée chez l'auteur de Bilbo le hobbit qui s'adresse autant aux petits qu'aux grands, fans ou non de l'oeuvre de Tolkien.
A noter enfin que sortira en mars 2009 aux Etats-unis une nouvelle biographie du Professeur Tolkien, J.R.R Tolkien : Of words and worlds de Mark Wolf chez Cumberland House Publishing.
MAJ 23/02/2009 : Les éditions Christian Bourgois ont annoncé qu'elles publieront en français The Legend of Sigurd and Gudrún, sans toutefois préciser de date. Terry Pratchett est anobli mais perd la boule A tout juste 60 ans, l'écrivain Terry Pratchett vient d'être anobli par la Reine qui l'a élevé au rang de Chevalier de l'Empire dans sa liste annuelle de récompenses. Pratchett qui souffre depuis plus d'un an de la maladie d'Alzheimer (dans une forme un peu rare accompagnée d'une atrophie corticale), vit toujours dans le Wiltshire avec son épouse et continue de nous régaler régulièrement avec de nouvelles aventures de son Disque-Monde. Le cycle le plus drôle et le plus pertinent de la littérature britannique, indépassable de cocasserie et d'intelligence, est né il y a 25 ans maintenant. Les Annales du Disque Monde comptent aujourd'hui à peu près 35 volumes et constituent un univers alternatif à toute la littérature fantasy dérivée de Tolkien. Là où l'auteur du Le Seigneur des Anneaux joue la carte du réalisme et de la crédibilité héroïque, Pratchett développe un canevas volontiers irrationnel, où les héros sont âgés de 90 ans, les mages incapables de faire disparaître ou apparaître un lapin blanc, où les Assassins ont des Universités, les coffres en bois marchent et sont indestructibles, etc. Le succès des Annales est tel (55 millions de livres vendus) que Pratchett est non seulement devenu richissime mais a aussi autorisé un nombre de produits dérivés considérable : dessin animé, jeux vidéos, livres de cuisine, multiunivers, téléfilms, pièces de théâtre, tasses, tee-shirts,.... Ceux qui ne connaissent pas encore l'esprit, l'humour et le caractère de Pterry (son surnom) démarreront l'exploration, comme on l'a dit à de multiples reprises, avec le premiers volumes mettant en scène le génial mage Rincevent, intitulés la Huitième Couleur et le Huitième Sortilège. Signe de la bonne santé des Annales, le dernier tome Making Money évoque l'introduction du papier monnaie à Ankh Morpork et accessoirement les dangers de la spéculation à la sauce Pratchett. La maladie de l'écrivain ne devrait pas l'empêcher selon lui d'écrire encore 2 ou 3 livres, même si, comme tous les malades (Pratchett a fait des donations importantes depuis 2 ans pour la recherche), il commence à ressentir les effets sur sa vie quotidienne. Ainsi, il a avoué récemment ne plus être capable d'écrire des dédicaces sur des livres lors des salons : incapable de mobiliser assez rapidement des mots pour l'exercice... Merci à Antoine de nous avoir signalé l'info. Un nouveau Spinrad en mars 2009 chez Fayard
Dix ans après Bleue comme une orange, roman qui posait la question du réchauffement climatique, Spinrad propose, dans ce nouvel ouvrage, une projection vers le futur à travers le personnage d'un comique médiatique qui semble issu d'une autre époque. Fayard, qui a obtenu les droits mondiaux de ses deux prochains romans, évoque à propos d'Il est parmi nous un « humour si ravageur qu'aucun éditeur anglo-saxon n'a osé le publier ». Style subversif, spéculations dérangeantes, les œuvres de Norman Spinrad ont quelques fois connu les affres de la censure. Ainsi en fut-il de Rêve de fer (1972), uchronie politique qui mettait en scène Adolf Hitler en écrivain de SF renommé : l'ouvrage fut interdit en Allemagne et en Angleterre.
