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l'actualité des parutions chez Robert Laffont

Joan Didion : Généalogie de l'ennui

Posté par Maxence le 22.02.08 à 16:22 | tags : roman, robert laffont

Bret Easton Ellis n'est pas le seul à avoir su donner une dimension existentielle à l'ennui qui sévit au sein des classes aisées de la Californie, et à avoir prêté un habillage glamour à la dépression. Avant lui, la romancière, scénariste et journaliste Joan Didion, que le natif de Los Angeles cite comme une influence essentielle, a su mieux que personne établir le constat désenchanté d'une Amérique certes libre, mais surtout en totale perte de repères.

 

Découverte en France grâce (ou plutôt à cause) de L'année de la pensée magique, un roman narrant la disparition de son mari John Gregory Dunne, romancier fameux et scénariste (souvenez-vous, le polar sacrilège Sanglantes confessions et son adaptation avec Robert Duvall et Robert De Niro en prêtre révolté par la corruption de l'église américaine, c'est de lui !). Joan Didion est l'égérie d'une certaine intelligentsia US, parmi laquelle on compte Ellis bien sûr, mais également Jay McInerney ou encore Donna Tartt.

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Robert Laffont - Pavillon poche


La Solution Finale ou le retour foireux de Sherlock Holmes

Posté par Myosotis le 12.02.08 à 12:16 | tags : roman, robert laffont

Michael Chabon a fait son petit effet en donnant un titre provocant (inspiré de Conan Doyle et non de ce qu'on sait) à ce petit livre policier à l'ancienne.
La solution finale
fait ainsi référence moins à la Shoah qu'à ces instants magiques où un détective anglais (ou américain) réunit les protagonistes d'une affaire criminelle pour leur livrer, au sortir d'une belle démonstration mi-scientifique, mi-mystique, la solution de l'énigme.

L'auteur des Mystères de Pittsburgh, des Garçons Epatants et du génial les Aventures Extraordinaires de Kavalier et Clay (Prix Pulitzer brillant qui évoquait la création de l'industrie des comics au travers du destin de deux immigrés juifs), est à 45 ans, l'un des écrivains américains qui marchent le mieux, l'un des plus acclamés depuis ses Mystères (en 1988) et des plus respectés pour sa manière de mêler des intrigues historiques complexes et des questions intimes (la nostalgie, la judéité sont au coeur de son travail).
Le tout sous une langue châtiée, élaborée et un cran au dessus de la moyenne américaine. Chabon serait ainsi au roman ce que Woody Allen est au cinéma, un grain de Mark Twain en plus, ce qui lui permet, dans ses meilleurs moments, de faire souffler de l'épique là où d'autres ne verraient que des questions domestiques. Il a aussi participé à l'écriture de Spiderman 2 et collaboré sur un remake de Blanche Neige et les 7 Nains en film d'arts martiaux.... pour le compte de Walt Disney.

Malheureusement pour nous, la Solution Finale n'est clairement pas à la hauteur de ses précédents travaux. On retrouve dans ce livre, court de ses 157 pages, les thématiques qui font d'ordinaire la qualité des travaux de Chabon mais pas la fluidité de leur enchaînement. La Solution Finale se veut un livre hommage aux romans de Conan Doyle. La scène se déroule dans une Angleterre campagnarde où dans une pension de famille est recueilli un jeune garçon, Linus, arrivé (nous sommes en pleine guerre mondiale) d'Allemagne. L'enfant ne parle pas ou très peu, a sans doute perdu sa famille en déportation et est flanqué d'un perroquet appelé Bruno qui débite à longueur de journée des séries de chiffres (un code ?) en Allemand. La pension accueille évidemment quelques autres caractères (le fils de la famille violent, une sorte de mystérieux représentant, etc) qui vont constituer assez vite une liste de coupables et de seconds rôles assez archétypale et convenue. Au bout de quelques pages, le perroquet Bruno est enlevé et un des pensionnaires retrouvé mort au pied de sa voiture. Il s'avère assez vite que l'individu était en train de voler le perroquet et a été interrompu en pleine fuite. Un vieux détective, jamais nommé (on se demande pourquoi tant les appels du pied sont énormes et répétés), en retraite, devenu apiculteur, veste de tweed, ayant habité Londres et qui se prévalait jadis de qualités exceptionnelles de déductions scientifico-rationnelles est ému par le gamin et décide de mener l'enquête pour retrouver le perroquet et identifier le coupable.

