Livres : actu romans, essais et bd, extraits... blog Mille feuilles.
Fil d'actu : roman archives (page 5)Fil Rss roman
Parutions, rééditions, programmations, tout sur le roman d'hier et d'aujourd'hui.

CIVIL : Daniel Foucard fait sa Police Academy

Posté par Myosotis le 03.02.08 à 17:20 | tags : roman

J'avais dit mon extrême scepticisme quant au dernier roman de l'expérimental Daniel Foucard, Cold, paru il y a un an ou deux maintenant. Cela ne m'empêche pas de placer son cinquième ouvrage (Foucard est aussi un homme de revues et un expérimentateur de talent - je vous renvoie à son site personnel pour le détail), le bien nommé CIVIL parmi les excellentes surprises de ce début d'année littéraire.

CIVIL se présente comme une séance de cours en quasimonologue professée par un policier instructeur devant une cinquantaine de futures recrues de la police de Madère, cette île portugaise magnifique située au large des côtes atlantiques. Josh Modena, l'instructeur star du roman, est un flic intelligent et un orateur hors pair. Ses dialogues sont au niveau des dialogues de Platon quand il discute, avec l'aplomb et le style(...°

Lire la suite de la chronique 


Civil 

Daniel Foucard

Léo Scheer - 192 pages




Je suis vieille et voudrais n'en faire qu'à ma tête

Posté par Easywriter le 01.02.08 à 12:06 | tags : news, roman

Ca pourrait être un titre d'Anna Gavalda mais ça ne concerne que le changement de philosophie de la romancière. Gavalda publiera son nouveau roman, La Consolante, en mars.
Le livre qu'on attend avec une impatience toute relative, narre l'histoire d'un architecte qui décide de changer totalement de vie après la mort d'une femme qu'il a connue enfant.
Comme toujours chez Gavalda, il sera probablement question des bonheurs simples et de la nécessité de se réapproprier sa vie. Gavalda a décidé d'appliquer ces préceptes à sa propre vie et d'en finir avec une activité qui la saoûle et dont elle peut désormais se passer : le marathon promotionnel.

"Avant j'étais jeune et docile, je ne savais pas dire non et voulais faire plaisir à tout le monde, écrit Anna Gavalda. J'acceptais les demandes des photographes et répondais aux interviews alors même que je détestais cela, prendre la pose. Aujourd'hui, je suis vieille et revêche et voudrais n'en faire qu'à ma petite tête (de linotte?), c'est-à-dire continuer d'écrire, mais le plus discrètement possible.
Ai-je tort, ai-je raison, je l'ignore, seulement je viens de passer deux ans (trois en comptant les rêveries préliminaires) dans la peau d'un homme qui, pour se réconcilier avec lui-même, décide de prendre le risque de (se) décevoir et me dis qu'il serait bon d'en prendre de la graine. Et puis j'ai toujours pensé que mes personnages avaient des vies plus intéressantes que la mienne...
Les malveillants diront « Elle se la pète », les bienveillants penseront « Elle a de la chance... ».
La chance, ou la faiblesse, de croire que ses personnages justement, sauront bien se défendre tout seuls...
Vieille, revêche et écervelée.
Voilà pour le cru 2008.
Mais attentive cependant.
Assez attentive pour répondre à toutes les interrogations que pourrait éveiller chez vous la lecture de ce nouveau roman.
Sachez donc que je me tiendrai de l'autre côté de l'écran et répliquerai de mon mieux pour me faire pardonner mon "manque de visibilité"

Bon ok c'est peut-être juste un coup promotionnel mais ça nous la rend tout de même éminemment sympathique.







Alan Moore, romancier gourou

Posté par Myosotis le 28.01.08 à 16:04 | tags : alan moore, roman

Premier roman d'Alan Moore, le "plus grand scénariste de BD de tous les temps", La voix du feu est sorti, en version originale, dans une présentation aussi ésotérique que son propos, illustrée de photographies de José Villarubia qui en renforçaient le côté inquiétant et sanglant.
La traduction française impeccable arrive 11 ans après l'original (peu importe), au moment où Moore semble complètement aspiré par les passions magiques qui constituent le ressort essentiel de ce roman.

Un deuxième roman, intitulé Jérusalem, est annoncé, ainsi que, bientôt, un livre-somme sur les arts magiques puis un tryptique de La Ligue des gentlemen extraordinaire (dont le Black Dossier récent et excellent ressemble à un grimoire) qu'on dit sous influence mystique.

Moore est passé de l'autre côté du réel, s'il a jamais été des nôtres. Les propos d'un Snake and Ladders ou de Prométhéa ont peu à peu gagné sa conscience créatrice pour l'habiter entière et en faire un espace passionnant où l'ordre des choses ne relève pas du sens commun.
Moore est l'inventeur des Multivers (les univers qui se déploient sur des continuités et dimensions parallèles), mais aussi l'initiateur dans le omaine des BD des jeux temporels qui ont pu naître chez Wells (accouchant du steam punk), chez Poe (la littérature d'inspiration gothique) ou plus tard chez Philip K Dick (la dimension techno-parano). Dans cette Voix du feu, il nous entraîne dans une série d'historiettes toutes situées dans son village natal de Northampton entre le néolithique et 1995. Les histoires sont écrites chacune depuis le point de vue d'un narrateur différent (un homme préhistorique débile, un romain en mission, une sorcière, un pendu, la maîtresse d'une condamnée, un juge venu rendre sentence après un vol de bétail et finalement Alan Moore lui-même qui prendra la parole en dernier) et évoquent sur plus de trois mille ans d'histoire, la vie de ce territoire paumé à l'Est des Midlands, sur la rivière Nene.

Comme Moorcock et le maître du genre Ian Sinclair, Alan Moore est un artisan topographe de génie qui, raconte-t-il dans le dernier récit, a récupéré des montagnes de documentation concernant sa ville natale : des registres, la liste de tous les faits divers recensés depuis des lustres, des meurtres, des grimoires, des mentions dans des chroniques historiques; et dégagé des sortes de "constantes" ou "images récurrentes" qui, en motifs, viennent émailler l'histoire de la bourgade.

Parmi celles-ci, on trouve des odeurs, mais aussi des figures : celles d'une fille rousse vénéneuse, celle de têtes décapitées, de feux, qui éradiquent le Mal ou le provoquent, et qui viendront donner sa couleur et son unité à l'ensemble. Côté histoires, Moore ne craint pas d'en rajouter et nous offre des scènes souvent formidablement conçues (l'envoyé de Rome qui découvre que l'Empire n'a plus les moyens de fondre de vraies pièces d'or; le traître du Complot des Foudres lynché à la nuit de Guy Fawkes; le juge à la gorge tranchée par des Furies à poil, le templier converti qui rentre chez lui....) dans un style ultraréaliste au point d'en devenir pompier.

Comme les photos de Villarubia, les instantanés de Moore sont saturés de mots, d'odeurs, de chair et finissent parfois par écoeurer. La style est "populaire", presque rabelaisien ou sur le mode des Contes de Canterbury, toujours charnel (les scènes suggérées ou assumées de sexe sont toutes ultra convaincantes et dérangeantes) mais verse parfois dans un excès qui évoque le souci d'authenticité des films de Conan le Barbare. L'histoire d'ouverture contée avec ses propres mots (je vous laisse imaginer) par un demeuré du néolithique, chassé de sa tribu et qui se lie avec la femme du sorcier (l'homme-Hob, figure centrale, barbue et méchamment dominante, du roman), est quelque peu désarmante au delà de la cinquantième page.

Certaines histoires sentent la peau de bête et ont le côté repoussant et trop fort du gibier. Moore a une telle puissance évocatrice que la succession des contes nous accable aussi souvent qu'elle nous enchante. Certains twists sont de toute beauté et la plupart des nouvelles des chefs d'oeuvre de composition dramatique. Le propos pris dans son ensemble suggère l'histoire d'une ville de campagne à l'image de celle des hommes : violente, barbare presque et dominée par l'absence de dieu et de raison.

Moore démontre brillamment que les passions dominent le monde et sont capables d'ouvrir sur des dimensions (sanglantes, mystiques, ésotériques) que seul l'art peut mettre en évidence. Sa vision historique est noire et sans échappatoire, ce qui d'une façon ou d'une autre, perturbe l'accueil d'un livre qui ne nous laisse pas grand chose ni grand monde à qui nous raccrocher. Comment aimer ce qu'on nous raconte alors .

