Fil d'actu : science-fiction 
Moscou 2028. Tous les matins, l'opritchnik Komiaga se réveille au son d'un coup de fouet suivi d'un cri, et d'un deuxième coup suivi, lui, d'un gémissement. C'est la sonnerie de son téléphone portable, enregistrée dans l'une des salles de tortures du quartier général de l'Opritchnina, la terrible police secrète du souverain absolu qui gouverne la Russie dans le futur proche de Vladimir Sorokine.
Le reste de la journée sera rythmé par des rituels très précis, mêlant violence et prières, enquêtes et orgies, corruptions et machinations politiques, menées tambour battant à bord d'une automobile décorée d'une tête de chien fraîchement coupée, pour le compte d'un souverain omnipotent que les technologies de surveillance électroniques ultra-sophistiquées rendent omniprésent. Lire la suite Vladimir Sorokine Journée d'un opritchnik Ed. de l'Olivier



Cela devait arriver. Avec sa manie d'inclure objets hype, références musicales et manies contemporaines dans ses romans, l'ex-pape du Cyberpunk William Gibson a fini par réinventer la "chick litt", cette littérature légère et branchée pour jeune fille moderne. A sa manière à la fois ironique et visionnaire, la parution de Code Source fait de Gibson l'écrivain contemporain le plus ancré dans notre modernité, et le plus lucidement mordant quand il s'agit de se moquer gentiment de l'homo habitus du 21e siècle. Omniprésence et références continues à la pop culture, séjours dans des hôtels de luxe, nouveaux comportements liés au technologies de l'information et marques nommées à tout bout de champ, Gibson décrit un monde ridicule dans lequel l'apparence est tout, mais contre lequel ses personnages, éternelle rebelles without a cause, se battent constamment, à leur façon étrangement apathique et décalée. Un monde dans lequel même les espions utilisent le Ipod comme disques durs externes, où les fugitifs cours en Adidas GSG9, portent du Prada, boivent de la Red Bull et écoutent du reggaetón. Lire l'entretien avec William Gibson Lire la chronique de Code Source


Dans ce qui ressemble fort à un futur proche, le Japon a légalisé le commerce et l'usage d'à peu près toutes les drogues et permis l'ouverture de "bars à pompes" où les salarymen las peuvent venir s'envoyer divers hallucinogènes de synthèse derrière la cravate après une dure journée de travail. Evidemment cette nouvelle consommation récréative respectable de la bonne société se démarque bien de celle des junkies qui fréquentent des bars à pompes crades, tenus par des médecins peu regardants sur les risques encourus par leurs clients, et qui se font harceler par la "police sanitaire" s'ils sont pris en flagrant délit d'hallucination dans la rue.
Lire la suite Ultra Heaven Keiichi Koike Glénat


Considéré comme le successeur de Philip K Dick par certains, décrié par d'autres, puristes, qui l'ont soupçonné de parodier H-G Wells, Christopher Priest s'est taillé une place à part dans le domaine de la SF. Les distorsions de la réalité, les dangers de la virtualité, les personnages partagés entre deux mondes, il maîtrise. Les amateurs de SF peuvent foncer, chacun de ses romans plonge dans un nouvel univers où se mêlent imaginaire, réflexion sur la société, intrigue sentimentale. C'est avec son troisième roman, Le Monde inverti, que Christopher Priest a conquis son public : il remporte le Prix British Science-Fiction, une forme de reconnaissance envers sa contribution littéraire au genre. Avec Ballard, il a participé à la nouvelle vague SF qui a traversé les années 70, en abordant de nouveaux thèmes et en soignant davantage son style.
Deux ans après Le Monde inverti, est publié Futur intérieur, considéré comme un roman mineur, alors qu'il comporte pourtant une importante thématique pour tous les travaux qui suivront. Viennent ensuite de nombreux titres : notamment L'archipel du rêve, Le Prestige, qui a été adapté au cinéma en 2006 par Christopher Nolan, la novélisation de l'eXistenZ de Cronenberg, mais également des romans qui évoquent davantage l'univers développé dans ses écrits de jeunesse, comme Les Extrêmes et La Séparation. Toujours, la problématique de la frontière entre réel et virtuel est mise en avant, et explorée dans tous ses possibles. Après la découverte d'un auteur comme Christopher Priest, pilier du genre, on comprend que les succès SF genre Matrix ne se sont pas inventés tout seul. Lire les chroniques de Fluctuat sur Christopher Priest : Les vertus du Monde inverti Futur Intérieur, avant le virtuel
Les Extrêmes : entrez dans le jeu La Séparation : entre Histoire et 'science) fiction


 Passons en revue si vous le voulez bien les défauts traditionnels du webcomic moyen : un auteur qui maîtrise mieux Photoshop que les bases du dessin ; des références obscures pour tout non-spécialiste dans telle ou telle ténébreuse niche ; des compositions ambitieuses mais qu'on ne sait pas dans quel sens lire ; un auteur qui après une poignée de strip perd la terre de vue et se lance dans de grandes fresques à suivre beaucoup trop ambitieuses... Dresden Codak cumule tout ça : des couleurs informatiques bien plus réussies que le dessin dessous ; des pages labyrinthiques ; de nombreux gags incompréhensibles de presque tous, en dehors de la communauté scientifique ; et la série de gags originelle a même laissé place dernièrement à une histoire à suivre de voyageurs temporels et d'OVNI/robot.
Bref, ça devrait être mauvais. Mais franchement, si vous aimez les couleurs qui pètent, les blagues sur l'interprétation de Copenhague et Carl Jung, vous serez certainement prêt à passer outre les pages mal construites et les faiblesses du dessin des premières. Toutefois, les choses s'améliorent petit à petit, et les dernières pages sont presque lisibles.


La science-fiction est un genre philosophique par excellence. C'est ce qui fait sa richesse et qui fait aussi que les arguments de ses détracteurs prétextant qu'il s'agit d'une littérature pour adolescent boutonneux ne tiennent pas. Et ce n'est pas le cycle (une geste, ou une saga, pour être précis) de L'Oecumène d'or de John C. Wright qui contredira cette affirmation.
Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.
Tout semblerait donc (enfin) parfait dans le meilleur des mondes possibles, si ce type de civilisation sclérosée par un confort lénifiant, la quête du plaisir immédiat et le conservatisme rampant, ne comportait pas aussi de gros défauts : l'ennui tout d'abord, le manque de défi et d'ambition ensuite, ainsi que la peur du changement. Pourtant, dans un univers où le soleil entrera un jour en expansion et réduira les planètes qui l'entourent en cendre, l'humanité devrait se soucier de son avenir. Un avenir qui, pour certains, se situe dans les étoiles. Mais dans une société comme celle de l'Oecumène d'Or, quand les conditions sont optimales, tout changement est considéré comme une dangereuse régression ou au moins comme une dégradation.
L'Oecumène d'or : Une geste de l'avenir lointain John C. Wright (Le Livre de Poche)


