Fil d'actu : rentrée littéraire 
Signe des temps, les livres sur l'environnement professionnel, le travail de bureau, les aléas de l'intérim et le chômage se multiplient (et parfois se ressemblent). Rares cependant, sont ceux qui sont aussi drôles - et surtout aussi lucides - que Les tribulations d'un précaire de Iain Levison (titre original : A Working Stiff's Manifesto). Levison, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est l'auteur d'un excellent roman noir universitaire, Une canaille et demie, toujours chez l'éditeur Liana Levi, ainsi que d'un autre roman sur le travail, Un petit boulot. Dans ce nouveau roman, en réalité un récit ouvertement autobiographique, l'auteur américain se met en scène et brosse un portrait sans concession du marché de l'emploi aux Etats-Unis.
Apre et réaliste, Les tribulations d'un précaire s'éloignent des molles préoccupations des personnages de Génération X de Douglas Coupland, ou de l'Open space de Joshua Ferris. Dans ces romans les protagonistes ont encore l'espoir de trouver ou de garder un emploi décent. Mais l'expérience de Iain Levison, elle, tend carrément à prouver qu'un "emploi décent" ne veut plus rien dire de nos jours pour beaucoup d'américains. Lire la suite Tribulations d'un précaire Iain Levison (Liana Levy)

Voilà presque 5 ans maintenant que les éditions du Panama s'imposent tranquillement comme l'un des acteurs incontournables du paysage éditorial français. Au vu de la qualité de leurs dernières parutions dans le domaine du roman, on se dit même parfois que l'on tient là les futurs Christian Bourgois. Après l'excellent La Fille du Boucher de Lynda Barry, c'est au tour de Jonny Glyn de nous envoyer au tapis avec Les sept jours de Peter Crumb. Acteur britannique également auteur pour le théâtre et la télévision, Jonny Glynn signe ici un grand premier roman déjanté, croisement sauvage entre Chuck Palahniuk et Hubert Selby Jr.
Récit dérangé et dérangeant, précis comme la dissection d'un cadavre sous la lumière crue d'une salle d'opération, Les sept jours de Peter Crumb met en scène la déglingue supposée d'un être dont l'existence a brutalement basculé sept ans plus tôt, lors d'une tragédie familiale qu'il aurait - ou pas - provoqué. Laissé pour compte et abandonné de tous, Peter Crumb décide qu'il ne lui reste plus que sept jours pour vivre et pour donner la mort, afin de mettre un terme à sept ans de souffrance. Après quoi, il se suicidera. Mais cette condamnation est pour le moins ambiguë. Drôle de hasard en effet dans ce calcul de sept ans et sept jours, car dés le début il est évident que Peter Crumb souffre de crise de schizophrénie aiguë : Habité par un être tout droit sorti de son enfer personnel, celui-ci le pousse à commettre des actes abominables. Crumb, victime d'hallucinations paranoïaques, est également persuadé de lire l'avenir dans les gros titres des journaux. Un avenir qu'il provoquera si celui-ci n'advient pas comme prévu.
Les sept jours de Peter Crumb retrace donc le compte à rebours mortel d'un homme banal devenu dangereusement psychopathe et lâché dans un Londres non moins menaçant. Inspiré à son auteur par une "overdose" de récits sanglants déballés sans pudeur en première page des tabloïds anglais, Les sept jours de Peter Crumb se donne pour mission de remuer la boue et de marquer les esprits. A ce sujet Jonny Glynn ne nous épargne rien. Son récit détaillé des exactions de son personnage est écrit avec une minutie et une lucidité sans faille qui fait penser à cette phrase de William Burroughs concernant le Festin Nu : "le Festin Nu, c'est cet instant pétrifié et glacé où tous les convives sont réunis autour d'une table et ou chacun peut voir ce qui est piqué au bout de sa fourchette". Le livre s'impose comme un constat d'échec, celui d'une "civilisation" débordée par sa propre sauvagerie. Décapitation, viol, éventration, brutalités diverses, par delà sa violence assumée de faits divers atroces, Les sept jours de Peter Crumb est aussi la chronique d'un monde qui sombre lentement dans la folie écrite par un fou. Un livre plombant, dont la morale pourrait être "Qu'importe le meurtre dans un monde en ruine". A ce titre, une des prophéties de Peter Crumb est éloquente : "La planète se meurt, dit il, mais elle est si belle, si belle".
Les sept jours de Peter Crumb Jonny Glynn Panama