En choisissant de le faire figurer dans son catalogue "généraliste", Fayard permettra sans doute d'élargir le lectorat de Norman Spinrad. Après Il est parmi nous, l'éditeur devrait publier en 2010 "Osama the gun" - où il sera question de Ben Laden. Les plus impatients peuvent d'ores et déjà découvrir le premier tiers de ce roman, disponible gratuitement en ligne (en anglais). Un nouvel hommage à Ballard Cet automne était le moment de célébrer J. G. Ballard, auteur atypique, visionnaire ultime, rendu mythique de son vivant : les éditions è®e rendent ainsi hommage à l'écrivain en publiant J.G. Ballard, hautes altitudes, un recueil de textes et d'entretiens destiné à mettre en lumière l'ensemble de son œuvre (sous la direction de Jérôme Schmidt, membre actif du collectif Inculte et d'Emilie Noteris, parution le 14 novembre). De leur côté, les éditions Denoël ont réédité La Forêt de cristal, tandis que les éditions Tristram propose le premier tome de ses Nouvelles complètes, ainsi que le court roman Sauvagerie. Pour tous les grands lecteurs de science-fiction, le nom de J. G. Ballard sonne comme un nom quasi fantasmatique. Un nom inclassable, qui règne sur un univers inclassable : "trop fantastique, trop violent, trop sexuel, trop décandent, trop politique", précise l'éditeur de J. G. Ballard, hautes altitude.
Dans cet ouvrage, on trouvera notamment deux entretiens avec l'auteur lui-même, qui permettent de saisir la pensée ballardienne à travers plusieurs thèmes, comme "la notion de surveillance", "le 11 septembre", ou encore "la fin de l'écriture". Sur ce dernier point, Ballard affirme d'ailleurs : « Je n'ai jamais pensé à arrêter d'écrire. Pourtant, j'ai largement dépassé l'âge de la retraite, mais ça ne m'est simplement jamais passé par la tête. Je ne considère pourtant pas cela comme une "nécessité vitale", comme me disent certains de mes confrères. Au contraire... Mais j'éprouve toujours le même plaisir à mettre sur papier toute l'étrangeté qui m'entoure. »
Le recueil comporte, en outre, un entretien avec David Cronenberg, qui a adapté Crash ! au cinéma, des textes d'écrivains comme Jacques Barbéri, David Pringle, Luc Sante ou Norman Spinrad, ainsi qu'une bibliographie commentée de Ballard. Un excellent outil pour approcher une œuvre essentielle et inépuisable.
J. G. Ballard. Hautes Altitudes, sous la direction de Jérôme Schmidt et Emilie Notéris, avec J. G. Ballard, Jacques Barbéri, Bruce Bégout, David Cronenberg, Rick McGrath, Rick Poynor, David Pringle, Luc Sante, Norman Spinrad, Bruce Sterling, éditions è®e. Georges-Olivier Châteaureynaud reçoit le Grand Prix de l'Imaginaire![]() Le Grand Prix de l'imaginaire a été remis ce week-end à Nantes pendant les Utopiales, festival international de science-fiction qui a accueilli les plus grands noms du genre : Jeff Noon, Catherine Dufour, Hal Duncan, Norman Spinrad, et surtout, William Gibson en invité d'honneur. Cette année, c'est un écrivain de littérature générale qui reçoit le prix dans la catégorie roman francophone : Georges-Olivier Châteaureynaud pour son roman L'autre rive (Grasset). Venu recevoir le prix en l'absence du lauréat, l'écrivain Francis Berthelot a d'ailleurs souligné avec humour que si le grand prix de science-fiction s'ouvrait aux maisons non spécialisées en littérature de l'imaginaire, les prix généralistes « pourraient penser à rendre la politesse». Le grand prix du roman étranger a été remis à Théodore Roszak pour L'Enfant de cristal (Cherche-Midi, collection NéO). Jeff Noon dans les libraires : Alice au pays des pixels
Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Fluctuat vous promet chronique et compte-rendu de lecture sous peu... stay tuned !
Le site de La Volte Octobre 2008 : Un mois complètement Ballardien![]() Décidemment, ce mois d'octobre 2008 est placé sous le signe de l'écrivain démiurge J.G. Ballard, avec la parution quasi-simultanée de deux romans et du premier tome des recueils raisonnés des nouvelles de l'auteur entamée par les éditions Tristram. Déjà à l'origine de la redécouverte des écrits les plus expérimentaux du maître avec la réédition de La Foire aux atrocités en 2003, puis de Millénaire mode d'emploi en 2006 - un autre recueil, mais de textes divers et de réflexion sur notre modernité cette fois, l'éditeur aventureux réunit ces Nouvelles Complètes. Trois volumes de 700 pages chacun sont prévus à ce jour, le premier paraissant ce mois. Volume auquel vient s'ajouter la réédition de l'excellent Sauvagerie, initialement paru chez Belfond sous le titre Le massacre de Pangbourne (Running Wild en VO).
De son côté, Gilles Dumay, directeur de la collection Lune d'Encre de Denoël, poursuit son travail de réédition des romans de la série dite « des apocalypses », avec la parution de La Forêt de cristal, texte emblématique du Ballard des années 70.