La Voix du feu est le premier jalon-synthèse d'une obsession dans laquelle on se fait prendre comme dans le filet du rétiaire. On y respire mal, on aime pas ça mais on ne peut pas s'en extirper aussi facilement. Le livre est admirable mais trop radical et monochrome pour être aimable. Le roman, avec toutes ses imperfections (trop d'intensité tue l'intensité....), est suffisamment bien tourné pour nous faire changer notre regard sur le cours des choses. Ce n'est pas un petit effet. Cet homme-là avant d'être un auteur, a tout du gourou : la capacité à nous faire voir le monde par ses propres yeux, sans qu'on s'en aperçoive.

 

La Voix du Feu - Alan Moore

Calmann Levy - janvier 2008 - 330 pages (20 euros)

 

 




Johnny Glynn : Et le septième jour, Peter Crumb s'arrêta, ouf !

Posté par Maxence le 23.01.08 à 14:56 | tags : editions du panama, rentrée littéraire, roman

Voilà presque 5 ans maintenant que les éditions du Panama s'imposent tranquillement comme l'un des acteurs incontournables du paysage éditorial français. Au vu de la qualité de leurs dernières parutions dans le domaine du roman, on se dit même parfois que l'on tient là les futurs Christian Bourgois. Après l'excellent La Fille du Boucher de Lynda Barry, c'est au tour de Jonny Glyn de nous envoyer au tapis avec Les sept jours de Peter Crumb. Acteur britannique également auteur pour le théâtre et la télévision, Jonny Glynn signe ici un grand premier roman déjanté, croisement sauvage entre Chuck Palahniuk et Hubert Selby Jr.


Récit dérangé et dérangeant, précis comme la dissection d'un cadavre sous la lumière crue d'une salle d'opération, Les sept jours de Peter Crumb met en scène la déglingue supposée d'un être dont l'existence a brutalement basculé sept ans plus tôt, lors d'une tragédie familiale qu'il aurait - ou pas - provoqué. Laissé pour compte et abandonné de tous, Peter Crumb décide qu'il ne lui reste plus que sept jours pour vivre et pour donner la mort, afin de mettre un terme à sept ans de souffrance. Après quoi, il se suicidera. Mais cette condamnation est pour le moins ambiguë. Drôle de hasard en effet dans ce calcul de sept ans et sept jours, car dés le début il est évident que Peter Crumb souffre de crise de schizophrénie aiguë : Habité par un être tout droit sorti de son enfer personnel, celui-ci le pousse à commettre des actes abominables. Crumb, victime d'hallucinations paranoïaques, est également persuadé de lire l'avenir dans les gros titres des journaux. Un avenir qu'il provoquera si celui-ci n'advient pas comme prévu.

 

Les sept jours de Peter Crumb retrace donc le compte à rebours mortel d'un homme banal devenu dangereusement psychopathe et lâché dans un Londres non moins menaçant. Inspiré à son auteur par une "overdose" de récits sanglants déballés sans pudeur en première page des tabloïds anglais, Les sept jours de Peter Crumb se donne pour mission de remuer la boue et de marquer les esprits. A ce sujet Jonny Glynn ne nous épargne rien. Son récit détaillé des exactions de son personnage est écrit avec une minutie et une lucidité sans faille qui fait penser à cette phrase de William Burroughs concernant le Festin Nu : "le Festin Nu, c'est cet instant pétrifié et glacé où tous les convives sont réunis autour d'une table et ou chacun peut voir ce qui est piqué au bout de sa fourchette". Le livre s'impose comme un constat d'échec, celui d'une "civilisation" débordée par sa propre sauvagerie. Décapitation, viol, éventration, brutalités diverses, par delà sa violence assumée de faits divers atroces, Les sept jours de Peter Crumb est aussi la chronique d'un monde qui sombre lentement dans la folie écrite par un fou.

 

Un livre plombant, dont la morale pourrait être "Qu'importe le meurtre dans un monde en ruine". A ce titre, une des prophéties de Peter Crumb est éloquente : "La planète se meurt, dit il, mais elle est si belle, si belle".


 

Les sept jours de Peter Crumb
Jonny Glynn
Panama




Nouveau Palahniuk : Qui a peur de Buster Casey ?

Posté par Easywriter le 21.01.08 à 18:28 | tags : denoel, roman

Rant (ou Peste en français) est l’un des livres les plus aboutis et ambitieux de Chuck Palahniuk mais aussi le plus bordélique et le moins bien tenu…de l’intérieur.

 

Présenté comme une « biographie orale », genre qui consiste à reconstituer la vie du personnage principal, ici un dénommé Buster Casey, supposément le plus grand serial killer du continent, par une succession de témoignages et d’interviews recueillis auprès d’experts, d’amis, de proches, d’anciennes maîtresses ou d’ennemis, Rant se présente donc comme un texte composé de paroles et récits indépendants (...)

 

Peste
Chuck Palahniuk
Denoël




Nouvelle charge Ellroyique des editions Rivages

Posté par Maxence le 11.01.08 à 14:35 | tags : news, poche, polar, rivages, roman

Belle initiative des excellentes éditions Rivages qui sortent simultanément une réédition de feu la revue Polar Spécial Ellroy au format de poche et Tijuana Mon amour, un troisième recueil de nouvelles et d'articles de l'écrivain américain, qui clôt (provisoirement) la publication des textes courts et inédit de James Ellroy.

Une façon certainement, pour l'éditeur, de faire patienter les lecteurs avisés qui se demandent peut-être, et à raison, ce que devient le troisième volet de la trilogie Underworld U.S.A, mais passons, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écrivain de polar et de série noire le plus talentueux de sa génération.

 

Après Crimes en série et Destination morgue, Tijuana Mon amour réunit donc une série d'inédits initialement parus chez Rivages au printemps 2000 dans le cadre d'une campagne promotionnelle de vente en ligne sur le site d'Alapage. Le livre comprend "Hush-Hush" et l'émouvant "Tijuana Mon amour" deux nouvelles autour du savoureux personnage de Danny Getchell, journaliste véreux et éditeur de l'Indiscret, le journal à sensations d'Hollywood ("Hush-Hush" ou "Chut" en VO). Le reste est une suite d'articles prétexte à analyser de manière critique le fonctionnement de la société américaine au regard des crimes qui passionnent - ou passionnaient - l'Amérique, des années 50 à aujourd'hui, quand il ne s'agit pas de dénoncer (par la bande) sa violence et sa corruption, qu'elle soit policière, politique médiatique ou économique (ou tout ça à la fois), dans la droite ligne de Crime en série et Destination Morgue.

 

Toujours cynique et parfois même brutalement ironique, Ellroy peut parfois sembler un rien détaché de toute cette actualité d'époque et cela fatiguera peut-être le lecteur en mal de récit nerveux dans lequel l'auteur s'impliquerait plus frontalement. Reste le plaisir de lire, et relire, cette plume acérée avec ses partis pris souvent borderline, ses descriptions saisissantes, scabreuses ou tout simplement sanglantes, et sa galerie de personnages mythiques, qui font tout le charme pour le moins vénéneux de l'œuvre et de son auteur.

 

La réédition de la revue Polar Spécial Ellroy quant à elle est passionnante en tout point, surtout pour ceux qui n'ont pas eu la chance (c'est mon cas) de lire l'originale. En plus des articles d'époque (situés entre 1988 et 1992), ce volume se voit augmenté de nombreux inédits qui poursuivent la réflexion sur l'œuvre de l'américain.

L'édition originale de Polar s'arrêtant à White Jazz, dernier roman de la tétralogie de Los Angeles, il était important d'augmenter ce volume de l'actualité que constitue les deux premiers volets d'Underworld U.S.A. (soit American Tabloid et American Death Trip). C'est pourquoi en plus des très bons articles et analyses de Michel Lebrun, Jean-François Guérif, Michel Abescat, Jean-Louis Touchant et Bruno Corty, on découvre deux inédits de Jean-Pierre Deloux ainsi qu'une étude de Natacha Lallemand sur Ellroy et les Femmes. A cela viennent s'ajouter les nouvelles inédites de l'auteur, une bibliographie/filmographie remise à jour, un document éloquent de Stéphane Bourgoin sur les serial killers, un autre de David Goodis sur Le Dahlia Noir et un dialogue délirant de Jean-Bernard Pouy etTonino Benacquista. Rien à jeter donc, pour le fan d'Ellroy, dans ce très bon complément thématique à son œuvre.

