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Swap : Superman et un Moore de plus

Posté par Myosotis le 19.02.08 à 08:03 | tags : comics, roman

 

Le problème avec les Moore, c'est qu'ils n'entretiennent aucun lien de parenté et se multiplient comme des lapins pour le meilleur et... le meilleur. Après Alan, dont on ne cesse de parler, Christopher, dont on parle moins mais qui nous enchante par ses romans burlesques depuis pas mal d'années (l'Agneau, le lézard de Melancholy Cove ou son Livre de Noël), voici venir Antony Moore et son premier roman bobobrillant qui nous ramène certes (comme chez ses homonymes) dans l'univers des comics, mais surtout dans celui de la fiction débridée.

Qu'on ne se méprenne pas, Swap n'est pas une simple affaire de BD ni un roman pour spécialistes, même si l'histoire tourne autour d'un exemplaire n°1 de Superman, objet d'un échange "innocent" entre 2 gamins de douze ans, à la sortie d'une école de Cornouailles. On est loin ici des référentielles Aventures de Klay & Kavalier de Michael Chabon (on parlera bientôt de son perroquet).

L'atmosphère s'apparente plus, avant sa chute, au beau roman de Nick Hornby intitulé Haute fidélité. Le héros de Swap s'appelle Harvey. Il a la trentaine, un magasin de bande dessinées à Londres, un gros bidon de buveur de bières et un profil de looser pas très beautiful.

 

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Swap - 352 pages

Antony Moore

Editions Liana Levy

 




Daniel Woodrell embrasse le roman noir rural

Posté par Maxence le 18.02.08 à 10:44 | tags : polar, rivages, roman

Ceux à qui la nature parle, ceux qui apprécient par exemple les paysages désolés filmés par Ethan et Joel Coen et décrit par Cormac McCarthy, les contrées sauvagesde Jim Harrison et le sud profond de James Lee Burke, ne resteront pas indifférent à la lecture de Faites-nous la bise, dernier roman de l'américain Daniel Woodrell paru en poche chez Rivages/noir ce mois. Après le turbulent La Fille aux cheveux rouge tomate et le grinçant Sous la lumière cruelle, Woodrell part à la rencontre de ses racines campagnardes à travers ce "roman noir rural" truculent et quasi-autobiographique.

A travers l'histoire classique d'une vendetta générationnelle vue par un des membres les mieux lotis du clan, Doyle - l'écrivain de la famille - Faites-nous la bise brosse avec tendresse et ironie la saga d'une famille originaire des Ozark, terre rocailleuse et inhospitalière du sud profond des Etats-Unis.

"Trois petites secousses", c'est ce qui valut aux Redmond de se voir déchue de leurs terres et de perdre ainsi fortune et considération. Trois petites pressions des doigts du grand-père "Panda", sur la gâchette d'un revolver un jour de marché, et ç'en était fait du destin de toute une lignée de Redmond.

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Daniel Woodrell
Faites-nous la bise
Rivages/Noir







La Solution Finale ou le retour foireux de Sherlock Holmes

Posté par Myosotis le 12.02.08 à 12:16 | tags : robert laffont, roman

Michael Chabon a fait son petit effet en donnant un titre provocant (inspiré de Conan Doyle et non de ce qu'on sait) à ce petit livre policier à l'ancienne.
La solution finale
fait ainsi référence moins à la Shoah qu'à ces instants magiques où un détective anglais (ou américain) réunit les protagonistes d'une affaire criminelle pour leur livrer, au sortir d'une belle démonstration mi-scientifique, mi-mystique, la solution de l'énigme.

L'auteur des Mystères de Pittsburgh, des Garçons Epatants et du génial les Aventures Extraordinaires de Kavalier et Clay (Prix Pulitzer brillant qui évoquait la création de l'industrie des comics au travers du destin de deux immigrés juifs), est à 45 ans, l'un des écrivains américains qui marchent le mieux, l'un des plus acclamés depuis ses Mystères (en 1988) et des plus respectés pour sa manière de mêler des intrigues historiques complexes et des questions intimes (la nostalgie, la judéité sont au coeur de son travail).
Le tout sous une langue châtiée, élaborée et un cran au dessus de la moyenne américaine. Chabon serait ainsi au roman ce que Woody Allen est au cinéma, un grain de Mark Twain en plus, ce qui lui permet, dans ses meilleurs moments, de faire souffler de l'épique là où d'autres ne verraient que des questions domestiques. Il a aussi participé à l'écriture de Spiderman 2 et collaboré sur un remake de Blanche Neige et les 7 Nains en film d'arts martiaux.... pour le compte de Walt Disney.

Malheureusement pour nous, la Solution Finale n'est clairement pas à la hauteur de ses précédents travaux. On retrouve dans ce livre, court de ses 157 pages, les thématiques qui font d'ordinaire la qualité des travaux de Chabon mais pas la fluidité de leur enchaînement. La Solution Finale se veut un livre hommage aux romans de Conan Doyle. La scène se déroule dans une Angleterre campagnarde où dans une pension de famille est recueilli un jeune garçon, Linus, arrivé (nous sommes en pleine guerre mondiale) d'Allemagne. L'enfant ne parle pas ou très peu, a sans doute perdu sa famille en déportation et est flanqué d'un perroquet appelé Bruno qui débite à longueur de journée des séries de chiffres (un code ?) en Allemand. La pension accueille évidemment quelques autres caractères (le fils de la famille violent, une sorte de mystérieux représentant, etc) qui vont constituer assez vite une liste de coupables et de seconds rôles assez archétypale et convenue. Au bout de quelques pages, le perroquet Bruno est enlevé et un des pensionnaires retrouvé mort au pied de sa voiture. Il s'avère assez vite que l'individu était en train de voler le perroquet et a été interrompu en pleine fuite. Un vieux détective, jamais nommé (on se demande pourquoi tant les appels du pied sont énormes et répétés), en retraite, devenu apiculteur, veste de tweed, ayant habité Londres et qui se prévalait jadis de qualités exceptionnelles de déductions scientifico-rationnelles est ému par le gamin et décide de mener l'enquête pour retrouver le perroquet et identifier le coupable.

La dynamique du livre se met en place autour du couple constitué par ce Sherlock Holmes fatigué et le gamin mutique : émotion, temps qui passe, souffrance intérieure, économie des mots sont au programme pathos de l'auteur. Chabon se la joue "le vieil homme et l'enfant" pour dévoiler avec peine une intrigue qui se veut nostalgique des ambiances tissées par Conan Doyle mais ne réussit pas à convaincre. Le perroquet est introuvable. Etait-il recherché par l'Etat parce qu'il dissimulait le système de cryptage de l'Allemagne nazie ? Quelles horreurs a bien pu voir ce gamin pour décider de ne plus parler qu'à l'envers ? Les pensionnaires sont-ils ceux qu'on croit ? En guise d'hommage à Conan Doyle, l'intrigue de Chabon se traîne lamentablement jusqu'à un dénouement idiot et qui fait plus penser à Derrick qu'à Doyle ou Agatha Christie. La langue elle-même paraît ici trop ampoulée et surchargée d'effets (de bons mots, de mots savants, d'adjectifs) pour ce qu'elle a vraiment à dire, mettant en évidence la verbosité gimmick d'un Chabon qui se regarde écrire. Il y a quelques beaux moments d'émotion dans cette Solution Finale (entre le gamin et le vieux notamment, les séances d'apiculture, le retour à Londres, les soirées au coin du feu) mais elles ne suffisent pas à en faire autre chose qu'une pâle imitation d'un roman victorien ou policier à l'ancienne. Le roman est sympathique, se lit vite, amuse mais déçoit globalement par sa vanité et son manque de tenue. Passé de l'autre côté de l'Atlantique, Chabon semble perdre ses repère américains et fait pâle couleur locale. Le roman a produit son effet aux Etats-Unis mais est trop léger pour impressionner en Europe. Sans doute aura-t-on l'occasion de se rattraper prochainement avec son plus consistant The Yiddish Policemen's Union, sorti aux Etats-Unis l'année dernière.

