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Mon problème avec 2666 et les livres mastodontes

Posté par Myosotis le 03.07.09 à 16:13 | tags : roman, elucubration

Je ne sais pas ce qui m'a pris mais j'ai ramassé la semaine dernière à la bibliothèque le roman posthume et inachevé de l'écrivain chilien Roberto Bolaño, considéré comme l'héritier de Borges. Sauf que, contrairement à son illustre collègue hispanique, il avait une tendance à écrire des livres imposants bien que tout aussi passionnants.

 

Avec 2666, élu meilleur livre de l'année 2008 (date de sa sortie) un peu partout, Bolaño propose pas moins de 1000 pages et un gros pavé paru chez Christian Bourgois dans lequel je me suis engouffré totalement inconscient. Le roman qui traite entre autres choses du mal est ce que j'ai lu de mieux depuis au moins mille ans. Se sachant malade, l'écrivain avait mûri le plan de sortir ce monstre en 5 volumes pour assurer la prospérité de ses héritiers, mais les dits héritiers, respectueux de l'oeuvre de leur papounet ont pris la décision de respecter le travail de Bolaño et préféré sortir le livre en une seule séquence plutôt que de le trancher en mode jackpot.

 

Du coup, voilà le travail : 1 kilo 200 grammes de matière littéraire en fusion, intransportable et disons le impossible à lire dans des conditions normales d'utilisation. Le problème posé par 2666 n'est pas une chose anodine et se pose plus souvent qu'on ne le croit, que l'on se retrouve dans la posture du critique ou dans celle du lecteur occasionnel.

 

Pour le critique, le gros livre a tout d'un repoussoir. Que faut-il en faire ? Il va de soi que si on veut faire son travail correctement, lire 2666, William H. Gass et son Tunnel ou le Livre des Violences de Vollmann à venir, il faut envoyer un mot d'excuse à son rédacteur en chef disant à peu près ceci : " Je te prépare une critique de 2666 pour dans 6 à 8 mois. D'ici là, merci de continuer à me payer mais je suis sincèrement désolé, je ne pourrai rien lire d'autre, ni te livrer quoi que ce soit", ou alors ruser, parcourir le livre, recopier le 4ème de couverture et se la jouer à l'esbrouffe.... Faire comme si, lire vite et lire mal, lire sans s'arrêter, tout lire mais en sabotant le plaisir qu'on y prend. C'est souvent cette voie-là qu'on choisit à défaut de rater l'exclusivité et de critiquer en 2011 un livre sorti en 2007, voire d'abandonner toute velléité critique si le livre est si bon qu'il n'est pas la peine d'en rajouter.

 

Pour le lecteur, le problème n'est pas moins énorme. Si vous lisez comme un homme ou une femme occidentale normale, il est très probable que vous balader avec un livre de plus d'un kilo est un truc impensable. A la plage, il prend la place de 6 Perriers plus le biberon du petit dernier. A la montagne, il va vous plomber l'ascension et pour quel résultat : 3 maigres pages picorées en haut du Mont Blanc et à la fraîche ? Dans le métro, ah, ah, même pas la peine d'y penser. Au boulot. Chez soi, au lit. Vous avez déjà essayé de vous endormir avec un livre haltère posé sur le ventre ? Décidément, les héritiers et exécuteurs testamentaires de Bolaño sont de sacrés imbéciles. Même si cela n'avait pas de sens, on aurait préféré nettement 5 livres de 200 pages qu'un seul de 1000. 2666 comme d'autres est un livre qui se lit principalement à table et sérieusement - ce qui ne correspond plus du tout à nos modes de lecture.

 

Le lecteur d'aujourd'hui aime aller d'un livre à l'autre, et ne peut pas se payer le luxe de ne lire qu'un livre pendant un an, à moins d'être un monomaniaque dangereux. La seule solution que j'ai trouvé pour ce genre de livres est de les picorer, de les garder près de ma table de chevet (j'ai toujours là un gros Walter Benjamin, l'énorme correspondance de Leopardi par exemple) et d'en faire des livres INTERCALAIRES, lus par segments de 10 ou 12 pages, les jours de misère romanesque. Du coup, le livre mastodonte se lit en durée XXL, sur des années, des siècles même, il se lit lentement et plus sûrement qu'aucun autre, ce qui n'est sans doute pas la meilleure manière de l'apprécier mais qui permet de le faire quand même. Pas la peine de parler du contenu, il reste les phrases, le temps et nous. Quand je l'aurai fini, nous serons tous morts et il ne restera rien ou pas grand chose de Bolaño et de la littérature, encore moins de ce site, de Michael Jackson et son moonwalk, de la race lisante, de la Terre,... Il ne restera que le vent.

 

Message personnel : Je suis théoriquement censé rendre le livre à la bibliothèque du Mans le 13 juillet. Comptez dessus. De toute façon, je suis à peu près certain que personne n'aura l'idée de le réserver dans les 10 prochaines années.

 




Chuck Palahniuk se fout-il de nous avec Pygmy ?

Posté par Myosotis le 24.06.09 à 10:46 | tags : vo, littérature en vidéo, roman
 
Le nouveau roman de Chuck Palahniuk est sorti il y a quelques semaines maintenant et fait bruisser la communauté des fans : s'agit-il du roman le plus intéressant de l'écrivain auteur de Fight Club et Choke ou au contraire, de exercice médiocre d'un auteur qui ne sait plus comment faire pour se renouveler et produire de l'événementiel ?
 
 
L'histoire de Pygmy est assez simple : un jeune étranger de 13 ans s'introduit aux Etats-Unis dans une famille adoptive moyenne (et dysfonctionnelle) pour... faire le mal. Le gamin est un terroriste en puissance, programmé par une société totalitaire, venu monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre : il affûte ses armes, ses plans malgré lui et se confronte à la singularité de la culture américaine. Si tous les ingrédients semblent présents pour faire un bon Palahniuk (une situation potentiellement explosive, un outsider, un pitch cocasse, une vision décentrée de l'Amérique, du sexe et de la violence...), le roman fait parler pour son style.
Palahniuk s'y appuie comme souvent sur des dialogues fournis et surtout s'amuse à raconter l'intrigue à partir du point de vue de ce terroriste en devenir. Du coup, les lecteurs se plaignent que le proto-anglais africano-asiat' utilisé par Palahniuk est quasi incompréhensible et surtout très très difficile à lire. Certains crient au génie, d'autres considèrent que l'écrivain se fout de leur gueule et a utilisé cet argument pour pousser au maximum ses travers : ne plus écrire que de façon très distendue, hypracool, par des séquences rachitiques, des verbes, des expressions à peine liées les unes aux autres. En attendant, le teaser est suffisamment bien fait pour donner envie... d'une adaptation au cinéma ? La traduction n'est pas annoncée mais notre exemplaire en vo vole quelque part entre les Etats-Unis et la France. Premiers indices de lisibilité cet été.






Marc Levy : fini de se payer sa tête...