 

Tijuana Mon amour
James Ellroy
Polar Spécial Ellroy
Collectif
(Ed. Rivages et Rivages/Noir)




Michal Witkowski et le roman pédé

Posté par Myosotis le 07.01.08 à 17:15 | tags : éditions de l'olivier, roman

Lubiewo est le premier roman de Michal Witkowski, jeune trentenaire polonais, gay revendiqué et critique littéraire (nous dit sa courte biographie) dans plusieurs journaux mainstream (j'entends par là, non "communautaires") polonais.
Se revendiquant du Decameron et de Pasolini (celui des films, de Salo mais, on l'imagine aussi, des Garçons Sauvages et autres rêveries homoérotiques à caractère sociologique), Michal Witkowski (rien à voir avec le Michal voleur d'orange que nous connaissons par ici) nous propose en 300 et quelques pages un voyage assez habile dans l'univers des gays polonais, sujet auquel, on doit l'avouer, on avait jamais pensé avant... A travers une sorte de reportage dont il est le narrateur, le chroniqueur et l'acteur intermittent, l'écrivain entreprend de recueillir les voix de dizaines d'homos polonais, en villégiature sur une plage de la Baltique Lubiewo, qui sert de prolongement sexuel et estival à la faune des tapettes de Wroclaw. Le double intérêt de ce "roman pédé" repose, à la fois(...)

Lire la suite de la chronique

Lubiewo


Editions de l'Olivier - 358 pages





John Burnside et les petits maîtres du roman

Posté par Myosotis le 04.01.08 à 16:48 | tags : métailié, roman

Rentrée littéraire 2008 nous voici et pas mécontents de démarrer en douceur avec cette virée inquiétante dans une Ecosse embrumée.
Le roman de John Burnside fait partie de ces romans de "petits maîtres" qui font souvent mieux ou aussi bien que ceux des pointures et autres génies supposés de la littérature.

Ces empreintes du diable démarrent ainsi atrocement bien, nous plongeant dans une ambiance un peu trop mystérieuse pour ce que la suite du roman a à dire mais dans laquelle on se complaît dès les premières pages.
A Coldhaven, une bourgade de l'Est de l'Ecosse, nous rapporte l'auteur, on raconte que des empreintes de pas... "fourchues" ont été signalées un matin d'hiver, dans la poudreuse.
De celle-ci, on ne saura pas grand chose de plus si ce n'est que les habitants, de génération en génération, ont supposé que le Malin avait traîné ses guêtres dans le coin et peut-être y était encore.

Bien plus tard, de nos jours, une tranquille mère de famille, sur la corde raide psychologique, prend la légende à la lettre et croît voir en son mari l'hôte du démon. Elle se suicide avec son automobile et zigouille deux de ses trois enfants, laissant son mari (un gros beauf, mais pas plus animé que ça) avec leur premier enfant, une jeune fille de quatorze-quinze ans, belle comme le jour et en pleine floraison.

Lire la chronique dans son intégralité

Toute la rentrée littéraire 2008 est sur le mag livres.


Les Empreintes du diable (the Devil's Footprints)

224 pages - 18 euros - Métailié - sortie le 18 janvier 2008
A noter que l'auteur sera à la librairie Le Merle moqueur (51 rue de Bagnolet à Paris 20) le jeudi 24 janvier à 20 heures.




Gottfried Bürger n'a pas eu 361 ans le 1er janvier 2008

Posté par Myosotis le 31.12.07 à 10:20 | tags : poésie, roman

Gottfried August Bürger fait partie, comme Isaac Asimov, des écrivains nés le 1er janvier (ou le 31 décembre, selon les sources). Si on choisit d'en parler aujourd'hui, ce n'est pas seulement pour cette raison (même si... un petit peu quand même), pas plus qu'on ne souhaite placer 2008 sous le signe des amitiés franco-allemandes (encore que...), mais bien parce qu'il mérite une petite évocation en ces temps de libation.
Le bon Bürger est donc né le 1er janvier 1747 dans le centre de l'Allemagne. Il est mort 47 ans plus tard (toujours en Allemagne) après une carrière assez bien remplie de poèmes romantiques. Sa célébrité, qui lui vaudra un beau buste au Walhalla, le panthéon allemand, Bürger la tient autant à ses ballades sublimes et réellement émouvantes (à l'image de cette Merveille des fleurs reproduite ici et qui nous fait démarrer l'année avec le coeur artichaut) qu'à son implication dans la lecture et la relecture des traditions populaires.
Son oeuvre la plus célèbre est la traduction, réinvention des Aventures du Baron de Münchausen qui reste, dans son genre loufoque et ultraromanesque, un monument des amoureux de la fiction totale. Bürger, entre 1786 et 1789, se consacre à la mise en forme de ces récits plus ou moins anonymes et les change grâce à son talent en un monument de la littérature européenne. On ne saurait trop conseiller à ceux qui n'ont jamais lu les aventures du Baron de lâcher leur Tartarin de Tarascon (qui en est l'un des "produits dérivés" franchouillards) pour s'y coller dès à présent.
Bürger reste, à cette époque, assez connu pour sa vie sentimentale agitée. Il fait partie des personnes qui ont aimé deux soeurs, en même temps, ou à la suite, ce qui n'est jamais sans complications. La Molly de ses poèmes (il ne s'en cache pas) et qu'il épousera à la mort de sa première femme (sa soeur aînée donc) est plus jeune et plus sexy que sa légitime. On imagine les tensions que ces rapports triangulaires ont pu créer dans un foyer qu'ils ont d'ailleurs partagé un temps.
Entre ses romances et ses reprises de légendes populaires, Bürger fournit quelques travaux théoriques sur l'art d'écrire qui n'ont à ma connaissance pas été traduits en français (ou du moins pas vendus depuis longtemps). On trouve, en revanche, ses meilleurs textes en bonne place dans les anthologies et les recueils spécialisés.
Sans vous le recommander chaudement, son oeuvre constitue un détour intéressant, si vous aimez la chaleur humaine et les émotions qui titillent le coeur.

DANS une vallée silencieuse brille une belle petite fleur ; sa vue flatte l'œil et le cœur, comme les feux du soleil couchant ; elle a bien plus de prix que l'or, que les perles et les diamants, et c'est à juste titre qu'on l'appelle la merveille des fleurs./ Il faudrait chanter bien long-temps pour célébrer toute la vertu de ma petite fleur et les miracles qu'elle opère sur le corps et sur l'esprit ; car il n'est pas d'élixir qui puisse égaler les effets qu'elle produit, et rien qu'à la voir on ne le croirait pas./ Celui qui porte cette merveille dans son cœur devient aussi beau que les anges ; c'est ce que j'ai remarqué avec une profonde émotion dans les hommes comme dans les femmes, aux vieux et aux jeunes, elle attire les hommages des plus belles âmes , telle qu'un talisman irrésistible./ Non, il n'est rien de beau dans une tête orgueilleuse, fixe sur un cou tendu, qui croit dominer tout ce qui l'entoure ; si l'orgueil du rang ou de l'or t'a raidi le cou, ma fleur merveilleuse te le rendra flexible, et te contraindra à baisser la tête./ Elle répandra sur ton visage l'aimable couleur de la rose, elle adoucira le feu de tes yeux en abaissant leurs paupières ; si ta voix est rude et criarde, elle lui donnera le doux son de la flûte, si ta marche est lourde et arrogante, elle la rendra légère comme le zéphyr./ Le cœur de l'homme est comme un luth fait pour le chant et l'harmonie, mais souvent le plaisir et la peine en tirent des sons aigus et discordants : la peine, quand les honneurs, le pouvoir et la richesse échappent à ses vœux ; le plaisir, lorsque ornés de couronnes victorieuses, ils viennent se mettre à ces ordres./ Oh ! comme la fleur merveilleuse remplit alors les cœurs d'une ravissante harmonie ! comme elle entoure d'un prestige enchanteur la gravité et la plaisanterie ! Rien dans les actions alors, rien dans les paroles qui puisse blesser personne au monde ; point d'orgueil, point d'arrogance, point de prétentions !/ Oh! que la vie est alors douce et paisible ! Quel bienfaisant sommeil plane autour du lit où l'on repose ! La merveilleuse fleur préserve de toute morsure, de tout poison ; le serpent aurait beau vouloir te piquer, il ne le pourrait pas !/ Mais, croyez-moi, ce que je chante n'est pas une fiction, quelque peine qu'on puisse avoir à supposer de tels prodiges. Mes chants ne sont qu'un reflet de cette grâce céleste, que la merveille des fleurs répand sur les actions et la vie des petits et des grands./ Oh! si vous aviez connu celle qui fit jadis toute ma joie : la mort l'arracha de mes bras sur l'autel même de l'hymen ; vous auriez aisément compris ce que peut la divine fleur, et la vérité vous serait apparue, comme dans le jour le plus pur./ Que de fois je lui dus la conservation de cette merveille ! elle la remettait doucement sur mon sein, quand je l'avais perdue ; maintenant un esprit d'impatience l'en arrache souvent, et toutes les fois que le sort m'en punit, je regrette amèrement ma perte.//Ô toutes les perfections que la fleur avait répandues sur le corps et dans l'esprit de mon épouse chérie , les chants les plus longs ne pourraient les énumérer : et comme elle ajoute plus de charmes à la beauté, que la soie, les perles et l'or, je la nomme la merveille des fleurs, d'autres l'appellent la modestie.