La dynamique du livre se met en place autour du couple constitué par ce Sherlock Holmes fatigué et le gamin mutique : émotion, temps qui passe, souffrance intérieure, économie des mots sont au programme pathos de l'auteur. Chabon se la joue "le vieil homme et l'enfant" pour dévoiler avec peine une intrigue qui se veut nostalgique des ambiances tissées par Conan Doyle mais ne réussit pas à convaincre. Le perroquet est introuvable. Etait-il recherché par l'Etat parce qu'il dissimulait le système de cryptage de l'Allemagne nazie ? Quelles horreurs a bien pu voir ce gamin pour décider de ne plus parler qu'à l'envers ? Les pensionnaires sont-ils ceux qu'on croit ? En guise d'hommage à Conan Doyle, l'intrigue de Chabon se traîne lamentablement jusqu'à un dénouement idiot et qui fait plus penser à Derrick qu'à Doyle ou Agatha Christie. La langue elle-même paraît ici trop ampoulée et surchargée d'effets (de bons mots, de mots savants, d'adjectifs) pour ce qu'elle a vraiment à dire, mettant en évidence la verbosité gimmick d'un Chabon qui se regarde écrire. Il y a quelques beaux moments d'émotion dans cette Solution Finale (entre le gamin et le vieux notamment, les séances d'apiculture, le retour à Londres, les soirées au coin du feu) mais elles ne suffisent pas à en faire autre chose qu'une pâle imitation d'un roman victorien ou policier à l'ancienne. Le roman est sympathique, se lit vite, amuse mais déçoit globalement par sa vanité et son manque de tenue. Passé de l'autre côté de l'Atlantique, Chabon semble perdre ses repère américains et fait pâle couleur locale. Le roman a produit son effet aux Etats-Unis mais est trop léger pour impressionner en Europe. Sans doute aura-t-on l'occasion de se rattraper prochainement avec son plus consistant The Yiddish Policemen's Union, sorti aux Etats-Unis l'année dernière.

