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Edgar Hilsenrath reçoit le prix Mémorable 2009 pour Fuck America

Posté par Céline le 18.11.09 à 11:02 | tags : news, prix, roman

C'est à Edgar Hilsenrath et à son roman Fuck America, que vient d'être décerné le prix Mémorable, créé l'an dernier par le groupement de libraires indépendants Initiales pour valoriser un ouvrage injustement passé inaperçu.

 

Initialement publié en 1980, Fuck America raconte l'histoire de Jakob Bronsky, un émigrant juif arrivé à New York quelques années après la fin de la guerre, qui enchaîne les boulots précaires afin de pouvoir continuer à écrire. Le roman, écrit avec une verve qui évoque celle de Bukowski, a été redécouvert et traduit par les éditions Attila en avril dernier. Nous avions rencontré l'écrivain lors de son passage à Paris :

 

Au moment de sa sortie, Fuck America avait reçu un bon accueil de la part des libraires. C'est donc naturellement qu'il reçoit aujourd'hui le prix Mémorable, pour lequel concouraient également L'Italie à la paresseuse d'Henri Calet - sorte de gonzo des lettres françaises (Le Dilettante), et Au-delà du mal de Shane Stevens (Sonatine).



Belles étrangères 2009 : focus sur... Andrew Sean Greer (1)

Posté par Céline le 12.11.09 à 11:09 | tags : news, festival, roman

Parmi les auteurs invités pour l'édition 2009 du festival des Belles étrangères, consacré à la littérature américaine, Andrew Sean Greer, auteur de deux romans très remarqués, mérite une attention particulière et fait ainsi l'objet de notre premier focus.

 

Nous en avions parlé au moment de sa sortie : L'histoire d'un mariage a révélé le jeune Andrew Sean Greer comme le virtuose d'un genre particulier : le suspense sentimentale. L'écrivain, qui vit à San Francisco, a choisi d'y installé le décor et les personnages de son roman à clé.

 

En bref. Dans l'Amérique étouffante des années 50, Pearlie et Holland s'efforcent de s'aimer. Mais Holland a un secret, qui s'érige entre eux comme un mur infranchissable. Le jour où survient Charles Drummer, "étranger tout sourire porteur de nouvelles grimaçantes", Pearlie comprend la lourde vérité et se voit proposer un marché indicible. Impossible de prévoir quelle sera la réaction de Pearlie : le principe du roman est que rien ne s'y passe jamais comme prévu (Lire la chronique de L'histoire d'un mariage).

Extrait. "Nous croyons connaître ceux que nous aimons. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons se révèle n'être qu'une traduction approximative, notre propre traduction d'une langue mal connue. Nous tentons d'y percevoir l'original, le mari ou la femme véritables, mais nous n'y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu'avons-nous vraiment compris ?"

Rencontrez-le. Andrew Sean Greer sera notamment à Paris le 15 novembre : à 11h à la librairie écarlate, 16h à la librairie Les Cahiers de Colette, 17h à la Fondation Boris Vian... (Plus d'infos).







Quelle fin du monde êtes-vous ? Les top des meilleurs titres apocalyptiques

Posté par Myosotis le 11.11.09 à 11:10 | tags : roman, élucubration, short-list

Le cinéma rivalise depuis quelques années d'effets spéciaux pour engloutir le monde et la terre sous des catastrophes naturelles, écologiques ou extraterrestres. La sortie de 2012, le nouveau film de Roland Emmerich devrait marquer une nouvelle étape dans la surenchère apocalyptique, ce qui ne doit pas nous faire oublier que c'est bien la littérature (et pas le cinéma) qui a donné naissance - faute de cinéma, me direz-vous - au genre catastrophique et aux fins du monde les plus spectaculaires et les plus marquantes. Qu'il s'agisse de la science-fiction, de la littérature religieuse ou sacrée ou de la littérature générale, les écrivains ont toujours été tentés par des aventures qui plaçaient la dramaturgie au niveau de l'espèce entière.

 

Le genre n'en reste pas moins un travail difficile et qui nécessite un savoir-faire très particulier. La littérature est en effet souvent plus à l'aise lorsqu'il s'agit de traiter d'individus isolés que de la planète entière. On peut décrire la mort d'une personne mais on risque de perdre en impact quand on se met à causer géopolotique ou disparitions macroéconomiques.

Petite sélection des fins du monde littéraires : voir le top 10 des meilleurs livres apocalyptiques

 




Le mystère Alexandre Jardin : c'est celui qui le dit qui y est (24)

Posté par Myosotis le 05.11.09 à 11:50 | tags : roman, élucubration, littérature en vidéo, best-seller

C'est fait : j'ai achevé la lecture de Quinze ans après, l'acte 2 du premier grand bestseller d' Alexandre Jardin, Fanfan. Le livre dont je ferai peut-être (certainement, sûrement même) une chronique prochaine est à la fois fascinant de naïveté et de légéreté (vacuité ?) mais aussi fort intéressant pour qui s'intéresse de près au personnage Alexandre Jardin. Il faut se souvenir que ce type de 44 ans dont on ne fait plus grand cas aujourd'hui était, il y a une petite vingtaine d'années (Le Zèbre date de 1988), un véritable phénomène sociologique dans l'édition française et une sorte de pendant littéraire de Patrick Bruel pour la folie et les passions qu'il déchaînait dans son sillage.
Alexandre Jardin au Salon du Livre, c'était comme East 17 chez Jacques Martin ou Barack Obama en train de s'acheter un big mac au fast-food du coin : de la folie, des hélicoptères qui tournent dans le ciel et des groupies qui se crêpent le chignon pour approcher l'artiste. Alexandre Jardin, c'était la locomotive commerciale de Gallimard avant l'arrivée d'Harry "La Poule aux oeufs d'or" Potter, l'ami des mères de tous vos copains quand vous aviez 20 ans, le sex-symbole BCBG romantique, le Byron des adhérents de la CAMIF, le Beigbeder antitrash du début des années 90, le Michel Drucker des clubs de lecture et une sorte de prototype anachronique (et talentueux) de ce que sont devenus les Marc Lévy, Gavalda Musso d'aujourd'hui.
Etrangement, et comme André Agassi, Alexandre Jardin passe mal l'an 2000 et comment à épuiser la veine qu'y l'a fait vivre jusqu'ici : celle de l'amour-passion, de la séduction à outrance et du temps différé de la jouissance. Alexandre Jardin oeuvre pour la promotion des lettres et de la lecture (il fait des choses qui paraissent formidables en direction des écoles et des quartiers difficiles) et dynamite son oeuvre par des ouvrages plus personnels et autobiographiques : Le Roman des Jardin fait sensation en 2005 et sème une partie du public jardinesque en route. Comme Agassi, Jardin déclare qu'il n'a jamais aimé écrire ce qu'il écrivait (Agassi détestait le tennis, le saviez-vous). Il n'avoue pas s'être drogué mais se tape, à ce qu'on raconte, des prostituées par wagons à bestiaux : une par soir (confession à demie reprise dans le nouvel ouvrage) et deux les jours de fête.
Avec Fanfan 2, Jardin tente son Lunar Park (la fausse biographie truquée est à la mode - Will Self s'y met pour son prochain, comme Beigbeder en raté, etc) et va réconcilier sa part obscure (le fou du cul) et sa part claire (la part commerciale, des coeurs romantiques et des bisounours sexuels) en mélangeant éléments de fiction (le film Fanfan, la vie d'Alexandre Jardin l'écrivain) et sa destinée singulière (l'homme Jardin, son rapport au monde de l'écriture). Si le résultat est un tantinet foireux, Quinze après est une vraie question posée au monde : mais qui est vraiment Alexandre Jardin ? Certains s'en foutent. On peut penser que la réponse à cette question (si quelqu'un la trouve) est fondamentale pour la bonne compréhension des équilibres qui soutiennent le marché du livre français, voire international. Pourquoi aime-t-on Alexandre Jardin en 1988 et plus aujourd'hui ? Pourquoi est-il important puis dépassé ? Pourquoi est-il un meilleur écrivain que Marc Lévy ? Sa dégringolade a-t-elle à voir avec son manque de sincérité ou avec la dévaluation de ses valeurs fleurs bleues ? Pourquoi Jardin est-il le seul type qui continue à s'habiller avec des pulls comme en 1988 ? Par où qu'on le prenne, le mystère Alexandre Jardin reste épais. C'est ce qui est bien.