Rien de tel pour démarrer l'année en beauté et en mentant.




Jonathan Franzen vous souhaite la bienvenue dans sa zone d'inconfort

Posté par Easywriter le 27.12.07 à 16:02 | tags : éditions de l'olivier, roman

Avec la Zone d'Inconfort , Jonathan Franzen ne sacrifie pas aux rites du genre autobiographique moderne : nostalgie brodée sur le mode ironique, références pop tous azimuts, ancrage générationnel explicite.

Jugez plutôt : le jeune Jonathan a été élevé dans le Missouri et parle peu des névrosés de la côte Est (ou Ouest), a fréquenté avec enthousiasme des clubs de scouts chrétiens, étudié l'allemand et nourrit une passion particulièrement diserte et vraiment passionnante pour l'ornithologie (si, si).
N'étaient ses très belles pages sur Charlie Brown et Peanuts, le romancier ne nous adresserait quasiment aucun clin d'oeil.

Le pitch ? Alors qu'il visite une dernière fois la maison familiale promise à la vente, Franzen déroule ses souvenirs adolescents, premières émois sexuels, cavalcades débiles avec les potes, expérience de la honte familiale, etc...

Rien de bien original dans son propos, et pourtant, en six chapitres qui se lisent comme autant de brèves nouvelles, l'auteur des Corrections offre un livre particulièrement émouvant conçu comme un "pré-roman" : thèmes personnages et événements sont au rendez-vous sans que l'écrivain n'ait encore trouvé le liant qui en ferait une bonne grosse fiction agencée et rassurante.

Et c'est précisément cet aspect inabouti qui lui permet de sublimer la commune chronique des jours perdus en une réflexion autrement troublante sur l'intimité dévoilée. Sur ce qu'implique le fait de se dire et de ne pas y arriver. Franzen y est maladroit jusque dans la description de sa maladresse, de sa gaucherie.

Et fanfaronne nettement moins que dans son ouvrage précédent. Rétrospectivement, La zone d'inconfort éclaire d'ailleurs un fait qu'on peinait à identifier jusqu'ici dans Les Corrections : Franzen a un problème assez sérieux avec l'intimité, y compris celle de ses personnages, une sorte de psychorigidité littéraire partiellement masquée par une verve inouïe mais qui cache plus qu'elle ne révèle.

Car l'auteur ne manque ni d'inventivité ni de puissance d'évocation et a justement les défauts de ses qualités : érudit et ambitieux, il est régulièrement beaucoup trop bavard et Les Corrections pâtissait de ce que voulant à tout prix maîtriser totalement son ouvrage, il allait jusqu'à sacrifier inutilement certains personnages sur l'autel de ses pesantes démonstrations. On croyait lire un chirurgien méticuleux et on subissait finalement 700 pages de la prose d'un artificier surdoué.

Cette fois Franzen laisse intact ce qui résiste. Conscient qu'il y a ce que disent les mots et ce qu'ils cachent. Que la littérature a autant à voir avec le fait de dire que celui de taire. Dans la zone d'inconfort il n'y a pas de place pour le show.

On veut donc croire que l'auteur a moins échoué dans une entreprise autobiographique que réussi à créer une forme fidèle à ce qu'est toute histoire personnelle racontée : la quête nécessaire et forcément ratée du sens à travers la reconstitution hasardeuse de sa vie.
Comme un ornithologue obsessionnel peut perdre la sienne à traquer dans les marais, un furtif canard siffleur qui se dérobera sans cesse à son regard.

 

la Zone d'Inconfort

Jonathan Franzen

Editions de l'Olivier

 

 




Le dernier homme : Margaret Atwood et l'apocalypse

Posté par Myosotis le 26.12.07 à 15:34 | tags : roman
Oryx and Crake, ou Le dernier homme en français, est l'oeuvre la plus récente de Margaret Atwood, l'un des écrivains (Canadienne) d'anticipation les plus justement remarqués, auteur notamment de l'excellent La servante écarlate, dont on avait parlé il y a quelques mois (ou années).
Le dernier homme est dans la même lignée dystopique que cet ouvrage de référence, mais évolue dans un contexte de proximité avec notre monde qui en renforce l'impact. On entend par dystopie, une sorte d'utopie à l'envers (les spécialistes ont une théorie qui dit à peu près le contraire, mais elle serait trop compliquée à résumer ici), c'est-à-dire l'invention d'un monde proche du nôtre (à partir d'hypothèses crédibles donc), où tout aurait mal tourné au lieu de s'agencer en paradis. La dystopie est ainsi en littérature l'occasion d'exacerber des phénomènes qu'on peut aujourd'hui identifier comme "potentiellement dangereux" ou inquiétants et de regarder ce qu'ils donneraient, si, par mégarde, ils prenaient le contrôle du monde.

Le Dernier Homme, comme son titre l'indique, renvoie ainsi à la mythologie évoquée il y a quelques jours à l'occasion de la sortie de Je suis une légende : celle d'un monde où l'homme tel qu'on le connaît aujourd'hui aurait disparu à l'exception d'un... unique représentant.
Ecrit en 2003, Le Dernier Homme se focalise sur le récit d'un dénommé Snowman - Jimmy dans l'ancien monde, ami du principal responsable de tout ça. La narration se déploie entre l'évocation de la vie actuelle de Snowman et le récit de ce qui s'est passé. Snowman survit et évolue sur une Terre peuplée de créatures hostiles (des louchiens véroces, anciens canidés dopés au gène de pitbulls), débarrassée de tout souvenir de l'ancienne civilisation. Les seules créatures amicales sont les fils et filles d'Oryx et de Crake, homo sapiens modifiés, gentils comme des coeurs (débiles) et nés sur les cendres de l'humanité. Les fils et filles sont niais, privés d'émotions véritables et figurent une race humaine améliorée qui n'a plus besoin réellement de se nourrir (ses fonctions digestives ont été remplacées par une sorte de matrication bovine), de s'aimer ou de lutter pour se reproduire. Les Nouvelles Femmes ont des chaleurs, le cul bleu quand il est mûr, et ont des vulves artificielles qui leur permettent de se faire saillir sans échauffement jusqu'à ce qu'elles tombent enceinte (de partenaires multiples). Parallèlement à cette description savoureuse, Snowman nous révèle l'histoire de la Terre à rebours depuis sa rencontre adolescent avec Crake, le futur génie monstre de la génétique, jusqu'à la chute de la maison mère.Le dernier homme
Margaret Atwood
10/18

 


 




Classe affaires : Une héroïne comme on ne les aime pas !

Posté par Solaris le 23.12.07 à 09:22 | tags : gallimard, roman
Nb : la notule ci-dessous a été rédigée par Montsé, lectrice assidue de Mille-feuilles. Toi aussi, propose tes lectures, chroniques, élucubrations via l'espace client.
Je ne devrais pas le dire, mais ce qui m’a encouragé à lire le roman de Benjamin Berton, Classe Affaires, est avant tout l’admiration que je porte à notre très estimé critique littéraire de Fluctuat (je n'en fais pas trop Myosotis ?!)
Connaissant son style mordant, je m’attendais à tout. Et pourtant, dès les premières pages, je suis tombé sur le cul, expression tout à fait dans le ton !