A noter également la sortie en novembre de J.G. Ballard, hautes altitudes par Émilie Notéris et Jérôme Schmidt, qui viendra allègrement compléter ce tryptique et alimenter notre monomanie Ballard. Compte rendu de lecture et chronique sous peu sur Fluctuat. Jacques Sternberg : nécro à reboursDans toutes les bonnes rédactions, il y a un type chargé des nécrologies. Il les prépare à l'avance, afin que le jour venu, tout soit prêt pour dire du bien ou du mal du disparu. Cela se pratique assez peu dans les sections littéraires, pour la simple raison qu'on manque de personnel et que les morts n'ont pas suffisamment de retentissement pour mériter ce traitement (hé oui). Le 11 octobre ainsi (je passe un peu tard, mais toutes les occasions sont bonnes de parler des gens biens), on fêtera (hosanna!) le deuxième anniversaire de la disparition de Jacques Sternberg. Jacques qui ? Sternberg, comme l'étoile des montagnes. Sternberg est un auteur belge au parcours assez atypique. Né en 1923, dans une famille de diamantaires polonais, vivant à Anvers, il se met assez vite à écrire et démarre sa carrière littéraire dans le genre SF et fantastique. Au milieu des années 50, il fait partie de ce qu'on appelle la nouvelle vague de SF française avec des types comme Curval ou Klein. Il vit en France. Il publie des tas de nouvelles épatantes et complètement loufoques (Futurs sans avenir, Contes glacés), insistant sur la dimension absurde de l'existence humaine. Il scénarise le superbe Je t'aime, Je t'aime pour Alain Resnais, un vrai bon film où un type paumé accepte de participer à une expérience de voyage dans le temps. Sternberg s'éloigne, ensuite, peu à peu du genre qui l'a fait connaître pour du roman plus traditionnel et à connotation sociale et psychologique. Ceux qui auront envie d'en savoir plus iront faire un tour sur le joli site qui lui est consacré et qui tente vainement de réparer l'injustice : comme beaucoup d'auteurs de série Z ou B, Sternberg est oublié, n'est plus lu et n'intéresse plus grand monde. Ses livres sont, pourtant, faciles à trouver dans les bouquineries et vendus à des prix défiant toute concurrence (1, 2 ou 3 euros maximum).
Le roman gagne en intensité lorsqu'après pas mal de difficultés, et après avoir perdu plusieurs millions d'habitants, les survivants s'envolent dans l'espace. Le roman devient alors un space opera de comédie, puisque les humains vont faire le tour de la galaxie en allant de désillusions en désillusions. La première planète est foireuse, la deuxième couverte de cendres et inhabitable, la troisième guère mieux, jusqu'à ce qu'une autre (ils en ont du courage), qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la Terre, se révèle habitée par une végétation ultrahostile et qui les découpe comme du jambon. Avec ce canevas abracadabrantesque et picaresque, Sternberg réussit à nous emmener dans une odyssée digne de L'Iliade (allons y gaiement), qui s'achève par un pacte passé avec des extraterrestres supersympas, les Sconges, chez qui se terminera l'aventure. La chute est affreuse, incroyable, géniale et conclut le roman en apothéose, dans un retournement qui, là aussi, nous ramène aux coups de théâtre de Shamalayan. La sortie est au fond de l'espace est un roman quasi parfait de bout en bout : écriture précise et sans déchets, sobre et analytique, intrigue à suspense, haletante et enjeux philosophiques majeurs. En bref, un chef d'oeuvre miniature de 244 pages et quelques, qui mérite qu'on s'y attarde. Petit extrait : " Il y avait le bruit cependant. Je me levai, je me précipitai dans la salle de bains. Quand on collait son oreille contre l'une des conduites d'eau, le bruit paraissait le vacarme d'une armée en marche. Et puis, comme l'ordre en avait été donné, j'avais coupé l'eau hier soir. Mais des gouttes avaient malgré tout coulé. Dans la baignoire. De ces gouttes d'eau qui n'étaient plus que des gouttes de germes englués les uns dans les autres. Ils n'avaient pas grossi depuis hier mais ils vivaient toujours avec la même voracité. Tout le fond de la baignoire en était rempli. Désespérément, je regrdais en essayant d'oublier qu'il y en avait partout de ces microbes :dans les robinets et dans les tuyaux, derrière les murs et sous les parquets, dans la cave, sous les trottoirs. Et cela dans toute la ville. Dans toutes les villes du monde entier. Désespérément, je tentai de ne penser qu'à ces quelques amas de germes qui étaient là, bien visibles sous mes yeux. Je me posai la question de la