La solution finale de Michael Chabon

Robert Laffont - 157 pages


Villa des hommes : l'amitié mathématique comme formule gagnante

Posté par Myosotis le 11.09.07 à 17:21 | tags : roman, robert laffont

Denis Guedj écrit des livres de scientifique (il enseigne à l'université), et donc de poète : beaux comme des démonstrations et organisés comme des classiques instantanés. Ce Villa des hommes est à ce titre un parfait échantillon de son talent : impeccable (presque trop) et ce quel que soit l'angle par lequel on le prend.
L'histoire est simplissime : deux hommes, un lieu, deux histoires, difficile de faire mieux. Le lieu sera un asile psychiatrique en Allemagne, pendant la Première Guerre Mondiale. L'homme n°1 est un brillant mathématicien, septuagénaire, décalque du vrai génie Georg Cantor, créateur de la théorie des ensembles et du théorème de... Cantor, dans lequel il définit l'existence d'une infinité d'infinis. L'oeuvre de Cantor (qui est un peu évoquée ici) est l'une des plus importantes du siècle mathématique, établissant un nouveau paradigme de pureté, traversé par de belles inspirations métaphysiques. Hans Singer (le personnage du livre) est authentiquement Cantor : même biographie, même parcours. On le prend au bord du livre au moment où il est de nouveau interné pour dépression : ses mathématiques sont critiquées par l'intelligentsia, on l'humilie publiquement lors d'une conférence et il perd pied dans son propre travail, absorbé, comme dans un gouffre, dans une ultime démonstration dont il ne viendra jamais à bout. Le personnage n°2, Matthias Dutour, est un cheminot français d'obédience anarchiste, engagé dans l'armée et qui se retrouve dans cet asile allemand après avoir perdu pied sur le front, vaincu par la laideur de la guerre, le propre reniement de ses valeurs et un affreux incident qu'on ne connaîtra qu'à la fin du roman. Le directeur de l'établissement psychiatrique décide, comme un botaniste, d'aparier les deux hommes et leurs malaises en les plaçant dans la même chambre. Les deux mutiques se changent alors en pipelettes et, autour d'une belle et sincère amitié, se racontent leurs vies, leurs folies. L'aventure ne durera que quelques semaines ou mois pour chacun d'eux.
Il n'apparaît pas nécessaire d'en dire beaucoup plus sur un livre qui, sur la justesse de l'émotion créée par la confrontation harmonieuse des contraires apparents (le jeune/le vieux, l'intellectuel/le soi-disant manuel,...) est une réussite totale. Les destinées des deux hommes se complètent, s'ajoutent et se multiplient à la perfection comme deux objets mathématiques ou une illustration in vivo de la théorie des ensembles. Le jeune Matthias se met aux mathématiques tandis que le mathématicien fantasme sur les grosses locomotives. Guedj montre que la folie ne tient qu'à un fil et est souvent une réponse appropriée (?), aux agressions du monde extérieur.
On rassurera ceux qui craindraient de se voir infliger des démonstrations mathématiques et autres pensums sur la théorie des infinis en disant que tout cela est servi de façon très digeste et plutôt bien amené dans le cadre d'une conversation tantôt amusante, tantôt carrément émouvante. L'intrusion de personnages secondaires dans le périmètre du récit (une jeune femme, la famille de Singer) vient casser un peu le rythme d'un ouvrage dont la construction linéaire et le huis-clos parfaits sont une qualité indéniable, et peut-être la seule faiblesse. Dans un univers chaotique, Guedj choisit d'offrir à ses personnages (et au lecteur) un oasis d'humanité qui, si on ne se laisse pas embarquer par l'émotion et les récits des deux hommes, pourrait laisser penser qu'il a choisi la facilité. Il n'en est rien. Le monde est dur et la villa des hommes, paradoxalement, lieu d'enfermement et d'exclusion, permet de mieux y respirer. Le roman ne fait sans doute pas partie des romans époustouflants de cette rentrée (y en a-t-il seulement ?) mais sûrement de ceux qu'il fait bon lire.

Villa des hommes
Denis Guedj
Robert Laffont

Retrouvez le dossier Rentrée littéraire.


Find your way

Posté par Solaris le 23.08.07 à 16:37 | tags : roman, extrait, robert laffont

L'image d'Etienne est passé devant mes yeux - il flottait, souriant et narquois, allongé sur un canapé jaune - et je me suis aperçu que l'idée lancée par ma femme commençait déjà à creuser son tunnel. Une semaine sans enfants ni conjointe, chez mes parents. Revenir à la case départ. Mesurer le chemin parcouru. Se glorifier. Se congratuler intérieurement. Un petit stage d'autosatisfaction et une estime de soi gonflée à bloc. Pourquoi pas, après tout ? Les Cafés Bleus tournaient toujours un peu à vide l'été, lorsque les employés londoniens partaient en congé - James prendrait les décisions qui s'imposaient, comme je l'avais fait l'année dernière quand il s'était absenté au mois d'août.
Sept jours de liberté. Sept jours de bilan. L'occasion de sortir le soir, dans une ville familière, et de retrouver ceux et celles qui avaient peuplé mon enfance et mon adolescence.

This is not a love song. Le titre accroche, le contenu ne le dément pas. Un sixième roman d'introspection pour Jean-Philippe Blondel.
En ce mois de juillet, Vincent, bon gré mal gré, prend une semaine de congés en célibataire. Il traverse la Manche, se rendant dans sa ville natale avec pour objectif de se reposer, de retrouver sa famille et pourquoi pas les amis perdus de vue. En bref, que de bonnes intentions qui n'augurent que le meilleur... Et pourtant, ce retour aux sources ne le ménagera pas. En partant s'installer en Angleterre, Vincent se promet de garder le contact avec ceux qu'il laisse derrière lui. Mais les promesses d'hier deviennent rapidement des projets sans lendemain, une procrastination fatale. Le voilà brusquement confronté à un passé dont les pans ressuscités vont le conduire à de funestes révélations. Ignorance coupable qui progressivement gangrène son esprit.
Une semaine de la vie d'un homme dont le cynisme et l'arrogance sont mis à mal. Peu à peu le narrateur perd de l'assurance et, finalement, on s'attache à cette voix. Un récit intéressant, des personnages si communs aux existences ancrées dans le quotidien. Jean-Philippe Blondel se renouvelle et nous séduit. Cet ouvrage mérite donc de finir dans votre panier "Spécial rentrée".