Oui, j’avoue, son roman m’a cloué. Comment avouer que les yeux me sortaient des orbites au fur et à mesure que je découvrais nos petits désagréments de femme étalés en premières pages. Benjamin Berton, l’affreux, ose, avec humour et sans détours, raconter le combat incessant que nous menons entre autre contre la pilosité… Voyez plutôt :
Les hommes ne comprennent rien aux poils. Bien qu’ils en soient eux-mêmes tapissés, ils se montrent d’une intolérance brutale quand ils découvrent du crin sous une aisselle ou deux poils au nombril. Ils aiment les peaux lisses et déposer des baisers sur la ligne de friche du pubis. Mais il faut que cette ligne ait de la rigueur et ressemble à la frontière est-allemande avant la chute du mur, avec les barbelés pour délimiter les territoires… Nanou, comme un général d’armée, passe en revue les dégâts sur le champ de bataille encore chaud de la veille. Il paraît difficile de s’aventurer à l’air libre avec des poils et des idées noires. Sans cesse il faut développer des stratégies et intervenir avec des moyens nouveaux. Plus on coupe, rase, cire-ôte les poils et plus ils s’étendentClasse Affaires
Benjamin Berton
Gallimard






John C.Wright : L'âge d'or et la fin de l'histoire

Posté par Maxence le 21.12.07 à 16:03 | tags : philosophie, roman, science-fiction

La science-fiction est un genre philosophique par excellence. C'est ce qui fait sa richesse et qui fait aussi que les arguments de ses détracteurs prétextant qu'il s'agit d'une littérature pour adolescent boutonneux ne tiennent pas. Et ce n'est pas le cycle (une geste, ou une saga, pour être précis) de L'Oecumène d'or de John C. Wright qui contredira cette affirmation.

Dans L'Oecumène d'Or (The Golden Age en VO) sous-titré Une geste de l'avenir lointain, l'auteur nous présente une société entièrement gérée par des intelligences artificielles, nommées "sophotechs", qui s'occupent principalement de l'aspect juridique, énergétique, stratégique et économique des affaires humaines tout en pourvoyant à leur plaisir dans des univers virtuelles ultra-sophistiqués. Le genre humain s'est donc asservi volontairement pour son plus grand bien. Les planètes de notre système solaire sont toutes colonisées, ou servent de matière première à la Terre. Mieux, dans cette société véritablement post-humaine, la mort a disparu depuis longtemps. Les humains ne se reproduisent plus de manière "naturelle", ou presque, mais effectuent des copies, des doubles, des artefacts les représentants à divers endroit de l'univers. Ils vivent de toute façon plus généralement dans d'immenses simulations informatiques.

Tout semblerait donc (enfin) parfait dans le meilleur des mondes possibles, si ce type de civilisation sclérosée par un confort lénifiant, la quête du plaisir immédiat et le conservatisme rampant, ne comportait pas aussi de gros défauts : l'ennui tout d'abord, le manque de défi et d'ambition ensuite, ainsi que la peur du changement.
Pourtant, dans un univers où le soleil entrera un jour en expansion et réduira les planètes qui l'entourent en cendre, l'humanité devrait se soucier de son avenir. Un avenir qui, pour certains, se situe dans les étoiles. Mais dans une société comme celle de l'Oecumène d'Or, quand les conditions sont optimales, tout changement est considéré comme une dangereuse régression ou au moins comme une dégradation.



L'Oecumène d'or : Une geste de l'avenir lointain
John C. Wright
(Le Livre de Poche)




Christian Bourgois éditeur : une maison d'édition orpheline

Posté par Solaris le 21.12.07 à 12:06 | tags : christian bourgois, news, roman
L'éditeur français Christian Bourgois est décédé jeudi à Paris des suites d'un cancer.

Fondateur de la maison d'édition qui porte son nom, il aura contribué à faire découvrir au public francophone de grands écrivains étrangers, dont Alexandre Soljenitsyne, Gabriel Garcia Marquez, William Burroughs, Antonio Lobo Antunes.
Issu de la bourgeoisie d'Antibes, il souhaite intégrer Normale Sup. Ses projets sont contrariés par son père qui préfère le soustraire à l'influence de ses camarades de khâgne, vivier notoire de gauchistes. Elève brillant du Lycée Louis-Le-Grand, il sera diplômé de l'IEP de Paris, second d'une promotion dans laquelle se trouve également un certain Jacques Chirac. Après un an à l'ENA, il démissionne, car son ambition le porte vers un autre milieu. Passionné de lecture et amoureux des livres, il rejoint la maison Julliard (1959).
En 1966, il fonde au sein du groupe Les Presses de la Cité (qui a précedemment racheté les éditions Julliard) sa propre maison d'édition. Christian Bourgois éditeur devient le reflet de ses goûts en matière de littérature, qui se définissent essentiellement par l'éclectisme et la qualité.
Le Seigneur des Anneaux, tout comme Les Versets sataniques font partis de son catalogue.

Disparu à l'âge 74 ans, Christian Bourgois laisse derrière lui une maison d'édition qui aura été tout au long de ses années au service de la littérature.



Brad-Pitt Deuchfalh : et si c'était...

Posté par Solaris le 19.12.07 à 15:50 | tags : elucubration, roman

Le mystère demeure entier. Aucun indice ne filtre quant à la véritable identité du blogueur prétendument âgé de 17 ans.

Brad-Pitt Deuchfalh refusant obstinément tout entretien (exception faite de quelques échanges par mail), difficile de se faire une juste idée de qui il est vraiment. Sur Flu, nous avons donc émis des hypothèses. Du "déjà envisagé et dementi" (Nothomb ?), du "pourquoi pas c'est bien son genre" (Beigbeder ?), de l'incongru (Despentes ? Delarue ?). Bref, rien de bien probant...
Comme plusieurs avis valent mieux qu'un, nous avons décidé d'inviter deux confrères à se pencher sur le phénomène Brad-Pitt D. Pensent-ils vraiment qu'un adolescent puisse être l'auteur de ce blog ? Et si une personnalité se cachait derrière ce pseudo, qui envisageraient-ils ?

 


Christophe Greuet, Journaliste culturel au Midi Libre, blogueur sur Culture Café
J'ai entendu parler de ce blog et du livre qui en a été tiré, bien sûr. J'ai même été lire plusieurs billets sur le blog, mais je dois vous avouer que mon intérêt pour lui n'a pas dépassé le raz des pâquerettes (et je reste poli). Je comprends assez mal d'ailleurs la frénésie médiatique autour d'un tel nano-phénomène.
En l'occurence, bien sûr qu'un adolescent, ou très jeune adulte, peut être l'auteur d'un tel blog. Je pense même que la plupart des adolescents pourrait faire mieux que cela. Quant à savoir si c'est un écrivain professionnel, c'est effectivement une éventualité, car je pense qu'un adolescent aurait plus besoin de reconnaissance sous son vrai nom qu'un tel souhait d'anonymat. Quant à l'identité de celui qui se cacherait derrière, je n'en sais rien. Mais ce doit être un auteur en quête de publicité, ce qui correspond à 99 % de la profession !

Alexandra, Journaliste et co-créatrice du blog Buzz littéraire
Je pense qu'un adolescent peut tout à fait écrire avec talent et sensibilité. Je me souviens d'un véritable choc littéraire en lisant les textes d'une blogueuse de 17 ans à l'époque (Satinella).
En ce qui concerne Brad-Pitt Deuchfalh, je n'ai pas été particulièrement touchée par son style ni son univers, tout en lui reconnaissant un véritable ton. Pour autant, il y a quelques indices qui peuvent faire douter quant à son âge véritable. Un ado ne ressent en général pas le besoin de préciser que ses textes sont l'oeuvre d'un "vrai" garçon de 15 ans (comme s'il redoutait déjà qu'on le soupçonne). De plus, ses textes sonnent un peu cliché parfois (comme celui sur les règles). Enfin l'indice le plus flagrant est le fait qu'il a refusé de se montrer aux différents éditeurs qui l'ont contacté (sauf M6Editions avec qui il a signé).
Toutefois j'ai le sentiment qu'il s'agit de quelqu'un de jeune, même s'il n'est peut-être pas collégien (je le vois difficilement avoir plus de 30 ans). C'est quelqu'un qui maîtrise Internet et l'informatique (logiciels de retouche) sur le bout des doigts.
Quelqu'un qui travaille peut-être au contact de jeunes (pion, prof ?). En tout cas quelqu'un qui lit Citato (un magazine qui est uniquement distribué dans les lycées, il faut connaître...). Dans tous les cas, quelque soit son âge, le plus important en tant qu'auteur, c'est qu'il ait rencontré son lectorat qui lui est fidèle.
Honnêtement, je ne pense pas qu'une célébrité se cache derrière ce blogueur... Mais si l'on devait inventer, je dirai Titeuf pour l'humour un peu gras et potache qu'il partage tous les deux.