Posté par Myosotis le 22.06.09 à 10:24 | tags : littérature en vidéo, best-seller, roman, news
 
A force de se payer la tête de Marc Levy, le lobby "Fluctuat aime Marc Levy" a enfin réussi à faire plier l'auteur des bestsellers sentimentaux les plus abyssaux de la décennie : cette fois-ci, c'est sûr, la grande réconciliation s'annonce et prendra corps jeudi (le 25 juin) dans un roman d'AVENTURES, en deux volumes, baptisé Le Premier Jour.
 
Soutenue par d'alléchantes vidéos, la sortie du Premier Jour nous rassure : Marc Levy a enfin pris du champ, de l'ambition et de l'ampleur. L'histoire du Premier Jour (dépêchons, Le huitième jour, il y a Pascal Duquenne qui débarque) nous emmène d'Afrique en Europe, aux basques de 2 personnages qui pourraient bien "tomber en amour" l'un de l'autre (hum...). Il y a des éléphants, des tremblements de terre, des tempêtes, un volcan, des passages secrets, des souterrains, une archéologue, un astrophysicien. La nana veut découvrir le premier homme, lui la première étoile : ils vont faire quête commune en parcourant la planète poursuivis par des espions qui n'acceptent pas facilement la liberté.
 
On dit qu'Indiana Jones a déclaré que "c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis au moins 20 ans", qu'Hemingway a envoyé un SMS d'outre-tombe à Levy pour le féliciter, qu'Ushuyaya, le déo des fauves, a préempté les droits pour une adaptation publicitaire...
 
Plus sérieusement, c'est une vraie victoire du grand roman d'aventures d'avoir su rallier à sa cause un mastodonte tel que Marc Levy, qui, à l'exception de ses Enfants de la liberté, ne s'était pas aventuré très loin dans le romanesque. Certes, Levy a toutes les chances de n'être ni Conrad, ni London, mais gageons qu'il saura donner à coups de chromo jungle et d'aventures safari, le goût de lire autre chose que les comédies sentimentales à ses centaines de milliers de lecteurs.
 
Interrogé par TF1 dimanche soir (la consécration en matière d'exposition médiatique), Marc Levy a fait preuve de beaucoup de retenue sur son art, gratifiant le journaliste d'un surprenant constat sur sa soi-disant fortune : "il ne faut pas croire ce que l'on raconte. Le milieu de l'écriture n'enrichit personne. Certes, je vends des livres mais je touche peau de zob sur les poches et sur les grands formats, je prends quoi ? deux euros à tout casser. Je ne suis pas riche..." Bon, allez Marc, 2 euros x 10 x 400 000, ça fait... hum... 8 millions d'euros, hors cession de droits et publication étrangères : on nous aurait menti ? Ce n'est pas encore assez pour aller se taper Paris Hilton en boîte mais cela permet de voir venir. En dehors de cette petite hypocrisie judéo-chrétienne, Marc a été parfait et défendu le roman d'aventures comme l'avenir de la littérature. Cela suffit à notre bonheur. Il faut le voir sur son site jouer avec ces Action Men girafe, petit navion, sur fond de savane au clair de soleil pour le croire : Marc est des nôtres, il a écrit son grand roman comme les autres ! Rendez-vous est pris pour une chronique en bonne et due forme dès qu'on aura réussi à mettre la main (gratuitement) sur le livre.

Clin d'oeil à Jeanne qui me demandait dans un mail récent :"Où puis-je me procurer les livres de Marc Lévy ? J'en ai entendu beaucoup de bien..." - Euh... les bouquinistes, Jeanne, essaye les bouquinistes. On ne peut vraiment rien faire pour toi.
 
Lire aussi :



Entretien avec Francine Prose, auteur de L'Eté d'après

Posté par Céline le 16.06.09 à 11:19 | tags : best-seller, roman
Sous ses allures de best-seller sentimental, L'Eté d'après est un formidable roman sur la perte, l'adolescence et la renaissance ou résilience comme on l'appelle désormais. Francine Prose, qui s'était rappelée à notre souvenir avec Un homme changé l'année dernière, y déploie avec un soin infini et une délicatesse de touche exceptionnelle, des talents d'écriture, analytique et psychologique notamment, à plume mouchetée.
 
L'été d'après s'ouvre comme beaucoup d'excellents livres sur un drame. Aux Etats-Unis, dans un passé récent, deux sœurs issues de la classe moyenne supérieure partent à la baignade dans un de ces lacs américains à l'eau claire et environnés de forêt grasse qu'on a vu et lu partout. Il y a une barque au bord de l'eau, des faons au spectacle et le soleil qui pointe entre les feuillus. L'aînée Margaret, on nous l'a expliqué dans les quinze pages qui précèdent le drame, est une jeune fille en fleur décomplexée et pétillante. Elle chante comme un ange (surtout des vieux titres soul, jazz et aussi du Chet Baker), fume des cigarettes toxiques - toujours un mauvais signe dans les romans US - et « l'a déjà fait » avec son copain Aaron...
 



Entretien avec Michel Faber, l'anti Dan Brown

Posté par Céline le 12.06.09 à 10:52 | tags : roman, news
On avait laissé Michel Faber sur le recueil de nouvelles Moins que parfait, avec sa belle brochette d'écorchés vifs épinglée avec un humour ravageur. En douceur, l'écrivain hollandais passe du format court au « moyen-métrage » : il revient avec un roman de moins de 200 pages, Le Cinquième évangile. Un titre à la Dan Brown, ça...
 
Mais justement, non, car l'auteur de La Rose pourpre et le Lys entend se moquer ici du genre en vogue qu'est le glorieux « roman esotérico-religieux ». Pas d'enquête tarabiscotée ici, ni de vérité ancestrale révélée en grande pompe et au premier degré. Faber fait voler en éclat (de rire) le sérieux du Da Vinci Code, pour raconter le destin incroyable de Theo Griepenkerl. Envoyé en Irak par sa fac, cet archéologue canadien a un gros coup de pot : sous les décombres d'un musée local, il met la main sur les mémoires de Malchus, témoin des derniers jours du Christ...
 



Avec les éditions 13e note, la Beat generation respire encore !

Posté par Céline le 10.06.09 à 14:52 | tags : roman, édition
Lancées en avril dernier avec notamment la parution d'un ouvrage de Dan Fante (le fils de John), les éditions 13e note n'avaient pas tout de suite attiré notre attention malgré une ligne éditoriale pour le moins alléchante. Sexe, drogue, rock'n'roll : voilà de quoi ravir de nombreux nostalgiques de la Beat generation, et plus généralement les adeptes d'une littérature qui remue.
 

« Ombres bleuies par l'amour et déchirées par la dèche, groggy, terrifiées par leur reflet dans le miroir fêlé des chiottes d'un motel, au fond d'un verre de bourbon ou dans les yeux d'une pute carbonisée à la meth. » L'esprit de 13e note est clair : les livres sont là pour heurter, blesser, shooter ; faire saigner, planer, baiser. A l'image de Dan Fante et de son Régime sec, ou de Mark Safranko (Putain d'Olivia), les auteurs que publie cette toute jeune maison ne prennent pas de pincettes : les mots sont crus, les gens sont nus, le texte mord comme le fait toute poésie née sous hallucination.