Entretien : Will Self parle de Conrad, de cigarette et de tourisme...

Posté par Céline le 20.10.09 à 14:53 | tags : news, roman
Photo © John Foley / Opale
 
En visite à Paris pour la promotion de No Smoking, Will Self nous a accordé un peu plus d'une heure, avant de retraverser la Manche et de retourner à son nouveau roman. On imagine qu'il a laissé son brûleur créatif sur feu doux avant de claquer la porte de son appartement, et qu'il a peur en permanence que le fond attache ou que le soufflé retombe. On a connu des immeubles qui s'enflammaient pour moins que ça. Malgré tout, il est là et cela se voit.

 

Ses yeux sont aussi grands que sur les photos, mais son visage beaucoup plus doux et apaisé que sur celles qui lui donnent une tête de bagnard ou de fou dangereux. On s'aperçoit assez vite que Will Self réfléchit vite, très vite, que notre anglais est un peu court pour se hisser à sa hauteur lorsqu'il parle sciences sociales par exemple. La pièce est électrisée et comme saturée d'intelligence, malheureusement inéquitablement répartie de chaque côté de la table. Il faut se rendre à l'évidence : on est à la leçon, mais une leçon qu'on reçoit volontiers de la part d'un tel professeur...

 

Lire l'entretien avec Will Self

Lire la chronique de No Smoking




7000 dollars pour devenir un personnage de Margaret Atwood

Posté par Céline le 06.10.09 à 15:41 | tags : vo, roman, news

 

Quel prix êtes-vous prêts à payer pour goûter à l'immortalité propre à la littérature ? La journaliste et auteur canadienne Rebecca Ekler, elle, a payé 7000 dollars pour devenir un personnage du dernier roman de Margaret Atwood, The Year of the Flood.



A en juger par son témoignage, cela valait le coup : « Margaret Atwood représente la raison pour laquelle j'ai voulu écrire. J'ai lu et relu tous ses livres ». Il y a deux ans, la jeune femme a ainsi versé 7000 dollars au cours d'une vente aux enchères caritative pour figurer dans le roman de son auteur préféré. Paru le mois dernier, The Year of The Flood est désormais celui qu'elle préfère de toute la bibliographie d'Atwood.


Qu'a donc fait de son personnage l'auteur de La Servante écarlate, que beaucoup considère « comme l'un des écrivains de langue anglaise les plus brillants » ? « Tout ce qu'elle m'avait dit avant était que je ne mourais pas ». Finalement, lorsque Rebecca reçoit le livre, c'est à la page 30 qu'elle trouvera son nom - celui de son personnage, qui se trouve être assez éloigné de ce qu'elle est vraiment, et qui disparaît deux pages plus loin, apparemment happée par d'étranges sectes religieuses. Mais Rebecca Ekler n'a pas payé 7000 dollars pour une si courte apparition. Il semble que son nom revienne ensuite par intermittence tout au long des 400 pages du roman...


Rebecca n'était pas la première personne à avoir obtenu aux enchères le privilège de voir un personnage d'Atwood prendre son nom. La dénommée Amanda Payne avait elle aussi payé pour son apparition dans le roman Oryx and Crake (Le Dernier homme).
On peut trouver le procédé superficiel - ce n'est qu'un nom, après tout. Risqué - et si vos proches allaient confondre fiction et réalité ? Narcissique, bien évidemment. Mais ne vous êtes-vous jamais rêvé, un jour, en personnage de votre écrivain préféré ?

Venez témoigner sur le forum : De quel écrivain aimeriez-vous devenir le personnage ?

 

Les éditions du Boréal publie en France pour cette rentrée un essai de Margaret Atwood, Comptes et légendes. La Dette et la face cachée de la richesse.




Giscard d'Estaing et la série des Présidents : une saga à succès ?

Posté par Myosotis le 29.09.09 à 14:16 | tags : rigolo, elucubration, roman

La rumeur courait depuis quelques jours sur le net et a fini par être confirmée par l'intéressé lui-même, toujours aussi peu avare d'indiscrétions. Après le succès foudroyant de La Princesse et le Président ou la romance pseudo-érotique d'un Président français et de la princesse de Cardiff, Valéry Giscard d'Estaing a décidé avec l'accord de son éditeur d'éditer une saga amoureuse qui déclinera les différentes aventures de son héros, Jacques-Henry Lamberty, le Président de notre République, en plusieurs volumes.

La série baptisée modestement La Comédie des Sentiments (et qui ne raconte pas DU TOUT l'histoire de VGE entre 1974 et 1981, mais pas du tout), devrait comprendre 8 tomes rédigés ou "coordonnés" par l'Académicien. On ne sait donc pas si VGE écrira tous les livres lui-même (on confirme que pour celui-ci c'est le cas pour en avoir lu 12 pages en librairie) mais on connaît déjà les titres des 8 romans :

 

1. La danseuse et le Président : l'histoire d'une danseuse russe et du Président

2. La joueuse de tennis et le Président : l'histoire d'une numéro 1 de tennis slovaque lesbienne et du Président

3. Le Président au pensionnat : l'histoire d'un pensionnat de jeunes filles de la Légion d'honneur et du Président (étrange...)

4. Le demi de mêlée et le Président : l'histoire d'amour entre un demi de mêlée du Racing Paris et le Président

5. La chlamydiose et le Président : l'histoire de la maladie vénérienne du Président

6. Le Grand danois et le Président : l'histoire érotique du Président et de son chien géant Roger.

Il se raconte qu'une série TV pourrait même en découler sur France 2 (et avec l'assentiment de la Présidence actuelle) avec Nicolas Duvauchelle ou Lorant Deutsch dans le rôle du Président.