This is not a love song
Jean Philippe Blondel
Robert Laffont

Consultez également le dossier rentrée littéraire.


Ariane quitte la sphère adolescence

Posté par Solaris le 17.08.07 à 18:15 | tags : robert laffont, roman, extrait

Histoire de me préparer à mon avenir calamiteux, je regarde Desperate Housewives. Des femmes enfermées dans la routine, cherchant désespérément à réanimer leurs coeurs comateux dans leur propre mariage ou ailleurs : sur le papier, cette série a l'air très réaliste. Allumez la télé et un détail vous choque immédiatement. Elles sont trop jeunes, trop belles ! Je les vois, les vraies desperate housewives d'aujourd'hui, quand les pies infernales qui pensent être les amies de ma mère s'incrustent à la maison pendant des heures ! Elles ne sont plus très jeunes, et trop usées pour être belles. Elles ont toujours un coeur de midinette, et analysent la gente masculine avec les critères de leurs vingt ans, sans réaliser qu'elles-mêmes n'ont plus vingt ans. Leurs yeux sont cerclés de rides, mais elles critiquent impitoyablement les bouées, mentons gélétineux et autres crânes-de-salière du voisin d'en face.
Aujourd'hui, Emma Bovary économise pour s'offrir du botox et rêve toujours du grand amour. Même si elle le vaut bien et que son portefeuille le veut bien, la crème de graisse de porc à l'extrait de racine de romarin ne saurait annuler les sévices laissés par la mise au monde et l'éducation de quelques gamins. Mais rien que l'idée de déménager le bordel entassé par lesdits gamins lui flanque des nausées, donc elle reste.

Une écriture imagée, rythmée par un cynisme rafraîchissant, voici le roman de la " sale gosse " de la rentrée. Ariane Fornia, dix-huit ans dans trois semaines, et un troisième livre qui n'épargne rien ni personne.
Être pénible, c'est le plus grand plaisir de l'adolescence. Autant en profiter, puisqu'elle touche bientôt à sa fin. " Et, pas de doute, la Daria française s'en est donnée à coeur joie !

Retrouvez l'intégralité de la chronique de Dernière morsure.
Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.

Dernière Morsure
Ariane Fornia
Robert Laffont


Suivez le lapin blanc dans la matrice de Vernor Vinge

Posté par Maxence le 13.08.07 à 16:10 | tags : robert laffont, science-fiction, elucubration, roman

Milieu du XXI° siècle, le monde tel que nous le connaissons est enrichi de multiples couches d'univers virtuels. Des multivers extrêmement variés et accessibles à tout un chacun par le biais des Vêtinfs, des vêtement communiquants, intelligents et discrets, bourrés de nanotechnologies et d'informatique remplaçant nos PC et autres portables obsolètes.

A l'époque, pas si lointaine, 2025, où se situe Rainbows End, le roman de Vernor Vinge, l'information est vécue sous forme de simulations à la fois hypersophistiquées et parfaitement fonctionnelles, qui renvoient le cyberespace de William Gibson au rang de douces rêveries de l'ordre du féerique et du moyenâgeux.

C'est dans ce contexte sur-technologique que Robert Gu, un ancien poète atteint de la maladie d'Alzheimer, revient parmi les vivants. Bénéficiaire d'un traitement révolutionnaire, il émerge des brumes de la sénilité et (re)découvre un monde totalement nouveau.
Un monde beaucoup plus complexe que celui qu'il connaissait. Un monde où, sacrilège!, toute publication papier est détruite physiquement pour être numérisée. Mais plus que tout, derrière son apparente transparence, ce monde est plus opaque et plus dangereux que jamais. Géopolitique, gestion de l'infosphère, apprentissage des nouvelles technologies, mathématiques omniprésentes, statistiques et analyses de données, capacité de synthèse..., en cette ère de sur-information (et souvent de désinformation) Robert Gu devra tout réapprendre, de la plus simple requête informatique, au maniement complexe des vêtements intelligents que se doivent de porter tous les citoyens.
Pour cela il se voit contraint de s'inscrire une nouvelle fois à l'université et recommencer son apprentissage comme simple élève. Pour le doyen, la pilule a du mal à passer. Cette situation qui mettra à mal son ego, lui fera faire des bêtises, comme s'embringuer dans une sombre histoire de sabotage du projet de numérisation de la bibliothèque de l'université, ou passer un pacte avec un mystérieux lapin blanc. Enfin, s'il surmonte tous les pièges de ce nouveau monde, le littéraire grincheux un rien sadique et intolérant qu'il était auparavant, apprendra peut-être aussi à devenir un être meilleur.