La solution finale de Michael Chabon

Robert Laffont - 157 pages




Un homme changé : un nazi au grand coeur, excellent roman américain

Posté par Myosotis le 11.02.08 à 15:30 | tags : métailié, roman

 

La librairie anglo-saxonne de chez Métailié dévoile mi-février un nouveau roman de l'écrivain américain Francine Prose qui, s'ajoutant aux récentes publications de cette maison d'édition peu exposée, contribue une nouvelle fois à la rendre indispensable. Francine Prose est une universitaire new-yorkaise de 60 ans qui avait notamment fait parler d'elle, il y a quelques années, avec un bon livre Blue Angel, paru en 2001, sur le harcèlement sexuel. Bonne juriste et peintre habile des classes moyennes supérieures blanches, elle aime travailler au corps les contradictions de l'Amérique et étudier d'un point de vue décalé l'enracinement des valeurs fondamentales du pays (la tolérance, la liberté d'expression, la liberté etc).

 

Un Homme changé est un roman à la fois intelligent, intimiste et utile. Il raconte (je la fais courte) l'histoire d'un jeune néo-nazi américain, Vincent Nolan, issu de l'Amérique profonde (pauvreté, famille tuyau de poële comme on dit, chômage, magouille, fumettes et petites embrouilles) qui, un jour, sous le coup d'un trip aux acides dans une rave (!), décide de changer de vie. Vincent Nolan vole le fric de Raymond, son mentor de la grande Maison de la Fraternité Blanche, son 4x4 et débarque à New York où il pousse la porte d'une institution Anti-Raciste, humanitaire et dirigée par la figure tutélaire d'un vieux juif rescapé des Camps de la Mort. L'irruption du nazi repenti, de sa musculeuse présence, de ses tatouages et crâne rasé, bouscule le petit monde des faiseurs de Bien (l'association oeuvre pour la libération de divers réfugiés politiques et peine à trouver des donateurs) qui y voit vite un moyen de doper la collecte des dons. Accueilli par Bonnie, l'assistante Bridget Jonesque (pas de mari, pas de sexe mais des illusions pleins la tête) du président, et ses deux adolescents, Vincent Nolan devient la coqueluche des milieux humanitaires et la preuve vivante que l'homme peut... changer et réformer son système de valeurs.

 

Sous ce petit résumé se devine assez mal la finesse de Francine Prose qui élabore un roman à la fois très réaliste (le personnage de Vincent Nolan est parfait), un rien satirique (les séances de dons et la peinture des joyeux donateurs figurent parmi les bons moments du livre) et globalement émouvant. L'arrivée d'un nazi dans une famille américaine standard est à elle seule une source de comique et de situations cocasses : Vincent Nolan vole la marijuana de l'aîné des enfants, devient une sorte de figure paternelle de substitution qui peu à peu remplace un père complètement odieux (et médecin). Il y a quelques grosses ficelles dans ce roman (le nazi devenu gentil, la femme qui en tombe amoureuse) mais qui jamais ne viennent entraver la fluidité du récit. La métamorphose de Nolan en gentil nazi archétypal est un vrai tour de force. Le balourd transforme sa mémoire, le récit de sa vie pour en faire une sorte de conte épique, donnant à l'Amérique exactement ce qu'elle veut entendre. On déplorera seulement que la résolution de l'intrigue (l'arrivée de Raymond le vengeur sur un plateau télé où Nolan se produit) intervienne aussi brutalement - un coup de poing dans la gueule - et que le tout s'ouvre sur une sorte de happy-end aussi inquiétant que l'était le début du livre.

Sans être un chef d'oeuvre, cet Homme changé est un vrai bon livre "à l'américaine", un roman à la fois convaincant sur le fond et plutôt réussi sur la forme, en même temps qu'une leçon comique d'éducation civique.

 

Un homme changé de Francine Prose

 

Métailié - sortie le 14 février 2008

 




Le totem du Loup peut-il détrôner Harry Potter ?

Posté par Céline le 08.02.08 à 18:40 | tags : news, roman

Vous n'avez peut-être pas encore entendu parler du Totem du loup, pourtant élu "meilleur best-seller chinois depuis la Mort de Mao". Le roman, signé Jiang Rong, a déjà reçu en 2007 le Prix Man de Littérature asiatique (créé par le groupe sponsor du célèbre Booker Prize anglais).
Pourra-t-il étendre son succès au-delà des frontières chinoises ?

Le Totem du Loup vient de paraître en français aux éditions François Bourin, et sera traduit dans 26 langues différentes au cours de l'année. Mais il pourrait même se faufiler jusqu'à Hollywood : la société de Peter Jackson, réalisateur du Seigneur des Anneaux, songe déjà à en faire une adaptation cinéma. On sent là se profiler un nouveau phénomène international, qui pourrait bien s'amplifier jusqu'à poser la question : Le totem du Loup peut-il détrôner Harry Potter ?

Le héros du roman, Chen Zen, est un étudiant débarqué à l'époque de Mao en Mongolie pour y servir la cause de la Révolution culturelle. Mais rapidement, il y découvre des allures de liberté qui lui font revoir ses opinions politiques. Fasciné par les loups, le jeune Chen Zen abandonne ses objectifs pour suivre les cavaliers nomades à travers les steppes.

Mais au-delà du récit initiatique, c'est surtout le message politique du roman qui a fait naître l'engouement des Chinois. Selon Jiang Rong, il faut que les chinois "se mettent à l'école du loup", qui est caractérisé par "l'attachement à la liberté et la force", pour parvenir à la démocratie et cesser d'être "les moutons" que la dictature a fait d'eux.

Cette assertion a soulevé les virulentes attaques des confucianistes, ultra-nationalistes et autres conservateurs chinois. Pour Jiang Rong, le fait que livre n'ait pas été interdit à sa sortie signale (quand même) les progrès considérables que le pays a fait en matière de liberté.
On attend maintenant de voir si Le Totem du loup va provoquer la même révolution auprès des lecteurs français. Et par la même occasion, de savoir si la littérature asiatique s'exporte aussi bien que les nouilles et gadgets en tout genre.




CIVIL : Daniel Foucard fait sa Police Academy

Posté par Myosotis le 03.02.08 à 17:20 | tags : roman

J'avais dit mon extrême scepticisme quant au dernier roman de l'expérimental Daniel Foucard, Cold, paru il y a un an ou deux maintenant. Cela ne m'empêche pas de placer son cinquième ouvrage (Foucard est aussi un homme de revues et un expérimentateur de talent - je vous renvoie à son site personnel pour le détail), le bien nommé CIVIL parmi les excellentes surprises de ce début d'année littéraire.

CIVIL se présente comme une séance de cours en quasimonologue professée par un policier instructeur devant une cinquantaine de futures recrues de la police de Madère, cette île portugaise magnifique située au large des côtes atlantiques. Josh Modena, l'instructeur star du roman, est un flic intelligent et un orateur hors pair. Ses dialogues sont au niveau des dialogues de Platon quand il discute, avec l'aplomb et le style(...°

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Civil 

Daniel Foucard

Léo Scheer - 192 pages




Je suis vieille et voudrais n'en faire qu'à ma tête

Posté par Easywriter le 01.02.08 à 12:06 | tags : news, roman

Ca pourrait être un titre d'Anna Gavalda mais ça ne concerne que le changement de philosophie de la romancière. Gavalda publiera son nouveau roman, La Consolante, en mars.
Le livre qu'on attend avec une impatience toute relative, narre l'histoire d'un architecte qui décide de changer totalement de vie après la mort d'une femme qu'il a connue enfant.
Comme toujours chez Gavalda, il sera probablement question des bonheurs simples et de la nécessité de se réapproprier sa vie. Gavalda a décidé d'appliquer ces préceptes à sa propre vie et d'en finir avec une activité qui la saoûle et dont elle peut désormais se passer : le marathon promotionnel.

"Avant j'étais jeune et docile, je ne savais pas dire non et voulais faire plaisir à tout le monde, écrit Anna Gavalda. J'acceptais les demandes des photographes et répondais aux interviews alors même que je détestais cela, prendre la pose. Aujourd'hui, je suis vieille et revêche et voudrais n'en faire qu'à ma petite tête (de linotte?), c'est-à-dire continuer d'écrire, mais le plus discrètement possible.
Ai-je tort, ai-je raison, je l'ignore, seulement je viens de passer deux ans (trois en comptant les rêveries préliminaires) dans la peau d'un homme qui, pour se réconcilier avec lui-même, décide de prendre le risque de (se) décevoir et me dis qu'il serait bon d'en prendre de la graine. Et puis j'ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne...
Les malveillants diront « Elle se la pète », les bienveillants penseront « Elle a de la chance... ».
La chance, ou la faiblesse, de croire que ses personnages justement, sauront bien se défendre tout seuls...
Vieille, revêche et écervelée.
Voilà pour le cru 2008.
Mais attentive cependant.
Assez attentive pour répondre à toutes les interrogations que pourrait éveiller chez vous la lecture de ce nouveau roman.
Sachez donc que je me tiendrai de l'autre côté de l'écran et répliquerai de mon mieux pour me faire pardonner mon "manque de visibilité"

Bon ok c'est peut-être juste un coup promotionnel mais ça nous la rend tout de même éminemment sympathique.