 

Voir aussi:

- Après Lady Di et VGE, le diaporama des couples les plus improbables

 

 




Pour cette rentrée, Poppy Z. Brite remet le couvert

Posté par Maxence le 21.09.09 à 12:15 | tags : au diable vauvert, actu de la rentrée, roman

C'est avec un plaisir non feint que l'on retrouvera les aventures de Rickey et G-Man, les deux talentueux chefs cuistots fétiches de la romancière américaine Poppy Z. Brite.

 

Nous vous disions déjà il y a un an, tout le bien que nous pensions de cette trilogie culinaire dédiée à la grande bouffe de la Nouvelle-Orléans (et en général, à la nourriture du sud des Etats-Unis) entamé en 2004 avec Alcool (2008 pour la parution Française au éditions Au Diable Vauvert). S'il est toujours question de saveur et de gastronomie plus ou moins fine dans ce deuxième volet intitulé La Belle Rouge, l'ambiance vire également au thriller avec les péripéties subies par Rickey, parachuté à Dallas pour un job de consultant en compagnie d'un chef cocaïnomane et manipulateur. Une opportunité que l'intéressé aurait bien dédaigné, mais dont celui-ci tirera profit pour s'éloigner un temps d'Alcool, leur fameux restaurant où l'on ne sert que des plats à base de spiritueux, et qui, malgré son succès, vient de subir une sévère critique de la part d'un gastronome aussi renommé que mal-intentionné.

Un mauvais coup, surtout quand on apprend que le " Humphrey Wildblood " qui signe ce papier assassin, n'est autre qu'Humphrey Treat, fils de D.A. Placide Treat, un homme excentrique et influent exerçant les fonctions de procureur de la Nouvelle-Orléans. Celui-ci s'est juré de faire tomber Lenny Duveteau, le mécène qui aida Rickey et G-Man a lancer leur restaurant dans le premier tome. De coup bas en marché de dupe et machination, les deux chefs devront plus que jamais se montrer solidaire (et amoureux) pour déjouer le sort que leur prépare leurs ennemis.

Une fois encore, Poppy Z. Brite prend un malin plaisir à mélanger chronique de moeurs, intrigues de couloirs dans l'univers des grands chefs et polar, dans un deuxième volet au rythme toujours aussi vif et savoureux. La Belle Rouge s'imposera donc facilement comme le petit "plaisir interdit" de cette rentrée littéraire. A consommer sans modération bien évidemment.

 

Lire l'entretien avec Poppy Z. Brite réalisé à l'occasion de la sortie d'Alcool

Lire notre chronique d'Alcool




Mes 5 trucs pour survivre à la rentrée littéraire

Posté par Myosotis le 18.09.09 à 18:10 | tags : roman, actu de la rentrée, elucubration
Encore un billet par un chroniqueur sur la vie des chroniqueurs, c'est moche et autocentré en plus : tout ce qu'on déteste lire et voilà qu'on se met à en écrire soi même, ce qui..., tout de même, évite de lire ceux des autres qui en font peu finalement, et c'est tant mieux, non ? Lorsque je me promène dans la rue au Mans et qu'on me reconnaît, de nombreux admirateurs internautes me disent : "Hé Myosotis, ça doit être horrible la période de la rentrée littéraire pour toi. Comment tu fais pour lire autant de livres ? - Oh, je réponds, c'est toujours un plaisir de lire des livres et puis on est là pour ça, aider au choix, faire plaisir en en prenant un maximum".
 

Lorsque je réponds ce genre de choses et échange quelques mots avec la personne tandis que je signe un autographe ou échange un numéro de téléphone, je mens. Je ne prends pas des trains à travers la plaine mais je mens comme un arracheur de dents. Tous les chroniqueurs/lecteurs vous le diront : la rentrée littéraire est un moment particulièrement difficile à vivre parce qu'on se sent débordé de toutes parts, parce qu'on sent que les bons livres nous échappent et qu'on a tiré dans la grande loterie des avant-programmes que des nanars, des bûches de Noël, des livres dont on ne voudrait même pas lire le quatrième de couverture et qui nous attendent parfois 2 à 3 semaines avant leur sortie en librairie, nous font les yeux doux et hurlent :"Lis-nous, lis-nous, dévore nous et dis du bien de nous, sinon on est morts". Les livres qu'on reçoit GRATUITEMENT par camions entiers sont alors étalés sur un tapis, au pied du lit et jouent du coude pour gagner le haut de la pile. "Moi, moi, monsieur." Ils jouent au fayot mais ne se font aucune illusion. On lira en priorité les grands noms, ceux que tout le monde va faire parce qu'ils ont (peut-être) une chance supérieure d'être... bien ou foireux... ou alors juste une chance supérieure d'être lus par d'autres que nous et donc commentés et cherchés sur le net. Pour la rentrée littéraire, les premiers SERONT les premiers. Les autres ne seront même pas derniers. Ils ne seront même pas classés. On les refourguera dans une bouquinerie fin novembre sans même une trace de doigts sur le fronton pour leur dire adieu.

 

La rentrée littéraire est un désastre pour les écrivains et pour les livres. Pour les chroniqueurs, elle leur fait toucher du doigt la vanité de leur métier. Comment découvrir quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Comment intéresser un "public" au livre de quelqu'un que personne ne connaît ? Pourquoi dire du bien d'un truc que personne n'a AUCUNE intention de lire ou d'acheter ? Comment faire son malin en lisant tout ce que monde lit et commente à longueur de journal, magazine, site ? Ok, il y a plus malheureux. Ok, il y a plus pénible. Ok, la souffrance du chroniqueur à la solde de Lagardère, ça ne va arracher une larme à un écrivain tricard mais ce n'est pas si simple. Pour résister, nous avons chacun nos trucs. Voici les miens :

 

 

1. Caser entre deux livres de la rentrée un livre qui n'en fait pas partie : cette année, je me suis refait des H-G Wells pour patienter entre les nanars et les chefs d'oeuvre 2009. L'Amour et M. Lewisham. Au temps de la comète. Souverains. Des Updike aussi. Le Brian Evenson que j'avais raté. Un livre sur la chimie du quotidien très intéressant. J'ai essayé de lire tout ce qui ne portait pas le millésime "NOUVEAUTES" pour me changer les idées. Hesse. Wells. Beigbeder. Wells. Vollmann. Wells. Fauquemberg. Updike.

 

2. Alterner les essais, les romans et les bande-dessinées : c'est une technique que tout le monde connaît. Enchaîner dix romans de suite peut être usant et un peu rébarbatif. C'est dans le Beigbeder que le père du narrateur est un africain ou dans le Marie Ndiaye ? C'est Marc Lévy qui s'est fait greffer un bras de poulet dans le bas-ventre ? Alterner, c'est une précaution utile pour ne pas mélanger, surtout si comme moi, on lit 3 livres enchaînés avant de passer à leur chronique. Un livre, une chronique, ça sent trop l'usine.