Edwin Marsal est cadre à la CETEC, grosse société d'ingénierie bordelaise. Dégoûté par un emploi ingrat, l'évolution de sa boîte et l'arrogance d'un petit chef de quatre ans son cadet, ce Français d'origine irlandaise pète un plomb (et accessoirement la gueule de son chef de service) et décide de refaire sa vie. A presque 40 ans, il plaque son boulot et quitte sa maison située en face du bassin d'Archachon pour Collioure dans les Pyrénées Orientales. Sur la route, il rencontrera Remy, et ensemble ils débarqueront chez Francis, un ami peintre du second. Embarqué dans une cocasse histoire de faux, Marsal joue maintenant les détectives amateurs spécialistes de l’art de la région à la recherche des oeuvres d'un mystérieux peintre écossais, ancien architecte urbaniste qui vient finir sa vie à Ceret, dans la misère. De son côté, Francis tourne un peu à vide dans la jolie ville Catalane et il n'hésitera pas beaucoup quand il se verra proposer un "emploi" de portraitiste à Saint-Brice, sur le bassin d’Arcachon. Un bassin menacé par des promoteurs immobiliers sans scrupules. Le voilà lui aussi embarqué dans une sombre histoire où l'Histoire, la grande, celle de la Seconde Guerre mondiale, géant de la petro-chimie allemande, commando spetsnaz et tueur de sang (très froid) se croiseront. Avec son second polar chez le Catalan Mare Nostrum, François Darnaudet nous propose donc un roman double, ou plutôt un "polar deux en un", hésitant continuellement entre deux histoires et deux eaux, Atlantique ou Méditerranée. Entre deux côtes et deux rives, peut-être à l'image de son auteur. Ecrivain discret, mais prolifique, François Darnaudet a déjà frayé sur les rives de la science-fiction (ou du fantastique pour être exact), du polar, du roman noir et de l'essai. A la fois enquête et quête existentielle, Les ports ont tous la même eau suit les pérégrinations de ces deux quadras au mal de vivre lancinant avec bonhomie, humour et (souvent) mélancolie. Finalement Marsal et Francis ne mènent jamais vraiment "d'enquêtes" ou bien ce sont eux qu'ils cherchent, en empruntant des chemins peu (ou plus) visités. Darnaudet en profite alors pour revenir sur un épisode peu glorieux de notre histoire, celui de la collaboration, ses amours malheureuses, les fruits tragiques qui en résultèrent et les innocents malmenés par l'histoire. Plus près de nous, l'écrivain explore aussi les vicissitudes de la vie d'artiste, la solitude contemporaine et l'errance, le tout sur fond de Chet Baker ou de Jimmy Scott, dans un livre gémeaux, généreux et fort comme une gorgée de Bordeaux (ou de Collioure, au choix). François Darnaudet fait parti de ces écrivains qui aiment à partager, et si vous avez de l'affection pour les personnages "plus grands que nature" ("bigger than life" diraient nos "amis américains", Jim Harrison et Thomas McGuane), les livres qui vous envoient sur d'autres pistes, en l'occurrence ici celles de la peinture, du bon vin du Sud, de la musique et surtout de deux régions magnifiques, décrites avec tout l'amour dont est capable un écrivain, alors vous aimerez le Darnaudet nouveau. Même si le roman se déroule dans deux régions différentes, il est important de faire une parenthèse. Nous sommes ici dans le domaine du "polar Catalan". Une étiquette encore officieuse qui s'impose tranquillement et que l'on doit à Philippe Salus, fondateur des éditions Mare Nostrum. Courageux, cet éditeur régional développe depuis 4 ans une collection de polars Catalans qui rencontrent un vif succès et s'est vu couronnée le 23 avril dernier (jour de la San Jordi, date emblématique pour tout Catalan) d'une belle anthologie de nouvelles policières "locales" : Noirs du Roussillon. Signalons également la création d'une collection de "Polar Rock", avec déjà deux nouveaux romans parus. Les initiatives de ce genre n'étant pas si courantes, nous en reparlerons bientôt.
Les ports ont tous la même eau François Darnaudet Mare Nostrum

L'ancien Président américain Bill Clinton, reconverti en "Apprenti Sauveur du Monde", vient de publier dans sa traduction française Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde. Cet essai met en avant les projets caritatifs menés par un certain nombre de personnalités, tels Bono du groupe U2, Bill Gates le mania de l'informatique, ainsi que ceux de plusieurs associations. Bill Clinton espère éveiller les consciences, encourager ses lecteurs à s'engager et à offrir "temps, argent, compétences ou connaissances". La mise en marche altruiste de toutes les bonnes volonté. Dessein hautement humaniste pour l'ancien maître du monde... Depuis la fin de son mandat de président, Bill Clinton agit au sein de la fondation qui porte son nom, laquelle intervient à différents niveaux : envoi de médicaments contre le sida au pays défavorisés, lutte contre l'obésité aux Etats-Unis, action contre la pauvreté et sensibilisation aux questions environnementales. Son autobiographie Ma vie s'est précédemment vendue à 250.000 exemplaires en France.
Donner. Comment chacun de nous peut changer le monde Bill Clinton éditions Odile Jacob

Ça commence très fort dans La fille du boucher de Lynda Barry. Aurait-on trouvé la nouvelle Kathy Hacker ? Ou mieux, le Chuck Palahniuk féminin ? Verdict bientôt. En attendant, voici un extrait de la "chose" :
Il était une fois dans une rue crade dans le quartier le plus crade d'une ville archicrade d'un Etat, pays, monde, système solaire, univers supercrade. Il était une fois derrière le chantier crade de la scierie Black Cat, sur une route boueuse extrêmement crade aux relents bouillonnants très étranges qui traversent tels de malveillants génies la sombre pluie crade et franchissent la fenêtre jaunie à demi éclairée d'une chambre à coucher crade située à l'étage d'une maison de location crade où sur un lit crade une fille crade est assise en face de sa sœur crade qui JE TE TUE SI TU TOUCHE A ÇA, JULIE, ET SI TU LE FAIS JE JURE DEVANT DIEU QUE JE TE TUE, SANS PITIE, NI REPRIS, NI ECHANGE PROPRIETE PRIVE, ÇA S'ADRESSE A TOI, JULIE, TOI ! La fille crade prénommée Roberta écrivait le livre crade de sa vie crade.
Parfaite conclusion pour un été hypercrade, non ? Vous avez remarqué la richesse de la langue au milieu du torrent de boue ? Hé bien, j'en suis au chapitre 9, et pour l'instant tout est de ce tonneau. Hypnotique, violent, cru et fort, Et dire que pendant ce temps j'écoute un album crade de James Chance & The Contortions ! Il y a des moments comme ça... TRASH !
Lynda Barry La fille du boucher Editions Panama
Consultez également le dossier rentrée littéraire.