Si vous êtes tentés par un petit voyage en enfer, les éditions 13e note vous proposent donc quelques tickets. Le dernier en date : Notre Dame du Vide de Tony O'Neill, dont Flu, en partenariat avec les éditions 13e note, vous fait gagner quelques exemplaires.

Participez au concours 13e note pour gagner des exemplaires de Notre Dame du vide.

 

Le site des éditions 13e note




L'étrange succès de John Creasey

Posté par Myosotis le 09.06.09 à 15:17 | tags : élucubration, polar, roman

Les anniversaires de décès fournissent de bonnes occasions de raconter l'histoire littéraire vue par le petit bout (magique) de la lorgnette. Alors que s'éteignait, il y a tout juste 26 ans, à Salisbury, le romancier John Creasey, il est à parier que son histoire et son oeuvre seront définitivement enterrées par l'Histoire officielle, à moins que d'obscurs amateurs n'en redemandent et n'aident à sa redécouverte.

 

Auteur de plusieurs centaines de romans - la rumeur veut qu'ils soient au nombre de 562 en 40 ans - qu'on peut ranger sans trop risquer de se tromper dans la catégorie "aventures", Creasey a surtout donné naissance à l'un des personnages les plus célèbres à avoir raté leur chance d'être connus de la littérature : le Baron. Se payer un petit Baron pour l'été, c'est réussir ses vacances sans aucun risque d'être déçu. Creasey a évité presque tous les écueils du genre : le machisme, le sexisme, le racisme, pour ne garder que le meilleur, l'aventure, l'aventure et... l'aventure. Chaque Baron (mais il faut lire en VO uniquement d'autres de ses séries comme Departement Z ou Sexton Blake) est un plaisir de gourmet, une vraie bouffée d'oxygène. Cela mérite un détour ici.




Visitez l'Italie avec Henri Calet, façon Gonzo

Posté par Céline le 29.05.09 à 16:36 | tags : roman, news

En choisissant de rééditer L’Italie à la paresseuse d'Henri Calet, auteur mal publié à l'époque (des années 30 aux années 50), Le Dilettante sort des chemins balisés de la littérature académique... pour notre plus grand plaisir.

 

Amateurs de tours-opérateurs s'abstenir : ce roman n'a du guide touristique que l'apparence. Prétextant un voyage de presse, l'écrivain revisite l'Italie à sa manière, en dilettante : Calet voyage en troisième classe, quand ce n'est pas dans le wagon à bestiaux ! Henri Calet n'a rien d'un mondain. Son expression est simple et généreuse. Son roman traite des hommes (et si possible des petites gens) plutôt que des apparats culturels de la botte italienne. "Et maintenant, je dois m'accuser de n'avoir pas vu la chapelle Sixtine ni le château Saint-Ange, ni aucun musée ni le Forum... Je n'ai fait qu'entrevoir l'eau du Tibre en passant sur un pont, en filobus". Loin des clichés servis aux touristes, ce journaliste-écrivain peu connu du grand public nous emmène en balade, pour le meilleur et pour le rire.

Lire la suite de la chronique sur Fluctuat

Voir aussi :

Le Festival des Etonnants voyageurs : les séries US à l'honneur
Le diaporama des photos inspirées d'oeuvres littéraires




Paul Theroux démonte le mythe de l'Inde éternelle

Posté par Céline le 25.05.09 à 12:01 | tags : roman, news

L'Américain Paul Theroux a beaucoup voyagé. Assez voyagé, sans doute, pour ne plus se faire d'illusions. Dans le sillage de ses précédents ouvrages - Railway bazaar, Patagonie express - il décrit ainsi, dans Suite indienne, une Inde à rebours des fantasmes et des clichés : une Inde sensuelle, inquiétante, où spiritualité et affabilité sont supplantées par folie et cupidité.

 

On se souvient que la dernière création de Pina Bausch, consacrée à l'Inde comme le roman de Paul Theroux, nous avait déçu : trop lisse, l'image de l'Inde éternelle et sacrée que reflétait Bamboo Blues avait des allures de brochures touristiques pour riches occidentaux assoiffés de spiritualité. Avec Suite indienne, Paul Theroux nous livre l'exact opposé du travail de la chorégraphe : le pays qu'il y décrit est sale, cupide et dangereux, et aura vite fait d'engloutir ses personnages comme Lilith avale ses amants...




Le premier roman de David Foster Wallace enfin traduit !

Posté par Maxence le 18.05.09 à 10:03 | tags : news, roman, au diable vauvert, édition
Joie ! Allégresse ! C'est désormais officiel : la prose ampoulée mise au service d'une imagination délirante de David Foster Wallace, malheureusement décédé il y a un an, va faire son "second coming" dans nos contrées sous peu ! Les éditions du Diable Vauvert annonce la parution, en août prochain, de La Fonction du balai, premier roman de celui que l'on considérait déjà comme le Thomas Pynchon du XXI° siècle.
 
Écrit en 1986, La Fonction du balai raconte l'histoire de Lenore Beadsman, une héroïne vivant en 1990 dans une version légèrement altérée de Cleveland, à la frontière d'une immense friche suburbaine, le Grand Désert d'Ohio. Standardiste dans une maison d'édition, la jeune femme doit faire face à la disparition de son arrière-grand-mère (ancienne disciple de Wittgenstein), ainsi qu'à la jalousie pathologique de son petit ami et patron, l'éditeur Rick Vigorous. Pour couronner le tout, sa perruche, portant le doux nom de " Vlad l'Empaleur ", devient une star de la télévision lorsqu'elle se met à déblatérer un mélange de jargon psychologique, de poésie britannique et d'extraits de la bible du roi Jacques sur une chaîne tenue par des chrétiens fondamentalistes...
On le voit, avec ce livre au pitch surréaliste, prétexte à explorer les paradoxes du langage, de la narration et de la réalité, l'auteur savait déjà lier histoire décalée, critique de l'absurdité de son pays et humour aussi débridé qu'intelligent.
 

A noter que La fonction du balai sera suivi de "David Foster Wallace pour mémoire", un recueil d'hommages signé par les plus grands écrivains américains contemporains, parmi lesquels Colin Harrison (Havana Room, Manhattan nocturne), Don De Lillo, auteur de quatorze romans, dont Outremonde et Bruit de fond, Zadie Smith, auteur de trois romans, dont Sourires de loup (Gallimard), George Saunders (Grandeur et décadence d'un parc d'attraction et Pastoralia) et Jonathan Franzen (Les Corrections, La Zone d'inconfort). Vivement le mois d'août !




Peter Watts explore nos espaces intérieurs

Posté par Céline le 12.05.09 à 17:30 | tags : roman, science-fiction, news
Ecrivain canadien encore inconnu en France, Peter Watts débarque en librairie avec Vision aveugle, un livre de science-fiction d'une ambition rare qui concentre, sur un peu moins de 400 pages, propos scientifiques pointus, réflexions philosophiques et ambiance macabre au service d'un imaginaire débridé. Un parfait exemple de divertissement intelligent. On en redemande !
 