 

3. Ne jamais lire les critiques des collègues sur le site pour ne pas les jalouser : Comme chaque année, je me suis fait blouser. Pas tiré toujours les bons numéros dans notre avant-programme, le grand moment où on se répartit les nouveautés. J'aurais bien lu le Foenkinos mais personne ne me l'a envoyé. Dave Eggers, David Foster Wallace, tous ces mecs : jamais eu l'idée de les lire et voilà que je me fais les plus gros et les plus chiantissimes du marché. Damned ! L'année prochaine, je me fais Amélie Nothomb sur un plateau et Houellebecq les doigts dans le nez.

 

4. Lire le livre de Beigbeder en premier pour mieux apprécier les autres : Ca oui, je n'y avais pas pensé les années précédentes mais la lecture d'Un Roman Français m'aura mis du baume au coeur. Rien lu de moins bien après ça. J'exagère mais ça peut être une idée pour la suite. Si vous avez beaucoup de livres à lire et que vous DEVEZ tous les lire, essayez de garder les meilleurs pour la fin. Bon, on m'a refilé Les Veilleurs de Vincent Message en deuxième semaine et je n'avais pas prévu ça. Coup dur. Et 650 pages de pseudo Matrix, The Cell freudien à rajouter. Je bois le bouillon.

 

5. Ne jamais cesser de se prendre au sérieux : s'il y a une erreur que ne doit pas commettre le critique, c'est celle-ci : prendre son boulot à la légère ou se décontracter. La règle n°1 d'une critique réussie, c'est de considérer qu'elle est la seule critique qui sera jamais écrite sur le livre. Ne pas regarder sur google ce qu'ont écrit des dizaines de types avant vous. Ne pas leur piquer de jugements tout fait. Ecrire comme si vous étiez le Passeur ultime, quitte à avoir le melon et à en rajouter des tonnes. Sans ça, vous êtes un baltringue, un charlatan.

Et hop !




La Ferme: les vacances chez maman avec John Updike

Posté par Myosotis le 25.08.09 à 17:20 | tags : roman, elucubration

J'avais promis de parler de John Updike lorsque j'avais présenté l'essai Updike et moi écrit par l'ami Nicholson Baker et me rends compte que je n'ai pas tenu parole. Mon programme de relecture d'Updike a tourné court cet été devant le mauvais temps, l'imminence de la rentrée et quelques distractions littéraires de dernière minute (pauvre Beigbeder, la biographie de Luke Haines des Auteurs, divers écrits plus ou moins bien inspirés sur la brit pop, le rock, la lecture de Pygmy, de Palahniuk, et de quelques autres).

Du coup, je n'ai relu d'Updike que le minimum et surtout pas ce que j'avais prévu de lire, à savoir la série des Rabbit, sa séquence principale, la plus connue, la plus amusante peut-être et la plus emblématique sûrement de ce qu'il essayait de faire. En guise de cache-misère, je m'en suis tenu à lire 2 ouvrages que je n'avais jamais lus avant qui sont Ce que pensait Roger (roman de 1986) et La Ferme (qui date de 1965). Du premier, je ne dirai pas grand-chose parce qu'il est tout simplement à lire. Le titre original est Roger's Version, ce qui n'a rien à voir avec la traduction et trompe considérablement le lecteur. Ce que pensait Roger met en place un dialogue incroyable et passionnant entre un scientifique et un théologien. C'est à la fois très difficile à lire (beaucoup de conversations scientifiques de "haute" volée) et très drôle et accessible (le thème principal ou second reste l'adultère, l'amour,...). Le roman a d'ailleurs été interprété (je ne me souviens plus pourquoi) comme une variation sur la Lettre Ecarlate de Hawthorne. En ce qui concerne La Ferme donc, c'est un tout autre univers mais le même romancier.

Updike a 3 spécialités : le couple, l'homme dans le couple, le monde en dehors du couple ou en dehors de l'homme dans le couple. Cette description est complètement réductrice de son travail mais vaut assez pour La Ferme, qui raconte la villégiature d'un homme avec sa nouvelle épouse chez sa mère âgée. Celle-ci vit depuis des années dans une ferme qu'elle a de plus en plus de mal à faire tourner. Le roman parle donc de la ferme, des rapports entre un homme "normal", sa mère, des rapports entre son fils et sa belle-mère, entre sa nouvelle femme et son ancienne, sa nouvelle femme et sa vieille mère. Il est toujours impossible de dire ce qui est bien dans un roman d'Updike (en cela, je suis aussi nul que Nicholson Baker) car il n'y a guère que les situations et le style qui comptent. Les situations sont normales ici : des scènes de travail au champ, des faux départs, des brouilles, des secrets de famille, des non-dits. Le style est updikien, parfait dans sa manière de manier les adjectifs, économique, limpide mais en même temps grammaticalement sophistiqué et précieux. D'une certaine façon, le lecteur a toujours l'impression (j'imagine que le rendu est identique lorsque Updike écrivait une liste de course), lorsqu'il lit Updike, que tout est pensé et que les mots sont tous si intelligemment agencés qu'il n'est pas permis de les contester. Son sens de l'équilibre donne au tout une légèreté extraordinaire, une impression de naturel qui est à l'opposé de ce que réussit un type comme Zola dans une forme contraire de réalisme.

La Ferme est donc un roman vraiment phénoménal car tout à fait anecdotique et dispensable. Ce n'est pas le plus impressionnant de l'oeuvre d'Updike, pas le plus drôle, pas le plus virtuose mais c'est l'un des plus attachants et des plus justes, un témoignage à "hauteur d'homme" de ce qui fait qu'un écrivain génial est un écrivain génial, c'est-à-dire la capacité à assurer l'essentiel non pas sur la longueur d'un roman (ce serait trop facile), d'une oeuvre (c'est impossible), mais bien sur chaque mot qu'il écrit. Oups, encore un bon sujet pour les futurs bacheliers et une réponse qui fait phosphorer...

 

 

Lire aussi:

- Nicholson Backer et le sens du détail

- La chronique de Terroriste de John Updike




La grande aventure de Gabrielle Wittkop

Posté par Céline le 17.07.09 à 10:15 | tags : roman
Cela arrive parfois : l'un des meilleurs livres de l'été 2009 a été écrit en 1985-86. Il nous revient aujourd'hui chez Verticales comme si c'était la première fois.

 

Les Rajahs blancs de Gabrielle Wittkop est une surprise véritable pour qui n'est pas familier de l'œuvre de cette écrivain morte en 2002, plus connue pour ses récits noirs et son sulfureux Nécrophile (familier des tops qui choquent) que pour ses récits d'aventures.
 
On ajoutera qu'il est assez rare également que les récits d'aventures historiques (les faits sont réels) échoient aux écrivains de sexe féminin. Au risque de paraître misogyne, on dira que cela ne se voit pas trop ici et que Wittkop s'en tire comme un grand homme, entre Burton, Kipling et Conrad, rien que ça. Il y a bien une singularité féminine ici qui s'exprime peut-être par l'attention donnée aux détails de la vie quotidienne (soit) et surtout à la place des femmes dans la description de la dynastie Brooke...