 Chers Ados, Si vous pensiez que rentrée rimait principalement avec manuels scolaires, détrompez-vous. Évidemment, pour les non-polyglottes, la publication en français dans le texte du dernier volet des aventures de Harry Potter constitue le moment phare de la prochaine saison. Cela ne sera bientôt plus qu'un lointain dessein une fois que vous saurez que le "French dreammaker" se lance lui aussi à l'assaut des rayons des libraires. La nouvelle collection littéraire de Luc Besson, qui s'adresse aux 15-20 ans, sera lancée le 08 novembre 2007 avec David Grass. Jack, américain, 18 ans, aimant le foot, les voitures, les jolies filles, (jusque-là, pas de quoi s'enflammer !) fête une victoire sportive lorsqu'il croise le chemin d'un inconnu qui le "flashe". A la suite de cette rencontre, notre "Heroe" découvre qu'il vient du futur, avec pour mission de sauver la planète du chaos écologique qui la menace. Un thriller vert qui pourrait vous préparer à la lecture de Guerre aux humains (wu ming 2), dont la proposition de défense de l'environnement est nettement plus... "originale". Une sensibilisation de vos jeunes consciences à un combat juste, mais qui date. "Nous n'héritons pas de la terre de nos ancètres, nous l'empruntons à nos enfants." Antoine de Saint-Exupéry Serait-il prématuré d'annoncer un nouveau succès de Luc Besson ? Nous, on y croit. Alors pour ne pas nous contredire, cet automne, remisez vos consoles !
David Grass Editions Intervista Sortie le 08 novembre 2007

Je ne me souviens pas du moment exact où j'ai remarqué David. Peut-être était-ce quand il a marché vers les barbelés. J'ai d'abord vu ses cheveux magnifiques, cette masse qui flottait autour de sa tête, et qui pourtant était bien à lui, comme jamais quelque chose n'a été à moi, ces boucles qui cachaient son front et la façon dont il avançait, guindé, pas en boitant, non, il donnait l'impression d'être fait de bois et de fer et que ses mécanismes n'avaient pas été huilés depuis un bon moment. Il avait un short marron comme mon petit frère Vinod et cela accentuait la blancheur de ses jambes. Il s'approchait de la grille, lentement, dans se presser et cela m'a paru si incroyable qu'il fasse cela alors qu'il était en prison, comme s'il marchait dans son jardin et il se rapprochait, se rapprochait là maintenant, je voyais mieux son visage, son minuscule visage d'enfant blond perdu dans la moiteur et la chaleur de Beau-Bassin. Il y avait d'autres enfants dans la cour mais ils restaient souvent accolés à un adulte, personne ne jouait, personne ne courait, personne ne semblait parler. Tous des petits Raj, comme moi. David m'a dit, plus tard, qu'il avançait vers les fleurs sauvages qui poussaient près des fils barbelés. David adorait les fleurs, c'est comme s'il n'en avait jamais vu de sa vie mais c'est vrai que les fleurs de Beau-Bassin sont différentes de celles qui poussent à Prague. Moi, à l'époque, j'étais persuadé qu'il venait vers moi. Ses yeux étaient dans les miens, ça ne pouvait pas être possible autrement et mon coeur a commencé à s'emballer. Il s'approchait de plus en plus de la grille, je tremblais, je m'enfonçais encore plus dans la terre quand soudain, il s'est retourné vers les autres et il s'est éloigné des barbelés avec quelques pas de marionnettes.
Sous le charme ! Tout simplement séduits par cette pépite littéraire que nous propose les éditions de l'Olivier. Comme quoi plonger dans les souvenirs d'un vieillard peut parfois réserver de bonnes surprises... Le dernier frère nous transporte à l'île Maurice, pays d'origine de son auteur. Une histoire dans l'Histoire, celle de l'amitié naissante entre deux jeunes garçons pendant la Seconde Guerre mondiale. La rencontre de deux cultures certes, mais surtout de deux enfances sacrifiées, trop tôt confrontées aux réalités du monde adulte.
Retrouvez l'intégralité de la chronique sur Le dernier frère. Consultez aussi le dossier Rentrée littéraire.
Le dernier frère Nathacha Appanah Editions de l'Olivier

 Il n'est pas facile de faire un sort à ce premier roman d'un certain David Brun-Lambert, tant il relève du caprice adolescent. Quel amateur de rock n'a pas contemplé un jour l'envie de se glisser dans la peau d'un de ses héros et de raconter sa vie ? Qui n'a pas rêvé de se changer l'espace d'un roman en Brian Jones ou en Nick Drake pour comprendre de l'intérieur son génie et sa souffrance ? En appliquant ce dispositif au groupe anglais les Libertines, David Brun-Lambert ne fait pas autre chose que transposer la sublime méthode que Alain Gerber expérimente depuis une dizaines d'années maintenant pour raconter les grands noms du jazz (on reviendra sur son sublime Paul Desmond, d'ici quelques semaines). Brun-Lambert nous raconte ainsi les Libertines au travers du prime exclusif de la relation entre Pete Doherty et Carl Barat, ses deux leaders, et depuis le point de vue (qui dit "je") de ce dernier. Boys In The Band, malgré ses bonnes intentions (dire le drame humain derrière un groupe dont le statut "légendaire" est encore en débat), ne parvient pas vraiment à faire sentir le rock volcanique du groupe et la complexité de la relation entre les deux hommes. Trop attaché à l'objet de son amour, le narrateur Barat nous apparaît comme un romantique incurable, un rien maniéré et globalement agaçant. Son récit ressemble, malgré le travail de recherche qu'il a dû demander à l'auteur,à une longue plainte vaguement homosexuelle envers un amant qui le néglige. Le réalisme du récit s'arrête, pour un tel sujet, assez vite et avant que ne démarrent les scènes sordides (drogue, sexe, et rock n' roll) qui n'ont pas dû manquer dans le parcours du jeune groupe. En les évacuant (on ne sait trop pourquoi), Brun Lambert fait un choix courageux mais qui ne bénéficie pas au livre. Boys In The Band et c'est un comble pour un tel sujet a une dimension "gnangnan" qui l'empêche de décoller. En dépit de ces critiques, et si l'on aime le rock et/ou les Libertines (ce qui est mon cas, répétons-le), Boys in The Band est un ouvrage à lire. L'immersion dans le duo Doherty-Barat apparaît crédible dans ses grandes lignes et l'histoire revisite les grandes heures d'un duo (le cambriolage de l'appartement, les concerts souterrains, la rencontre, l'ascension fulgurante,...) qui, quoi qu'on en dise, aura eu un rôle de locomotive indéniable sur le paysage rock de ce début de siècle. Pour ceux qui connaissent, Brun Lambert soutient cette thèse à débattre selon laquelle Doherty serait l'auteur de toutes les chansons du groupe (paroles et musique) et Barat le seul susceptible de les "enluminer", les polir, terminer ou mener à maturité. Cette exploration dans le processus créatif suffit à rendre ce bouquin intéressant et confirme un certain nombre de choses quant à l'avenir des Babyshambles. Mais le livre a d'autres talents cachés, certes anecdotiques mais talents tout de même.