En tant que genre apparenté de la science-fiction, le fantastique est un genre quasi-psychanalytique qui interroge l'humanité à la lumière de l'inconscient. Alors que la science-fiction actualise les mythes et les légendes d'hier en entrant en résonance avec une certaine vision de l'avenir, le fantastique plonge dans un univers intérieur mystérieux dans lequel survit, souvent malgré nous, des bribes de rites, de croyances et de superstition. Or, c'est bien connu, à toutes les époques de l'histoire, l'humanité a cédé à la tentation d'utiliser la technologie pour donner une forme physique et théorique aux croyances qui l'habitent fussent-elles totalement anti-scientifiques. C'est la tekne, à la fois "science, art et technique" en grec, appliquée au vaste champ de l'inconscient. Mais notre monde scientiste à tendance à dénigrer ces croyances ancestrales qui sont pourtant bien vivantes dans l'esprit de nos contemporains. C'est pourquoi il est nécessaire de parler de Lucius Shepard, un écrivain de science-fiction qui use de légendes fantastiques et d'exotisme corrompue, mais aussi de modernité, pour exorciser les démons de notre civilisation.
Ecrivain américain, reporter de guerre, infatigable voyageur et baroudeur émérite, Lucius Shepard fait parti de la génération des Philip K. Dick, Norman Spinrad & Co., autant dire la frange rock'n'roll, exubérante et engagée de la SF des 70's. Mais Shepard est aussi un écrivain au style fluide, proche des grands auteurs anglo-saxons, comme Ernest Hemingway ou Joseph Conrad. C'est également le spécialiste d'une littérature fantastique teintée de modernité qui mélange aussi bien, rites vaudous, légendes urbaines et futur proche. Les personnages de Shepard, sont un peu comme les personnages de La Plage d'Alex Garland, des occidentaux paumés, aux prises avec des forces et des coutumes qui les dépassent. C'est le cas de Jack Mustain, le héros de Louisiana Breakdown, dernier roman de l'Américain traduit aux éditions du Bélial. Raconté comme un compte à rebours vers le désastre et la perdition, Louisiana Breakdown se déroule en un peu moins de 48 heures dans la moiteur des marais de la Louisiane profonde : Immobilisé malgré lui dans la ville de Graal, Jack Mustain va faire connaissance avec sa population haute en couleur, saturée de chaleur et de secrets. Une bourgade du sud profond qui semble condamnée d'avance et sombre lentement dans la démence sous l'ombre omniprésente du cyclone Katrina. Un lieu où il ne fait pas bon tomber amoureux, un endroit enfin, ou charmes anciens et maléfices sont plus que jamais vivant dans le cœur de ceux qui y vivent.
En styliste hors-pairs, Lucius Shepard évoque la moiteur de la Louisiane, le silence des marais et le mystère des bayous. Bien sûr, on peut parfois penser que l'auteur joue avec les clichés, mais c'est véritablement sa manière, très cinématique, de poser l'ambiance et de décrire cette région du monde où la fiction dépasse bien souvent la réalité. Une région dont il connaît bien les mœurs et de coutumes et dont l'écrivain livre une description quasi-anthropologique, quand ce n'est pas tout simplement photographique. En ce sens, Louisiana Breakdown offre une bonne introduction à l'univers décalé de cet écrivain hors-normes. Un véritable bain de jouvence dans le panorama, parfois un brin morose, de la littérature contemporaine.
Louisiana Breakdown Lucius Shepard Editions du Bélial


Alors que les éditions J'ai Lu réédite, Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'eclate, les trois premiers romans de William Gibson (dits, de la Sprawl Trilogy) accompagnés de son recueil de nouvelles, Gravé sur chrome, sous la forme d'un Omnibus titré Neuromancien et autres dérives du réseau, impossible de faire l'impasse sur ce qui fut certainement l'un des plus intéressants mouvements littéraires issu de la science-fiction du 20ième siècle : le cyberpunk, un mouvement littéraire né au début des années 1980 est largement influencé par la new wave anglo-saxonne des années 1970, représentée par des auteurs comme J.G. Ballard, Michael Moorcock, Harlan Ellison ou Samuel Delany.
En tant que genre, le cyberpunk, se caractérise par une fascination pour les technologies de l'information, l'informatique et les formes d'invasion, ou de mutation, du corps et de l'esprit induites par les nouvelles technologies. La société dépeinte dans les romans cyberpunk est fortement contrastée, séparant les très pauvres des très riches de manière radicale. Les multinationales ont la mainmise sur de nombreux domaines de la sphère sociale, qu'il s'agisse de l'emploi, du droit ou de la vie privée. Les protagonistes des romans cyberpunk sont constamment connectés, de manière plus ou moins légal selon les revenus et la classe social, au réseau des réseaux. Ça vous rappelle quelque chose ? Cet univers, on le doit à de nombreux auteurs, mais avant tout à William Gibson Ford, l'inventeur de ce qui restera dans les annales de l'histoire comme "le cyberespace". Une "réalité virtuelle", un paysage de données, qu'il définit comme une représentation 3D des ordinateurs reliés en réseau de part le monde. (On notera que pour Gibson, cette "hallucination consensuelle" comme il l'a nommée, concerne en premier lieu les transactions de capitaux internationaux.) Un espace qui ressemble fort à notre Internet, à une différence près, et non des moindres, les visiteurs, pirates, hackers et police des corporations, y naviguent réellement pour s'y livrer une bataille sans merci. Mais cet espace virtuel abrite aussi des entités mystérieuses, parfois discrètes, parfois omnipotentes et omniprésentes, les IA, ou Intelligences Artificielles. Ça vous rappelle encore quelque chose ? Bravo, dans Matrix les frères Wachowski lui ont tout piqués !
Lire le portrait de William Gibson sur Fluctuat. Voir aussi une interview sur le site du Cafard Cosmique.


Michael Jones est un ancien espion du MI-6, mis à la retraite après avoir subi une expérience mystérieuse qui a rendu sa peau grise et son humeur massacrante. Comme le reste des espions décommissionnés du monde, il est assigné à résidence à Los Angeles où il survit en jouant les détectives dans la communauté bigarrée des ex-espions de L.A. Le premier album commence quand un vieil homme fortuné l'engage pour retrouver une bobine de film qui lui a été volée. Le vieux a aussi trois filles, dont une a été kidnappée et l'intrigue est calquée plus ou moins fidèlement sur celle du Grand Sommeil de Chandler. Aussi, la bobine que Jones doit retrouver contient un film pornographique tourné par Hitler dans son bunker en 1944. 
Les connaisseurs auront immédiatement identifié un pitch de Warren Ellis (scénariste de BD à ne pas confondre avec son homonyme violoniste et comparse de Nick Cave). Bourré d'idées dans tous les sens, d'obscénité, de violence et d'amertume mais basé sur un genre qu'il respecte finalement plus qu'il ne le subvertit. C'est à la fois la principale qualité et le principal défaut d'Ellis : ses scénarios sont souvent squelettiques, des prétextes pour nous caser des concepts plus ou moins intéressants. C'est d'autant plus vrai avec l'utilisation du roman de Chandler, déjà tellement exploité par deux films, trois même en comptant The Big Lebowski. Ici, nous avons plutôt de la chance. Le bouquin s'ouvre sur une petite leçon d'urbanisme, se perd un peu dans les histoires d'espions génétiquement modifiés, puis nous parle un peu des affres du porno "gonzo".
La vraie force de Desolation Jones se trouve dans le dessin de J.H. Williams III, connu principalement pour son boulot sur Prométhéa. Un choix pas vraiment évident : les compositions alambiquées et les grands écarts stylistiques, qui faisaient des merveilles pour les visions mystiques, d'Alan Moore ne semblaient pas a priori adaptés à un polar terre à terre. Cependant, Williams s'en tire finalement très bien, ne se lâchant que dans les flashbacks et des scènes d'action visuellement épatantes, mais plutôt confuses. Le reste du temps les feux d'artifices sont assurés par le coloriste José Villarubia, dont les choix parfois extrêmes fonctionnent la plupart du temps plutôt bien, assurant une ambiance unique à chaque séquence.
Desolation Jones manque de substance, mais offre suffisament de bonbons pour l'oeil et le cerveau pour qu'on ne regrette pas sa lecture. Et puis si ça peut vous rassurer, on ne voit jamais le film d'Hitler. Desolation Jones, Tome 1 : Made in England Warren Ellis, J.H. Williams III Panini