C'est ainsi que Vernor Vinge lance son récit teinté de philosophie, tout en prenant soin de lui donner une dimension plus inquiétante de cyberthriller. En effet, tandis que nous suivons les péripéties du vieux potache, nous apprenons également qu'une mystérieuse agence basée en inde s'apprête à bouleverser l'infosphère grâce à une nouvelle technologie de suggestion baptisée VDMC (pour "Vous Devez Me Croire"). Une technologie tellement puissante qu'elle influe sans peine sur la volonté des masses et poussent des miliers de gens à acheter, voter ou se comporter de la manière prévue et préparée à l'avance.

Vernor Vinge est mathématicien, il est également, et c'est très important ici, à l'origine du concept de "singularité". Il prédit qu'au alentour de 2035 l'homme devra se mesurer à une intelligence supérieur à la sienne, crée par lui. Selon Vinge, la convergence des nanotechnologies, des sciences informatiques et cognitives, ainsi que des découvertes en biologiques, soutenue par "la loi de Moore" - une théorie qui prétend que la capacité technologique, et en particulier, informatique, doublant tous les 18 mois, celle-ci doit forcément donner naissance un jour à une entité de type intelligence artificielle - sera à l'origine de se bouleversement. Pour ce mathématicien et romancier américain, cette émergence signera la fin de l'humanité. Pas brutalement, mais de manière inexorable.

Pour lui nous ne feront pas le poids devant une intelligence globale et seront amené à disparaître, tout comme nos technologies et notre culture. De fait, avec cette ambitieux Rainbows End, cet écrivain scientifique posent de passionnantes questions et proposent de non moins nombreux postulats. Qu'en sera-t-il de l'information quand la science et ses processus deviennent intraduisible en mots simples ? Que devient l'art quand les outils de création sont si complexes qu'ils en deviennent inintelligibles, même pour ceux qui les utilisent (le préoccupant phénomène de la boite noire) ? Quand les machines deviennent aussi intelligentes que les homme, qu'en est-il de l'idée même d'humanité et de civilisation ? Avec l'avènement des nanotechnologies, où finit la machine et où commence le vivant ? Plus simplement, Rainbows End est une formidable métaphore de la façon dont la technologie et tout ce qui l'entoure (en terme de régulation sociale, de défense, de géopolitique, de gestion des transports, d'énergie, etc.) changent profondément le monde, mais surtout nous changes nous même en temps qu'utilisateurs.

Vernor Vinge
Rainbows End
(Robert Laffont)


Paul McAuley : Conséquences de l'identification des schémas

Posté par Maxence le 03.08.07 à 10:11 | tags : robert laffont, polar, science-fiction, lectures de plage
Vous vous souvenez de William Gibson et de son Identification des Schémas traduit au Diable Vauvert en 2004, dont vous trouverez une très bonne chronique ici ? Et bien on pourrait facilement le rapprocher de cet excellent Glyphes de Paul McAuley, à une différence près tout de même, le processus "d'indentification" intervient ici à l'envers. Dans Identification des Schémas, Cayce Pollard l'héroïne de Gibson, était capable de deviner d'un seul coup d'œil si un logo s'imprimera sur votre rétine, et surtout, dans votre inconscient.