Sauvé ! Voici enfin le roman d'Audrey Diwan qui déboule en librairie et de quoi se reposer les doigts et le cerveau en éventail de ce qu'on a lu dernièrement. Audrey Diwan (autant la stigmatiser d'emblée) est une jolie journaliste de Glamour, amie de Lolita Pille (l'écrivain célèbre de la jet society) et de plein d'autres gens cool qui lui ont déclaré leurs sentiments sur sa page myspace . Du coup, on était méfiant, de cette méfiance perverse envers les écrivains qui vont vendre des livres par ballots de 100 et qui ne le méritent pas, bien qu'on se sente prêts à.. tomber amoureux d'elle (à condition qu'elle fut aussi belle en vrai qu'en photo), voire à en dire du bien par simple convoitise (du succès, de la beauté, de la jeunesse, de l'argent). Au final et après 200 pages lues consciencieusement et avec plaisir, on dira de cette Fabrication d'un mensonge qu'elle est le double féminin du dernier Florian Zeller. Est-ce un compliment ? Oui et non. Disons qu'on pouvait s'attendre à bien pire que ce qu'on a découvert. Diwan n'est pas une grande styliste, pas une romancière de folie mais nous offre un récit attachant et plutôt bien troussé dans son registre. L'histoire est celle d'une jeune bourgeoise éternelle étudiante (une grosse tête) qui, pour se distraire, se fait embaucher dans une boutique d'articles de mariage. Là, elle rencontre Lola, une autre vendeuse, prolo, fille-mère (ou mère célibataire), qui va l'hypnotiser et la fasciner... par ses mensonges (puisque la chute -*** SPOILER ***- c'est que Lola est une grosse mytho et pas autre chose !). Donc la riche et la pauvre s'acoquinent sous l'impulsion de Lola qui fait goûter à son alterego thunée gnangnan le côté obscur de la force. Lola dirige des groupes de parole anti-mariage et subvertit cette belle institution qui fait le malheur des clientes de la boutique. La subversion n'ira pas plus loin: le mariage est un crime contre la féminité. Mais c'est une idée amusante au demeurant. Pensez que la riche a failli se faire avoir et abandonner ses perspectives de réussite pour une jolie menteuse. Quoi d'autre ? Juste ça, j'en ai peur mais ce n'est pas si mal pour un premier roman. La Fabrication d'un mensonge a ses bons moments et une fin plutôt réussie. (oh, ce rockeur façon Naast tellement trognon et sexypoétique....) Un regret tout de même : Audrey Diwan nous aura refusé TOUTE scène de sexe dans ce livre. Pudeur excessive ? Volonté de ne pas choquer outre mesure ou de ne pas faire dans l'opportunisme cradingue ? Disons qu'une liaison lesbienne n'aurait fait qu'ajouter à la puissance évocatrice de ce roman féminissime. Dommage pour nous les hommes. La fabrication d'un mensonge Audrey Diwan Flammarion

Dans un livre de 709 pages, il faut s'attendre à tout et aussi à ça : l'obsession du narrateur pour les bites, les chattes et d'une manière générale pour tout ce qui touche aux flux organiques. Le Tunnel de William H. Gass est un immense déversoir à névrose, une psychanalyse baudruche où l'historien narrateur déverse sa noirceur traumatique à la vitesse d'une hypersoufflerie de science fiction, du Proust hardcore à la mode américaine : Ici Kohler parle de son micro-engin qu'il aura longtemps négligé. Sous-partie titrée "Décalotté"
"... de même qu'on sortait son zizi , sans y réfléchir, comme si on tirait la langue et le faisait, encore tout ensommeillé, aux petites heures du matin - le premier des devoirs quotidiens - puis le rangeait dans son pantalon en secouant le croupion et l'oubliait, oubliant souvent de se reboutonner, aussi. J'ai commencé avec des attaches puis suis passé aux boutons, puis enfin aux fermetures Eclair quand celles-ci sont apparues. Les boutons étaient embêtants. On en oubliait quelques uns. Qui s'en souciait ? Bon, bien sûr, ma mère. Mais qui s'en souciait vraiment ? Un monde sans bouton ça serait bien mieux, pensais-je alors, j'en suis sûr. Eh bien, c'est fait, à présent, et il ne l'est pas. La bite avait des dizaines de noms, comme les couilles : ces noms changeaient quand votre bite grandissait, et j'aurais pu en donner un à la mienne, je suppose, ou l'appeler comme un chien, Collins, ou comme un explorateur, Colomb, adopté Dick ou Tommy ou Peter, mais ça ne m'est jamais venu à l'idée. Non, ça n'a jamais été ma bite, ma queue, mon zob. La pauvre chose est restée anonyme. Peut-être ai-je senti depuis le début que c'était vraiment une pauvre chose, avant même qu'on fasse à ma place les inévitables comparaisons, le sourire gras, l'oeil pétillant au gymnase de l'école ou à la fac où j'ai appris à nager ou plus tard à l'armée lors des concours de bite la plus longue (la mienne n'était pas une bite, courte ou longue, m'apprit-on, la mienne était un petit zoziau.). Ces traitements métaient une torture. Dans mon groupe on m'appelait "Big Bill" ou "Bite d'Enfer". Impayable. Il paraît que les Rosbifs disent Willy. Willy ? De plus en plus d'hommmes, à cette époque, étaient circoncis : l'armée raccourcissait pas mal de types : et les médecins prescrivaient la chose aux futurs mariés qui redoutaient l'éjaculation précoce. Ca ne faisait donc pas de vous un juif." Le Tunnel WilliaM H Gaas Le Cherche-Midi A suivre, d'autres extraits et chronique de cet ahurissant ouvrage à paraître mi-mars au Cherche-Midi.