A n'en pas douter Chuck Palahniuk n'aurait pas craché sur cette histoire-là, tant les jolis monstres de Robert Silverberg font écho à l'univers déjanté de l'auteur de Choke et d'Invisible Monsters. Un jeu cruel est une fable assez étonnante sur la plume pourtant variée de Silverberg, l'homme aux 200 et quelques textes (romans, nouvelles), auteur de l'Homme Programmé ou de Gilgamesh. Ecrit en 1967 et venu à nous en Folio SF 40 ans plus tard, Un jeu cruel, court roman de 200 et quelques pages, se situe dans un futur assez éloigné mais qui n'est pas dénué de réalisme. Un producteur télé qui tient, dans une logique de concentration tout azimut, des chaînes de télé comme des parcs touristiques, des sites naturels sur la Terre et les planètes de la galaxie, a l'idée pour relancer l'audimat d'organiser la rencontre de 2 freaks à la dérive : un astronaute kidnappé par des extraterrestres hostiles qui, après avoir tué ses deux collègues, le reconstruisent en tentant "d'améliorer ses fonctions rudimentaires". Ses yeux, par exemple, s'ouvrent non plus de haut en bas mais de droite à gauche. On lui a rajouté des tentacules et refait le portrait, ce qui n'a pas manqué de le traumatiser. L'homme vit en reclus et n'ose plus faire un pas dehors. Le monstre parfait. A sa gauche, une jeune fille de 16 ans, pas moins paumée qui a eu son heure de gloire lorsque des scientifiques zélés lui ont prélevé cent ovules pour donner naissance simultanément à 100 bébés. La vierge aux 100 bébés, 2ème personnage culte de cette histoire loufoque. Le gras-double producteur de télé (obèse et qui se nourrit à la souffrance humaine) organise avec ses sbires un rencard qui fonctionne par delà les espérances et amène à une love story entre les deux monstres, lesquels entreprennent alors une sorte de lune de miel des meilleurs spots de la galaxie. Dit ainsi, pas simple de vendre ce livre-là sans dire que Silverberg s'en tire à la quasi-perfection tant sur le plan de la forme que du fond. Sur le fond, justement, les travaux d'apprivoisement des deux coeurs perdus sont impeccablement saisis. Si l'on considère (c'est une définition qu'on peut en donner) que l'amour n'est jamais que le moyen trouvé par deux douleurs pour se consoler, Un jeu cruel en est la meilleure illustration. Les échanges entre la vierge folle et le Caliban astronaute sont superbes. Leur redécouverte de leur corps meurtri sonne tout à fait juste et les brouilles qui suivent leur idylle prosac tout à fait convaincantes. On déplorera juste que la partie médiatique soit sacrifiée au profit de l'aventure sentimentale. Le rôle du producteur sort un peu affaibli des choix structurels, ce qui est dommage compte tenu de son potentiel. Sur la forme, où Silverberg excelle d'ordinaire à faire pleurer les machines, le récit offre quelques beaux morceaux de bravoure : récits enchassés des tortures subies par les astronautes, solitude, poursuites amoureuses à travers l'espace intersidéral : du grand art à haut potentiel évocateur, comme souvent chez cet auteur.
A l'arrivée, un Jeu cruel n'est pas un roman aux enjeux extraordinairement élevés (on parle amour, beauté et pas gloire), mais un plaisir de gourmets qui ravira tant les amateurs de soap opera que les fans de SF. Dans un registre différent, le livre s'adresse à ce public de plus en plus nombreux qui vient à la SF par l'extérieur et qui aime garder un pied en terre connue. Un Jeu Cruel fait cet effet là et le fait bien.
Un jeu cruel Robert Silverman Folio SF


Stardust, le mystère de l'étoile a ses supporters parmi les fans de Neil Gaiman. Même s'il faut avouer qu'il se situe très nettement en dessous en matière d'ambition littéraire et d'imagination que Neverwhere, Anansi, American Gods et même le très beau MirrorMask (dont le livre illustré vient d'ailleurs de sortir en français). Stardust est un roman de genre pur jus, un conte pour grands enfants, un rien décentré par rapport à la tradition victorienne et par rapport aux pratiques ultérieures du genre (Le Seigneur des Anneaux, Conan...), mais d'une certaine façon un roman qui déborde d'assez peu la veine à laquelle il se rattache sciemment. C'est cette distance infime entre le roman fantasy victorien, ses histoires de fées, de lutins, son retour à la nature et à la campagne épaisse, sa naïveté et son langage ampoulé, et la langue moderne qui fait la magie du livre de Gaiman et le manque de charme du film qui en est tiré. Rien d'exceptionnel dans cette histoire d'un jeune homme (né de l'union d'un homme de Wall, petit village-frontière, et d'une magicienne de l'autre côté du mur) parti récupérer pour l'amour d'une ingrate une étoile filante tombée de l'autre côté du mur.
Tristan Thorn croisera des licornes, des rois fantômes, des sorcières, des mages, des guerriers, de l'horreur et des bons sentiments. Les amateurs de fantasy seront avec le livre en terre connue, mais sur une terre connue revisitée avec des moyens modernes (une mise en place littéraire simple, des scènes d'action plus nombreuses que les descriptions, des séquences transitoires moins barbantes que chez Tolkien,...) sans pour autant être révolutionnaire ou satirique (à la Pratchett). La fantasy de Gaiman n'est jamais moqueuse et n'a d'intérêt que dans son infini respect des codes du genre. L'ouvrage reste suffisamment simple pour porter sur lui le potentiel féérique et le potentiel dynamique qui en faisaient un candidat admirable pour une adaptation cinématographique.
Ce qui cloche dans l'adaptation de Matthew Vaughn, c'est que la machine hollywoodienne n'a pas su faire la différence entre l'épique et le bucolique et a foncièrement foiré le travail d'équilibre, fondamental dans le domaine de la fantasy, entre les scènes d'action et les scènes dites psychologiques. L'épique est privilégié par le film et accompagné tout au long du film d'une musique symphonique ridicule qui vient anéantir la petite musique intérieure, primesautière et badine entendue lors de la lecture.
La construction hollywoodienne (en séquences) conduit à privilégier le spectacle, c'est un fait. Et ça l'est d'autant plus que la production dispose d'un beau et bon casting et de quelques moyens financiers, mais aurait pu s'autoriser quelques ponts un peu peinards qui auraient permis de donner une autre densité au film. Si le personnage interprété par Michelle Pfeiffer est très réussi, la complexité (et la méchanceté) de son caractère transparaît bizarremment moins efficacement à l'écran qu'en livre, alors même que l'actrice et les effets spéciaux auraient laissé espéré l'effet inverse. Le cabotinage de Robert De Niro envahit son personnage et lui enlève un tantinet le charme du personnage souche, beaucoup plus intéressant et moins lisible. Surtout, et c'est là que tout se joue, même si Stardust le film reste un très beau et bon spectacle familial, un film où on ne s'ennuie pas, le seul écart d'insolence prévu par Gaiman à la lettre du conte de fées a été supprimé. La dernière confrontation entre Victoria (la fille pour laquelle Tristan va chercher l'étoile) et Tristan est amputée de son véritable sens et évacuée comme une première conclusion rapide au film alors même qu'elle donnait au roman de Gaiman une intensité et une justesse proche des Contes de grenade de Wilde. Traitée en 2 plans, la séquence n'est pas compréhensible dans le film alors qu'elle constitue non seulement la clé du happy end final mais surtout une justification a posteriori de la quête qui passe d'une quête amoureuse à une quête philosophique. Deux minutes plus tard, les scénaristes choisissent de couronner l'Etoile et Tristan immédiatement alors même que le roman, dans un twist très libre, les envoyait en excursion de plusieurs années à travers le monde, vivre le romantisme de leur histoire et prolonger l'aventure bohème. D'un côté, on se trouve avec une fin cliché, de l'autre, avec un fabuleux appel d'air libertaire. Soit une différence fondamentale qui explique pourquoi on ne ressent que rarement la puissance évocatrice du livre dans le film.
Pour se résumer, Stardust le film est un divertissement qui vous fait dire, avec un frisson, que décidément la fantasy n'est plus tout à fait de votre âge ; Stardust le livre vous donne le frisson et vous fait penser que... décidément, vous avez conservé intact votre coeur d'enfant. Entre les deux, à vous de choisir votre camp.