Alan Moore, romancier gourou

Posté par Myosotis le 28.01.08 à 16:04 | tags : alan moore, roman

Premier roman d'Alan Moore, le "plus grand scénariste de BD de tous les temps", La voix du feu est sorti, en version originale, dans une présentation aussi ésotérique que son propos, illustrée de photographies de José Villarubia qui en renforçaient le côté inquiétant et sanglant.
La traduction française impeccable arrive 11 ans après l'original (peu importe), au moment où Moore semble complètement aspiré par les passions magiques qui constituent le ressort essentiel de ce roman.

Un deuxième roman, intitulé Jérusalem, est annoncé, ainsi que, bientôt, un livre-somme sur les arts magiques puis un tryptique de La Ligue des gentlemen extraordinaire (dont le Black Dossier récent et excellent ressemble à un grimoire) qu'on dit sous influence mystique.

Moore est passé de l'autre côté du réel, s'il a jamais été des nôtres. Les propos d'un Snake and Ladders ou de Prométhéa ont peu à peu gagné sa conscience créatrice pour l'habiter entière et en faire un espace passionnant où l'ordre des choses ne relève pas du sens commun.
Moore est l'inventeur des Multivers (les univers qui se déploient sur des continuités et dimensions parallèles), mais aussi l'initiateur dans le omaine des BD des jeux temporels qui ont pu naître chez Wells (accouchant du steam punk), chez Poe (la littérature d'inspiration gothique) ou plus tard chez Philip K Dick (la dimension techno-parano). Dans cette Voix du feu, il nous entraîne dans une série d'historiettes toutes situées dans son village natal de Northampton entre le néolithique et 1995. Les histoires sont écrites chacune depuis le point de vue d'un narrateur différent (un homme préhistorique débile, un romain en mission, une sorcière, un pendu, la maîtresse d'une condamnée, un juge venu rendre sentence après un vol de bétail et finalement Alan Moore lui-même qui prendra la parole en dernier) et évoquent sur plus de trois mille ans d'histoire, la vie de ce territoire paumé à l'Est des Midlands, sur la rivière Nene.

Comme Moorcock et le maître du genre Ian Sinclair, Alan Moore est un artisan topographe de génie qui, raconte-t-il dans le dernier récit, a récupéré des montagnes de documentation concernant sa ville natale : des registres, la liste de tous les faits divers recensés depuis des lustres, des meurtres, des grimoires, des mentions dans des chroniques historiques; et dégagé des sortes de "constantes" ou "images récurrentes" qui, en motifs, viennent émailler l'histoire de la bourgade.

Parmi celles-ci, on trouve des odeurs, mais aussi des figures : celles d'une fille rousse vénéneuse, celle de têtes décapitées, de feux, qui éradiquent le Mal ou le provoquent, et qui viendront donner sa couleur et son unité à l'ensemble. Côté histoires, Moore ne craint pas d'en rajouter et nous offre des scènes souvent formidablement conçues (l'envoyé de Rome qui découvre que l'Empire n'a plus les moyens de fondre de vraies pièces d'or; le traître du Complot des Foudres lynché à la nuit de Guy Fawkes; le juge à la gorge tranchée par des Furies à poil, le templier converti qui rentre chez lui....) dans un style ultraréaliste au point d'en devenir pompier.

Comme les photos de Villarubia, les instantanés de Moore sont saturés de mots, d'odeurs, de chair et finissent parfois par écoeurer. La style est "populaire", presque rabelaisien ou sur le mode des Contes de Canterbury, toujours charnel (les scènes suggérées ou assumées de sexe sont toutes ultra convaincantes et dérangeantes) mais verse parfois dans un excès qui évoque le souci d'authenticité des films de Conan le Barbare. L'histoire d'ouverture contée avec ses propres mots (je vous laisse imaginer) par un demeuré du néolithique, chassé de sa tribu et qui se lie avec la femme du sorcier (l'homme-Hob, figure centrale, barbue et méchamment dominante, du roman), est quelque peu désarmante au delà de la cinquantième page.

Certaines histoires sentent la peau de bête et ont le côté repoussant et trop fort du gibier. Moore a une telle puissance évocatrice que la succession des contes nous accable aussi souvent qu'elle nous enchante. Certains twists sont de toute beauté et la plupart des nouvelles des chefs d'oeuvre de composition dramatique. Le propos pris dans son ensemble suggère l'histoire d'une ville de campagne à l'image de celle des hommes : violente, barbare presque et dominée par l'absence de dieu et de raison.

Moore démontre brillamment que les passions dominent le monde et sont capables d'ouvrir sur des dimensions (sanglantes, mystiques, ésotériques) que seul l'art peut mettre en évidence. Sa vision historique est noire et sans échappatoire, ce qui d'une façon ou d'une autre, perturbe l'accueil d'un livre qui ne nous laisse pas grand chose ni grand monde à qui nous raccrocher. Comment aimer ce qu'on nous raconte alors .

La Voix du feu est le premier jalon-synthèse d'une obsession dans laquelle on se fait prendre comme dans le filet du rétiaire. On y respire mal, on aime pas ça mais on ne peut pas s'en extirper aussi facilement. Le livre est admirable mais trop radical et monochrome pour être aimable. Le roman, avec toutes ses imperfections (trop d'intensité tue l'intensité....), est suffisamment bien tourné pour nous faire changer notre regard sur le cours des choses. Ce n'est pas un petit effet. Cet homme-là avant d'être un auteur, a tout du gourou : la capacité à nous faire voir le monde par ses propres yeux, sans qu'on s'en aperçoive.

 

La Voix du Feu - Alan Moore

Calmann Levy - janvier 2008 - 330 pages (20 euros)

 

 




Johnny Glynn : Et le septième jour, Peter Crumb s'arrêta, ouf !

Posté par Maxence le 23.01.08 à 14:56 | tags : editions du panama, rentrée littéraire, roman

Voilà presque 5 ans maintenant que les éditions du Panama s'imposent tranquillement comme l'un des acteurs incontournables du paysage éditorial français. Au vu de la qualité de leurs dernières parutions dans le domaine du roman, on se dit même parfois que l'on tient là les futurs Christian Bourgois. Après l'excellent La Fille du Boucher de Lynda Barry, c'est au tour de Jonny Glyn de nous envoyer au tapis avec Les sept jours de Peter Crumb. Acteur britannique également auteur pour le théâtre et la télévision, Jonny Glynn signe ici un grand premier roman déjanté, croisement sauvage entre Chuck Palahniuk et Hubert Selby Jr.


Récit dérangé et dérangeant, précis comme la dissection d'un cadavre sous la lumière crue d'une salle d'opération, Les sept jours de Peter Crumb met en scène la déglingue supposée d'un être dont l'existence a brutalement basculé sept ans plus tôt, lors d'une tragédie familiale qu'il aurait - ou pas - provoqué. Laissé pour compte et abandonné de tous, Peter Crumb décide qu'il ne lui reste plus que sept jours pour vivre et pour donner la mort, afin de mettre un terme à sept ans de souffrance. Après quoi, il se suicidera. Mais cette condamnation est pour le moins ambiguë. Drôle de hasard en effet dans ce calcul de sept ans et sept jours, car dés le début il est évident que Peter Crumb souffre de crise de schizophrénie aiguë : Habité par un être tout droit sorti de son enfer personnel, celui-ci le pousse à commettre des actes abominables. Crumb, victime d'hallucinations paranoïaques, est également persuadé de lire l'avenir dans les gros titres des journaux. Un avenir qu'il provoquera si celui-ci n'advient pas comme prévu.