Sous ses dehors de space opera classique (une mission envoyée à la rencontre d'un artefact extra-terrestre), Vision aveugle abonde en questions cruciales sur le devenir de l'humanité et surtout sur le but de son évolution. Parmi celles-ci, certaines reviennent de manière récurrente : à partir de quand une société cesse t-elle d'évoluer ? Quel est le point de rupture entre évolution et destruction ? Existe t-il vraiment une nature humaine ? En bonne auteur de science-fiction, Peter Watts fournit bien évidemment de nombreuses réponses.

 



Participez au Prix Bartleby, le prix du roman inachevé

Posté par Céline le 11.05.09 à 11:28 | tags : news, prix, roman, jeux littéraires

Plus de 60 000 titres publiés chaque année. Et combien d'autres milliers qui ne verront jamais le jour ?


Il est temps de rendre hommage à toutes les œuvres inachevées qui traînent au fond de nos (vos) tiroirs. Le Prix Bartleby - prix du roman inachevé - propose désormais "d'affirmer la beauté de l'inachèvement littéraire" en récompensant cette année "la meilleure œuvre non menée à sa fin".

 

Si vous nourrissez vous-même quelques velléités d'écriture, si vous avez déjà commencé un ou plusieurs romans sans jamais avoir atteint le point final, si vous n'arrivez pas à aller au-delà de la première page - voire de la première phrase ! - et si vous pensez vous aussi qu'il est des œuvres qui feraient mieux de ne jamais voir le jour, le Prix Bartleby est donc fait pour vous !

 

Lancé par Frédéric Royer, à qui l'on doit déjà les irrévérencieuses cérémonies des Gérard du cinéma (diffusion le 12 mai sur Paris Première) et de la télévision, le Prix Bartleby est aujourd'hui le premier et l'unique prix littéraire qui interdit aux romans achevés de concourir (et on ne triche pas en tronquant des œuvres achevées, dit le règlement, sous peine d'être éliminé...). Un roman inachevé peut correspondre à 700 pages, 20 pages, un feuillet, voire de l'incipit.

 

Fluctuat est partenaire du Prix Bartleby, qui sera remis en novembre prochain.
Pour participez, il suffit d'envoyer vos manuscrits inachevés par email avant le 30 septembre 2009 (prixbartleby@gmail.com).

Pour en savoir plus sur le Prix Bartleby : lire l'entretien avec Frédéric Royer sur Fluctuat, et rendez-vous sur le site du Prix Bartleby.

 

 




Thomas Day : de l'american drug trip à la mafia japonaise

Posté par Maxence le 05.05.09 à 17:15 | tags : roman, science-fiction, news

Ecrivain, globe-trotter, directeur de collection pour Denoël, critique intransigeant et curieux impénitent, Thomas Day, alias Gilles Dumay, cultivent deux obsessions (parmi d'autres) : les Etats-Unis (ses mythes, ses légendes - urbaines ou rurales - sa contre-culture, son cinéma, ses moeurs exotiques) et le Japon (pratiquement pour les mêmes raisons). Cela tombe bien puisque le français sort justement deux livres qui explorent ces univers : This is not America au titre transparent (les amateurs de David Bowie reconnaîtront le clin-d'oeil) chez Actu SF et La maison aux fenêtres de papier, en poche chez Folio.

 

De science-fiction il est bien évidemment question ici, mais pas n'importe laquelle. Dans chacun de ses deux ouvrages, un recueil de trois nouvelles pour le premier et un roman pour le second, l'auteur explore l'histoire et les mythes de ces deux pays à l'aune de ses fantasmes et de sa culture (intarissable) les concernant. Ce n'est donc pas vraiment d'uchronie dont il s'agit ici, mais bel et bien de l'évocation de grands moments de l'histoire, revus et corrigés par un français à l'imaginaire baladeur et prolifique.

C'est tout d'abord une Amérique toute de traviole dans This is not America, véritable american drug trip (c'est d'ailleurs le titre de l'une des nouvelles) : l'assasinat de JFK a été fomenté par des extra-terrestres liquides vivant en symbiose avec leurs hôtes, un homme raconte sa vie à un ours, un président est obligé d'incarner successivement différentes figures historiques au destin tragique pour sauver le monde. Trois récits tour à tour émouvant, hilarant et savant, dont la philosophie guerrière, comme toujours chez l'auteur, est prétexte à voir plus loin, à croiser la métaphore avec une Amérique bien connue mais dont la réalité, en soit, est déjà tellement démesurée que ces distorsions ne forment qu'une fantaisie de plus dans le paysage local.

 

C'est ensuite l'évocation d'un japon de l'esprit avec La Maison aux fenêtres de papier. Ici, l'écrivain prend pour prétexte la lutte fratricide de deux démons nés des explosions successives d'Hiroshima et de Nagasaki, pour dépeindre les collusions - pour le coup bien réelles - entre pouvoir et mafia locale dans l'histoire du pays, de l'immédiat après-guerre à aujourd'hui. Un roman d'action haletant et cultivé, derrière lequel se cache une histoire bien plus secrète. A ce titre, La Maison aux fenêtre de papier, extrêmement documenté et bourré de références aux grands réalisateurs du cinéma nippon, de Kinji Fukasaku (Duel à Okinawa) à Takeshi Kitano, sans oublier les écrivains philosophes (Murakami Ryu, Yukio Mishima), est un vrai plaisir de lecture.

 

Bref, deux très bons titres dont il serait dommage de se priver, d'autant qu'ils forment une excellente introduction, pour ceux qui ne la connaissent pas déjà, à l'oeuvre de cet étonnant voyageur de l'imaginaire contemporain.




Le Don de Toni Morrison

Posté par Céline le 05.05.09 à 11:07 | tags : news, roman
Toni Morrison occupe une place auréolée de respect, qui en fait en quelques sortes la "boss" de la littérature américaine. Prix Pulitzer pour Beloved, puis nobélisée en 1993, l'écrivain incarne, à 78 ans, la matriarche adorée d'une nation réconciliée autour d'un messianique président métis.

Et c'est bien à la naissance de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus sublime et pervers à laquelle elle s'attaque inlassablement tout au long de son œuvre. Dans Un don, elle évoque le péché originel du massacre des Indiens : c'est dans la douleur que la glorieuse nation s'est imposée au reste du monde. Entre l'extrême rudesse d'une nature à peine déflorée et l'incroyable violence des rapports humains, le roman montre l'immense fragilité de vies sans cesse menacées : celles des riches comme celles des pauvres, des blancs comme des noirs, des hommes comme des femmes.
 



Tom Franklin, un pendant comique de Cormac McCarthy ?

Posté par Céline le 15.04.09 à 17:03 | tags : news, roman

L'histoire brutale de l'ouest sauvage revue et corrigée par un grand farfelu, cela donne Smonk, un roman sudiste jubilatoire plein de "bruit et de fureur", signé Tom Franklin.