Les Microfictions de Régis Jauffret sont l'un des événements littéraires de cette rentrée 2007. Sur 1000 pages, l'auteur d'Histoire d'Amour et d'Univers, Univers, nous donne à lire 500 récits courts de 2 ou 3 pages maxi, agencés par ordre alphabétique et qui composent en réunion une proposition fictionnelle monumentale. Les récits ne se croisent pas, ne se recoupent pas, posés comme autant de nouvelles, ou d'embryons de nouvelles, poétiques, quasi journalistiques, parfois cliniques, dessinant une réalité alternative et déjantée faites d'anomalies sociales, de perversions, de compositions décalées, ou d'éclairages surprenants. Le style de Jauffret fait merveille sur la longueur, tant sa langue est précise, singulière et maîtrisée. Jamais mieux qu'ici Jauffret n'a réussi à peindre aussi habilement et rapidement des "situations" fulgurantes. Petit plus par rapport à ses précédents écrits : la forme courte lui permet de contourner l'ennui et de maintenir le lecteur en éveil. Si l'on va un peu plus loin que la démonstration de force, on peut néanmoins opposer au projet de Jauffret une vraie critique : ces Microfictions sont une négation totale de la composition romanesque, une tentative qui, si l'on exagère un peu (s'agissant d'un aussi bon écrivain), le range dans la catégorie misérable des Delerm et consorts. L'art du romancier n'est pas de filer TOUS les possibles, ce qu'il s'évertue à faire depuis Univers, de déplacer sa focale toutes les 2 pages, de glisser comme un fantôme narrateur sur un monde explosé, d'exprimer l'impossibilité de construire, mais justement de choisir une ligne narrative, de sélectionner les personnages, de les exciper de la glaise mondaine, pour les faire exister à nos yeux autour d'une temporalité littéraire (un livre - qu'il soit bâti autour d'une intrigue ou non). Ainsi, on peut considérer, selon qu'on retienne telle ou telle conception de la littérature, que Jauffret est un écrivain qui fait subir au roman un traitement aussi radical, voire plus, que ce que Joyce avait voulu avec Finnegans Wake, ou retenir qu'il est devenu avec les années un écrivain impuissant, incapable de fixer son talent et en passe de devenir un monstre de foire : un crapaud gonflé de sève, de mondes, de têtes, d'histoires, et qui ne peut plus les dégurgiter que dans ce désordre Grand Style et brillant, qui lui vaut l'admiration des critiques, mais n'est qu'une forme élaborée de défaite. Dans son fameux texte sur l'assassinat de JFK, Pasolini l'écrivain cinéaste avait posé l'essentiel en disant que la somme exhaustive des points de vue ne donnerait pas la vérité du drame. Le travail de l'artiste, qu'il fut romancier, réalisateur ou peintre, est d'en sélectionner UN, DEUX, ou TROIS, mais guère plus, qui composeraient la vision. C'est ce que Jauffret se refuse à faire ou ne sait plus faire depuis un bail, et pourquoi il est désormais beaucoup plus petit que son écriture. PS : cette réflexion s'appuie, je dois le reconnaître, sur la lecture des seules 420 premières pages de Microfictions.

Quant aux concerts, on avait chaque soir le sentiment de franchir un palier supplémentaire. Le groupe et le public étaient connectés par un truc qui nous dépassait. Une intensité. De l'amour. Du plaisir. Du sexe. Un cri. Une vibration. quelque chose de spirituel, simple et monumental. Peter et moi, on savait ça. On se cognait avec nos guitares, nos coudes ou nos pieds pour l'ampplifier, on se touchait, on se frappait pour s'exalter, on s'embrassait jusqu'à se mordre. Nos exploits furent relayés au quotidien par la presse, et dès lors notre nom apparaut sur toutes les lèvres. Une parti des médias prenant son rôle de fossoyeur à coeur, s'acharna à nous traiter d'imposteurs, de nouvelle escroquerie du rock n' roll. Un groupe d'anti-fans s'était même constitué à Manchester, qui nous balançaient des pièces pendant les concerts. Un soir, ils se sont fait massacrer par notre public. Ils ne sont pas revenus. Ils hantent depuis les concerts d'Oasis, m'a-t-on dit. D'autres nous considéraient comme des héros, des sauveurs, parfois des génies. Alors que chaque jour, les rangs des pro et anti se gonflaient un peu plus, nos concerts nous faisaient sillonner l'Angleterre dans ce qui ressemblait à une odysée éthylique des plus extrêmes. Je me souviens d'une fête improvisée dans la chambre d'un Holiday Inn de Sheffield. La moquette était constellée de canettes de bière, les tables débordaient de drogues en tout genre, parmi lesquelles des substances très lim ite. Des groupies à moitié nues étaient affalées sur le lit et les canapés. Des visages inconnus il y a quelques semaines gravitaient désormais en permanence autourde nous, se chargeant d'approvisionner Pete en came. J'étais couché sur le sol, ivre mort, lorsque je fus traversé par un éclair de lucidité. Je n'avais jamais rien voulu savoir de la quantité de drogues que Peter ingurgitait, me rassurant en pensant que cela était passager. Il y a longtemps on s'était promis d'enregistrer un disque et d'en dépenser l'argent dans l'une des plus grandes fêtes qu'on puisse imaginer. On y était. Autant en profiter. (..)
Clichés ? Réalisme ? Lyrisme romantique ? Mon coeur balance sur ces évocations des Libertines. L'ensemble se lit vraiment très facilement mais n'occulte pas totalement de réels problèmes d'écriture, une expression adolescente des pensées et faits et gestes des héros. Peut-être suis-je juste trop vieux pour adhérer complètement à ce genre de llivres ? Dans le même genre (et une division ou deux au dessus), l'Owen Noone & Maraudeur de Douglas Cowie, dont on avait parlé il y a très longtemps reste LA référence du roman rock. Boys in the band David Brun-Lambert Denoël