 

Les sept jours de Peter Crumb retrace donc le compte à rebours mortel d'un homme banal devenu dangereusement psychopathe et lâché dans un Londres non moins menaçant. Inspiré à son auteur par une "overdose" de récits sanglants déballés sans pudeur en première page des tabloïds anglais, Les sept jours de Peter Crumb se donne pour mission de remuer la boue et de marquer les esprits. A ce sujet Jonny Glynn ne nous épargne rien. Son récit détaillé des exactions de son personnage est écrit avec une minutie et une lucidité sans faille qui fait penser à cette phrase de William Burroughs concernant le Festin Nu : "le Festin Nu, c'est cet instant pétrifié et glacé où tous les convives sont réunis autour d'une table et ou chacun peut voir ce qui est piqué au bout de sa fourchette". Le livre s'impose comme un constat d'échec, celui d'une "civilisation" débordée par sa propre sauvagerie. Décapitation, viol, éventration, brutalités diverses, par delà sa violence assumée de faits divers atroces, Les sept jours de Peter Crumb est aussi la chronique d'un monde qui sombre lentement dans la folie écrite par un fou.

 

Un livre plombant, dont la morale pourrait être "Qu'importe le meurtre dans un monde en ruine". A ce titre, une des prophéties de Peter Crumb est éloquente : "La planète se meurt, dit il, mais elle est si belle, si belle".


 

Les sept jours de Peter Crumb
Jonny Glynn
Panama




Nouveau Palahniuk : Qui a peur de Buster Casey ?

Posté par Easywriter le 21.01.08 à 18:28 | tags : denoel, roman

Rant (ou Peste en français) est l’un des livres les plus aboutis et ambitieux de Chuck Palahniuk mais aussi le plus bordélique et le moins bien tenu…de l’intérieur.

 

Présenté comme une « biographie orale », genre qui consiste à reconstituer la vie du personnage principal, ici un dénommé Buster Casey, supposément le plus grand serial killer du continent, par une succession de témoignages et d’interviews recueillis auprès d’experts, d’amis, de proches, d’anciennes maîtresses ou d’ennemis, Rant se présente donc comme un texte composé de paroles et récits indépendants (...)

 

Peste
Chuck Palahniuk
Denoël




Nouvelle charge Ellroyique des editions Rivages

Posté par Maxence le 11.01.08 à 14:35 | tags : news, poche, polar, rivages, roman

Belle initiative des excellentes éditions Rivages qui sortent simultanément une réédition de feu la revue Polar Spécial Ellroy au format de poche et Tijuana Mon amour, un troisième recueil de nouvelles et d'articles de l'écrivain américain, qui clôt (provisoirement) la publication des textes courts et inédit de James Ellroy.

Une façon certainement, pour l'éditeur, de faire patienter les lecteurs avisés qui se demandent peut-être, et à raison, ce que devient le troisième volet de la trilogie Underworld U.S.A, mais passons, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écrivain de polar et de série noire le plus talentueux de sa génération.

 

Après Crimes en série et Destination morgue, Tijuana Mon amour réunit donc une série d'inédits initialement parus chez Rivages au printemps 2000 dans le cadre d'une campagne promotionnelle de vente en ligne sur le site d'Alapage. Le livre comprend "Hush-Hush" et l'émouvant "Tijuana Mon amour" deux nouvelles autour du savoureux personnage de Danny Getchell, journaliste véreux et éditeur de l'Indiscret, le journal à sensations d'Hollywood ("Hush-Hush" ou "Chut" en VO). Le reste est une suite d'articles prétexte à analyser de manière critique le fonctionnement de la société américaine au regard des crimes qui passionnent - ou passionnaient - l'Amérique, des années 50 à aujourd'hui, quand il ne s'agit pas de dénoncer (par la bande) sa violence et sa corruption, qu'elle soit policière, politique médiatique ou économique (ou tout ça à la fois), dans la droite ligne de Crime en série et Destination Morgue.

 

Toujours cynique et parfois même brutalement ironique, Ellroy peut parfois sembler un rien détaché de toute cette actualité d'époque et cela fatiguera peut-être le lecteur en mal de récit nerveux dans lequel l'auteur s'impliquerait plus frontalement. Reste le plaisir de lire, et relire, cette plume acérée avec ses partis pris souvent borderline, ses descriptions saisissantes, scabreuses ou tout simplement sanglantes, et sa galerie de personnages mythiques, qui font tout le charme pour le moins vénéneux de l'œuvre et de son auteur.

 

La réédition de la revue Polar Spécial Ellroy quant à elle est passionnante en tout point, surtout pour ceux qui n'ont pas eu la chance (c'est mon cas) de lire l'originale. En plus des articles d'époque (situés entre 1988 et 1992), ce volume se voit augmenté de nombreux inédits qui poursuivent la réflexion sur l'œuvre de l'américain.

L'édition originale de Polar s'arrêtant à White Jazz, dernier roman de la tétralogie de Los Angeles, il était important d'augmenter ce volume de l'actualité que constitue les deux premiers volets d'Underworld U.S.A. (soit American Tabloid et American Death Trip). C'est pourquoi en plus des très bons articles et analyses de Michel Lebrun, Jean-François Guérif, Michel Abescat, Jean-Louis Touchant et Bruno Corty, on découvre deux inédits de Jean-Pierre Deloux ainsi qu'une étude de Natacha Lallemand sur Ellroy et les Femmes. A cela viennent s'ajouter les nouvelles inédites de l'auteur, une bibliographie/filmographie remise à jour, un document éloquent de Stéphane Bourgoin sur les serial killers, un autre de David Goodis sur Le Dahlia Noir et un dialogue délirant de Jean-Bernard Pouy etTonino Benacquista. Rien à jeter donc, pour le fan d'Ellroy, dans ce très bon complément thématique à son œuvre.

 

Tijuana Mon amour
James Ellroy
Polar Spécial Ellroy
Collectif
(Ed. Rivages et Rivages/Noir)




Michal Witkowski et le roman pédé

Posté par Myosotis le 07.01.08 à 17:15 | tags : éditions de l'olivier, roman

Lubiewo est le premier roman de Michal Witkowski, jeune trentenaire polonais, gay revendiqué et critique littéraire (nous dit sa courte biographie) dans plusieurs journaux mainstream (j'entends par là, non "communautaires") polonais.
Se revendiquant du Decameron et de Pasolini (celui des films, de Salo mais, on l'imagine aussi, des Garçons Sauvages et autres rêveries homoérotiques à caractère sociologique), Michal Witkowski (rien à voir avec le Michal voleur d'orange que nous connaissons par ici) nous propose en 300 et quelques pages un voyage assez habile dans l'univers des gays polonais, sujet auquel, on doit l'avouer, on avait jamais pensé avant... A travers une sorte de reportage dont il est le narrateur, le chroniqueur et l'acteur intermittent, l'écrivain entreprend de recueillir les voix de dizaines d'homos polonais, en villégiature sur une plage de la Baltique Lubiewo, qui sert de prolongement sexuel et estival à la faune des tapettes de Wroclaw. Le double intérêt de ce "roman pédé" repose, à la fois(...)

Lire la suite de la chronique

Lubiewo


Editions de l'Olivier - 358 pages





John Burnside et les petits maîtres du roman

Posté par Myosotis le 04.01.08 à 16:48 | tags : métailié, roman

Rentrée littéraire 2008 nous voici et pas mécontents de démarrer en douceur avec cette virée inquiétante dans une Ecosse embrumée.
Le roman de John Burnside fait partie de ces romans de "petits maîtres" qui font souvent mieux ou aussi bien que ceux des pointures et autres génies supposés de la littérature.

Ces empreintes du diable démarrent ainsi atrocement bien, nous plongeant dans une ambiance un peu trop mystérieuse pour ce que la suite du roman a à dire mais dans laquelle on se complaît dès les premières pages.
A Coldhaven, une bourgade de l'Est de l'Ecosse, nous rapporte l'auteur, on raconte que des empreintes de pas... "fourchues" ont été signalées un matin d'hiver, dans la poudreuse.
De celle-ci, on ne saura pas grand chose de plus si ce n'est que les habitants, de génération en génération, ont supposé que le Malin avait traîné ses guêtres dans le coin et peut-être y était encore.

Bien plus tard, de nos jours, une tranquille mère de famille, sur la corde raide psychologique, prend la légende à la lettre et croît voir en son mari l'hôte du démon. Elle se suicide avec son automobile et zigouille deux de ses trois enfants, laissant son mari (un gros beauf, mais pas plus animé que ça) avec leur premier enfant, une jeune fille de quatorze-quinze ans, belle comme le jour et en pleine floraison.

Lire la chronique dans son intégralité

Toute la rentrée littéraire 2008 est sur le mag livres.