A quoi bon la vie éternelle, si c'est pour la vivre en vase clôt, sous terre, comme la narratrice au début du Goût de l'immortalité de Catherine Dufour ? A quoi bon, en effet, vivre éternellement sur une planète désolée, dévastée par la misère, les catastrophes écologiques et génétiques, les guerres et les épidémies ? A quoi bon l'immortalité en effet, si c'est pour la vivre en ne communiquant avec le reste de l'humanité que par le biais des réseaux informatiques à l'expansion endémique, dernier artefact du "lien social" sur une planète moribonde ? C'est la question que pose subrepticement ce surprenant roman de Catherine Dufour, paru en 2005 aux Editions Mnémos, et réédité ce mois-ci en poche. L'occasion, pour ceux qui ne s'étaient pas immédiatement rués sur ce livre (j'en suis, honte sur moi, je l'avoue) de découvrir l'un des meilleurs romans de science-fiction français de ces dix dernières années. Ni plus ni moins.
Envoyé en Mandchourie dans la ville de Ha Rebin en 2213, le chercheur en biologie Cmatic est chargé d'enquêter sur la réapparition d'une épidémie qui menace à nouveau à l'échelle internationale. Malheureusement, le fonctionnaire tombe immédiatement la tête la première dans une gigantesque machination politico-scientifique et joue de malchance en se laissant prendre au jeu d'une guérisseuse mal intentionnée. Affaibli, il ne devra la découverte de la vérité qu'à une étrange adolescente maladive, avec laquelle il va devoir s'engager dans un voyage au cœur des ténèbres d'une époque en totale déréliction.
J'hésite sur la forme, écrit-elle à son mystérieux correspondant dans ce roman épistolaire de plus de 300 pages. Quand au fond, je peux déjà vous promettre de l'enfant mort, de la femme étranglée, de l'homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d'horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux, belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j'ai au moins une histoire... (p.13).
Et quelle histoire ! Mais cette description lapidaire ne rend pas forcément hommage à la subtilité d'un roman monde, dans lequel l'auteure parcourt les steppes d'un panasiatisme futur comme d'autres écrivent sur leur nombril, surfant sur la génomique, la politique, la magie et la sensualité décadente avec ce qu'il faut de "sens of wonder", pour vous tenir en haleine de la première page à la dernière. Car du style, Catherine Dufour en a assurément, ainsi que des idées, et si son petit livre est si puissant, c'est qu'il nous rappelle immanquablement les grands de la S-F engagés et polémiques des années 70, les John Brunner, J.G. Ballard ou Philip K. Dick ! Il est également bon de noter que Le goût de l'immortalité a collectionné les prix littéraires. De 2005 à 2007, il remporte le Prix Rosny Aîné, le prix Bob Morane, le Grand Prix de l'imaginaire et le Prix du lundi de la S-F Française. A sa lecture, vous comprendrez que ce n'est certainement pas pour rien.
Le goût de l'immortalité Catherine Dufour Livre de Poche


En guise de "participation" à la politique de développement durable actuelle, imaginez la création par une bande de biologistes renégats d'une forêt génétiquement modifiée, à la fois poumon vert de la planète mais aussi réseau de communication et de calcul biologique, collecteur d'énergie solaire et usine chimique cellulaire, non seulement totalement autonome, mais également capable de se défendre seule contre toutes interventions extérieures. Ce n'est qu'une des fabuleuses idées présentées par l'écrivain de science-fiction australien Greg Egan dans ce deuxième volet de l'intégrale des ses nouvelles proposées par les éditions du Belial ce mois-ci. Une initiative qui débute rappelons-le, avec Axiomatique en 2006 (voir notre chronique ici) et qui se poursuit donc avec Radieux, second recueil réunissant 10 nouvelles ou novelas, accompagnées d'une bibliographie raisonnée de l'auteur. Rappelons aussi que Greg Egan, en plus d'être l'un des plus grands auteurs de science-fiction vivant, est un humaniste éclairé et un scientifique (mathématicien pour être exacte), ainsi qu'un écrivain engagé qui n'a pas hésité à abandonner son activité quelques années afin de se rendre utile dans le domaine de l'humanitaire. Un besoin de se rattacher au réel et au quotidien qui transparaît continuellement dans son œuvre.
La SF selon Greg Egan est toujours plausible, si ce n'est scientifiquement et minutieusement réfléchie. Pas de bébettes verdâtres couvertes de tentacules ici. Ces récits sont basés sur les dernières avancées techniques, ou théoriques, en matière de physique quantique, de bio-ingénierie, de réseaux informatiques et de technologies de pointe. Ces histoires explorent également l'impact psychologique et philosophique (quand ce n'est pas métaphysique) de ces découvertes sur nos vies et les changements qu'elles impliquent, et impliqueront dans le futur (car aussi proches et réalistes que soient les situations décrites par Egan, il s'agit tout de même de science-fiction, ne l'oublions pas) sur notre espèce, nos civilisations et notre histoire. Quand ce n'est pas sur notre vision du monde, de la vie et de la mort, ou en l'occurrence, parfois de sa disparition, comme c'est le cas dans son roman non traduit à ce jour Diaspora (publication en France prévue en février 2008).
Avec Radieux, le Belial fait donc office d'utilité publique en publiant les nouvelles souvent introuvables aujourd'hui, de cet auteur ambitieux et incontournable de la prospective-fiction actuelle, d'autant que l'on annonce un troisième volume en 2008 ! Ce volume regroupe d'ailleurs le meilleur de l'auteur, de Paille au vent (voir intro de l'article) à Cocon (le scandale d'une manipulation génétique embryonnaire destinée à éradiquer l'homosexualité, glups !) en passant par Monsieur Volition (la découverte de la volonté comme simple rouage du processus hyper-complexe qu'est la conscience humaine, ou "Nietzsche est mort !"), Notre-Dame-de-Tchernobyl (un thriller apocalyptique), Vif Argent (et sa vision au vitriole de ce qu'il appel "le spiritualisme") ou L'Eve mitochondriale (ou "la porté politique de la paléontologie"), chaque récit se compose comme une enquête (et bien souvent une quête) passionnante de bout en bout. Même si l'univers de l'Australien en mêlant hard-science, philosophie et humanité n'est pas exempt de difficultés.
A ce propos, j'invite ceux qui, comme moi, callent sur La Plongée de Planck, à se rendre sur ce sujet du forum du fameux webzine SF-Fantasy-Horreur-Transfictions du Cafard Cosmique (belle une sur Gérard Klein ce mois-ci), pour y trouver définitions, explications et débats sur le sujet.
Radieux Greg Egan Editions Le Bélial