 

C'est sur un carnage homérique que s'ouvre Smonk, deuxième roman traduit de l'écrivain originaire de l'Alabama, dont la plume virulente et l'humour - aussi dévastateur que les humeurs de son iconoclaste personnage - redonne un coup de jeune aux récits de colonisation généralement offert par ses pairs. Avec son style exubérant, Franklin est un peu le pendant comique de Cormac McCarthy quand celui-ci écrit Méridien de Sang ou le Rougeoiement du soir dans l'ouest, son théâtral récit de la conquête de l'ouest (que d'aucuns qualifièrent, allez savoir pourquoi, de "métaphysique").

Western violent, loufoque et (forcément) jubilatoire, Smonk recèle aussi sa part d'ombre. A la manière à la fois inquiétante et grotesque d'une histoire filmée par David Lynch, le roman de Tom Franklin fait appel aux images de l'enfance, ses contes et ses mythes, qui sont aussi ceux de l'ouest sauvage, tout en distordant la réalité avec enthousiasme (...).

Lire la suite de la chronique de Smonk sur Fluctuat




Le fait-divers sanglant qui inspira Charles Dickens...

Posté par Gwenola le 14.04.09 à 15:24 | tags : roman, news

Souvenez-vous de la scène d’Oliver Twist dans laquelle une pauvre prostituée, Nancy, est sauvagement poignardée dans son lit. Selon l’écrivain Rebecca Gowers, elle serait directement inspirée d’un meurtre réel, celui d’Eliza Grimwood, survenu en 1838 mais rendu public par le Daily Telegraph en juin 1888, soit tout juste quatre mois avant la publication du roman de Dickens...

 

Dickens aurait trouvé dans ce crime sordide survenu dans les bas-fonds londoniens matière à son roman. Miss Gowers a retrouvé des archives appartenant au romancier concernant cette affaire, ainsi que deux lettres écrites respectivement avant et après le meurtre, dans lesquelles Dickens expose d’abord son manque d’imagination concernant ses personnages, puis fait preuve d'un soudain regain d’inspiration dans la seconde lettre. La description du meurtre d’Eliza Grimwood, relaté par la presse de l’époque, comporte de nombreuses similitudes avec celui de la fiction.

 

Sang pour sang Dickens

Dans les deux cas, la victime à demi-dénudée est frappée à mort par son fiancé (bien que l’assassin présumé de la victime réelle ait été acquitté faute de preuves). La scène est si violente – on y voit Bill Sikes s’acharner sur le corps déjà sans vie de sa victime - qu’elle a longtemps été rejetée par la critique qui reprochait à l’écrivain d’avoir cherché à effrayer son lectorat. La controverse tient aussi au fait que ce genre de fiction criminelle plaisait à un large public, comprendre aux classes populaires, friandes de ces histoires pas si éloignées de leur quotidien du quartier de l’East End. Jack l'éventreur y sévira à peu près à la même époque que la publication du roman.

Dans son roman, Dickens n'hésite pas à ajouter de nombreux détails sanglants : il transforme la chambre de Nancy en un véritable bain de sang et en asperge même le chien de Sikes au passage. Cette scène de carnage, qui paraît-il comptait parmi les préférées de l'écrivain, est aujourd'hui un morceau d'anthologie.

"Le brigand dégagea un de ses bras et saisit son pistolet. La pensée qu'il serait immédiatement découvert s'il faisait feu lui traversa l'esprit malgré l'accès de rage auquel il était en proie. Il frappa deux fois de toutes sa force, avec la crosse du pistolet, la tête de la jeune fille qui touchait presque la sienne. elle chancela et tomba, aveuglée par les flots de sang qui tombait de son front (...) C'était un affreux spectacle. L'assassin gagna la muraille d'un pas chancelant ; puis, mettant sa main sur ses yeux, il se saisit d'un lourd gourdin et acheva sa victime."




Jean-Marie Laclavetine dissèque la génération soixante-huitarde

Posté par Céline le 09.04.09 à 17:55 | tags : news, roman, histoire
Editeur depuis 20 ans chez Gallimard, écrivain discret et solide, récompensé pour son amusant Première ligne par le Goncourt des Lycéens, Jean-Marie Laclavetine signe avec Nous voilà le livre le plus pertinent de ces dernières années sur mai 68 et sa postérité sociale.
 

Mieux qu'un essai, moins caricatural que la plupart des écrits « intelligents », revanchards ou nostalgiques sortis récemment, le roman de Laclavetine restitue le début des années 70, les combats idéologiques et l'air du temps dans toute leur complexité et leur folie. Sorte de chronique aventurière du Xxe siècle, déroulée sur quasiment 40 ans, Nous voilà file le destin d'un couple, Paul et Lena, emporté par la tourmente historique, vibrant d'idéalisme et souvent accablé par les désillusions. L'écrivain jongle avec les faits divers (le vol du cercueil du Maréchal Pétain par l'extrême-droite), les événements historiques et des destinées individuelles pour livrer une grande odyssée populaire aussi drôle que foncièrement désespérante.

Dans un entretien avec Fluctuat, Jean-Marie Laclavetine revient sur son itinéraire intime, littéraire, politique et professionnel : "J'avais besoin de confronter cette époque, ses discours souvent grandiloquents et fallacieux, ses idéaux discutables, ses combats indiscutables (par exemple celui pour la liberté de l'avortement), avec notre époque, à la lumière notamment de la droitisation progressive d'une frange importante de l'extrême-gauche d'alors. De quelle nature étaient donc en vérité les convictions de ces gens, dans les années 70, si trente-cinq ans plus tard on les retrouvait aux côtés de Bush et de Sarkozy pour une défense de l'Occident chrétien ?"

Lire la suite de l'entretien sur Fluctuat




L'étrange succès de Benoît Duteurtre : c'est celui qui le dit qui y est (23)

Posté par Myosotis le 08.04.09 à 12:45 | tags : littérature en vidéo, roman, elucubration
 
Benoît Duteurtre est une figure assez intéressante de la littérature française d'aujourd'hui. Reconnu et méconnu à la fois, il se taille à chaque sortie d'un roman un franc succès critique (à quelques exceptions près) et populaire, sans représenter à la manière d'Angot, de Houellebecq ou d'autres, une sorte de Formule 1 du paysage littéraire ou une star du genre. Les romans de Duteurtre présentent un ensemble de qualités qui correspondent parfaitement au goût de l'époque :
 
1) ils sont inscrits dans le présent : Duteurtre a parlé de l'interdiction de fumer, de l'écologie, de l'opérette, des vaches (donc de nous), de la société d'aujourd'hui, du conformisme et des grands sujets qui font l'air du temps. Ces approches sont simples, mais colorées subtilement d'anticipation, assises sur des personnages taillés près du corps et qui renvoient au quotidien de chacun. Ce réalisme culturel, à défaut d'être vraiment social (Duteurtre parle et écrit bourgeois) en fait l'un des rares écrivains français généralistes à parler macro et macrosocial.
 