Les Empreintes du diable (the Devil's Footprints)

224 pages - 18 euros - Métailié - sortie le 18 janvier 2008
A noter que l'auteur sera à la librairie Le Merle moqueur (51 rue de Bagnolet à Paris 20) le jeudi 24 janvier à 20 heures.




Gottfried Bürger n'a pas eu 361 ans le 1er janvier 2008

Posté par Myosotis le 31.12.07 à 10:20 | tags : poésie, roman

Gottfried August Bürger fait partie, comme Isaac Asimov, des écrivains nés le 1er janvier (ou le 31 décembre, selon les sources). Si on choisit d'en parler aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour cette raison (même si... un petit peu quand même), pas plus qu'on ne souhaite placer 2008 sous le signe des amitiés franco-allemandes (encore que...), mais bien parce qu'il mérite une petite évocation en ces temps de libation.
Le bon Bürger est donc né le 1er janvier 1747 dans le centre de l'Allemagne. Il est mort 47 ans plus tard (toujours en Allemagne) après une carrière assez bien remplie de poèmes romantiques. Sa célébrité, qui lui vaudra un beau buste au Walhalla, le panthéon allemand, Bürger la tient autant à ses ballades sublimes et réellement émouvantes (à l'image de cette Merveille des fleurs reproduite ici et qui nous fait démarrer l'année avec le coeur artichaut) qu'à son implication dans la lecture et la relecture des traditions populaires.
Son oeuvre la plus célèbre est la traduction, réinvention des Aventures du Baron de Münchausen qui reste, dans son genre loufoque et ultraromanesque, un monument des amoureux de la fiction totale. Bürger, entre 1786 et 1789, se consacre à la mise en forme de ces récits plus ou moins anonymes et les change grâce à son talent en un monument de la littérature européenne. On ne saurait trop conseiller à ceux qui n'ont jamais lu les aventures du Baron de lâcher leur Tartarin de Tarascon (qui en est l'un des "produits dérivés" franchouillards) pour s'y coller dès à présent.
Bürger reste, à cette époque, assez connu pour sa vie sentimentale agitée. Il fait partie des personnes qui ont aimé deux soeurs, en même temps, ou à la suite, ce qui n'est jamais sans complications. La Molly de ses poèmes (il ne s'en cache pas) et qu'il épousera à la mort de sa première femme (sa soeur aînée donc) est plus jeune et plus sexy que sa légitime. On imagine les tensions que ces rapports triangulaires ont pu créer dans un foyer qu'ils ont d'ailleurs partagé un temps.
Entre ses romances et ses reprises de légendes populaires, Bürger fournit quelques travaux théoriques sur l'art d'écrire qui n'ont à ma connaissance pas été traduits en français (ou du moins pas vendus depuis longtemps). On trouve, en revanche, ses meilleurs textes en bonne place dans les anthologies et les recueils spécialisés.
Sans vous le recommander chaudement, son oeuvre constitue un détour intéressant, si vous aimez la chaleur humaine et les émotions qui titillent le coeur.

DANS une vallée silencieuse brille une belle petite fleur ; sa vue flatte l'œil et le cœur, comme les feux du soleil couchant ; elle a bien plus de prix que l'or, que les perles et les diamants, et c'est à juste titre qu'on l'appelle la merveille des fleurs./ Il faudrait chanter bien long-temps pour célébrer toute la vertu de ma petite fleur et les miracles qu'elle opère sur le corps et sur l'esprit ; car il n'est pas d'élixir qui puisse égaler les effets qu'elle produit, et rien qu'à la voir on ne le croirait pas./ Celui qui porte cette merveille dans son cœur devient aussi beau que les anges ; c'est ce que j'ai remarqué avec une profonde émotion dans les hommes comme dans les femmes, aux vieux et aux jeunes, elle attire les hommages des plus belles âmes , telle qu'un talisman irrésistible./ Non, il n'est rien de beau dans une tête orgueilleuse, fixe sur un cou tendu, qui croit dominer tout ce qui l'entoure ; si l'orgueil du rang ou de l'or t'a raidi le cou, ma fleur merveilleuse te le rendra flexible, et te contraindra à baisser la tête./ Elle répandra sur ton visage l'aimable couleur de la rose, elle adoucira le feu de tes yeux en abaissant leurs paupières ; si ta voix est rude et criarde, elle lui donnera le doux son de la flûte, si ta marche est lourde et arrogante, elle la rendra légère comme le zéphyr./ Le cœur de l'homme est comme un luth fait pour le chant et l'harmonie, mais souvent le plaisir et la peine en tirent des sons aigus et discordants : la peine, quand les honneurs, le pouvoir et la richesse échappent à ses vœux ; le plaisir, lorsque ornés de couronnes victorieuses, ils viennent se mettre à ces ordres./ Oh ! comme la fleur merveilleuse remplit alors les cœurs d'une ravissante harmonie ! comme elle entoure d'un prestige enchanteur la gravité et la plaisanterie ! Rien dans les actions alors, rien dans les paroles qui puisse blesser personne au monde ; point d'orgueil, point d'arrogance, point de prétentions !/ Oh! que la vie est alors douce et paisible ! Quel bienfaisant sommeil plane autour du lit où l'on repose ! La merveilleuse fleur préserve de toute morsure, de tout poison ; le serpent aurait beau vouloir te piquer, il ne le pourrait pas !/ Mais, croyez-moi, ce que je chante n'est pas une fiction, quelque peine qu'on puisse avoir à supposer de tels prodiges. Mes chants ne sont qu'un reflet de cette grâce céleste, que la merveille des fleurs répand sur les actions et la vie des petits et des grands./ Oh! si vous aviez connu celle qui fit jadis toute ma joie : la mort l'arracha de mes bras sur l'autel même de l'hymen ; vous auriez aisément compris ce que peut la divine fleur, et la vérité vous serait apparue, comme dans le jour le plus pur./ Que de fois je lui dus la conservation de cette merveille ! elle la remettait doucement sur mon sein, quand je l'avais perdue ; maintenant un esprit d'impatience l'en arrache souvent, et toutes les fois que le sort m'en punit, je regrette amèrement ma perte.//Ô toutes les perfections que la fleur avait répandues sur le corps et dans l'esprit de mon épouse chérie , les chants les plus longs ne pourraient les énumérer : et comme elle ajoute plus de charmes à la beauté, que la soie, les perles et l'or, je la nomme la merveille des fleurs, d'autres l'appellent la modestie.


Rien de tel pour démarrer l'année en beauté et en mentant.




Jonathan Franzen vous souhaite la bienvenue dans sa zone d'inconfort

Posté par Easywriter le 27.12.07 à 16:02 | tags : éditions de l'olivier, roman

Avec la Zone d'Inconfort , Jonathan Franzen ne sacrifie pas aux rites du genre autobiographique moderne : nostalgie brodée sur le mode ironique, références pop tous azimuts, ancrage générationnel explicite.

Jugez plutôt : le jeune Jonathan a été élevé dans le Missouri et parle peu des névrosés de la côte Est (ou Ouest), a fréquenté avec enthousiasme des clubs de scouts chrétiens, étudié l'allemand et nourrit une passion particulièrement diserte et vraiment passionnante pour l'ornithologie (si, si).
N'étaient ses très belles pages sur Charlie Brown et Peanuts, le romancier ne nous adresserait quasiment aucun clin d'oeil.

Le pitch ? Alors qu'il visite une dernière fois la maison familiale promise à la vente, Franzen déroule ses souvenirs adolescents, premières émois sexuels, cavalcades débiles avec les potes, expérience de la honte familiale, etc...

Rien de bien original dans son propos, et pourtant, en six chapitres qui se lisent comme autant de brèves nouvelles, l'auteur des Corrections offre un livre particulièrement émouvant conçu comme un "pré-roman" : thèmes personnages et événements sont au rendez-vous sans que l'écrivain n'ait encore trouvé le liant qui en ferait une bonne grosse fiction agencée et rassurante.

Et c'est précisément cet aspect inabouti qui lui permet de sublimer la commune chronique des jours perdus en une réflexion autrement troublante sur l'intimité dévoilée. Sur ce qu'implique le fait de se dire et de ne pas y arriver. Franzen y est maladroit jusque dans la description de sa maladresse, de sa gaucherie.