Le livre commence par la dédicace à Jonathan. Curieusement, la dédicace est arrivée presque à la fin de mon travail. Je connaissais Jonathan, j'avais plusieurs de ses vinyles sans vraiment les écouter. Quand on est amoureux, il y a l'envie de faire connaître à l'autre ce qu'on aime... Le fait d'essayer de faire aimer ce qu'on aime, nous force aussi à le reconsidérer, à le voir autrement, parce que, pour ne pas en dégouter l'autre, on doit aussi lui laisser aussi la place de ressentir sans trop "gaver". Louis-Stéphane Ulysse aime Jonathan Richman et rien que pour ça on aime LSU. Vous attendiez tous l'interview de l'auteur de ce magnifique roman en pointillé qu'est, La Fondation Popa. C'est aujourd'hui chose faire, l'entretien est en ligne. Enjoy ! (PS : Vous pouvez également vivre en direct les différentes étapes de réalisation du roman, ainsi que les états d'âmes de l'écrivain en visitant son blog dédié au livre. Un blog qui n'est pas celui d'un écrivain, mais un blog autour de l'univers d'un livre, insiste son auteur et dans le cas de La Fondation Popa, c'est primordial).
Louis-Stéphane Ulysse - La Fondation Popa (éditions du Panama) Lire l'entretien sur le mag

Le premier roman de Dan Nisand aurait pu être une chouette entrée en matière si l'auteur n'avait, au fil de la centaine de pages de ce court roman, quelque peu perdu le fil de son idée. Au départ de l'ouvrage, une intuition sympathique donc : l'histoire d'un homme qui devient obsédé par l'idée de mordre. L'introduction est soignée (l'individu en question se propose de nous raconter ce qui lui est arrivé et qui s'annonce bien : il a redécouvert sa nature animale, et, croit-on, est passé pas loin de la folie). Le prof nous raconte son affaire où on s'attend donc à ce qu'un crescendo l'amène à un peu plus de sauvagerie et de bestialité chaque fois. On l'imagine déjà en train de mordre une nana, un flic, un élève : perspective plutôt réjouissante si Dan Nisand n'avait choisi finalement d'écrire sur tout autre chose. Le héros nous raconte bien comment il se met à mordre tout ce qui tombe sous ses machoîres dans sa propre chambre et à déchiqueter avec avidité le contenu de son réfrigérateur (pas de scène de dévoration de viande rouge) mais délaisse assez vite cette veine amusante pour raconter la fascination du héros pour un jeune prolo qui habite son immeuble et se balade avec un énorme chien d'attaque. Le Mâtin de Jimmy (ce genre de gros chien méchant) devient alors le support d'une symbolique et lourdaude admiration pour la spontanéité et la brutalité putative des êtres sans éducation. Nos scènes espérées de renversement de l'ordre social par la morsure se terminent en journées passées dans l'herbe à partager façon homoérotique le culte du gros chien et de sa puissance. Si Nisand réussit à nous surprendre par une fin effrayante et astucieuse (je ne la raconte pas), ce Morsure restera, pour nous, l'illustration qu'il faut en littérature, comme ailleurs, S'EN TENIR A SON SUJET. Cette sorte de roman-nouvelle ne peut s'accommoder de digressions ou de détours en dehors du programme annoncé, sous peine de ne pouvoir récupérer suffisamment de percussion littéraire pour nous convaincre qu'elles ont rempli leurs engagements. S'agissant d'un premier roman, Nisand est partiellement excusable. Morsure témoigne d'une belle imagination, même si le style (je n'en ai pas parlé) est parfois un peu affecté (mais il s'agit du récit d'un prof après tout). On suivra néanmoins ses prochaines publications avec attention.
Morsure Dan Nisand Naïve editions

Comment est-elle née cette incroyable "histoire de l'histoire humaine", ce requiem pour un homme seul, entourée de la nature dans toute sa sauvagerie et son immédiateté ?D'un défi. Après la lecture de Schiel, le Nuage pourpre, autour d'un verre de whisky. J'étais emballée par la première partie - une fin du monde tout à fait correcte, ponctuée de belles destructions - et dégoûtée par la facilité de la seconde (la renaissance de l'humanité via une dernière et miraculeuse femme-enfant trouvée dans les gravas). Et là, deuxième verre, ma dédicataire m'a dit, : fais-le ! Fais un récit qui ne reconstruit pas l'humanité. Va au bout de l'affaire. Débrouille-toi et assure. Il s'agit d'un destin individuel. Au troisième verre, c'était décidé. J'en avais pour trois ans. Court extrait d'un excellent entretien avec Céline Minard signé Maxence Grugier, totalement conquis. Le début d'une grande histoire ? Lire l'entretien avec Céline Minard.