2) ils sont un brin satiriques et intelligemment bâtis : l'exemple le plus emblématique du talent de Duteurtre est son Service clientèle, encensé par la presse de droite et de gauche et qui s'intéressait quasi exclusivement aux "nouvelles technologies" et à leur portée envahissante, voire avilissante. Portables, abonnements internet : le tout était abordé assez brillamment (drôle disons) comme s'il s'agissait d'une approche journalistique, tendance magazine féminin. Duteurtre sait amuser et ne lésine pas sur les rapprochements bizarroïdes. Dans son avant dernier ouvrage, il parle de sa famille, du Président René Coty dont il est le descendant, de la bourgeoisie, des chrétiens. A son échelle, Duteurtre est le Etienne Chatiliez du livre, un renifleur de tendances plutôt habile et un romancier éditorialiste inspiré. Petite entorse à la règle, son dernier ouvrage Ballets Roses, s'il navigue toujours en eaux IVème République, parle des parties fines d'André Le Toquer, président de l'Assemblée Nationale, de notables et filles de petite vertu, soit une vrai histoire vraie au service de l'imagination.
 
3) ils sont bien écrits : cela doit être souligné. Nourri chez Houellebecq, Duteurtre est un des tenants de l'Ecriture Contemporaine, soit une écriture... française... sans trop de fioritures mais d'une limpidité et d'une lisibilité totales. Il est donc moderne tout en restant classique. Pas de mots savants (ou pas trop), pas d'effets de style intempestifs, pas de recherche excessive d'originalité mais une quête d'efficacité et de précision qui est tout à fait louable. Il ne faut pas confondre ce type d'écriture avec une écriture sans âme ou "surimi", ce serait une grave erreur.
 
4) ils sont tenus de telle sorte qu'ils ne blessent pas et ne créent pas la polémique : c'est vraisemblablement là la faiblesse de Duteurtre. Il ne parle souvent que de ce dont on attend qu'il parle. Son observation sociale est consensuelle (il est du côté de la majorité) et dépasse rarement les limites de l'acceptable. Duteurtre, connu à ses débuts pour être l'amant d'Annie Ernaux, a des allures de gendre idéal... du moins dans ses livres. Il est simple, normal, présente bien et pense à l'avenant. Ses prises de position sont courageuses mais peu radicales. En cela, il a un côté académique, presque Vieille France et finalement plutôt conservateur qui peut agacer et fait que les réactions à ses livres et à son écriture sont peu marquées. Duteurtre comme les français aime l'eau tiède qui se donne des allures d'eau bouillante. Il aime l'engagement qui ne fait pas mal aux jambes et les prises de risques... calculées.
 
A l'image de cette scène (un rien ennuyeuse) en vidéo où le point de fixation trop fugace est son intervieweuse poitrinée, le discours de Duteurtre est un discours dramatique parce qu'il met (presque) tout le monde d'accord, un discours intéressant, intelligent mais qui appelle sur le fond et la forme à la concorde. L'excellente littérature doit comporter (peut-être ?) une part de violence et de méchanceté qui semble absente de son mode d'élaboration. Cette absence de rage et ce côté rigolard font qu'on peut aimer Duteurtre mais pas totalement le prendre au sérieux. Le satiriste doit inspirer de la peur (Houellebecq) et Duteurtre fait sourire. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas lire Les pieds dans l'eau, A propos des vaches, Chemins de fer, Service Clientèle,... mais qu'on n'y trouvera pas tout ce qu'on pourrait y venir chercher.



Alain Delon est une star au Japon : le teaser

Posté par Myosotis le 01.04.09 à 17:50 | tags : news, roman
Alain Delon est une star au Japon
"- Je ne vous accuse de rien, Monsieur Delon, mais vous tenez entre les mains la raison de votre kidnapping. Etes-vous d'accord pour que je vous rafraîchisse la mémoire ?

- On m'a déjà fait ce coup-là des dizaines de fois figurez-vous, mais allez-y, puisque nous y sommes. Je vais reprendre un peu de vin. Cela me permettra de survivre à ce que vous avez à me raconter.

Il tenait cette phrase du Guépard. Luchino Visconti l'avait placée dans la bouche de Burt Lancaster. Delon s'en était rappelé à propos pour feindre le détachement. Il vida la bouteille de Pomerol dans le verre ballon et se mit en position pour écouter Kaizuo.

Avec cette comédie à suspense, Benjamin Berton fait plus que confirmer ses talents de conteur et son humour fantasque. (sic) Il dresse le portrait tout en nuance du dernier grand acteur français et prouve que seule la fiction pouvait raconter l'homme derrière le mythe Alain Delon. (re-sic)"

 

Cette quatrième de couv ne dit pas grand-chose à mon sens mais il paraît qu'il n'en faut pas trop dire pour que la curiosité du lecteur soit titillée. Alain Delon est une star au Japon n'est, de mon point de vue, pas strictement une "comédie à suspense" mais évidemment un roman ou à la rigueur, une histoire. Cette réaction est sans doute un rien snobinarde mais je trouve un peu dépréciative l'idée qu'un roman puisse être avalé par un genre (une classification) qui relève essentiellement du domaine cinématographique.

 

J'ai en revanche vraiment flashé sur cette couverture et ces deux adolescents japonais en racailles qui trônent au premier plan et qui ressemblent trait pour trait à l'idée que je me faisais de mon duo adolescent. Alain Delon est l'histoire (pour ceux qui ne l'auraient pas compris) de deux jeunes japonais (un couple) qui enlèvent Alain Delon à Paris, l'emmènent dans un endroit isolé (une maison en Creuse), le temps de pratiquer sur lui (et d'obtenir les résultats) un test de paternité. Le garçon, Kaizuo, est en effet convaincu qu'Alain Delon est son père et qu'il est né d'une liaison entre l'acteur et sa propre mère, traductrice étudiante ayant travaillé à l'organisation du Festival de Tokyo à la fin des années 80. Voilà en bref. Pour le reste, ce n'est évidemment pas à moi de parler de cette affaire. J'espère évidemment que le livre tiendra aussi bien la route que son titre (une bonne inspiration) qui en fait saliver pas mal.

 

Lire aussi :

Alain Delon et moi, 5 souvenirs cultes

La chronique d'Alain Delon est une star au Japon 




Le top 5 des livres difficiles mais qu'on peut lire quand même

Posté par Myosotis le 27.03.09 à 10:32 | tags : roman, élucubration, short-list

A deux pas du néant -Tim PowersSans doute vous est-il arrivé parfois de trouver que certains livres étaient trop compliqués pour vous, que vous n'auriez pas sur votre petite personne, votre petite culture, votre petite intelligence, votre petit cerveau, suffisamment de ressources pour en comprendre tout ce qu'il y avait à comprendre. Cette situation nous arrive évidemment chaque jour lorsqu'on se promène en librairie ou en bibliothèque : on écarte machinalement des centaines d'ouvrages jugés trop techniques (un précis de géomorphologie, le guide des bonnes pratiques électromagnétiques, L'Etre et le Néant,...), trop chiant ou long pour ce qu'on a d'énergie ou bien sûr éloignés de nos centres d'intérêt (A la recherche du temps perdu, Millénium, Da Vinci Code).