Il ne fait pas bon traîner dans les rues de Londres, en cette fin de siècle, surtout quand des morts-vivants en pleine forme y rodent à la recherche du futur casting de leur prochain snuff movie. Oui, car le personnage de Lit de béton de Laurent Fétis c'est brutalement réveillé en 1980 dans la morgue du comté de Chester en Angleterre. Depuis, il zone dans la capitale Britannique et vit grand train grâce aux commandes que des pervers de tout poil lui passent à des fins de satisfaction personnelle. Un marché qui prend de l'ampleur chaque année, même si les vedettes principales des films produits par notre zombie, finissent toujours de manière tragique, la plupart du temps dispersées en petits morceaux aux quatre coins de la ville. "Une carrière n'est parfaite que si elle s'achève rapidement et de façon spectaculaire", telle pourrait être la devise de Red Eyes Production. Seulement voilà, notre bonhomme immortel, ne s'est jamais posé les bonnes questions. Pas un seul instant il ne se demande comment et surtout pourquoi la "vie" (ou plutôt, en l'occurence, la mort) lui a réservé ce curieux destin. Des questions qu'il va bien être obligé de se poser le jour où "la plus belle saloperie de toute la ville", comme il aime à se nommer lui-même rencontre plus monstrueux que lui...
Avec Lit de Béton c'est clair, Laurent Fétis nous sert une sorte de comics littéraire brutal et ignoblement drôle, comme du Spawn, ou du Bret Easton Ellis qui aurait des visées dans le domaine de la série B. Evidemment peu crédible, cette histoire franchement gore est pourtant fascinante pour peu qu'on y entre sans a priori. Elle se lit en une journée avec autant de plaisir qu'une bonne BD ou un roman décadent de la fin du XIXe siècle. L'oiseau de nuit qu'est Laurent Fétis décrit mieux que tout autre le Londres nocturne, cette jungle de béton, ses lieux sordides, ses faunes interlopes, sa misère psychologique et morale, et les situations scabreuses qui en découlent. Sa peinture sous-jacente de la société occidentale - et de ses mœurs - à la fin des 90's, est d'une sauvagerie peu commune, tout en restant parfaitement neutre et atone. La violence de Fétis est celle des bourreaux en col blanc. Son portrait de la psychologie du tueur pourrait également être un cas d'école. Terriblement pervers, l'anti-héros choisit sa proie avec soin, et c'est le lecteur qui est finalement malmené du début à la fin. Âmes sensibles s'abstenir, pour les autres, foncez !
Lit de béton Laurent Fétis Edition Baleine


On a pas assez parlé du fabuleux roman qu'est La Mémoire du vautour de Fabrice Colin. Ou alors mal. Ou en mal. C'est pourquoi je reviens dessus, quelques mois après sa publication estivale. Roman incompris (souvent), roman mésestimé (parfois), mais surtout roman inexploré. Sous ses airs plutôt banal (il est présenté comme le premier roman de "littérature générale" de l'auteur). La mémoire du vautour est pourtant un immense roman univers, une œuvre cerveau emplie des obsessions de son créateur, mais également un voyage initiatique qui partage avec nous, outre de nombreux clins d'oeil (à Lynch, entre autres), des émotions puissantes et des croyances universelles.
Bill Tyron est homme à tout faire. Il dispense ses multiples talents dans de petits boulots, gardiennage, bricolage, mais aussi traductions, mise en page, relecture et corrections. Il vient de mettre un point final à la relecture du manuel technique d'une société américaine spécialisé dans les fours crématoire quand une organisation anonyme lui téléphone pour lui proposer de surveiller Sarah, une ancienne GI. Signe particulier ? Suite à un traumatisme subit en Indonésie, la mémoire de Sarah a été effacée grâce à un traitement révolutionnaire. Malheureusement, ce trou dans la continuité de ses souvenirs semble l'avoir rendu malade, elle est atteinte d'une leucémie. Pour Bill, le boulot semble simple, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux de Sarah, mourante et qui refuse tous soins. Il pense partir à la recherche de sa mémoire quand tout bascule.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler des pans entiers de la réflexion de Fabrice Colin. Car plus qu'un simple roman, La mémoire du vautour est avant tout une profonde digression philosophique sur la vie et la mort. Comme l'écrit magnifiquement Colin, "la mort dessine une carte dont nous sommes l'unique point mouvant, jusqu'à ce que nous nous immobilisions et trouvions notre place, mais nous laissons des traces, c'est sûr. L'amour, les mots, la vie : Notre passage n'est pas vain (P.132)"
A ce titre, le chapitre central est éloquent dans son évocation du passage de la vie d'un être à l'autre, d'une vie à l'autre, d'une conscience et d'une mémoire à l'autre, disséminé, diffusé entre tous les êtres vivants. Car, au-delà de "l'intrigue", il serait, en effet, dommage d'ignorer la dimension proprement chamanique de ce livre. Un livre qui s'oppose à toute compréhension immédiate, dans le sens naïf du terme. Pour cela, La mémoire du vautour ne se révèlera incompréhensible qu'à ceux qui ont trop cherché à en comprendre l'histoire, sans en suivre la trame, sans écouter leur petite voix intérieure, celle qui nous dit ce qu'il faut croire et ce qui est vrai. Une dimension métaphysique et spirituel donc, qui laissera certainement quelques lecteurs de côté, même si le récit - contre toute attente, au vu de mes arguments exposés ci-dessus - s'apprécie également de lui-même, au premier degré. En ce sens, la plume de Fabrice Colin semble ici à son apogée, totalement connectée avec son sujet transcendant, entièrement impliqué dans l'action décrite, qu'il s'agisse de la complexité géopolitique (l'étude de l'action de la CIA en Indonésie), des troubles de l'adolescence, du choc des cultures ou de la conscience animale et de la folie. A ceux qu'il a touché, enfin, La mémoire du vautour fera du bien, et ça, c'est tellement rare, que cela méritait aussi d'être souligné.
La Mémoire du vautour Fabrice Colin Au Diable Vauvert