Le tour du monde avec Marc Levy

Posté par Céline le 07.07.09 à 10:03 | tags : lectures de plage, roman, best-seller, news

Il faut mettre au crédit de Marc Levy l'envie d'avoir voulu ouvrir les vannes du récit et de l'imagination. Après huit romans sentimentaux qui bougeaient assez peu de leur canapé littéraire, Le Premier Jour sonne comme la première tentative de l'écrivain star d'aller voir ailleurs. De quoi faire changer de bord notre célèbre détracteur de Marc Levy ? Verdict.

 

Levy en avait marre de Londres et Paris. Il ne fait qu'y passer ici (les héros y ont leur base arrière), même si cela nous vaut quelques belles pages sur les Vélib ou les universités anglaises. Le nouveau roman de supermarché est mondial, Levy nous fait voir du pays, quitte à ce qu'il y ait des avions qui décollent avant d'atterrir et qu'on perde la couche d'ozone au milieu. Il voulait voir le monde et passer la vitesse supérieure : le roman d'aventures lui tendait les bras. Pour le reste, la littérature, le suspense, etc, il faudra attendre encore un peu.



Mon problème avec 2666 et les livres mastodontes

Posté par Myosotis le 03.07.09 à 16:13 | tags : roman, elucubration

Je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai ramassé la semaine dernière à la bibliothèque le roman posthume et inachevé de l'écrivain chilien Roberto Bolaño, considéré comme l'héritier de Borges. Sauf que, contrairement à son illustre collègue hispanique, il avait une tendance à écrire des livres imposants bien que tout aussi passionnants.

 

Avec 2666, élu meilleur livre de l'année 2008 (date de sa sortie) un peu partout, Bolaño propose pas moins de 1000 pages et un gros pavé paru chez Christian Bourgois dans lequel je me suis engouffré totalement inconscient. Le roman qui traite entre autres choses du mal est ce que j'ai lu de mieux depuis au moins mille ans. Se sachant malade, l'écrivain avait mûri le plan de sortir ce monstre en 5 volumes pour assurer la prospérité de ses héritiers, mais les dits héritiers, respectueux de l'oeuvre de leur papounet ont pris la décision de respecter le travail de Bolaño et préféré sortir le livre en une seule séquence plutôt que de le trancher en mode jackpot.

 

Du coup, voilà le travail : 1 kilo 200 grammes de matière littéraire en fusion, intransportable et disons le impossible à lire dans des conditions normales d'utilisation. Le problème posé par 2666 n'est pas une chose anodine et se pose plus souvent qu'on ne le croit, que l'on se retrouve dans la posture du critique ou dans celle du lecteur occasionnel.

 

Pour le critique, le gros livre a tout d'un repoussoir. Que faut-il en faire ? Il va de soi que si on veut faire son travail correctement, lire 2666, William H. Gass et son Tunnel ou le Livre des Violences de Vollmann à venir, il faut envoyer un mot d'excuse à son rédacteur en chef disant à peu près ceci : " Je te prépare une critique de 2666 pour dans 6 à 8 mois. D'ici là, merci de continuer à me payer mais je suis sincèrement désolé, je ne pourrai rien lire d'autre, ni te livrer quoi que ce soit", ou alors ruser, parcourir le livre, recopier le 4ème de couverture et se la jouer à l'esbrouffe.... Faire comme si, lire vite et lire mal, lire sans s'arrêter, tout lire mais en sabotant le plaisir qu'on y prend. C'est souvent cette voie-là qu'on choisit à défaut de rater l'exclusivité et de critiquer en 2011 un livre sorti en 2007, voire d'abandonner toute velléité critique si le livre est si bon qu'il n'est pas la peine d'en rajouter.

 

Pour le lecteur, le problème n'est pas moins énorme. Si vous lisez comme un homme ou une femme occidentale normale, il est très probable que vous balader avec un livre de plus d'un kilo est un truc impensable. A la plage, il prend la place de 6 Perriers plus le biberon du petit dernier. A la montagne, il va vous plomber l'ascension et pour quel résultat : 3 maigres pages picorées en haut du Mont Blanc et à la fraîche ? Dans le métro, ah, ah, même pas la peine d'y penser. Au boulot. Chez soi, au lit. Vous avez déjà essayé de vous endormir avec un livre haltère posé sur le ventre ? Décidément, les héritiers et exécuteurs testamentaires de Bolaño sont de sacrés imbéciles. Même si cela n'avait pas de sens, on aurait préféré nettement 5 livres de 200 pages qu'un seul de 1000. 2666 comme d'autres est un livre qui se lit principalement à table et sérieusement - ce qui ne correspond plus du tout à nos modes de lecture.

 

Le lecteur d'aujourd'hui aime aller d'un livre à l'autre, et ne peut pas se payer le luxe de ne lire qu'un livre pendant un an, à moins d'être un monomaniaque dangereux. La seule solution que j'ai trouvé pour ce genre de livres est de les picorer, de les garder près de ma table de chevet (j'ai toujours là un gros Walter Benjamin, l'énorme correspondance de Leopardi par exemple) et d'en faire des livres INTERCALAIRES, lus par segments de 10 ou 12 pages, les jours de misère romanesque. Du coup, le livre mastodonte se lit en durée XXL, sur des années, des siècles même, il se lit lentement et plus sûrement qu'aucun autre, ce qui n'est sans doute pas la meilleure manière de l'apprécier mais qui permet de le faire quand même. Pas la peine de parler du contenu, il reste les phrases, le temps et nous. Quand je l'aurai fini, nous serons tous morts et il ne restera rien ou pas grand chose de Bolaño et de la littérature, encore moins de ce site, de Michael Jackson et son moonwalk, de la race lisante, de la Terre,... Il ne restera que le vent.

 

Message personnel : Je suis théoriquement censé rendre le livre à la bibliothèque du Mans le 13 juillet. Comptez dessus. De toute façon, je suis à peu près certain que personne n'aura l'idée de le réserver dans les 10 prochaines années.

 




Chuck Palahniuk se fout-il de nous avec Pygmy ?

Posté par Myosotis le 24.06.09 à 10:46 | tags : vo, littérature en vidéo, roman
 
Le nouveau roman de Chuck Palahniuk est sorti il y a quelques semaines maintenant et fait bruisser la communauté des fans : s'agit-il du roman le plus intéressant de l'écrivain auteur de Fight Club et Choke ou au contraire, de exercice médiocre d'un auteur qui ne sait plus comment faire pour se renouveler et produire de l'événementiel ?
 