On dit que les yeux c'est les fenêtres de l'âme. Je me demande de quoi ces yeux-là étaient les fenêtres et je crois que j'aime mieux ne pas le savoir. Mais il y a un peu partout une autre vision du monde et d'autres yeux pour le voir et on y va tout droit. Ça m'a amené à un moment de ma vie auquel j'aurais jamais pensé que j'arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l'affronter. Je sais qu'il existe. J'ai vu son oeuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. Et je ne vais pas pousser tous mes jetons sur le tapis et me lever pour le défier. Ce n est pas seulement à cause de mon âge. je voudrais bien que ce soit ça la raison. Je ne peux même pas dire qu'il s'agit de savoir à quoi on est prêt. Parce que j'ai toujours su qu'il faut être prêt à mourir rien que pour faire ce métier. Ça a toujours été vrai. Ce n'est pas pour me vanter ni rien mais c'est comme ça. Si t'es pas prêt ils le sauront. Ils le verront. En un clin d'œil. je crois plutôt qu'il s'agit de savoir ce qu'on accepte de devenir. Et je crois qu'il faudrait jouer son âme. Et ça je ne le ferai pas. Je pense à présent que je ne le ferai sans doute jamais.
Tiré de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, ce monologue désabusé fait parti des chapitres intermédiaires qui rythment le nouveau et impitoyable roman du très grand Cormac McCarthy. Une mise en bouche en forme d'avertissement. En effet, il y a des gens, comme des pays - et des livres - avec lesquels il ne faut parfois pas trop frayer (ou alors, à ses risques et périls...) On en reparle très vite sur Flu', le mag. Cormac McCarthy - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (Editions de l'Olivier)

Lisbonne est cette ville de bout du monde qui offre au promeneur mélancolique la possibilité de se complaire dans ses légers tourments. Une capitale déchue où rougeoient encore les cendres d'un empire disparu et qui ne se donne qu'à ceux qui acceptent de s'y perdre. Dans les ruelles escarpées de l'Alfama, le flaneur pourra alors jouer à être Pessoa, se sentir comme lui "toujours à la veille de ne partir jamais". Il s'y sentira moins triste qu'inconsolable. Avec ses charmes désuets de cité sur laquelle glisse toute idée de modernité, Lisbonne est une ville profondément littéraire et métaphysique et on ne s'étonne pas du nombre de poètes locaux qu'elle inspire - au Portugal la versification est d'ailleurs un sport très prisé. Franck Darcel en fait le lieu de l'intrigue de L'ennemi de la chance - dont le titre est inspiré d'un texte d'Amalia Rodriguès - dans laquelle un jeune photographe belge se transforme en enquêteur, prétexte à une variation sur la vile et l'âme portugaise. Pour ce qu'on en a lu (et c'est très peu) Darcel semble échapper à l'emphase à laquelle invite la capitale portugaise -et dans laquelle je me vautre depuis un feuillet : "Lisbonne semblait être la dernière capitale européenne à avoir échappé à une certaine forme de rationalisme. Ici, on arrivait systématiquement en retard, et on ne savait pas forcément ce que l'on ferait le mois prochain, ni où l'on serait. Cela me plaisait énormément. Ajoutez à cela le prix très abordable des consommations, courses en taxi, plats de morue et le fait que la plupart des gens croyaient vraiment que Sain-Antoine veillait sur la ville et vous obtenez une sorte de Paradis". Il dit aussi que cette ville qui vous envoûte est la seule portugaise à se laisser aisément séduire - mais ce n'est pas tout à fait vrai. Lisbonne révèlera t-elle le meilleur d'un romancier ? Réponse sur le mag livres, un de ces jours. Illustration : Alfama chaos par Adalberto Tiburzi L'ennemi de la chance Franck Darcel ( pour les connaisseurs d'underground français, mélancoliques eux-aussi, Darcel fut le guitariste de Marquis de Sade au tout début des années 80) Flammarion

"J'aurais entendu une sirène hurlante, des mots d'ordre auraient été aboyés dans un haut-parleur, j'aurais vu des gyrophares orange comme des toupies sur une Cocotte-minute au bord de l'explosion, j'aurais eu la trouille qu'ils me tirent dessus avant de pouvoir freiner, j'aurais vu leurs lunettes noires, leurs casquettes noires, j'aurais senti leur chewing-gum et leurs mains sur mes flancs et mes jambes, la poussée du genou qu'ils m'auraient collé dans le dos pour m'étaler par terre et m'entraver les poignets, j'aurais senti le métal froid mordre au-dessus des carpes avec un petit bruit sec. Un vieux flic m'aurait relevé machinalement en pensant à son dernier goss -Buzz JR - qu'il aurait récupéré dans son propre poste la semaine d'avant, les cheveux collés par une croûte de sang séché, une balafre au-dessus de l'arcade soucilière récoltée dans une bagarre de gang et l'haleine empestant les chiottes et le jeûne de douze heures de garde à vue. Ils m'auraient malmené jusqu'à leur bagnole de flics et jeté sur la banquette arrière en claquant la porte d'un coup de talon - encore un cinglé bon Dieu ce que j'en ai marre de ramasser les cinglés de Floride. Je n'aurais pas entendu mes droits et on aurait filé dare-dare au commissariat et comme ça tout aurait été normal et parfait.Bien. Dans le meilleur des mondes possibles.
Sauf que ce n'est pas comme ça que cela se passe dans le monde que retrouve Jaume Roiq Stevens,cosmonaute asocial qui redescend sur Terre pour s'apercevoir qu'il est le dernier homme : ce qui le condamne à devenir Le Dernier Monde possible qui donne son nom au roman. Céline Minard n'est pas un auteur quadragénaire américain mais un jeune écrivain français qui a étudié la philo. Pour l'instant (j'ai pas fini) elle me bluffe totalement avec ce livre d'anticipation sociale ambitieux et superbement écrit. Son roman est un bonheur d'intelligence spéculative et de poésie brute. J'avais prévu de vous en parler plus longuement mais l'ami Maxence m'a coiffé au poteau - et fera ça bien mieux que moi. Sa chronique à lire cette semaine sur le mag livres. Le Dernier monde Cécile Minard Denoël