Petite distraction et diversion en ces temps où l'on ne lit que de l'estampillé ou du millésimé 2007, avec ce roman disparu des étals de librairie, venu d'Angleterre et qui sent bon la littérature fantastique à l'ancienne. Avant d'être le père de son fils (Martin), Kingsley Amis, mort il y a une douzaine d'années, aura été avant tout un très bon romancier, évoluant, tout au long de sa carrière, dans des registres littéraires trop différents pour qu'on se souvienne de lui comme d'un grand auteur (l'homogénéité est une condition presque nécessaire à la statufication). Excellent auteur de comédie, sociologue amusé et amusant de la société britannique, Amis n'a cessé de faire des incursions dans des genres parallèles, allant même jusqu'à taquiner, comme ici, l'horreur, le fantastique et l'érotisme. Son oeuvre comporte ainsi, entre les poésies et les essais, quelques pépites insolites dont cet Homme Vert, écrit en 1969, fait partie. L'auteur des Angry Young Men (un groupe littéraire auquel Amis a été associé dans la seconde moitié des années 50 qui s'amusait à faire exploser les conventions) livre ici un chef-d'oeuvre disjoncté et pervers qui, à côté de Lucky Jim et Take A Girl Like You, ses deux grands succès, est l'une de ses plus belles réussites dans la tentative de mêler peinture sociale et de la sexualité contemporaine et littérature de genre. L'histoire prend pour héros un dénommé Maurice Allington, 53 ans, qui est tenancier d'un hôtel pub (le Green Man), situé entre Londres et Cambridge. Maurice a une seconde épouse avec lequel il s'emmerde sévère, une fille adolescente qui s'emmerde encore plus dans cette campagne toute britannique, et un père octogénaire qui habite un appartement à l'intérieur de l'hôtel. Le pub tient son nom d'une ancienne légende (le Green Man) et a pour réputation d'avoir toujours été fréquenté par des fantômes que personne n'a jamais vus, venus d'une sombre affaire de meurtres intervenus au XVIIème siècle et dont est accusé un occultiste du nom de Thomas Underhill. A dire vrai, l'histoire d'Underhill ne vaudrait pas tripette si elle ne venait s'entrelacer avec le récit du quotidien de Maurice Allington, devenu alcoolique par ennui et engagé dans une tentative de séduction hautement sensuelle avec la femme de son meilleur ami. C'est cette liaison, bientôt consommée en plein air (ce qui nous vaut au moins 2 scènes stimulantes), puis qu'Allington changera en une relation à trois en y mêlant sa propre femme, qui fait véritablement le sel de cet Homme Vert. Comment un quinquagénaire bedonnant et alcoolo, homme à femme, fait-il pour gérer de front sa propre décadence, son addiction, convaincre sa femme de coucher avec sa maîtresse tout en essayant d'enquêter sur l'apparition spectrale d'une femme sur l'escalier d'étage de son hôtel (et dont l'apparition fera succomber son père) ? L'ambiance gothique créée par Kingsley Amis est parfaite, mélange de sophistication à l'anglaise et de panache brumeux, pour ancrer une comédie qui fonctionne admirablement bien et bascule, parfois, pour quelques pages, dans le fantastique de série Z. Le retour d'Underhill (en meurtrier immortel) et la résolution de l'énigme finale (un peu brouillonne) n'enlèvent pas à ce roman ses incroyables qualités d'énergie et d'intelligence. Le drame familial autour d'Allington est traité avec le plus grand sérieux et ouvrira sur des perspectives réjouissantes, tandis que l'histoire de fantômes sera bouclée comme une.... histoire de fantômes avec force exorcisme et effets de lumière. L'Homme Vert est le bouquin parfait pour réconcilier les amoureux de comédie familiale (ou de littérature "psychologique"), les amateurs de fantastique et de littérature qui s'agite. C'est sûrement l'une des oeuvres bâtardes les plus précieuses qui hantent les back-rooms des bouquinistes depuis 40 ans.
L'Homme vert Kingsley Amis



Milieu du XXI° siècle, le monde tel que nous le connaissons est enrichi de multiples couches d'univers virtuels. Des multivers extrêmement variés et accessibles à tout un chacun par le biais des Vêtinfs, des vêtement communiquants, intelligents et discrets, bourrés de nanotechnologies et d'informatique remplaçant nos PC et autres portables obsolètes. A l'époque, pas si lointaine, 2025, où se situe Rainbows End, le roman de Vernor Vinge, l'information est vécue sous forme de simulations à la fois hypersophistiquées et parfaitement fonctionnelles, qui renvoient le cyberespace de William Gibson au rang de douces rêveries de l'ordre du féerique et du moyenâgeux. C'est dans ce contexte sur-technologique que Robert Gu, un ancien poète atteint de la maladie d'Alzheimer, revient parmi les vivants. Bénéficiaire d'un traitement révolutionnaire, il émerge des brumes de la sénilité et (re)découvre un monde totalement nouveau. Un monde beaucoup plus complexe que celui qu'il connaissait. Un monde où, sacrilège!, toute publication papier est détruite physiquement pour être numérisée. Mais plus que tout, derrière son apparente transparence, ce monde est plus opaque et plus dangereux que jamais. Géopolitique, gestion de l'infosphère, apprentissage des nouvelles technologies, mathématiques omniprésentes, statistiques et analyses de données, capacité de synthèse..., en cette ère de sur-information (et souvent de désinformation) Robert Gu devra tout réapprendre, de la plus simple requête informatique, au maniement complexe des vêtements intelligents que se doivent de porter tous les citoyens. Pour cela il se voit contraint de s'inscrire une nouvelle fois à l'université et recommencer son apprentissage comme simple élève. Pour le doyen, la pilule a du mal à passer. Cette situation qui mettra à mal son ego, lui fera faire des bêtises, comme s'embringuer dans une sombre histoire de sabotage du projet de numérisation de la bibliothèque de l'université, ou passer un pacte avec un mystérieux lapin blanc. Enfin, s'il surmonte tous les pièges de ce nouveau monde, le littéraire grincheux un rien sadique et intolérant qu'il était auparavant, apprendra peut-être aussi à devenir un être meilleur. C'est ainsi que Vernor Vinge lance son récit teinté de philosophie, tout en prenant soin de lui donner une dimension plus inquiétante de cyberthriller. En effet, tandis que nous suivons les péripéties du vieux potache, nous apprenons également qu'une mystérieuse agence basée en inde s'apprête à bouleverser l'infosphère grâce à une nouvelle technologie de suggestion baptisée VDMC (pour "Vous Devez Me Croire"). Une technologie tellement puissante qu'elle influe sans peine sur la volonté des masses et poussent des miliers de gens à acheter, voter ou se comporter de la manière prévue et préparée à l'avance. Vernor Vinge est mathématicien, il est également, et c'est très important ici, à l'origine du concept de "singularité". Il prédit qu'au alentour de 2035 l'homme devra se mesurer à une intelligence supérieur à la sienne, crée par lui. Selon Vinge, la convergence des nanotechnologies, des sciences informatiques et cognitives, ainsi que des découvertes en biologiques, soutenue par "la loi de Moore" - une théorie qui prétend que la capacité technologique, et en particulier, informatique, doublant tous les 18 mois, celle-ci doit forcément donner naissance un jour à une entité de type intelligence artificielle - sera à l'origine de se bouleversement. Pour ce mathématicien et romancier américain, cette émergence signera la fin de l'humanité. Pas brutalement, mais de manière inexorable. Pour lui nous ne feront pas le poids devant une intelligence globale et seront amené à disparaître, tout comme nos technologies et notre culture. De fait, avec cette ambitieux Rainbows End, cet écrivain scientifique posent de passionnantes questions et proposent de non moins nombreux postulats. Qu'en sera-t-il de l'information quand la science et ses processus deviennent intraduisible en mots simples ? Que devient l'art quand les outils de création sont si complexes qu'ils en deviennent inintelligibles, même pour ceux qui les utilisent (le préoccupant phénomène de la boite noire) ? Quand les machines deviennent aussi intelligentes que les homme, qu'en est-il de l'idée même d'humanité et de civilisation ? Avec l'avènement des nanotechnologies, où finit la machine et où commence le vivant ? Plus simplement, Rainbows End est une formidable métaphore de la façon dont la technologie et tout ce qui l'entoure (en terme de régulation sociale, de défense, de géopolitique, de gestion des transports, d'énergie, etc.) changent profondément le monde, mais surtout nous changes nous même en temps qu'utilisateurs. Vernor Vinge Rainbows End (Robert Laffont)