 

Et puis il y a les vrais livres ardus, ceux qu'on avait une envie folle de lire, parce que le thème nous correspondait, parce qu'on en avait lu du bien dans la presse, parce qu'ils avaient l'air superchouettes et qui d'une façon ou d'une autre, sont devenus des montagnes dès les premiers chapitres, des trucs invraisemblables et qu'on a fini par abandonner - très vite - ou au contraire, sur lesquels on s'est acharné de longues heures, de longues semaines, de longs mois parfois, parce qu'ils nous valaient bien. En voivi quelques exemples avec le "top 5 des livres ardus mais qu'on peut lire quand même parce qu'ils sont chouettes même quand on est nuls" :

 

5. Tim Powers, A deux pas du Néant : le livre de Tim Powers est peut-être la variation la plus compliquée et tordue que vous trouverez aujourd'hui sur les voyages dans le temps. L'auteur y mélange des espions israéliens, Albert Einstein, des sociétés secrètes, Charlie Chaplin et des esprits frappeurs. C'est à la fois comique et un grand roman d'aventure mais il faut sacrément s'accrocher sur les 200 premières pages pour ne pas lâcher prise. A déconseiller à ceux qui trouvent que Retour vers le futur, le film, est trop compliqué quand Marty est en double dans un même espace temps.

 

4. William H. Gass, Le tunnel : J'ai déjà dit pas mal de choses sur ce Tunnel, parfois mal, parfois de manière imprécise. Avec le recul, le roman se confond aujourd'hui dans mon esprit avec son titre. A moins qu'on ne lui préfère le trou noir. Trop dense pour moi, le livre demande une attention, une concentration, un arrêt sur les mots que je n'ai pas les moyens de mettre à son service. La complexité ne tient pas comme chez Powers à l'intrigue mais plutôt à la construction, au style, à la nature même du projet.

 

3. Salman Rushdie, Les Versets sataniques : Ma première tentative de lire Les Versets Sataniques est intervenue au moment de leur publication (polémique). Je voulais savoir quelle sorte de livre pouvait entraîner une telle réaction. Je n'ai jamais su, ni jamais réussi à comprendre qui était qui, bloqué gamin par les noms indiens des personnages, puis par la construction rushdienne du récit, trop exotique pour mon esprit cartésien. J'ai réessayé à plusieurs reprises de comprendre Les Versets mais doit avouer ma totale impuissance. Caramba, encore raté !

 

2. Thomas Pynchon, Mason et Dixon : L'un de mes plus gros échecs de lecteur. Un livre qui sur sa jaquette a tout pour plaire et qui me reste impénétrable. Roman picaresque, géographie, jeux et énigmes, fantaisie et fantastique, et je reste à la porte, scotché par la débauche de moyens, la maestria du romancier, l'ampleur du projet, comme un gamin qui renonce à rentrer dans un palais parce que le portail est trop grand pour lui.

 

1. James Joyce, Finnegans wake : Difficile d'échapper à Finnegans Wake dans un tel classement. Je l'ai lu pour dire que je l'avais lu, dans l'ordre et sans sauter une page (l'erreur ?). L'impression est étrange (j'en ai repicoré un morceau l'autre jour). On paie assez cher les grands moments où l'on chevauche le texte à dos de mots, à la vitesse d'un train au galop. On paie assez cher en moments de solitude, en ennui et décryptage. L'impression parfois de se coltiner un morceau d'araméen sans le dictionnaire qui va avec. Finnegans résume à lui seul l'intérêt et la difficulté qu'il peut y avoir à aimer les livres "durs à comprendre".




Quand Arletty lisait Louis-Ferdinand Céline

Posté par Maxence le 11.02.09 à 16:45 | tags : roman, littérature en vidéo

Il y aurait beaucoup à dire sur le site anglais Ubu.com, référence mondiale en ligne de poésie sonore que ses créateurs glanent et archivent tout autour de la planète. Mais c'est plus exactement sur la lecture de Mort à crédit de Louis Ferdinand Céline par la chanteuse Arletty que l'on se penchera aujourd'hui. Mort à crédit, œuvre impérissable de celui qui reste aujourd'hui encore le plus grand des stylistes français, méritait une grande voix. Avec Arletty, elle l'a trouvée.

Il faut dire que l'actrice populaire et l'écrivain partagent une histoire commune. Tous deux natifs de Courbevoie, ils furent également tous deux accusés de collaboration. Céline pour les écrits que l'on sait (entre autres), Arletty pour avoir commis la faute de tomber amoureuse d'un officier allemand. Celle qui déclarait à ce propos, "Si mon coeur est à la France, mon cul est international !", sera d'ailleurs une des seules à défendre l'auteur du Voyage au bout de la nuit, et elle venait parfois le visiter à Meudon, comme le prouvent de fameuses photos.

Sur Ubu.com, on entend aussi la chanteuse lire "Le certificat d'étude" et "Le départ pour l'Angleterre". Si l'on retrouve bien évidemment la gouaille attendue, c'est surtout le ton qui marque. Arletty aimait et respectait les écrits de Céline, cela se sent. Elle parle d'ailleurs plus amplement de son admiration pour l'auteur, de leur racines communes et des déboires que leur valurent l'occupation, dans ses Mémoires parues en 1971 aux éditions de la Table Ronde (épuisé, mais encore trouvable chez les bouquinistes, en ligne ou ailleurs).

En attendant, on profitera de ces deux extraits lus par la chanteuse, ainsi que d'un troisième, disponible sur Dailymotion, "Les vacances en famille" :
 


A noter qu'Ubu.com recense aussi les films et vidéos d'archive. On retrouve ainsi le fameux "Louis-Ferdinand Céline - Un diamant noir comme l'enfer" tiré de l'émission "Un siècle d'écrivains" de 1998.
 
Lire aussi : 
Céline et les nouilles : C'est celui qui le dit qui y est



L'écrivain Alaa El Aswany dénonce l'hypocrisie et la servilité égyptiennes

Posté par Céline le 06.02.09 à 12:33 | tags : news, édition, roman
J'aurais voulu être égyptienAuteur de L'Immeuble Yacoubian (2002) et de Chicago (2006), l'égyptien Alaa El Aswany fait partie des écrivains arabes les plus connus au monde. Troisième de ses ouvrages à être traduit en français, son recueil de nouvelles J'aurais voulu être égyptien paraît aujourd'hui aux éditions Actes Sud.
 
Alaa El Aswany s'était vu refuser à trois reprises la publication de son livre par l'Etat égyptien, il y a de cela plus de dix ans - car J'aurais voulu être égyptien fut écrit au début des années 1990, bien avant les deux romans qui le firent connaître.
 
Aujourd'hui mondialement connu, Aswany a donc eu l'idée ressortir ses vieux feuillets du tiroir. Dans la préface (un petit bijou cette préface, il faut la lire), il s'offre le plaisir d'une petite mise au point à l'adresse du gouvernement égyptien, à qui il reproche de n'avoir pas compris l'essence même de la littérature en confondant imaginaire et réel, narrateur et auteur... Fluctuat a rencontré au Caire cet écrivain engagé, qui nous parle sans détour de cette Egypte qu'il aime mais juge sévèrement. 



Quels romans faut-il lire pour mieux traverser la crise ?