Et fanfaronne nettement moins que dans son ouvrage précédent. Rétrospectivement, La zone d'inconfort éclaire d'ailleurs un fait qu'on peinait à identifier jusqu'ici dans Les Corrections : Franzen a un problème assez sérieux avec l'intimité, y compris celle de ses personnages, une sorte de psychorigidité littéraire partiellement masquée par une verve inouïe mais qui cache plus qu'elle ne révèle.

Car l'auteur ne manque ni d'inventivité ni de puissance d'évocation et a justement les défauts de ses qualités : érudit et ambitieux, il est régulièrement beaucoup trop bavard et Les Corrections pâtissait de ce que voulant à tout prix maîtriser totalement son ouvrage, il allait jusqu'à sacrifier inutilement certains personnages sur l'autel de ses pesantes démonstrations. On croyait lire un chirurgien méticuleux et on subissait finalement 700 pages de la prose d'un artificier surdoué.

Cette fois Franzen laisse intact ce qui résiste. Conscient qu'il y a ce que disent les mots et ce qu'ils cachent. Que la littérature a autant à voir avec le fait de dire que celui de taire. Dans la zone d'inconfort il n'y a pas de place pour le show.

On veut donc croire que l'auteur a moins échoué dans une entreprise autobiographique que réussi à créer une forme fidèle à ce qu'est toute histoire personnelle racontée : la quête nécessaire et forcément ratée du sens à travers la reconstitution hasardeuse de sa vie.
Comme un ornithologue obsessionnel peut perdre la sienne à traquer dans les marais, un furtif canard siffleur qui se dérobera sans cesse à son regard.

 

la Zone d'Inconfort

Jonathan Franzen

Editions de l'Olivier

 

 




Le dernier homme : Margaret Atwood et l'apocalypse

Posté par Myosotis le 26.12.07 à 15:34 | tags : roman
Oryx and Crake, ou Le dernier homme en français, est l'oeuvre la plus récente de Margaret Atwood, l'un des écrivains (Canadienne) d'anticipation les plus justement remarqués, auteur notamment de l'excellent La servante écarlate, dont on avait parlé il y a quelques mois (ou années).
Le dernier homme est dans la même lignée dystopique que cet ouvrage de référence, mais évolue dans un contexte de proximité avec notre monde qui en renforce l'impact. On entend par dystopie, une sorte d'utopie à l'envers (les spécialistes ont une théorie qui dit à peu près le contraire, mais elle serait trop compliquée à résumer ici), c'est-à-dire l'invention d'un monde proche du nôtre (à partir d'hypothèses crédibles donc), où tout aurait mal tourné au lieu de s'agencer en paradis. La dystopie est ainsi en littérature l'occasion d'exacerber des phénomènes qu'on peut aujourd'hui identifier comme "potentiellement dangereux" ou inquiétants et de regarder ce qu'ils donneraient, si, par mégarde, ils prenaient le contrôle du monde.

Le Dernier Homme, comme son titre l'indique, renvoie ainsi à la mythologie évoquée il y a quelques jours à l'occasion de la sortie de Je suis une légende : celle d'un monde où l'homme tel qu'on le connaît aujourd'hui aurait disparu à l'exception d'un... unique représentant.
Ecrit en 2003, Le Dernier Homme se focalise sur le récit d'un dénommé Snowman - Jimmy dans l'ancien monde, ami du principal responsable de tout ça. La narration se déploie entre l'évocation de la vie actuelle de Snowman et le récit de ce qui s'est passé. Snowman survit et évolue sur une Terre peuplée de créatures hostiles (des louchiens véroces, anciens canidés dopés au gène de pitbulls), débarrassée de tout souvenir de l'ancienne civilisation. Les seules créatures amicales sont les fils et filles d'Oryx et de Crake, homo sapiens modifiés, gentils comme des coeurs (débiles) et nés sur les cendres de l'humanité. Les fils et filles sont niais, privés d'émotions véritables et figurent une race humaine améliorée qui n'a plus besoin réellement de se nourrir (ses fonctions digestives ont été remplacées par une sorte de matrication bovine), de s'aimer ou de lutter pour se reproduire. Les Nouvelles Femmes ont des chaleurs, le cul bleu quand il est mûr, et ont des vulves artificielles qui leur permettent de se faire saillir sans échauffement jusqu'à ce qu'elles tombent enceinte (de partenaires multiples). Parallèlement à cette description savoureuse, Snowman nous révèle l'histoire de la Terre à rebours depuis sa rencontre adolescent avec Crake, le futur génie monstre de la génétique, jusqu'à la chute de la maison mère.Le dernier homme
Margaret Atwood
10/18

 


 




Classe affaires : Une héroïne comme on ne les aime pas !

Posté par Solaris le 23.12.07 à 09:22 | tags : gallimard, roman
Nb : la notule ci-dessous a été rédigée par Montsé, lectrice assidue de Mille-feuilles. Toi aussi, propose tes lectures, chroniques, élucubrations via l'espace client.
Je ne devrais pas le dire, mais ce qui m’a encouragé à lire le roman de Benjamin Berton, Classe Affaires, est avant tout l’admiration que je porte à notre très estimé critique littéraire de Fluctuat (je n'en fais pas trop Myosotis ?!)
Connaissant son style mordant, je m’attendais à tout. Et pourtant, dès les premières pages, je suis tombé sur le cul, expression tout à fait dans le ton !

Oui, j’avoue, son roman m’a cloué. Comment avouer que les yeux me sortaient des orbites au fur et à mesure que je découvrais nos petits désagréments de femme étalés en premières pages. Benjamin Berton, l’affreux, ose, avec humour et sans détours, raconter le combat incessant que nous menons entre autre contre la pilosité… Voyez plutôt :
Les hommes ne comprennent rien aux poils. Bien qu’ils en soient eux-mêmes tapissés, ils se montrent d’une intolérance brutale quand ils découvrent du crin sous une aisselle ou deux poils au nombril. Ils aiment les peaux lisses et déposer des baisers sur la ligne de friche du pubis. Mais il faut que cette ligne ait de la rigueur et ressemble à la frontière est-allemande avant la chute du mur, avec les barbelés pour délimiter les territoires… Nanou, comme un général d’armée, passe en revue les dégâts sur le champ de bataille encore chaud de la veille. Il paraît difficile de s’aventurer à l’air libre avec des poils et des idées noires. Sans cesse il faut développer des stratégies et intervenir avec des moyens nouveaux. Plus on coupe, rase, cire-ôte les poils et plus ils s’étendentClasse Affaires
Benjamin Berton
Gallimard






John C.Wright : L'âge d'or et la fin de l'histoire

Posté par Maxence le 21.12.07 à 16:03 | tags : philosophie, roman, science-fiction

La science-fiction est un genre philosophique par excellence. C'est ce qui fait sa richesse et qui fait aussi que les arguments de ses détracteurs prétextant qu'il s'agit d'une littérature pour adolescent boutonneux ne tiennent pas. Et ce n'est pas le cycle (une geste, ou une saga, pour être précis) de L'Oecumène d'or de John C. Wright qui contredira cette affirmation.

Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.

Tout semblerait donc (enfin) parfait dans le meilleur des mondes possibles, si ce type de civilisation sclérosée par un confort lénifiant, la quête du plaisir immédiat et le conservatisme rampant, ne comportait pas aussi de gros défauts : l'ennui tout d'abord, le manque de défi et d'ambition ensuite, ainsi que la peur du changement.
Pourtant, dans un univers où le soleil entrera un jour en expansion et réduira les planètes qui l'entourent en cendre, l'humanité devrait se soucier de son avenir. Un avenir qui, pour certains, se situe dans les étoiles. Mais dans une société comme celle de l'Oecumène d'Or, quand les conditions sont optimales, tout changement est considéré comme une dangereuse régression ou au moins comme une dégradation.



L'Oecumène d'or : Une geste de l'avenir lointain
John C. Wright
(Le Livre de Poche)




Christian Bourgois éditeur : une maison d'édition orpheline

Posté par Solaris le 21.12.07 à 12:06 | tags : christian bourgois, news, roman
L'éditeur français Christian Bourgois est décédé jeudi à Paris des suites d'un cancer.