Il en est aujourd'hui des livres comme des films. Ils ont leurs trailers, leurs bandes annonces, leur making off, bientôt leurs illustrations qui seront vendues à part dans les librairie avec la mention sur la couverture : "cet ouvrage comporte des photos, en vente séparément, renseignez vous auprès de notre personnel pour les acquérir". Une idée que William Gibson a déjà fait sienne avec son dernier roman Spook Contry (ainsi que mes amis du Cafard Cosmique l'ont rapidement noté) puisque des rues, des places, bref, des lieux du livre sont bien évidemment disponible sur internet par le biais de google map, streetwiew and so on. On apprend beaucoup de chose dans cet interview et sa présentation, pour ce que j'en sais, est véritablement révolutionnaire puisqu'on a droit ici à un véritable petit film. Ceci étant, il ne s'agit bien sûr que du sommet de l'iceberg médiatique qui se met en place autour de Spook Contry. La preuve, quelques jours plus tard, il était en conférence lecture sur Second Life. Et preuve que nous sommes bien dans le domaine de la science-fiction, quand il répond, Gibson n'ouvre pas la bouche... Naturellement, je ne saurais trop vous conseiller de suivre le lien du Cafard, vous aurez droit à la liste non-exhaustive des interviews/reviews de l'auteur et de son oeuvre sur le net (et oui, les cafards sont bien utiles parfois... ce post leurs est tout naturellement dédié)


 Chers Ados, Si vous pensiez que rentrée rimait principalement avec manuels scolaires, détrompez-vous. Évidemment, pour les non-polyglottes, la publication en français dans le texte du dernier volet des aventures de Harry Potter constitue le moment phare de la prochaine saison. Cela ne sera bientôt plus qu'un lointain dessein une fois que vous saurez que le "French dreammaker" se lance lui aussi à l'assaut des rayons des libraires. La nouvelle collection littéraire de Luc Besson, qui s'adresse aux 15-20 ans, sera lancée le 08 novembre 2007 avec [Mu], le Feu Sacré de la Terre, premier tome de la Trilogie du Gardien, réalisée par David Grass. Jack, américain, 18 ans, aimant le foot, les voitures, les jolies filles, (jusque-là, pas de quoi s'enflammer !) fête une victoire sportive lorsqu'il croise le chemin d'un inconnu qui le "flashe". A la suite de cette rencontre, notre "Heroe" découvre qu'il vient du futur, avec pour mission de sauver la planète du chaos écologique qui la menace. Un thriller vert qui pourrait vous préparer à la lecture de Guerre aux humains (Wu Ming 2), dont la proposition de défense de l'environnement est nettement plus... "originale". Une sensibilisation de vos jeunes consciences à un combat juste, mais qui date. "Nous n'héritons pas de la terre de nos ancètres, nous l'empruntons à nos enfants." Antoine de Saint-Exupéry Serait-il prématuré d'annoncer un nouveau succès de Luc Besson ? Nous, on y croit. Alors pour ne pas nous contredire, cet automne, remisez vos consoles !
[Mu], le Feu Sacré de la Terre David Grass Editions Intervista Sortie le 08 novembre 2007


 Vous vous souvenez de William Gibson et de son Identification des Schémas traduit au Diable Vauvert en 2004, dont vous trouverez une très bonne chronique ici ? Et bien on pourrait facilement le rapprocher de cet excellent Glyphes de Paul McAuley, à une différence près tout de même, le processus "d'indentification" intervient ici à l'envers. Dans Identification des Schémas, Cayce Pollard l'héroïne de Gibson, était capable de deviner d'un seul coup d'œil si un logo s'imprimera sur votre rétine, et surtout, dans votre inconscient. Dans Glyphes se sont les signes qui reconnaissent le système nerveux humain et s'y inscrivent brutalement, parfois irrémédiablement. Dans le roman de McAuley, Alfie Flowers, photographe freelance, est sensible aux motifs actifs appelés "glyphes" par les spécialistes. Ces formes dont les propriétés fascinantes ne sont connues que de quelques personnes, sont les reflets des motifs entoptiques codées dans notre cortex cérébral, ceux que nous voyons quand nous fermons les yeux très forts ou mettons nos poings sur nos paupières en appuyant. Problème, ils ont un pouvoir de suggestion capable de subvertir toute volonté humaine. Utilisé à l'occasion de pratiques rituelles depuis l'aube de l'humanité dans la région qui deviendra l'actuelle Irak, ces glyphes et leur pouvoir de suggestion n'intéresse pas que les archéologues et les scientifiques. C'est ce que découvre Alfie Flowers après avoir photographié un glyphe dans les rues de Londres. Il pense avoir découvert une piste sur la disparition de son père, lui aussi photographe, mais aussi espion au MI6 durant la guerre froide et se retrouve traqué par des mercenaires, des membres des services spéciaux et des savants fous.
Sur cette base digne du thriller de plage le plus banal, Paul McAuley signe un excellent roman d'aventure. Plus fantastique que réellement science-fictionnesque malgré sa parution dans la fameuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, Glyphes est aussi remplie de références archéologiques et abordes les dernières théories en ce domaine (l'hypothèse magique et chamanique des gravures et peintures préhistoriques, entre autre). Son auteur nous emmène également des rues de Londres à celles d'Istanbul, du bidonville de Diyarbakir aux plaines de l'Irak en guerre et au Kurdistan. Plus encore, Glyphes est un voyage dans le temps, celui du bassin de la Mésopotamie, les grands empires sumériens, babyloniens et assyriens. Des civilisations et des sociétés puissantes et déjà organisées en administration, régnant sur le monde connu tandis que les indigènes de l'Europe étaient encore vêtues de peaux de bêtes et se barbouillaient de sucs végétaux (p.253). Ces qualités littéraires et cette érudition n'étonneront pas ceux qui connaissent déjà Paul McAuley, auteur du très bon Les Diables Blancs, traduit l'an dernier dans la même collection, mais surtout des Conjurés de Florence, une uchronie autour de la vie de Léonard de Vinci, et Féérie, un brûlot controversé qui lança le genre cousin du cyberpunk en ces temps de biotechnologies triomphantes nommé "Biopunk". Et le rapprochement avec William Gibson dans tout ça ? Si l'on excepte la similitude du thème logotypes/glyphes spécialement conçu pour orienter la volonté de celui qui les regarde et de nombreux intérêts communs (la même fascination pour la façon dont les technologies de pointe finissent toujours par trouver le chemin de la rue, la même obsession pour la communication, son histoire et ses codes sous-jacents et une passion partagée pour les théories de la conspiration), il tient surtout dans le mécanisme narratif de McAuley. Dans Glyphes comme dans Identifications des Schémas, l'intrigue prend son temps, McAuley excelle dans les descriptions savoureuses du Londres contemporain et de ses personnages évoluant dans le "demi-monde du travail indépendant" (comme il l'écrit lui-même). Le récit s'enrichie des pérégrinations de ses personnages, des intrigues souterrains des services secrets, de l'histoire des religion et de notre héritage historique. A la manière de la meilleure science-fiction (au sens large), il ne s'agit pas ici d'une vaine tentative d'accrocher le lecteurs avec force effets pyrotechniques, mais d'ancrer le récit dans un tout. En plus d'être un excellent thriller et une parfaite lecture de plage, Glyphes procure le sentiment de lire un roman global et profondément humain dans lequel la trame n'est pas une excuse pour un étalage de délire SF, mais une base de réflexion sur la magie et la science, la religion, la nature de l'espèce humaine et la manière dont celle-ci, de tout temps, a bâtit des empires dont le principal vecteur d'expansion est la communication. Paul McAuley Glyphes Robert Lafont (coll. Ailleurs & Demain)