Dans Glyphes se sont les signes qui reconnaissent le système nerveux humain et s'y inscrivent brutalement, parfois irrémédiablement. Dans le roman de McAuley, Alfie Flowers, photographe freelance, est sensible aux motifs actifs appelés "glyphes" par les spécialistes. Ces formes dont les propriétés fascinantes ne sont connues que de quelques personnes, sont les reflets des motifs entoptiques codées dans notre cortex cérébral, ceux que nous voyons quand nous fermons les yeux très forts ou mettons nos poings sur nos paupières en appuyant.
Problème, ils ont un pouvoir de suggestion capable de subvertir toute volonté humaine. Utilisé à l'occasion de pratiques rituelles depuis l'aube de l'humanité dans la région qui deviendra l'actuelle Irak, ces glyphes et leur pouvoir de suggestion n'intéresse pas que les archéologues et les scientifiques. C'est ce que découvre Alfie Flowers après avoir photographié un glyphe dans les rues de Londres. Il pense avoir découvert une piste sur la disparition de son père, lui aussi photographe, mais aussi espion au MI6 durant la guerre froide et se retrouve traqué par des mercenaires, des membres des services spéciaux et des savants fous.
 
Sur cette base digne du thriller de plage le plus banal, Paul McAuley signe un excellent roman d'aventure. Plus fantastique que réellement science-fictionnesque malgré sa parution dans la fameuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont, Glyphes est aussi remplie de références archéologiques et abordes les dernières théories en ce domaine (l'hypothèse magique et chamanique des gravures et peintures préhistoriques, entre autre). Son auteur nous emmène également des rues de Londres à celles d'Istanbul, du bidonville de Diyarbakir aux plaines de l'Irak en guerre et au Kurdistan. Plus encore, Glyphes est un voyage dans le temps, celui du bassin de la Mésopotamie, les grands empires sumériens, babyloniens et assyriens. Des civilisations et des sociétés puissantes et déjà organisées en administration, régnant sur le monde connu tandis que les indigènes de l'Europe étaient encore vêtues de peaux de bêtes et se barbouillaient de sucs végétaux (p.253). Ces qualités littéraires et cette érudition n'étonneront pas ceux qui connaissent déjà Paul McAuley, auteur du très bon Les Diables Blancs, traduit l'an dernier dans la même collection, mais surtout des Conjurés de Florence, une uchronie autour de la vie de Léonard de Vinci, et Féérie, un brûlot controversé qui lança le genre cousin du cyberpunk en ces temps de biotechnologies triomphantes nommé "Biopunk".

Et le rapprochement avec William Gibson dans tout ça ? Si l'on excepte la similitude du thème logotypes/glyphes spécialement conçu pour orienter la volonté de celui qui les regarde et de nombreux intérêts communs (la même fascination pour la façon dont les technologies de pointe finissent toujours par trouver le chemin de la rue, la même obsession pour la communication, son histoire et ses codes sous-jacents et une passion partagée pour les théories de la conspiration), il tient surtout dans le mécanisme narratif de McAuley.

Dans Glyphes comme dans Identifications des Schémas, l'intrigue prend son temps, McAuley excelle dans les descriptions savoureuses du Londres contemporain et de ses personnages évoluant dans le "demi-monde du travail indépendant" (comme il l'écrit lui-même). Le récit s'enrichie des pérégrinations de ses personnages, des intrigues souterrains des services secrets, de l'histoire des religion et de notre héritage historique. A la manière de la meilleure science-fiction (au sens large), il ne s'agit pas ici d'une vaine tentative d'accrocher le lecteurs avec force effets pyrotechniques, mais d'ancrer le récit dans un tout. En plus d'être un excellent thriller et une parfaite lecture de plage, Glyphes procure le sentiment de lire un roman global et profondément humain dans lequel la trame n'est pas une excuse pour un étalage de délire SF, mais une base de réflexion sur la magie et la science, la religion, la nature de l'espèce humaine et la manière dont celle-ci, de tout temps, a bâtit des empires dont le principal vecteur d'expansion est la communication.

Paul McAuley
Glyphes
Robert Lafont
(coll. Ailleurs & Demain)



Marc Lévy en 2h et 56 minutes : qui dit mieux ?