lutte contre cet envahissement à l'échelle d'un simple appartement. Je me posai cette question pour tenter un acte. Pour tenter de croire qu'il y avait une possibilité de lutte et de défense. J'ouvris un dictionnaire et je lus quelques passages concernant les microbes. Ils pullulaient autour de nous. En effet. Dans l'eau, dans les liquides en fermentation. Ah oui ? Et dans l'air, dans la terre. C'était vrai, il y avait encore l'air et la terre. Et si ces microbes-là se mettaient à grossir ? Si soudain.... Je secouai la tête; je continuai de lire. La chaleur sèche les détruisait à 80°. Mais pour atteindre les spores, il fallait atteindre 120°. La lumière solaire détruisait également les microbes......" Neal Stephenson lance son AnathemPosté par Maxence le 14.10.08 à 18:00 | tags : elucubration, littérature en vidéo, news, science-fiction
Ça y est, il est arrivé. Il trône sur ma table de chevet, imposant, un peu effrayant aussi, et surtout, en VO ! « Il » c'est Anathem, le dernier roman de Neal Stephenson. Je me suis toujours promis de m'y mettre, Stephenson en VO c'est certes une expérience à tenter une fois dans ça vie. Cela devrait même faire parti des questions pièges du fameux « purity test » : Avez-vous lu, Neal Stephenson en VO ? Un « oui » et pan, 20 points de plus dans la catégorie « Vous êtes décidemment un grand malade. Réagissez ! ». Il faut dire que le CV du bonhomme est des plus étonnant. : Reconnu par ses pairs comme l'un des possibles, et recevables, héritiers de Thomas Pynchon (encore un me direz vous), Neal Stephenson est d'abord un auteur américain issue de la seconde génération d'écrivain de science-fiction cyberpunk. A ce titre, son fameux Snowcrash (Le Samouraï virtuel en VF), peut être d'ailleurs lu comme une parodie du genre. Auteur iconoclaste donc, il se situe à la fois dans et en dehors, du cercle des écrivains de science-fiction. Outre une culture tout azimut, il partage aussi avec le maître du roman post-moderne cité plus haut, un goût pour les intrigues à tiroirs, les personnages innombrables, les élucubrations temporelles, le mélange des genres et une écriture allègre aux caractéristiques proprement physiques, si communicatives qu'elle anime généralement tout autant ses protagonistes que ses lecteurs les plus assidus.
A l'origine avec The Baroque Cycle, d'une énorme fresque en trois volumes d'un peu plus de 900 pages chaque, encore non-traduite en France (et certainement pas traduite dans les années qui viennent me souffle t'on), aussi fantaisiste que basé sur des faits historiques réelles (la révolution industriel du début du XIX° siècle entre autre) dans lesquels nous retrouvons les ancêtres des personnages présents dans son déjà volumineux Cryptonomicon, Stephenson revient aujourd'hui avec un space opera métaphysique narrant l'histoire d'un ordre religieux de mathématiciens, et suivant en particulier les aventures d'un novice de 19 ans prénommé Raz. Celui-ci devra, entre deux débats philosophiques sidérant, décider s'il doit où nom sauver l'humanité résidant sur la planète Arbre d'une catastrophe d'origine extra-terrestre. Ceux-ci ayant gentiment évincé ces religieux trop brillants depuis des siècles afin de s'adonner en toute quiétude aux joies de la consommation, des jeux et de l'exploitation à outrance de leur environnement, ces deux idées du monde antagonistes fusionneront-elles à l'occasion de cet évènement imprévu ? Tel est la question.
On le voit, ce nouveau Stephenson s'annonce encore un poil plus complexe que la plupart des space opera « classique » (je ne parle pas de Stephen Baxter ici, ni de Greg Bear, Alastair Reynolds ou Ian Banks en effet) et l'auteur a eu l'intelligence d'élaborer un sympathique widget multimédias grâce auquel il présente les principaux thèmes de son Anathem, bande annonce hollywoodienne à l'appui. Ceux qui voudraient se lancer dans sa lecture en VO avant la traduction en France, prévu pour l'année prochaine, serait bien inspiré d'y jeter un oeil. Conseil d'ami. Pour le reste on en reparle en fin de lecture.
PS : A noter que ce seront donc les éditions Bragelonne, maison d'édition spécialisée dans la science-fiction "musclée" et la fantasy... fantaisiste (et du coup, souvent hilarante, mais passons) qui a acquis les droits de traduction de ce roman de Stephenson. L'éditeur annonce aussi la réédition de son roman Le samouraï virtuel sous son titre original, Snow Crash, et ça, ce n'est pas du luxe ! |
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