Retrouvez Brad-Pitt Deuchfalh en entretien sur ados.fr


La vie rocambolesque et insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh
Brad-Pitt Deuchfalh
M6Editions

 






Inversion de Brian Evenson : Roman (Mormon) de l'année 2007

Posté par Myosotis le 18.12.07 à 15:54 | tags : le cherche-midi, roman
J'ai repéré ce roman un peu tardivement pour qu'il puisse prétendre (sous mon influence sournoise auprès de mes camarades) à une place dans notre top 5 des meilleurs romans de l'année. Je m'en mords les doigts.
Brian Evenson qui est un jeune auteur américain (41 ans), de religion mormone (il s'est fait exclure de sa communauté dès qu'il est "entré en littérature") nous livre avec Inversion un roman remarquable et glaçant de talent. L'auteur qui compte plusieurs romans à son actif n'a bénéficié que d'une traduction en 2006, chez LOT49 la collection de Claro (dont il assure, une fois n'est pas coutume, les traductions en anglais), pour un ouvrage (pas lu) regroupant des nouvelles et baptisé Contagion. En attendant de pouvoir en lire plus, Inversion suffit à notre bonheur.

L'histoire démarre sur un schéma de connaissance dans l'Amérique des classes moyennes. Le jeune Rudd, adolescent timide de 19 ans, complexé et cancre (sauf en anglais), vit avec sa mère, après la mort violente de son père (suicide ?), dans le culte mormon. L'ambiance est stricte et pas folichonne. Rudd est plutôt solitaire, n'aime pas sa mère, mais ni plus ni moins que les enfants de cet âge. En farfouillant à la cave, il découvre dans les papiers de son père un courrier qui lui révèle l'existence possible d'un demi-frère, nommé Lael, qui habiterait, avec sa mère, à portée de scooter. Rudd part à la recherche de Lael, le retrouve et en fait son ami fidèle, celui notamment auquel il demande de l'aider pour un exposé scolaire sur son "héros mormon historique".Inversion
Brian Evenson
Le Cherche Midi








Les meilleures ventes

Posté par Solaris le 14.12.07 à 10:31 | tags : best-seller, news, roman


Semaine du 3 au 9 décembre 2007 :
Il est parfois difficile de commenter le classement hebdomadaire des meilleures ventes. Car, comment se renouveler ?

Une nouvelle fois, on retrouve le prix Renaudot 2007, mais sans le Goncourt sur ses talons. En effet, quid d'Alabama Song de Gilles Leroy, tandis que Chagrin d'école de Daniel Pennac caracole en tête. Suivi au loin par un autre roman, celui de J.K. Rowling (Ce n'est pas possible. Il y a forcément un lobby pro-Harry Potter qui s'est constitué et qui achète chaque semaine par milliers le tome 7 !?)
Dans la catégorie Biographie, Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker passe devant Une vie de Simone Veil. Et fait son entrée avec un essai politique sur les dernières élections présidentielles Ségolène Royal (Ma plus belle histoire, c'est vous).

Enfin, au rayon Bd, toujours XIII Tome 19 ainsi que XIII Tome 18. Sans oublier le tome 33 de Naruto réalisé par Masashi Kishimoto, qui vient de sortir.

 




L'Ange à la fenêtre d'Occident : le meilleur du fantastique pragois

Posté par Myosotis le 12.12.07 à 16:00 | tags : roman
Pas facile de revenir au XXIe siècle ces dernières semaines, j'en suis conscient. Les griffes du XIXe siècle sont particulièrement puissantes et ne lâchent pas leur petite proie journalistique quand elles l'ont agrippée. Celles du début du XXe ne font pas de cadeaux non plus, quand le XXIe siècle aiguise encore ses "griffes de lait". Certains s'impatientent et réclament de la nouveauté. Hé bien, la nouveauté, qu'on se le dise, n'appartient pas plus au présent qu'au futur : la nouveauté (malheureusement) est souvent plutôt derrière que devant, à l'image de cet ultramoderne Ange à la fenêtre d'Occident de l'austro-tchèque Gustav Meyrink, qu'on avait laissé la dernière fois avec son célébrissime Le Golem.

Cette fois, Meyrink a quelques années de plus (12 pour être précis, puisqu'on est désormais en 1927) et s'achemine tranquillement vers sa fin (il lui reste 5 ans au compteur et aucun autre livre...). Le succès s'est éloigné ; on le conspue un peu partout et il s'est absorbé corps et âme dans l'ésotérisme : expérience à la poudre de perlimpinpin, invocations de satans à nichons pointus... La réputation de Meyrink est celle d'un excentrique, tendance menaçante pour la population qui voit les coups dans les murs, les explosions et la visite de succubes comme un danger bien réel, au point qu'on lui a lapidé sa maison quelques années plus tôt et qu'il a dû quitter Prague. Au lieu de se racheter une conduite et d'écrire L'élégance du hérisson, Meyrink se démène pour livrer le roman d'alchimiste ultime, le plus tordu, fantastique, inquiétant, sensuel, sombre et gothique que la Terre ait porté depuis les Proverbes infernaux de William Blake et le Moine de Matthew Lewis : l'Ange à la fenêtre d'Occident.

Le livre devrait plaire un maximum à ceux qui sont fans de Lynch et ont apprécié le dernier Coppola, L'Homme sans âge, ceux qui pensent que le temps n'est pas si linéaire qu'on croit et peut faire d'étranges mouvements sur lui-même, voire aller jusqu'à soutenir de sa matière molle des entreprises aussi foireuses que la réincarnation à distance ou la transmutation des âmes.
C'est ce qui se passe ici avec le narrateur, un écrivain médiocre dont tout le monde se fout (tiens, tiens), qui retrouve, suite à la disparition de son cousin, dans ses archives un tas de documents ayant appartenu à un mystérieux ancêtre du XVIe siècle, l'alchimiste star John Dee (lequel a inspiré également un ouvrage plus récent à l'ami Peter Ackroyd). L'écrivain se plonge dans les lettres, le journal intime de Dee et révèle un monde souterrain, où les personnages de la vie de Dee vont trouver une prolongation (sur)naturelles dans le monde d'aujourd'hui.
Les récits s'enchevêtrent comme dans le Manuscrit de Saragosse puissance 10, les destinées. La gouvernante remplaçante devient la fiancée perdue..., il y a 400 ans. L'antiquaire collectionneur se change en un passeur de services ésotériques à la solde du camp des vainqueurs. Une mystérieuse princesse russe incarne la tentation tout azimut et le règne du désir sur l'âme. L'écrivain s'enfonce dans une confusion identitaire, confond le monde réel et le monde des esprits, a des visions, des rêves érotiques fabuleux et se met à lutter contre une folie douce et dure, tandis que Meyrink dévoile peu à peu les secrets et la vie de John Dee. L'alchimiste fait boire un filtre d'amour à la reine Elisabeth d'Angleterre, rêve de devenir Roi du Groenland (la terre verte), avant de s'engager dans un périple d'aventurier en compagnie d'un assistant allumé qui communique avec un Ange... à la fenêtre d'Occident, vert de surcroît, capable de transformer le métal en or à partir d'une poudre rouge.
A Prague, les deux hommes se lient avec l'Empereur et tentent de gagner des positions. La longue décadence de John Dee rythme le tout, tandis que la vie réelle de l'écrivain s'enfonce à toute berzingue (un bel accident de voiture donnera la clé de l'énigme) entre tous ces réels possibles.

L'oeuvre de Meyrink est un chef-d'oeuvre indépassable de complexité narrative, et un travail quasi futuriste qui préfigure tout ce qu'on lira par la suite au sujet des multivers, des réalités alternatives, en littérature, au cinéma ou en bd. Quelques passages peuvent paraître un peu longuets, mais sont inépuisables et ouvrent des veines de sens et de non-sens qui restent longtemps après qu'on a refermé le livre. Assez peu docte (l'intérêt du livre est que l'ésotérisme est présenté digestement et sans longs pensums gothiques sur tel ou tel esprit), le roman est à la fois d'inspiration gothique, horrible mais ouvre une forme rénovée de fantastique où le dérangement n'est pas mis en valeur par une réalité stable, mais par une réalité elle-même détraquée.
Sans conteste (avec 80 ans de retard), le livre de l'année.


Ange à la fenêtre d'Occident
Gustav Meyrink




Les meilleures ventes : La fiction, une valeur sûre

Posté par Solaris le 10.12.07 à 14:50 | tags : best-seller, news, roman

 



En novembre, le roman a su gagner les faveurs du public, celui-ci choisissant de s'intéresser aux lauréats 2007 des prix Renaudot et Goncourt. Seule la biographie de Simone Veil, Une vie, parvient à rivaliser vraiment avec le genre.
Il semble que le Renaudot se vende mieux que le Goncourt, et surtout que les autres prix ne font pas beaucoup d'émules... Et tandis que Muriel Barbéry continue d'écouler son stock de hérisson, les Adam et Eve d'Amélie Nothomb sont déjà repartis pour un paradis lointain et oublié.