 
L'histoire de Pygmy est assez simple : un jeune étranger de 13 ans s'introduit aux Etats-Unis dans une famille adoptive moyenne (et dysfonctionnelle) pour... faire le mal. Le gamin est un terroriste en puissance, programmé par une société totalitaire, venu monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre : il affûte ses armes, ses plans malgré lui et se confronte à la singularité de la culture américaine. Si tous les ingrédients semblent présents pour faire un bon Palahniuk (une situation potentiellement explosive, un outsider, un pitch cocasse, une vision décentrée de l'Amérique, du sexe et de la violence...), le roman fait parler pour son style.
Palahniuk s'y appuie comme souvent sur des dialogues fournis et surtout s'amuse à raconter l'intrigue à partir du point de vue de ce terroriste en devenir. Du coup, les lecteurs se plaignent que le proto-anglais africano-asiat' utilisé par Palahniuk est quasi incompréhensible et surtout très très difficile à lire. Certains crient au génie, d'autres considèrent que l'écrivain se fout de leur gueule et a utilisé cet argument pour pousser au maximum ses travers : ne plus écrire que de façon très distendue, hypracool, par des séquences rachitiques, des verbes, des expressions à peine liées les unes aux autres. En attendant, le teaser est suffisamment bien fait pour donner envie... d'une adaptation au cinéma ? La traduction n'est pas annoncée mais notre exemplaire en vo vole quelque part entre les Etats-Unis et la France. Premiers indices de lisibilité cet été.



Marc Levy : fini de se payer sa tête...

Posté par Myosotis le 22.06.09 à 10:24 | tags : littérature en vidéo, best-seller, roman, news
 
A force de se payer la tête de Marc Levy, le lobby "Fluctuat aime Marc Levy" a enfin réussi à faire plier l'auteur des bestsellers sentimentaux les plus abyssaux de la décennie : cette fois-ci, c'est sûr, la grande réconciliation s'annonce et prendra corps jeudi (le 25 juin) dans un roman d'AVENTURES, en deux volumes, baptisé Le Premier Jour.
 
Soutenue par d'alléchantes vidéos, la sortie du Premier Jour nous rassure : Marc Levy a enfin pris du champ, de l'ambition et de l'ampleur. L'histoire du Premier Jour (dépêchons, Le huitième jour, il y a Pascal Duquenne qui débarque) nous emmène d'Afrique en Europe, aux basques de 2 personnages qui pourraient bien "tomber en amour" l'un de l'autre (hum...). Il y a des éléphants, des tremblements de terre, des tempêtes, un volcan, des passages secrets, des souterrains, une archéologue, un astrophysicien. La nana veut découvrir le premier homme, lui la première étoile : ils vont faire quête commune en parcourant la planète poursuivis par des espions qui n'acceptent pas facilement la liberté.
 
On dit qu'Indiana Jones a déclaré que "c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis au moins 20 ans", qu'Hemingway a envoyé un SMS d'outre-tombe à Levy pour le féliciter, qu'Ushuyaya, le déo des fauves, a préempté les droits pour une adaptation publicitaire...
 
Plus sérieusement, c'est une vraie victoire du grand roman d'aventures d'avoir su rallier à sa cause un mastodonte tel que Marc Levy, qui, à l'exception de ses Enfants de la liberté, ne s'était pas aventuré très loin dans le romanesque. Certes, Levy a toutes les chances de n'être ni Conrad, ni London, mais gageons qu'il saura donner à coups de chromo jungle et d'aventures safari, le goût de lire autre chose que les comédies sentimentales à ses centaines de milliers de lecteurs.
 
Interrogé par TF1 dimanche soir (la consécration en matière d'exposition médiatique), Marc Levy a fait preuve de beaucoup de retenue sur son art, gratifiant le journaliste d'un surprenant constat sur sa soi-disant fortune : "il ne faut pas croire ce que l'on raconte. Le milieu de l'écriture n'enrichit personne. Certes, je vends des livres mais je touche peau de zob sur les poches et sur les grands formats, je prends quoi ? deux euros à tout casser. Je ne suis pas riche..." Bon, allez Marc, 2 euros x 10 x 400 000, ça fait... hum... 8 millions d'euros, hors cession de droits et publication étrangères : on nous aurait menti ? Ce n'est pas encore assez pour aller se taper Paris Hilton en boîte mais cela permet de voir venir. En dehors de cette petite hypocrisie judéo-chrétienne, Marc a été parfait et défendu le roman d'aventures comme l'avenir de la littérature. Cela suffit à notre bonheur. Il faut le voir sur son site jouer avec ces Action Men girafe, petit navion, sur fond de savane au clair de soleil pour le croire : Marc est des nôtres, il a écrit son grand roman comme les autres ! Rendez-vous est pris pour une chronique en bonne et due forme dès qu'on aura réussi à mettre la main (gratuitement) sur le livre.

Clin d'oeil à Jeanne qui me demandait dans un mail récent :"Où puis-je me procurer les livres de Marc Lévy ? J'en ai entendu beaucoup de bien..." - Euh... les bouquinistes, Jeanne, essaye les bouquinistes. On ne peut vraiment rien faire pour toi.
 
Lire aussi :



Entretien avec Francine Prose, auteur de L'Eté d'après

Posté par Céline le 16.06.09 à 11:19 | tags : best-seller, roman
Sous ses allures de best-seller sentimental, L'Eté d'après est un formidable roman sur la perte, l'adolescence et la renaissance ou résilience comme on l'appelle désormais. Francine Prose, qui s'était rappelée à notre souvenir avec Un homme changé l'année dernière, y déploie avec un soin infini et une délicatesse de touche exceptionnelle, des talents d'écriture, analytique et psychologique notamment, à plume mouchetée.
 
L'été d'après s'ouvre comme beaucoup d'excellents livres sur un drame. Aux Etats-Unis, dans un passé récent, deux sœurs issues de la classe moyenne supérieure partent à la baignade dans un de ces lacs américains à l'eau claire et environnés de forêt grasse qu'on a vu et lu partout. Il y a une barque au bord de l'eau, des faons au spectacle et le soleil qui pointe entre les feuillus. L'aînée Margaret, on nous l'a expliqué dans les quinze pages qui précèdent le drame, est une jeune fille en fleur décomplexée et pétillante. Elle chante comme un ange (surtout des vieux titres soul, jazz et aussi du Chet Baker), fume des cigarettes toxiques - toujours un mauvais signe dans les romans US - et « l'a déjà fait » avec son copain Aaron...
 



Entretien avec Michel Faber, l'anti Dan Brown

Posté par Céline le 12.06.09 à 10:52 | tags : roman, news
On avait laissé Michel Faber sur le recueil de nouvelles Moins que parfait, avec sa belle brochette d'écorchés vifs épinglée avec un humour ravageur. En douceur, l'écrivain hollandais passe du format court au « moyen-métrage » : il revient avec un roman de moins de 200 pages, Le Cinquième évangile. Un titre à la Dan Brown, ça...
 
Mais justement, non, car l'auteur de La Rose pourpre et le Lys entend se moquer ici du genre en vogue qu'est le glorieux « roman esotérico-religieux ». Pas d'enquête tarabiscotée ici, ni de vérité ancestrale révélée en grande pompe et au premier degré. Faber fait voler en éclat (de rire) le sérieux du Da Vinci Code, pour raconter le destin incroyable de Theo Griepenkerl. Envoyé en Irak par sa fac, cet archéologue canadien a un gros coup de pot : sous les décombres d'un musée local, il met la main sur les mémoires de Malchus, témoin des derniers jours du Christ...
 