Fondateur de la maison d'édition qui porte son nom, il aura contribué à faire découvrir au public francophone de grands écrivains étrangers, dont Alexandre Soljenitsyne, Gabriel Garcia Marquez, William Burroughs, Antonio Lobo Antunes.
Issu de la bourgeoisie d'Antibes, il souhaite intégrer Normale Sup. Ses projets sont contrariés par son père qui préfère le soustraire à l'influence de ses camarades de khâgne, vivier notoire de gauchistes. Elève brillant du Lycée Louis-Le-Grand, il sera diplômé de l'IEP de Paris, second d'une promotion dans laquelle se trouve également un certain Jacques Chirac. Après un an à l'ENA, il démissionne, car son ambition le porte vers un autre milieu. Passionné de lecture et amoureux des livres, il rejoint la maison Julliard (1959).
En 1966, il fonde au sein du groupe Les Presses de la Cité (qui a précedemment racheté les éditions Julliard) sa propre maison d'édition. Christian Bourgois éditeur devient le reflet de ses goûts en matière de littérature, qui se définissent essentiellement par l'éclectisme et la qualité.
Le Seigneur des Anneaux, tout comme Les Versets sataniques font partis de son catalogue.

Disparu à l'âge 74 ans, Christian Bourgois laisse derrière lui une maison d'édition qui aura été tout au long de ses années au service de la littérature.



Brad-Pitt Deuchfalh : et si c'était...

Posté par Solaris le 19.12.07 à 15:50 | tags : elucubration, roman

Le mystère demeure entier. Aucun indice ne filtre quant à la véritable identité du blogueur prétendument âgé de 17 ans.

Brad-Pitt Deuchfalh refusant obstinément tout entretien (exception faite de quelques échanges par mail), difficile de se faire une juste idée de qui il est vraiment. Sur Flu, nous avons donc émis des hypothèses. Du "déjà envisagé et dementi" (Nothomb ?), du "pourquoi pas c'est bien son genre" (Beigbeder ?), de l'incongru (Despentes ? Delarue ?). Bref, rien de bien probant...
Comme plusieurs avis valent mieux qu'un, nous avons décidé d'inviter deux confrères à se pencher sur le phénomène Brad-Pitt D. Pensent-ils vraiment qu'un adolescent puisse être l'auteur de ce blog ? Et si une personnalité se cachait derrière ce pseudo, qui envisageraient-ils ?

 


Christophe Greuet, Journaliste culturel au Midi Libre, blogueur sur Culture Café
J'ai entendu parler de ce blog et du livre qui en a été tiré, bien sûr. J'ai même été lire plusieurs billets sur le blog, mais je dois vous avouer que mon intérêt pour lui n'a pas dépassé le raz des pâquerettes (et je reste poli). Je comprends assez mal d'ailleurs la frénésie médiatique autour d'un tel nano-phénomène.
En l'occurence, bien sûr qu'un adolescent, ou très jeune adulte, peut être l'auteur d'un tel blog. Je pense même que la plupart des adolescents pourrait faire mieux que cela. Quant à savoir si c'est un écrivain professionnel, c'est effectivement une éventualité, car je pense qu'un adolescent aurait plus besoin de reconnaissance sous son vrai nom qu'un tel souhait d'anonymat. Quant à l'identité de celui qui se cacherait derrière, je n'en sais rien. Mais ce doit être un auteur en quête de publicité, ce qui correspond à 99 % de la profession !

Alexandra, Journaliste et co-créatrice du blog Buzz littéraire
Je pense qu'un adolescent peut tout à fait écrire avec talent et sensibilité. Je me souviens d'un véritable choc littéraire en lisant les textes d'une blogueuse de 17 ans à l'époque (Satinella).
En ce qui concerne Brad-Pitt Deuchfalh, je n'ai pas été particulièrement touchée par son style ni son univers, tout en lui reconnaissant un véritable ton. Pour autant, il y a quelques indices qui peuvent faire douter quant à son âge véritable. Un ado ne ressent en général pas le besoin de préciser que ses textes sont l'oeuvre d'un "vrai" garçon de 15 ans (comme s'il redoutait déjà qu'on le soupçonne). De plus, ses textes sonnent un peu cliché parfois (comme celui sur les règles). Enfin l'indice le plus flagrant est le fait qu'il a refusé de se montrer aux différents éditeurs qui l'ont contacté (sauf M6Editions avec qui il a signé).
Toutefois j'ai le sentiment qu'il s'agit de quelqu'un de jeune, même s'il n'est peut-être pas collégien (je le vois difficilement avoir plus de 30 ans). C'est quelqu'un qui maîtrise Internet et l'informatique (logiciels de retouche) sur le bout des doigts.
Quelqu'un qui travaille peut-être au contact de jeunes (pion, prof ?). En tout cas quelqu'un qui lit Citato (un magazine qui est uniquement distribué dans les lycées, il faut connaître...). Dans tous les cas, quelque soit son âge, le plus important en tant qu'auteur, c'est qu'il ait rencontré son lectorat qui lui est fidèle.
Honnêtement, je ne pense pas qu'une célébrité se cache derrière ce blogueur... Mais si l'on devait inventer, je dirai Titeuf pour l'humour un peu gras et potache qu'il partage tous les deux.


Retrouvez Brad-Pitt Deuchfalh en entretien sur ados.fr


La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh
Brad-Pitt Deuchfalh
M6Editions

 






Inversion de Brian Evenson : Roman (Mormon) de l'année 2007

Posté par Myosotis le 18.12.07 à 15:54 | tags : le cherche-midi, roman
J'ai repéré ce roman un peu tardivement pour qu'il puisse prétendre (sous mon influence sournoise auprès de mes camarades) à une place dans notre top 5 des meilleurs romans de l'année. Je m'en mords les doigts.
Brian Evenson qui est un jeune auteur américain (41 ans), de religion mormone (il s'est fait exclure de sa communauté dès qu'il est "entré en littérature") nous livre avec Inversion un roman remarquable et glaçant de talent. L'auteur qui compte plusieurs romans à son actif n'a bénéficié que d'une traduction en 2006, chez LOT49 la collection de Claro (dont il assure, une fois n'est pas coutume, les traductions en anglais), pour un ouvrage (pas lu) regroupant des nouvelles et baptisé Contagion. En attendant de pouvoir en lire plus, Inversion suffit à notre bonheur.

L'histoire démarre sur un schéma de connaissance dans l'Amérique des classes moyennes. Le jeune Rudd, adolescent timide de 19 ans, complexé et cancre (sauf en anglais), vit avec sa mère, après la mort violente de son père (suicide ?), dans le culte mormon. L'ambiance est stricte et pas folichonne. Rudd est plutôt solitaire, n'aime pas sa mère, mais ni plus ni moins que les enfants de cet âge. En farfouillant à la cave, il découvre dans les papiers de son père un courrier qui lui révèle l'existence possible d'un demi-frère, nommé Lael, qui habiterait, avec sa mère, à portée de scooter. Rudd part à la recherche de Lael, le retrouve et en fait son ami fidèle, celui notamment auquel il demande de l'aider pour un exposé scolaire sur son "héros mormon historique".Inversion
Brian Evenson
Le Cherche Midi








Les meilleures ventes

Posté par Solaris le 14.12.07 à 10:31 | tags : best-seller, news, roman


Semaine du 3 au 9 décembre 2007 :
Il est parfois difficile de commenter le classement hebdomadaire des meilleures ventes. Car, comment se renouveler ?

Une nouvelle fois, on retrouve le prix Renaudot 2007, mais sans le Goncourt sur ses talons. En effet, quid d'Alabama Song de Gilles Leroy, tandis que Chagrin d'école de Daniel Pennac caracole en tête. Suivi au loin par un autre roman, celui de J.K. Rowling (Ce n'est pas possible. Il y a forcément un lobby pro-Harry Potter qui s'est constitué et qui achète chaque semaine par milliers le tome 7 !?)
Dans la catégorie Biographie, Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker passe devant Une vie de Simone Veil. Et fait son entrée avec un essai politique sur les dernières élections présidentielles Ségolène Royal (Ma plus belle histoire, c'est vous).

Enfin, au rayon Bd, toujours XIII Tome 19 ainsi que XIII Tome 18. Sans oublier le tome 33 de Naruto réalisé par Masashi Kishimoto, qui vient de sortir.