Posté par Myosotis le 14.09.06 à 11:34 | tags : elucubration, robert laffont, marc levy


Je ne sais pas si c'est l'annonce de la retraite de Michael Schumacher ou la difficulté à repartir sur autre chose après la lecture du Grande Jonction de Maurice Dantec, mais j'ai eu la mauvaise idée de voir combien je mettrais de temps à lire les 400 et quelques pages de Mes Amis, Mes Amours, de Marc Levy, en allant le plus vite possible.
Montre en main donc (et en lisant chaque mot), cela m'a pris 2H56 minutes. Bizarremment, alors qu'on le fait pour les jeux vidéos (un bon jeu est un jeu qui a une durée de vie suffisante) ou les disques (un disque qui s'écoute longtemps et se réécoute vaut mieux qu'un disque dont on se lasse), on lie assez rarement la qualité du livre et la vitesse d'ingestion du lecteur. Celle-ci peut, en effet, lorsqu'elle augmente dangereusement, mesurer à la fois un intérêt redoublé (suspense, envie de savoir la suite), et l'incapacité du livre à nous arrêter, à nous retenir. Un bon livre repose alors sur un enchaînement rythmique spécifique qui doit contenir des zones d'immobilisation du lecteur (de stupeur) et des zones de déchaînement (ces instants magiques où on a l'impression de ne plus pouvoir s'arrêter). C'est mathématiquement le rapport des temps cumulés de STUPEUR (ne pas oublier de compter les instants où, après sa lecture, on repense au livre) et des temps de FRENESIE (exprimés en heures) corrigé par le nombre total de pages (une sorte de multiplicateur d'effet si le ratio frénésie/stupeur est stable) qui peut alors donner l'idée de la qualité globale du livre pour soi et peut-être même bien pour la littérature. Je donnerai un autre jour des exemples concrets et chiffrés pour illustrer cette théorie.
En ce qui concerne le Lévy, donc, les 2H56minutes confirment que le roman se lit vite, s'ingère avec une facilité déconcertante mais ne présente pas suffisamment d'aspérités pour retenir l'attention ET qu'il n'est pas même capable de multiplier, par l'intérêt de l'intrigue, votre vitesse naturelle de lecture.
Le thème est passe-partout (en marketing, un Bridget Jones/ Auberge Espagnole trentenaire pour bobos dans le quartier français de Londres), le traitement sans surprise (Lévy nous avait au moins habitué à 1 ou 2 gimmicks marrants dans ses autres livres) et la chute merdique. Ce qui m'aura ralenti finalement, c'est que j'ai eu, au démarrage, une volonté d'aller trop vite qui m'a ensuite handicapé dans la distinction des différents personnages : qui est qui, qui fait quoi ? Si c'était à refaire, j'investirais un peu plus dans les 20 premières pages (d'autant plus que Lévy, l'habile artisan, alterne les narrateurs pour tromper l'ennemi) pour espérer gagner 5 ou 6 minutes sur la fin. Il faut mettre au crédit de Marc Lévy que sa peinture de milieu est bien exécutée (même si elle ne m'intéresse pas) et qu'à 2H56 pour 22 euros, soit 7,33 euros de l'heure de divertissement, il n'est pas plus cher qu'une bluette de 1H30 vue au cinéma pour 11 euros.... L'un dans l'autre, avec Marc Lévy, on s'offre pour un prix similaire, 2 fois plus de plaisir.
Pour mon étude, je veux bien recueillir les temps de lecture de Nothomb, de Dantec, de Zeller et Vollmann, par exemple, voire même pour ceux qui sont allés jusqu'au bout des Bienveillantes de Littell.

Marc Levy, mais c'est pas vrai!

Posté par Easywriter le 25.07.06 à 12:13 | tags : news, robert laffont, marc levy


Voilà qui fout les boules à la corporation journalistique : même en plein été, sans un seul papier dans la presse, Marc Levy vend des livres comme d'autres les glaces. Son dernier opus, mes amis mes amours , était sur la table de salon de ma frangine avant même que je ne sache qu'il était sorti. (son éditeur ne vous prévient pas, il N'a pas besoin de vous!)
Donc Marc Levy vient de passer en tête des ventes, détrônant...Marc Levy avec la réédition poche de vous revoir. On dit que les étés sont réservés aux poches, parfois aux romans d'amour, fadaises! Les étés sont réservés à Marc Levy.

Bret Easton Ellis, label de qualité

Posté par Easywriter le 14.06.06 à 13:35 | tags : elucubration, robert laffont, denoel, easton ellis


"Farce trépidante, surréaliste et sexy sur la peur et la séduction à Manhattan - un endroit où tout le monde espionne tout le monde -, Love Creeps relève à la fois de la comédie à suspense et du traité philosophique sur la névrose amoureuse."
Bret Easton Ellis, à propos du dernier roman d'Amanda Filipacchi.