Romans/Fiction
1. Chagrin d'école de Daniel Pennac (Gallimard)
2. Alabama Song de Gilles Leroy (Mercure de France)
3. L'élégance du hérisson de Muriel Barbery (Gallimard)
4. Le mystère des dieux de Bernard Werber (Albin Michel)
5. La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel)


Essais/Documents
1. Une vie de Simone Veil (Stock)
2. Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker (Robert Laffont)
3. Anticancer prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles de David Servan-Schreiber (Robert Laffont)
4. Je vous fais juges de Rachida Dati et Claude Askolovitch (Grasset)
5. La nuit du Fouquet's d'Ariane Chemin et Judith Perrignon (Fayard)


Source : Classement mensuel IPSOS-Livres Hebdo




Walden, Thoreau et la vie qu'on mène...

Posté par Myosotis le 07.12.07 à 17:41 | tags : essai, roman
 

La cote de l'écrivain Henry David Thoreau est actuellement en hausse, comme si cet auteur classique américain, poète, essayiste, pamphlétaire était redécouvert par enchantement, 153 ans après la publication de son ouvrage culte, Walden ou La vie dans les bois. Est-ce l'effet Al Gore(t) ? Un nouveau signe de la critique en marche du consumérisme outrancier ? Ou tout simplement une expression parmi d'autres des tocades bidons de l'homo capitaliste pour le retour à la nature, le bio, l'IKEA et le pin blanc composite ?

Walden, publié en 1854 donc, est un livre à découvrir pour plusieurs raisons. La première est que ce livre est formidablement bien écrit, et tout à fait spirituel. Thoreau qui est un homme d'extraction modeste, enseignant à ses heures, est aussi l'ami du poète (transcendantal) Emerson et ce type d'esprits libres dont seuls peuvent accoucher les Etats-Unis. Son fait d'armes le plus connu reste d'avoir refusé de payer ses impôts, parce qu'il était opposé à la guerre contre le Mexique et à l'esclavage. Thoreau théorise La désobéissance civile (ou civique) et devient une sorte de rempart intellectuel contre les atteintes de l'Etat à la... morale.

Fasciné par les sciences naturelles, les sports "nature" (il pratique le canoe,...) qui ne sont pas à l'époque ce qu'ils sont aujourd'hui, Thoreau expérimente au milieu des années 1850 : le retrait du monde... pour mieux le connaître. La démarche n'est ni religieuse, ni particulièrement philosophique. Thoreau pense qu'une coupure avec les conditions de vie matérielles de l'homme "urbanisé" lui permettra de mieux apprécier, au sens de peser, la vie contemporaine. Il construit une cabane de quelques mètres carrés sur le terrain d'un ami près des Etangs de Walden, dans le Massachussets, et y vit chichement pendant 2 ans et 2 mois.


Lisez la suite de la chronique de Walden ou La vie dans les bois


Walden ou La vie dans les bois
Henry David Thoreau
Gallimard




Lucius Shepard : Le bayou des derniers jours

Posté par Maxence le 06.12.07 à 10:53 | tags : elucubration, roman, science-fiction

En tant que genre apparenté de la science-fiction, le fantastique est un genre quasi-psychanalytique qui interroge l'humanité à la lumière de l'inconscient. Alors que la science-fiction actualise les mythes et les légendes d'hier en entrant en résonance avec une certaine vision de l'avenir, le fantastique plonge dans un univers intérieur mystérieux dans lequel survit, souvent malgré nous, des bribes de rites, de croyances et de superstition. Or, c'est bien connu, à toutes les époques de l'histoire, l'humanité a cédé à la tentation d'utiliser la technologie pour donner une forme physique et théorique aux croyances qui l'habitent fussent-elles totalement anti-scientifiques. C'est la tekne, à la fois "science, art et technique" en grec, appliquée au vaste champ de l'inconscient. Mais notre monde scientiste à tendance à dénigrer ces croyances ancestrales qui sont pourtant bien vivantes dans l'esprit de nos contemporains. C'est pourquoi il est nécessaire de parler de Lucius Shepard, un écrivain de science-fiction qui use de légendes fantastiques et d'exotisme corrompue, mais aussi de modernité, pour exorciser les démons de notre civilisation.

 

Ecrivain américain, reporter de guerre, infatigable voyageur et baroudeur émérite, Lucius Shepard fait parti de la génération des Philip K. Dick, Norman Spinrad & Co., autant dire la frange rock'n'roll, exubérante et engagée de la SF des 70's. Mais Shepard est aussi un écrivain au style fluide, proche des grands auteurs anglo-saxons, comme Ernest Hemingway ou Joseph Conrad. C'est également le spécialiste d'une littérature fantastique teintée de modernité qui mélange aussi bien, rites vaudous, légendes urbaines et futur proche. Les personnages de Shepard, sont un peu comme les personnages de La Plage d'Alex Garland, des occidentaux paumés, aux prises avec des forces et des coutumes qui les dépassent. C'est le cas de Jack Mustain, le héros de Louisiana Breakdown, dernier roman de l'Américain traduit aux éditions du Bélial.

 

Raconté comme un compte à rebours vers le désastre et la perdition, Louisiana Breakdown se déroule en un peu moins de 48 heures dans la moiteur des marais de la Louisiane profonde : Immobilisé malgré lui dans la ville de Graal, Jack Mustain va faire connaissance avec sa population haute en couleur, saturée de chaleur et de secrets. Une bourgade du sud profond qui semble condamnée d'avance et sombre lentement dans la démence sous l'ombre omniprésente du cyclone Katrina. Un lieu où il ne fait pas bon tomber amoureux, un endroit enfin, ou charmes anciens et maléfices sont plus que jamais vivant dans le cœur de ceux qui y vivent.

En styliste hors-pairs, Lucius Shepard évoque la moiteur de la Louisiane, le silence des marais et le mystère des bayous. Bien sûr, on peut parfois penser que l'auteur joue avec les clichés, mais c'est véritablement sa manière, très cinématique, de poser l'ambiance et de décrire cette région du monde où la fiction dépasse bien souvent la réalité. Une région dont il connaît bien les mœurs et de coutumes et dont l'écrivain livre une description quasi-anthropologique, quand ce n'est pas tout simplement photographique. En ce sens, Louisiana Breakdown offre une bonne introduction à l'univers décalé de cet écrivain hors-normes. Un véritable bain de jouvence dans le panorama, parfois un brin morose, de la littérature contemporaine.


Louisiana Breakdown
Lucius Shepard
Editions du Bélial




Pourquoi on meurt plus sur les pages impaires...

Posté par Myosotis le 04.12.07 à 14:54 | tags : elucubration, roman
 

Ma curiosité continue, année après année, et heureusement pour moi, de s'appliquer spontanément à d'étranges objets d'étude.
En relisant Balzac (Le Père Goriot), dont je parlais hier, il m'a semblé que, dans le domaine romanesque, beaucoup de morts célèbres se produisaient sur des pages impaires plutôt que sur des pages paires.

Les pages impaires, comme vous le savez, sont des pages de droite pour le lecteur, tandis que les pages paires sont à gauche, puisqu'il est coutumier que les livres commencent à la page 1 ou 3 ou 5 et jamais sur la 2, 4 ou 6.
Je me suis donc demandé si, par nature, le fait que cette mort intervienne à main droite avait son importance et si on pouvait en tirer une sorte de vérité sur les meilleures façons de mourir dans le roman. On peut évidemment dire que ce phénomène n'a pas de sens et que tout cela dépend de l'édition et de toute façon, ne repose jamais sur un choix de l'écrivain mais toujours sur un arbitrage (fortuit) de l'éditeur ou du type qui met les livres en page.
J'ai néanmoins mené une petite enquête scientifique sur ma propre bibliothèque et étudié cette affaire sur une sélection de livres très variés, allant du classique au moderne.

Sur un échantillon de 20 livres où il y a des morts, Le Rouge et le Noir, Madame Bovary, le Père Goriot, La Cousine Bette, Les Racines du Mal, Les Noronsoff de Jean Lorrain, le Le Golem de Meyrink, Girlfriend dans le coma, Germinal..., et j'en passe, je me suis aperçu que mon intuition était juste : 16 morts étudiées (j'entends par mort le moment où le romancier indique que la personne cesse de respirer et/ou démarre son agonie) avaient lieu sur des pages impaires et 7 seulement sur des pages paires. (pour les matheux, il y avait plusieurs morts dans certains bouquins étudiés, d'où la somme de 23).