Posté par Céline le 05.02.09 à 10:40 | tags : news, elucubration, roman, short-list
Dans la dèche à Paris et à LondresOn aurait tendance à dire que la vie ne peut pas s’apprendre (que) dans les livres. Pourtant une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’université de Washington, basé à Saint Louis, montre le contraire : loin de déconnecter de la réalité, la lecture donnerait les moyens d’affronter certaines situations de la vraie vie… Quels livres faudrait-il alors avoir lu pour traverser la crise de 2009 ?

C’est un article du Guardian qui nous fait le rapport de cette étude, lancée par le département des sciences cognitives de l’Université de Washington. Des examens menés sur plusieurs participants ont révélé que la lecture, loin d’être une activité passive, stimule considérablement l’activité cérébrale du lecteur, en fonction des contenus du livre en question. Par exemple, s’il est fait mention d’un personnage qui tire sur une corde, c’est la région du cerveau contrôlant nos mouvements pour saisir les objets qui se retrouvera en pleine activité. La lecture permettrait donc au lecteur d’assimiler toute situation rencontrée dans le récit, de sorte à pouvoir réagir dans la vraie vie face à une situation similaire. En d’autres termes, lire les aventures sentimentales désastreuses de Bridget Jones aideraient les femmes à mieux gérer leur vie amoureuse…

Lire la suite de l'article

 

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Les bienfaits de la pub sur Fluctuat : le jour où j'ai croisé Lucas Grant

Posté par Myosotis le 13.01.09 à 10:24 | tags : roman, élucubration

Certains s'en sont plaints pour le principe, d'autres s'en foutent : il y a désormais de la publicité incrustée directement entre les billets de ce blog. Cela ne gêne pas vraiment la lecture et oblige simplement à glisser un peu plus vite et un peu plus loin pour aller du post aux commentaires, du billet au billet suivant, etc. La publicité est partout et j'imagine que cela fait quelques rentrées d'argent supplémentaires, ce qui, en temps de crise, comme l'a souligné un observateur, est dans l'air du temps.

 

Comme le système n'est pas imbécile (c'est même bien fichu), le robot publicitaire (google ?) prévoit que les pubs encastrées soient en relation avec le blog dont il est question. J'ai ainsi pu successivement mener une requête idiote sur un moteur de recherches de liens totalement inefficace (j'ai déjà oublié le site qui m'a renvoyé DANTE pour DANTEC, DATE, etc, d'une manière catastrophique), acheter une bibliothèque en chêne massif à 12 000 euros (12 000 euros ! ils croient qu'il n'y a que des millionnaires sur ce blog ou quoi) avant de découvrir ce lien magique vers les Editions Harlequins et ce teaser extraordinaire pour SECRETS DELICES. La pub a du bon. Sans elle et sans Fluctuat, je ne serais jamais allé à la rencontre de SECRETS DELICES, roman à l'intrigue singulière et inventive mettant en avant le beau Lucas Grant "grand, fort, des épaules musclées et un visage parfait". Ouais, Lucas Grant est une sorte d'Alain Delon en plus baraqué, qui "respire la sensualité". Oh bon sang. Le nom même de Lucas Grant est sexy : l'alliance d'un nom fort et aux consonnances anglo-saxonnes GRANT, comme Cary ou ces personnages de Jules Verne, Lucas qui suggère le raffinement, la modernité. Et puis cette couverture incandescente, stimulante et qui mérite à elle seule le détour. Je n'ai évidemment pas encore lu SECRETS DELICES mais je suppose que son auteur Sarah Mayberry (ça sent le pseudo pour Georgette Marseillet ou Ghislaine Matthieu ou Eric Romdentel....) est un ponte de l'écriture d'aujourd'hui, capable de rendre à la perfection le frisson d'une braguette qui s'ouvre dans le petit matin, le battement d'un coeur dans le soleil levant. La pub sur Flu, c'est aussi ça, plus de désir de consommation, de stupre et de désir tout court. 

 

Secrets délices de Sarah Mayberry : Grand, fort, des épaules musclées et un visage parfait : Lucas Grant est incroyablement séduisant, encore plus beau que sur les photos des magazines où Sophie l'a souvent admiré. Bien trop troublée par sa présence, elle se demande si elle n'a pas accepté un peu vite de suivre ce play-boy dans une villa aussi idyllique qu'isolée afin d'être sa cuisinière pendant un mois. Car tout en lui respire la sensualité, et la manière dont il la regarde ne laisse aucun doute sur la nature des recettes qu'il aimerait expérimenter avec elle. Mais après tout, et même si ce n'est pas dans ses habitudes, c'est peut-être une occasion rêvée d'explorer ses fantasmes les plus secrets dans les bras d'un amant hors pair.




Terry Pratchett est anobli mais perd la boule

Posté par Myosotis le 03.01.09 à 19:02 | tags : roman, science-fiction, news
A tout juste 60 ans, l'écrivain Terry Pratchett vient d'être anobli par la Reine qui l'a élevé au rang de Chevalier de l'Empire dans sa liste annuelle de récompenses. Pratchett qui souffre depuis plus d'un an de la maladie d'Alzheimer (dans une forme un peu rare accompagnée d'une atrophie corticale), vit toujours dans le Wiltshire avec son épouse et continue de nous régaler régulièrement avec de nouvelles aventures de son Disque-Monde.
 
Le cycle le plus drôle et le plus pertinent de la littérature britannique, indépassable de cocasserie et d'intelligence, est né il y a 25 ans maintenant. Les Annales du Disque Monde comptent aujourd'hui à peu près 35 volumes et constituent un univers alternatif à toute la littérature fantasy dérivée de Tolkien. Là où l'auteur du Le Seigneur des Anneaux joue la carte du réalisme et de la crédibilité héroïque, Pratchett développe un canevas volontiers irrationnel, où les héros sont âgés de 90 ans, les mages incapables de faire disparaître ou apparaître un lapin blanc, où les Assassins ont des Universités, les coffres en bois marchent et sont indestructibles, etc. Le succès des Annales est tel (55 millions de livres vendus) que Pratchett est non seulement devenu richissime mais a aussi autorisé un nombre de produits dérivés considérable : dessin animé, jeux vidéos, livres de cuisine, multiunivers, téléfilms, pièces de théâtre, tasses, tee-shirts,....
 
Ceux qui ne connaissent pas encore l'esprit, l'humour et le caractère de Pterry (son surnom) démarreront l'exploration, comme on l'a dit à de multiples reprises, avec le premiers volumes mettant en scène le génial mage Rincevent, intitulés la Huitième Couleur et le Huitième Sortilège. Signe de la bonne santé des Annales, le dernier tome Making Money évoque l'introduction du papier monnaie à Ankh Morpork et accessoirement les dangers de la spéculation à la sauce Pratchett. La maladie de l'écrivain ne devrait pas l'empêcher selon lui d'écrire encore 2 ou 3 livres, même si, comme tous les malades (Pratchett a fait des donations importantes depuis 2 ans pour la recherche), il commence à ressentir les effets sur sa vie quotidienne. Ainsi, il a avoué récemment ne plus être capable d'écrire des dédicaces sur des livres lors des salons : incapable de mobiliser assez rapidement des mots pour l'exercice...
 
Merci à Antoine de nous avoir signalé l'info.





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