" Interférence du jour : il me fallait trouver une phrase pour la promo d'un livre banal et inoffensif, écrit par une connaissance à New-York, encore un roman médiocre et poli (La plainte du mille-pattes) qui allait obtenir quelques critiques respectueuses et puis être oublié à jamais. La phrase que j'ai fini par concevoir était désinvolte et évasive, une suite de mots si vagues qu'elle aurait pu s'appliquer à n'importe quoi."
Bret Easton Ellis. Lunar Park.



Amanda Filipacchi, Love creeps. Denoël. (Illus.)





Tom Wolfe : Moi Charlotte Simmons

Posté par Van le 25.03.06 à 13:25 | tags : roman, robert laffont, extrait
"Au milieu d'un fouillis de jeans, de tee-shirts, de sous-vêtements et de chaussures, deux jeunes corps blancs et nus étaient étendus sur la moquette du séjour, juste au pied de la télé. Bras et jambes entortillés, couchés sur le côté, ils s'adonnaient à la forme originelle de "fuck". Energiquement. "Aaah, aaah, aaah", ahanait inlassablement la fille. Comme ils avaient les pieds vers l'entrée, la vue qu'en avait Jojo consistait pour l'essentiel en une houle de fesses et de cuisses charnues, ainsi qu'un fouillis de cheveux blonds qui masquait entièrement le visage de Mike. Par simple curiosité statistique, Jojo s'est demandé si la fille avait le pubis rasé. Il avait constaté que cette mode s'était rapidement répandue depuis le printemps dernier, même si la nana qu'il avait commencé à emballer deux jours plus tôt lui avait confié que, pour sa part, elle avait un "maillot brésilien". Le point intéressant, c'était la manière dont le truc se propageait. En temps que vedette sportive, il était facile de se tenir au courant des tendances de l'esthétique pubienne, mais comment les filles pouvaient-elles rester à la page, elles ? Etait-ce une question dont elles parlaient entre elles, ou quoi ?"
Appétissant, non ?
Moi, Charlotte Simmons, le dernier né de Tom Wolfe à paraître le 27 mars aux éditions Robert Laffont, et bientôt sur Flu, le mag.
Maj : Moi Charlotte Simmons, la chronique

Peter Ackroyd : un puritain paradisiaque

Posté par Myosotis le 23.02.06 à 20:14 | tags : roman, livre, robert laffont

Rien de tel pour passer quelques jours de vacances qu'un Peter Ackroyd tout chaud venu dans la splendide petite collection Poche de Robert Laffont (une découverte pour moi, mais le format est plaisant et la couverture très esthétique). Avec Un puritain au paradis, roman du prolifique auteur britannique, j'ai passé, comme toujours avec Ackroyd, quelques heures délicieuses, savantes et romanesques. Cette fois, Ackroyd à qui l'on doit entre autres le Testament d'Oscar Wilde, les biographies de Shakespeare, de William Blake, ou de Londres (la ville), mais également des romans réellement sublimes comme Le Golem de Londres ou L'Architecte assassiné, s'intéresse au poète John Milton, surtout connu pour son Paradis Perdu (et retrouvé). Au lieu de finir vieil aveugle ballotté par la Restauration après avoir apporté un soutien sans faille au régime de Cromwell, Milton choisit de fuir l'Angleterre et de gagner l'Amérique où il fonde et dirige une communauté selon les lois de la Raison et du puritanisme.
Autour de cette uchronie (que se passerait-il si on changeait ce petit détail....), Ackroyd livre un récit enlevé, qui est à la fois une peinture de l'Amérique des premiers temps (assez proche du Nouveau Monde de Malick) et une réflexion sur les philosophes au pouvoir. Evidemment, et bien qu'inspiré par les meilleurs idéaux, le gouvernement Milton va se barrer en sucette et donner un grand n'importe quoi assez proche des pires années de la Révolution Française. J'aurai de toute façon l'occasion de revenir sur le cas Ackroyd et son succès Outre-Manche mais ce bouquin est un assez bon début pour entrer dans l'oeuvre.




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