Le flot de traduction des comics de Warren Ellis ne tarit pas et Panini, qui a bien publié un album par mois depuis janvier, comble enfin un gros trou dans la bibliographie en français du scénariste anglais avec ce que beaucoup considèrent comme sa plus grande réussite : Transmetropolitan. Publié mensuellement de 1997 à 2002 aux Etats-Unis, avec Darrick Robertson au dessin, Transmet suit le personnage de Spider Jerusalem, journaliste gonzo calqué sur Hunter Thompson. La principale différence entre Hunter et Spider est que ce dernier évolue dans un futur chaotique et déjanté, où la technologie sert principalement au développement de nouveaux fétichismes, où le peuple n'est qu'une masse de consommateurs vagissants et où les journalistes ne font qu'entretenir cet état de fait. Spider Jerusalem, ayant vécu exilé pendant cinq ans sur l'avance sur deux bouquins qu'il n'a jamais écrit, se voit obligé de retourner à "la ville" et reprendre le boulot de journaliste quand l'éditeur,qui attend toujours ses deux livres, le rattrape. A travers ce personnage et ses colonnes hebdomadaires, Ellis explore un futur tout sauf utopique mais qui évite tout de même l'écueil du catastrophisme pur et simple : certes la télévision (ou ce qui l'a remplacé) est une machine a laver les cerveaux, les hommes sont plus violents, stupides et fous que jamais, les élites corrompues (et violentes stupides et folles aussi, bien sûr), les technologies plus "déshumanisantes" et cancérigènes, les religions/sectes plus nombreuses et absurdes encore mais le scénariste, qui parle de façon assez transparente à travers son personnage, montre un enthousiasme contagieux pour toutes les possibilités d'une "ville" pleine de vie avec laquelle il entretient une relation sado-masochiste qui est réellement le coeur de la BD. Transmetropolitan, Tome 1 : Le come-back du siècle c'est aussi, en plus d'une excellente BD de science fiction, du vrai porno pour journaliste : Spider Jerusalem voit clairement à travers tout, a des opinions originales et fortes dessus, accumule les scoops et "change vraiment les choses" et puis, à son corps défendant bien sûr, devient célèbre et presque riche rien que par le pouvoir de sa plume et ont lui adresse des menaces de morts sous forme de pétitions. Spider est en fait si brillant qu'on se demande souvent si Ellis ne s'est pas trompé de métier (et il est vrai que la plupart du temps il est meilleur bloggueur que scénariste) même s'il est évidement facile pour lui de manipuler la réalité au profit de ses écrits, quelque chose que ceux qui essayent d'être de bons journalistes évitent. Le gros album que vient de publier Panini ne rassemble que les douze premiers épisodes de la série, qui posent tout juste les bases sur lesquelles celle ci partira vraiment dans les quelques cinquante épisodes suivants. Transmetropolitan offre une vision lucide et rassurante du futur, un équilibre difficile à atteindre et d'autant plus appréciable qu'on sait bien qu'on sera tous mis au chômage par des Chinois, à la rue par la montée du niveau de la mer et à l'hôpital par les OGM. Transmetropolitan Warren Ellis NB :Le livre est sélectionné dans nos lectures d'été


Dernier volet de son hallucinant (et halluciné) Théâtre des opérations, American black box de Maurice Dantec programme la désintégration finale d'un occident à bout de souffle, sous les coups d'un Islam pré-totalitaire et unifié.
Plus flippant et convaincant que jamais, Maurice Dantec abuse un peu trop de la macro-idéologie pour affiner son analyse. Il fallait bien deux papiers à Benjamin Berton pour en venir à bout. Il y est parvenu : Lire sur le mag - l'enfer de Dante(c) partie 1 - Dantec, l'american psycho partie 2 On allait oublier : Bon anniversaire Maurice !!


J'ai toujours été plus que dubitatif devant ces gens qui affirment que Terminator serait une oeuvre visionnaire sur la fin de l'homme, un chef d'oeuvre de science fiction pessimiste. Je n'ai rien contre le fait de lire dans les oeuvres de divertissement populaire plus qu'il n'y a été écrit, mais il faut savoir s'arrêter avant de l'écrire nous même. Ce véritable chef d'oeuvre de science fiction sur la "fin de l'homme", je l'ai rencontré quelques années plus tard sous la forme d'un manga, le BLAME! de Tsutomu Nihei. Dans ce manga un personnage taciturne, dont on ne sait s'il est homme ou machine, erre dans de gigantesques constructions déserte et n'y rencontre principalement que des machines, des robots architectes occupés à la construction de bâtiments inutiles ou des machines parasites qui se nourrissent des restes de la civilisation. Les rares hommes qu'on y trouve encore se cachent, vivant dans la peur d'un environnement qu'ils ont bien du créer mais où ils n'ont plus leur place. Même les incohérences et les trous du scénario (un problème beaucoup trop courant dans les manga) deviennent des qualités : là où l'homme à disparu, le sens est parti avec lui. Et puis il y avait aussi le dessin incroyable de Nihei, dont l'imagination pour les créatures à la [people_restrictif]HR Giger[/people] n'a d'égale que son talent pour les paysages urbains désolés et absurdes quasi-escheriens. Ma grande peur une fois BLAME! terminé après dix tomes était que Nihei ne soit le cheval d'une seule course. Je ne voyais pas vraiment à quelle autre fin il pourrait exploiter son talent et ses obsessions, finalement assez répandues mais trop souvent heusreuse de rester confinées dans un ghetto SF ou Heroic-Fantasy onaniste. Le premier tome de la nouvelle série de Nihei, "Abara" confirme malheureusement mes craintes : le prétexte à ces planches toujours aussi magnifiques est une histoire de monstres et d'organisations plus ou moins secrètes et plus ou moins rivales dont on perd vite le fil sans trop le regretter, aidé en cela par une série de termes et de noms japonais qu'on confond tous entre eux.
J'aime trop ce que je vois pour que ce que lis vienne totalement le gâcher, et je pourrais en fin de compte me tromper comme je l'avais fait la première fois que j'ai posé les yeux sur BLAME!, mais mon pronostic pour le futur est plutôt sombre. Abara Tsutomu Nihei Glénat


Auteur iconoclaste et révolté, maniant l'humour comme une arme de combat intellectuel, satiriste virulent des années Vietnam, anti-BUSH déclaré, Kurt VONNEGUT vient de mourir à l'âge de 84 ans. Il laisse une oeuvre audacieuse qui démontre la puissance de révolte de la science-fiction, même s'il a toujours, méfiant des étiquettes, refusé d'être considéré comme un simple "écrivain de SF". C'est en ces termes élogieux (et mérités) que l'excellent Cafard Cosmique, site dédié à la science-fiction sous toutes ses formes (mais est-il encore besoin de le signaler), rend un très bel hommage à l'écrivain américain Kurt Vonnegut Jr. décédé le 11 avril dernier. (Merci Thomz').


Au contraire de ce que beaucoup ont lu, ou cru lire, le sujet de Spin de Robert Charles Wilson, n'est pas "comment continuer à vivre après la disparition des étoiles", mais plutôt, comment continuer à vivre avant une apocalypse imminente et la fin programmée d'un soleil agonisant. C'est encore pire. Mais Spin est un livre optimiste, au contraire de ce que cette introduction laisse à penser. Dans Spin, la disparition du ciel tel que nous le connaissons n'aurait pas suffit, en effet, à influencer la vie de ses personnages, et de tous les habitants de la planète, si elle n'était pas accompagné de cette terrifiante épée de Damoclès, d'une la fin du monde inéluctable, plus grand que nature et sans aucun espoir. Comment continuer à aimer, à procréer, à soigner des malades, à sauver des vies, à croire en quelque chose, face à une telle limite ? Ce sont les épreuves que les personnages du roman de Robert Charles Wilson, et l'humanité entière, devront affronter.
Alors, séduit ? La chronique de Spin est sur le mag livres.


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