Ce qui signifie que dans 69,5% des cas de mon échantillon (non représentatif, mais qui comportait des éditions Poche comme des livres de collection), la mort intervient dans les romans alors que le lecteur se tient sur la page de droite. Cette observation vaut que la mort intervienne de maladie, de mort accidentelle ou soit provoquée par un meurtrier. Cela semble d'autant plus vrai que le mort est un personnage important du récit et que l'on soit près de la fin du livre. On peut supposer que le positionnement spatial de la mort ait un rapport (assez obscur) avec l'intensité de celle-ci et son importance pour le livre.

Si l'on essaie de trouver une explication à ce phénomène singulier, on peut imaginer que la mort en page impaire tombe comme une conclusion (une chute) à l'assemblage narratif constitué par les deux pages ouvertes du livre, ce qui a pour effet de tenir le lecteur en haleine et de ne pas créer une rupture en repoussant la mort à la page qui suit.
Souvent, et si l'on regarde ce qui suit la mort d'un personnage de roman, on s'aperçoit que l'auteur préfère terminer sa page de droite sur la mort du personnage avant de conclure son ensemble (paragraphe, scène, chapitre ou livre tout court) par une description échappatoire (un coucher de soleil, une morale, une scène conclusive), qui de fait tombe sur la page suivante, la page paire de gauche. D'une façon tout aussi générale, on peut supposer que cette disposition des morts romanesques correspond et ça va s'en dire à notre sens de lecture occidental.
Il est possible (mais je n'ai pas poussé l'analyse jusque-là) que les morts japonais de roman ou les morts de manga, les morts arabes se posent dans l'exact autre sens. La mise en mort ferait dans ce cas écho non seulement à une question pratique (ne pas interrompre une continuité par un tourne-page), mais aussi à une respiration culturelle.

En tout état de cause, si vous êtes héros de roman, il est recommandé de se méfier des pages impaires et de penser à enfiler à chaque fin de page paire un gilet pare-balles, un casque ou carrément de disparaître de la narration pour aller pisser, fumer une cigarette ou se rendre à la piscine. Car globalement, mais c'est une autre histoire (spectacle oblige), les personnages de roman ne meurent jamais hors-champ (sauf dans les romans russes).

 




William Gibson : Le cyberpunk à travers les mailles du réseau

Posté par Maxence le 04.12.07 à 11:33 | tags : roman, science-fiction

Alors que les éditions J'ai Lu réédite, Neuromancien, Comte zéro et Mona lisa s'eclate, les trois premiers romans de William Gibson (dits, de la Sprawl Trilogy) accompagnés de son recueil de nouvelles, Gravé sur chrome, sous la forme d'un Omnibus titré Neuromancien et autres dérives du réseau, impossible de faire l'impasse sur ce qui fut certainement l'un des plus intéressants mouvements littéraires issu de la science-fiction du 20ième siècle : le cyberpunk, un mouvement littéraire né au début des années 1980 est largement influencé par la new wave anglo-saxonne des années 1970, représentée par des auteurs comme J.G. Ballard, Michael Moorcock, Harlan Ellison ou Samuel Delany.

En tant que genre, le cyberpunk, se caractérise par une fascination pour les technologies de l'information, l'informatique et les formes d'invasion, ou de mutation, du corps et de l'esprit induites par les nouvelles technologies. La société dépeinte dans les romans cyberpunk est fortement contrastée, séparant les très pauvres des très riches de manière radicale. Les multinationales ont la mainmise sur de nombreux domaines de la sphère sociale, qu'il s'agisse de l'emploi, du droit ou de la vie privée. Les protagonistes des romans cyberpunk sont constamment connectés, de manière plus ou moins légal selon les revenus et la classe social, au réseau des réseaux. Ça vous rappelle quelque chose ?
 

Cet univers, on le doit à de nombreux auteurs, mais avant tout à William Gibson Ford, l'inventeur de ce qui restera dans les annales de l'histoire comme "le cyberespace". Une "réalité virtuelle", un paysage de données, qu'il définit comme une représentation 3D des ordinateurs reliés en réseau de part le monde. (On notera que pour Gibson, cette "hallucination consensuelle" comme il l'a nommée, concerne en premier lieu les transactions de capitaux internationaux.) Un espace qui ressemble fort à notre Internet, à une différence près, et non des moindres, les visiteurs, pirates, hackers et police des corporations, y naviguent réellement pour s'y livrer une bataille sans merci. Mais cet espace virtuel abrite aussi des entités mystérieuses, parfois discrètes, parfois omnipotentes et omniprésentes, les IA, ou Intelligences Artificielles. Ça vous rappelle encore quelque chose ? Bravo, dans Matrix les frères Wachowski lui ont tout piqués !


Lire le portrait de William Gibson sur Fluctuat.
Voir aussi une interview sur le site du Cafard Cosmique.




Les meilleures ventes : XIII

Posté par Solaris le 30.11.07 à 10:19 | tags : best-seller, news, roman

Semaine du 19 au 25 novembre : Les lauréats des prix littéraires ont la côte..., mais pas autant que XIII.
En effet, dans le top des ventes, on retrouve les prix Goncourt, Renaudot de la saison 2007 : Alabama Song de Gilles Leroy et Chagrin d'école de Daniel Pennac.
Les mémoires de personnalités suscitent aussi la curiosité, l'intérêt de certains. Ainsi, Une vie de Simone Veil semble en passionner plus d'uns. Souhaitons à Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ? de Michel Drucker de connaître le même destin...
On retrouve ensuite deux auteurs best-seller. Tout d'abord, J.K. Rowling. L'écrivaine britannique n'a pas de souci à se faire. Son petit protégé, Harry Potter, se maintient. Et un come-back auquel on ne croyait pas : Muriel Barbery et son son élégant hérisson continue de "séduire". (Et non, il ne se fait pas oublier en Extrême-Orient comme son auteur.)
Enfin, au rayon bd, les deux derniers volets des aventures de XIII caracolent en tête (XIII Tome 19 : Le dernier round et XIII Tome 18 : La version irlandaise), loin devant le tome 23 de Fruits basket de Natsuki Takaya.




Irvine Welsch de retour en librairie...et dans la hotte de Flu

Posté par Maxence le 29.11.07 à 17:15 | tags : au diable vauvert, news, roman

A peine sorti de la rentrée littéraire 2007, on voit déjà se profiler celle de janvier 2008 ! Bien que je m'étais promis de ne plus participer à cette foire d'empoigne épuisante, il est difficile de passer à côté du grand retour d'Irvine Welsh, l'auteur culte de toute une génération avec l'acclamé Trainspotting, un roman adapté en 1996 par Danny Boyle. Cette fois, ce sont les éditions Au diable Vauvert qui s'y colle avec, non pas une, mais deux traductions de l'écrivain écossais.

Les lecteurs français auront donc droit à Porno, la "sequel" tant attendue de Trainspotting, qui suit les aventures de Begbie, Sick Boy et Spud des bas-fonds d'Edinburgh en passant par Amsterdam, et même la croisette Cannoise, quelques années après la disparition de Mark Renton avec l'argent de la bande. Centrée sur le personnage de Sick Boy, Porno raconte ses efforts pour réussir dans le business de la pornographie amateur (le porno "gonzo" pour être exact) après avoir rencontré Nikki, une étudiante anglaise aussi belle que paumée.
Ce roman, paru en Grande-Bretagne il y a cinq ans, est accompagné avec seulement un an de retard par la traduction d'un des romans récent de l'auteur, Recettes intimes de grands chefs. Une fable gothique et morale explorant les rapports entre Danny et Brian, deux inspecteurs de l'hygiène de la Mairie d'Edinburgh, dans un remake contemporain et plutôt réussi du portrait de Dorian Gray.

 

 

Deux livres très différents donc, qui permettent de faire le point sur l'évolution du talent d'Irvine Welsh. On en reparle très bientôt sur Flu', le mag, avec une longue interview de l'auteur.

En outre, Fluctuat et Au Diable Vauvert vous proposent de gagner cinq lots de deux livres dont l'un est contenu dans la superbe hotte de Flu.

Participer au concours La Hotte de Flu






  Discussions en cours sur le forum livres :
Rechercher
Dans la boite
Ajouter à Netvibes Ajouter à Mon Yahoo! Ajouter à mon Google Ajouter ce blog à mes favoris Technorati! Abonnement Bloglines
Sources et amis
- La feuille (FR)
- Le Typographe (FR)
- Tourgueniev (FR)
- M. T. Louverture (FR)
- Tiers livre (FR)
- E®enews (FR)
- Blogs BD (FR)
- Lessig blog (EN)
- Buzz littéraire (FR)
- Culture Café (FR)
- Alalettre (FR)
- Zazieweb (FR)