 




L'Ange à la fenêtre d'Occident : le meilleur du fantastique pragois

Posté par Myosotis le 12.12.07 à 16:00 | tags : roman
Pas facile de revenir au XXIe siècle ces dernières semaines, j'en suis conscient. Les griffes du XIXe siècle sont particulièrement puissantes et ne lâchent pas leur petite proie journalistique quand elles l'ont agrippée. Celles du début du XXe ne font pas de cadeaux non plus, quand le XXIe siècle aiguise encore ses "griffes de lait". Certains s'impatientent et réclament de la nouveauté. Hé bien, la nouveauté, qu'on se le dise, n'appartient pas plus au présent qu'au futur : la nouveauté (malheureusement) est souvent plutôt derrière que devant, à l'image de cet ultramoderne Ange à la fenêtre d'Occident de l'austro-tchèque Gustav Meyrink, qu'on avait laissé la dernière fois avec son célébrissime Le Golem.

Cette fois, Meyrink a quelques années de plus (12 pour être précis, puisqu'on est désormais en 1927) et s'achemine tranquillement vers sa fin (il lui reste 5 ans au compteur et aucun autre livre...). Le succès s'est éloigné ; on le conspue un peu partout et il s'est absorbé corps et âme dans l'ésotérisme : expérience à la poudre de perlimpinpin, invocations de satans à nichons pointus... La réputation de Meyrink est celle d'un excentrique, tendance menaçante pour la population qui voit les coups dans les murs, les explosions et la visite de succubes comme un danger bien réel, au point qu'on lui a lapidé sa maison quelques années plus tôt et qu'il a dû quitter Prague. Au lieu de se racheter une conduite et d'écrire L'élégance du hérisson, Meyrink se démène pour livrer le roman d'alchimiste ultime, le plus tordu, fantastique, inquiétant, sensuel, sombre et gothique que la Terre ait porté depuis les Proverbes infernaux de William Blake et le Moine de Matthew Lewis : l'Ange à la fenêtre d'Occident.

Le livre devrait plaire un maximum à ceux qui sont fans de Lynch et ont apprécié le dernier Coppola, L'Homme sans âge, ceux qui pensent que le temps n'est pas si linéaire qu'on croit et peut faire d'étranges mouvements sur lui-même, voire aller jusqu'à soutenir de sa matière molle des entreprises aussi foireuses que la réincarnation à distance ou la transmutation des âmes.
C'est ce qui se passe ici avec le narrateur, un écrivain médiocre dont tout le monde se fout (tiens, tiens), qui retrouve, suite à la disparition de son cousin, dans ses archives un tas de documents ayant appartenu à un mystérieux ancêtre du XVIe siècle, l'alchimiste star John Dee (lequel a inspiré également un ouvrage plus récent à l'ami Peter Ackroyd). L'écrivain se plonge dans les lettres, le journal intime de Dee et révèle un monde souterrain, où les personnages de la vie de Dee vont trouver une prolongation (sur)naturelles dans le monde d'aujourd'hui.
Les récits s'enchevêtrent comme dans le Manuscrit de Saragosse puissance 10, les destinées. La gouvernante remplaçante devient la fiancée perdue..., il y a 400 ans. L'antiquaire collectionneur se change en un passeur de services ésotériques à la solde du camp des vainqueurs. Une mystérieuse princesse russe incarne la tentation tout azimut et le règne du désir sur l'âme. L'écrivain s'enfonce dans une confusion identitaire, confond le monde réel et le monde des esprits, a des visions, des rêves érotiques fabuleux et se met à lutter contre une folie douce et dure, tandis que Meyrink dévoile peu à peu les secrets et la vie de John Dee. L'alchimiste fait boire un filtre d'amour à la reine Elisabeth d'Angleterre, rêve de devenir Roi du Groenland (la terre verte), avant de s'engager dans un périple d'aventurier en compagnie d'un assistant allumé qui communique avec un Ange... à la fenêtre d'Occident, vert de surcroît, capable de transformer le métal en or à partir d'une poudre rouge.
A Prague, les deux hommes se lient avec l'Empereur et tentent de gagner des positions. La longue décadence de John Dee rythme le tout, tandis que la vie réelle de l'écrivain s'enfonce à toute berzingue (un bel accident de voiture donnera la clé de l'énigme) entre tous ces réels possibles.

L'oeuvre de Meyrink est un chef-d'oeuvre indépassable de complexité narrative, et un travail quasi futuriste qui préfigure tout ce qu'on lira par la suite au sujet des multivers, des réalités alternatives, en littérature, au cinéma ou en bd. Quelques passages peuvent paraître un peu longuets, mais sont inépuisables et ouvrent des veines de sens et de non-sens qui restent longtemps après qu'on a refermé le livre. Assez peu docte (l'intérêt du livre est que l'ésotérisme est présenté digestement et sans longs pensums gothiques sur tel ou tel esprit), le roman est à la fois d'inspiration gothique, horrible mais ouvre une forme rénovée de fantastique où le dérangement n'est pas mis en valeur par une réalité stable, mais par une réalité elle-même détraquée.
Sans conteste (avec 80 ans de retard), le livre de l'année.


Ange à la fenêtre d'Occident
Gustav Meyrink




Les meilleures ventes : La fiction, une valeur sûre

Posté par Solaris le 10.12.07 à 14:50 | tags : best-seller, news, roman

 



En novembre, le roman a su gagner les faveurs du public, celui-ci choisissant de s'intéresser aux lauréats 2007 des prix Renaudot et Goncourt. Seule la biographie de Simone Veil, Une vie, parvient à rivaliser vraiment avec le genre.
Il semble que le Renaudot se vende mieux que le Goncourt, et surtout que les autres prix ne font pas beaucoup d'émules... Et tandis que Muriel Barbéry continue d'écouler son stock de hérisson, les Adam et Eve d'Amélie Nothomb sont déjà repartis pour un paradis lointain et oublié.


Romans/Fiction
1. Chagrin d'école de Daniel Pennac (Gallimard)
2. Alabama Song de Gilles Leroy (Mercure de France)
3. L'élégance du hérisson de Muriel Barbery (Gallimard)
4. Le mystère des dieux de Bernard Werber (Albin Michel)
5. La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)


Essais/Documents
1. Une vie de Simone Veil (Stock)
2. Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker (Robert Laffont)
3. Anticancer prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles de David Servan-Schreiber (Robert Laffont)
4. Je vous fais juges de Rachida Dati et Claude Askolovitch (Grasset)
5. La nuit du Fouquet's d'Ariane Chemin et Judith Perrignon (Fayard)


Source : Classement mensuel IPSOS-Livres Hebdo




Walden, Thoreau et la vie qu'on mène...

Posté par Myosotis le 07.12.07 à 17:41 | tags : essai, roman
 

La cote de l'écrivain Henry David Thoreau est actuellement en hausse, comme si cet auteur classique américain, poète, essayiste, pamphlétaire était redécouvert par enchantement, 153 ans après la publication de son ouvrage culte, Walden ou La vie dans les bois. Est-ce l'effet Al Gore(t) ? Un nouveau signe de la critique en marche du consumérisme outrancier ? Ou tout simplement une expression parmi d'autres des tocades bidons de l'homo capitaliste pour le retour à la nature, le bio, l'IKEA et le pin blanc composite ?

Walden, publié en 1854 donc, est un livre à découvrir pour plusieurs raisons. La première est que ce livre est formidablement bien écrit, et tout à fait spirituel. Thoreau qui est un homme d'extraction modeste, enseignant à ses heures, est aussi l'ami du poète (transcendantal) Emerson et ce type d'esprits libres dont seuls peuvent accoucher les Etats-Unis. Son fait d'armes le plus connu reste d'avoir refusé de payer ses impôts, parce qu'il était opposé à la guerre contre le Mexique et à l'esclavage. Thoreau théorise La désobéissance civile (ou civique) et devient une sorte de rempart intellectuel contre les atteintes de l'Etat à la... morale.

Fasciné par les sciences naturelles, les sports "nature" (il pratique le canoe,...) qui ne sont pas à l'époque ce qu'ils sont aujourd'hui, Thoreau expérimente au milieu des années 1850 : le retrait du monde... pour mieux le connaître. La démarche n'est ni religieuse, ni particulièrement philosophique. Thoreau pense qu'une coupure avec les conditions de vie matérielles de l'homme "urbanisé" lui permettra de mieux apprécier, au sens de peser, la vie contemporaine. Il construit une cabane de quelques mètres carrés sur le terrain d'un ami près des Etangs de Walden, dans le Massachussets, et y vit chichement pendant 2 ans et 2 mois.


Lisez la suite de la chronique de Walden ou La vie dans les bois


Walden ou La vie dans les bois
Henry David Thoreau
Gallimard






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