Avec les éditions 13e note, la Beat generation respire encore !

Posté par Céline le 10.06.09 à 14:52 | tags : roman, édition
Lancées en avril dernier avec notamment la parution d'un ouvrage de Dan Fante (le fils de John), les éditions 13e note n'avaient pas tout de suite attiré notre attention malgré une ligne éditoriale pour le moins alléchante. Sexe, drogue, rock'n'roll : voilà de quoi ravir de nombreux nostalgiques de la Beat generation, et plus généralement les adeptes d'une littérature qui remue.
 

« Ombres bleuies par l'amour et déchirées par la dèche, groggy, terrifiées par leur reflet dans le miroir fêlé des chiottes d'un motel, au fond d'un verre de bourbon ou dans les yeux d'une pute carbonisée à la meth. » L'esprit de 13e note est clair : les livres sont là pour heurter, blesser, shooter ; faire saigner, planer, baiser. A l'image de Dan Fante et de son Régime sec, ou de Mark Safranko (Putain d'Olivia), les auteurs que publie cette toute jeune maison ne prennent pas de pincettes : les mots sont crus, les gens sont nus, le texte mord comme le fait toute poésie née sous hallucination.

Si vous êtes tentés par un petit voyage en enfer, les éditions 13e note vous proposent donc quelques tickets. Le dernier en date : Notre Dame du Vide de Tony O'Neill, dont Flu, en partenariat avec les éditions 13e note, vous fait gagner quelques exemplaires.

Participez au concours 13e note pour gagner des exemplaires de Notre Dame du vide.

 

Le site des éditions 13e note




L'étrange succès de John Creasey

Posté par Myosotis le 09.06.09 à 15:17 | tags : élucubration, polar, roman

Les anniversaires de décès fournissent de bonnes occasions de raconter l'histoire littéraire vue par le petit bout (magique) de la lorgnette. Alors que s'éteignait, il y a tout juste 26 ans, à Salisbury, le romancier John Creasey, il est à parier que son histoire et son oeuvre seront définitivement enterrées par l'Histoire officielle, à moins que d'obscurs amateurs n'en redemandent et n'aident à sa redécouverte.

 

Auteur de plusieurs centaines de romans - la rumeur veut qu'ils soient au nombre de 562 en 40 ans - qu'on peut ranger sans trop risquer de se tromper dans la catégorie "aventures", Creasey a surtout donné naissance à l'un des personnages les plus célèbres à avoir raté leur chance d'être connus de la littérature : le Baron. Se payer un petit Baron pour l'été, c'est réussir ses vacances sans aucun risque d'être déçu. Creasey a évité presque tous les écueils du genre : le machisme, le sexisme, le racisme, pour ne garder que le meilleur, l'aventure, l'aventure et... l'aventure. Chaque Baron (mais il faut lire en VO uniquement d'autres de ses séries comme Departement Z ou Sexton Blake) est un plaisir de gourmet, une vraie bouffée d'oxygène. Cela mérite un détour ici.




Visitez l'Italie avec Henri Calet, façon Gonzo

Posté par Céline le 29.05.09 à 16:36 | tags : roman, news

En choisissant de rééditer L’Italie à la paresseuse d'Henri Calet, auteur mal publié à l'époque (des années 30 aux années 50), Le Dilettante sort des chemins balisés de la littérature académique... pour notre plus grand plaisir.

 

Amateurs de tours-opérateurs s'abstenir : ce roman n'a du guide touristique que l'apparence. Prétextant un voyage de presse, l'écrivain revisite l'Italie à sa manière, en dilettante : Calet voyage en troisième classe, quand ce n'est pas dans le wagon à bestiaux ! Henri Calet n'a rien d'un mondain. Son expression est simple et généreuse. Son roman traite des hommes (et si possible des petites gens) plutôt que des apparats culturels de la botte italienne. "Et maintenant, je dois m'accuser de n'avoir pas vu la chapelle Sixtine ni le château Saint-Ange, ni aucun musée ni le Forum... Je n'ai fait qu'entrevoir l'eau du Tibre en passant sur un pont, en filobus". Loin des clichés servis aux touristes, ce journaliste-écrivain peu connu du grand public nous emmène en balade, pour le meilleur et pour le rire.

Lire la suite de la chronique sur Fluctuat

Voir aussi :

Le Festival des Etonnants voyageurs : les séries US à l'honneur
Le diaporama des photos inspirées d'oeuvres littéraires




Paul Theroux démonte le mythe de l'Inde éternelle

Posté par Céline le 25.05.09 à 12:01 | tags : roman, news

L'Américain Paul Theroux a beaucoup voyagé. Assez voyagé, sans doute, pour ne plus se faire d'illusions. Dans le sillage de ses précédents ouvrages - Railway bazaar, Patagonie express - il décrit ainsi, dans Suite indienne, une Inde à rebours des fantasmes et des clichés : une Inde sensuelle, inquiétante, où spiritualité et affabilité sont supplantées par folie et cupidité.

 

On se souvient que la dernière création de Pina Bausch, consacrée à l'Inde comme le roman de Paul Theroux, nous avait déçu : trop lisse, l'image de l'Inde éternelle et sacrée que reflétait Bamboo Blues avait des allures de brochures touristiques pour riches occidentaux assoiffés de spiritualité. Avec Suite indienne, Paul Theroux nous livre l'exact opposé du travail de la chorégraphe : le pays qu'il y décrit est sale, cupide et dangereux, et aura vite fait d'engloutir ses personnages comme Lilith avale ses amants...




Le premier roman de David Foster Wallace enfin traduit !

Posté par Maxence le 18.05.09 à 10:03 | tags : news, roman, au diable vauvert, édition
Joie ! Allégresse ! C'est désormais officiel : la prose ampoulée mise au service d'une imagination délirante de David Foster Wallace, malheureusement décédé il y a un an, va faire son "second coming" dans nos contrées sous peu ! Les éditions du Diable Vauvert annonce la parution, en août prochain, de La Fonction du balai, premier roman de celui que l'on considérait déjà comme le Thomas Pynchon du XXI° siècle.
 
Écrit en 1986, La Fonction du balai raconte l'histoire de Lenore Beadsman, une héroïne vivant en 1990 dans une version légèrement altérée de Cleveland, à la frontière d'une immense friche suburbaine, le Grand Désert d'Ohio. Standardiste dans une maison d'édition, la jeune femme doit faire face à la disparition de son arrière-grand-mère (ancienne disciple de Wittgenstein), ainsi qu'à la jalousie pathologique de son petit ami et patron, l'éditeur Rick Vigorous. Pour couronner le tout, sa perruche, portant le doux nom de " Vlad l'Empaleur ", devient une star de la télévision lorsqu'elle se met à déblatérer un mélange de jargon psychologique, de poésie britannique et d'extraits de la bible du roi Jacques sur une chaîne tenue par des chrétiens fondamentalistes...
On le voit, avec ce livre au pitch surréaliste, prétexte à explorer les paradoxes du langage, de la narration et de la réalité, l'auteur savait déjà lier histoire décalée, critique de l'absurdité de son pays et humour aussi débridé qu'intelligent.
 

A noter que La fonction du balai sera suivi de "David Foster Wallace pour mémoire", un recueil d'hommages signé par les plus grands écrivains américains contemporains, parmi lesquels Colin Harrison (Havana Room, Manhattan nocturne), Don De Lillo, auteur de quatorze romans, dont Outremonde et Bruit de fond, Zadie Smith, auteur de trois romans, dont Sourires de loup (Gallimard), George Saunders (Grandeur et décadence d'un parc d'attraction et Pastoralia) et Jonathan Franzen (Les Corrections, La Zone d'inconfort). Vivement le mois d'août !




Peter Watts explore nos espaces intérieurs

Posté par Céline le 12.05.09 à 17:30 | tags : roman, science-fiction, news
Ecrivain canadien encore inconnu en France, Peter Watts débarque en librairie avec Vision aveugle, un livre de science-fiction d'une ambition rare qui concentre, sur un peu moins de 400 pages, propos scientifiques pointus, réflexions philosophiques et ambiance macabre au service d'un imaginaire débridé. Un parfait exemple de divertissement intelligent. On en redemande !
 
Sous ses dehors de space opera classique (une mission envoyée à la rencontre d'un artefact extra-terrestre), Vision aveugle abonde en questions cruciales sur le devenir de l'humanité et surtout sur le but de son évolution. Parmi celles-ci, certaines reviennent de manière récurrente : à partir de quand une société cesse t-elle d'évoluer ? Quel est le point de rupture entre évolution et destruction ? Existe t-il vraiment une nature humaine ? En bonne auteur de science-fiction, Peter Watts fournit bien évidemment de nombreuses réponses.

 



Participez au Prix Bartleby, le prix du roman inachevé

Posté par Céline le 11.05.09 à 11:28 | tags : news, prix, roman, jeux littéraires

Plus de 60 000 titres publiés chaque année. Et combien d'autres milliers qui ne verront jamais le jour ?


Il est temps de rendre hommage à toutes les œuvres inachevées qui traînent au fond de nos (vos) tiroirs. Le Prix Bartleby - prix du roman inachevé - propose désormais "d'affirmer la beauté de l'inachèvement littéraire" en récompensant cette année "la meilleure œuvre non menée à sa fin".

 

Si vous nourrissez vous-même quelques velléités d'écriture, si vous avez déjà commencé un ou plusieurs romans sans jamais avoir atteint le point final, si vous n'arrivez pas à aller au-delà de la première page - voire de la première phrase ! - et si vous pensez vous aussi qu'il est des œuvres qui feraient mieux de ne jamais voir le jour, le Prix Bartleby est donc fait pour vous !

 

Lancé par Frédéric Royer, à qui l'on doit déjà les irrévérencieuses cérémonies des Gérard du cinéma (diffusion le 12 mai sur Paris Première) et de la télévision, le Prix Bartleby est aujourd'hui le premier et l'unique prix littéraire qui interdit aux romans achevés de concourir (et on ne triche pas en tronquant des œuvres achevées, dit le règlement, sous peine d'être éliminé...). Un roman inachevé peut correspondre à 700 pages, 20 pages, un feuillet, voire de l'incipit.

 

Fluctuat est partenaire du Prix Bartleby, qui sera remis en novembre prochain.
Pour participez, il suffit d'envoyer vos manuscrits inachevés par email avant le 30 septembre 2009 (prixbartleby@gmail.com).

Pour en savoir plus sur le Prix Bartleby : lire l'entretien avec Frédéric Royer sur Fluctuat, et rendez-vous sur le site du Prix Bartleby.

 

 




Thomas Day : de l'american drug trip à la mafia japonaise

Posté par Maxence le 05.05.09 à 17:15 | tags : roman, science-fiction, news

Ecrivain, globe-trotter, directeur de collection pour Denoël, critique intransigeant et curieux impénitent, Thomas Day, alias Gilles Dumay, cultivent deux obsessions (parmi d'autres) : les Etats-Unis (ses mythes, ses légendes - urbaines ou rurales - sa contre-culture, son cinéma, ses moeurs exotiques) et le Japon (pratiquement pour les mêmes raisons). Cela tombe bien puisque le français sort justement deux livres qui explorent ces univers : This is not America au titre transparent (les amateurs de David Bowie reconnaîtront le clin-d'oeil) chez Actu SF et La maison aux fenêtres de papier, en poche chez Folio.

 

De science-fiction il est bien évidemment question ici, mais pas n'importe laquelle. Dans chacun de ses deux ouvrages, un recueil de trois nouvelles pour le premier et un roman pour le second, l'auteur explore l'histoire et les mythes de ces deux pays à l'aune de ses fantasmes et de sa culture (intarissable) les concernant. Ce n'est donc pas vraiment d'uchronie dont il s'agit ici, mais bel et bien de l'évocation de grands moments de l'histoire, revus et corrigés par un français à l'imaginaire baladeur et prolifique.

C'est tout d'abord une Amérique toute de traviole dans This is not America, véritable american drug trip (c'est d'ailleurs le titre de l'une des nouvelles) : l'assasinat de JFK a été fomenté par des extra-terrestres liquides vivant en symbiose avec leurs hôtes, un homme raconte sa vie à un ours, un président est obligé d'incarner successivement différentes figures historiques au destin tragique pour sauver le monde. Trois récits tour à tour émouvant, hilarant et savant, dont la philosophie guerrière, comme toujours chez l'auteur, est prétexte à voir plus loin, à croiser la métaphore avec une Amérique bien connue mais dont la réalité, en soit, est déjà tellement démesurée que ces distorsions ne forment qu'une fantaisie de plus dans le paysage local.

 

C'est ensuite l'évocation d'un japon de l'esprit avec La Maison aux fenêtres de papier. Ici, l'écrivain prend pour prétexte la lutte fratricide de deux démons nés des explosions successives d'Hiroshima et de Nagasaki, pour dépeindre les collusions - pour le coup bien réelles - entre pouvoir et mafia locale dans l'histoire du pays, de l'immédiat après-guerre à aujourd'hui. Un roman d'action haletant et cultivé, derrière lequel se cache une histoire bien plus secrète. A ce titre, La Maison aux fenêtre de papier, extrêmement documenté et bourré de références aux grands réalisateurs du cinéma nippon, de Kinji Fukasaku (Duel à Okinawa) à Takeshi Kitano, sans oublier les écrivains philosophes (Murakami Ryu, Yukio Mishima), est un vrai plaisir de lecture.

 

Bref, deux très bons titres dont il serait dommage de se priver, d'autant qu'ils forment une excellente introduction, pour ceux qui ne la connaissent pas déjà, à l'oeuvre de cet étonnant voyageur de l'imaginaire contemporain.






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