Pas facile au milieu de cet avalanche de nouveautés (la fameuse "seconde rentrée littéraire") de découvrir un premier roman et de le mettre en valeur. Soyons honnête, j'avoue n'avoir aucun mérite en ce qui concerne Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie de William Pierre, puisque c'est l'auteur lui-même qui m'a contacté sur myspace. Hé oui, à l'instar des musiciens (et des journalistes égocentriques, dont je suis), la "génération myspace" investit en toute logique la littérature (à moins que se ne soit l'inverse), et les écrivains ont désormais leur profil sur le fameux réseau de ce cher Ruppert (Murdoch), dans la continuité naturelle de ce que d'aucuns appellent l'avènement des "écrivains pop-star". Et pop star, William Pierre pourrait l'être avec cet étrange premier roman musical, épuré et attachant, sur fond de réseaux mafieux et de magouilles électorales. Romain Baach, jeune homme moderne et sérieux n'a qu'une passion, la musique. Il n'a également qu'un ami, Premiah, fournisseur de disques, et de livres, rares - et voleur impénitent. Cette amitié indéfectible battie autour de goûts communs est pourtant très fragile, car Premiah se voit contraint et forcé de jouer un double jeu au service d'un mystérieux Monsieur O. Mais Romain a un autre gros problème : son père, Benjamin Baach. Ce patriarche immigré de longue date et un rien bougon, est également l'un des puissants pontes mafieux de la ville de Plaine. Son voeu le plus cher serait de voir son fils cadet reprendre les affaires. Ce à quoi Romain s'oppose. Qu'à cela ne tienne, il devra trouver sa place dans "la famille". Faute de mieux, il sera DJ funèbre, accompagnant en musique la disparition souvent tragique des hommes de son père. Pendant ce temps, une certaine Prude tente de gagner la mairie de la ville en jouant de sa relation avec le caïd local. Le jeu des tensions et des pressions s'accentuent et Romain, comme Premiah, devront se battre pour garder, ou découvrir, leur véritable identité. Une intrigue à tiroirs et multiples rebondissements, pour un roman aux personnages attachants mélangeant polar, initiation et culture musicale. Cet aspect, traité à la manière des films Blaxploitation des 70's (période dont William Pierre semble être un grand connaisseur) ravira les amateurs, l'auteur étant pour le moins éclectique. New Order, Roxy Music, Silver Apples, Chic, Hall & Oats, Devo, The Neptunes, The Jam, Moroder, Glenn Branca, sont quelques-un des nombreux artistes et musiciens cités dans Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie. Mais la littérature a aussi ses figures tutélaires, et c'est sous les auspices du Moravagine de Blaise Cendrars ou de Proust que William Pierre bâtit son univers (ce qui est assez rare pour être noté, surtout en ce qui concerne le premier, souvent absent des listes de lectures). Vous l'aurez sans doute compris, Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie, n'est pas à proprement parlé, un polar. Il s'agit plutôt d'un roman surréaliste et poétique. Inclassable, à la manière d'un Louis-Stéphane Ulysse. Ceux qui s'attendent à du hard-boiled à la Ellroy seront évidemment déçus malgré quelques scènes d'une rare brutalité - pourtant toujours traitées avec distance. Les autres, ceux qui préfèrent la violence contenue d'un Kitano ou l'ambiance du Mean Street de Scorcese (dont l'histoire d'amitié entre Premiah et Romain semble indirectement inspirée), trouveront certainement leur bonheur dans cette très fine exploration des sentiments humains, ses situations vraiment drôles (l'enterrement du fan de Devo) et les allusions à l'actualité électorale subtilement amenées... A découvrir donc. (A noter que l'on en reparlera plus longuement sous peu sur Flu', le mag).
William Pierre - Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie (Françoise Truffaut éditions)

Une rentrée littéraire par trimestre, c'est le rythme effréné auquel tente de nous soumettre l'industrie culturelle n'hésitant pas à utiliser les moyens les plus tordus pour nous corrompre : coup de téléphone de sensuelles attachées de presse au prénom fleuri ("salut c'est Océane des éditions Top Cool"), envois de livres dédicacés par leurs auteurs, ringardisation de nos doutes( "tu veux dire que tu vas être le seul à pas parler de ce bouquin ?") et autres menaces voilées (Nos rapports changeront un peu c'est sûr...).
Comme à son habitude, Mille-feuilles reste complètement largué imperméable aux oukases du marketing et impose son rythme comme son ton : nous disons donc du bien avec quinze jours de retard du Chien Jaune de Martin Amis. Nous parlerons en retard (mais en bien comme tout le monde) de Haruki Murakami et de la réédition de sa Ballade de l'impossible, flash-back dans le Tokyo contre-culturel des seventies à travers les souvenirs capiteux d'un amour passé qu'éveille chez un homme la chanson Norvegian Wood des Beatles. Beau à chialer évidemment mais on attend surtout son dernier opus "Le passage de la nuit", dérive nocturne dans Tokyo qui a l'air très bon (pour l'instant on le feuillète, on le hume sans trop le lire). On ne parle pas assez ici de Cormac McCarthy (Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme) mais il n'est vrai qu'il ne nous en donne pas souvent l'occasion. Après le western, l'écrivain américain revisite le roman noir qui met en scène un vétéran du Vietnam qui découvre une atroce scène de crime où les corps ensanglantés se mêlent à 2 millions de dollars. Et que fait- il ? Il se barre avec la thune. Une traque hallucinée décrite quasi cliniquement brrr.... La parution de Pourquoi nous avons faim sera l'occasion de vous parler de Dave Eggers dont Une oeuvre déchirante d'un génie renversant m'avait bluffé Côté français, on parlera forcément du dernier ouvrage de Régis Jauffret ( Microfictions) et pas forcément du livre d' Audrey Diwan ( La fabrication du mensonge), du devenir du monde avec Cécile Minard, ( Le dernier monde), du devenir  mort avec Christophe Paviot (Devenir mort), on conservera avec Louis-Stéphane Ulysse de sa Fondation Popa. Jean-Paul Dubois ( Hommes entre eux), Benjamin Berton ( Foudres de guerre) Eric holder ( Baïn) et Marie N'diaye ( Mon coeur à l'étroit) font également sans doute parti des favoris d'une rentrée inhabituellement française sur Millefeuilles. Pourquoi sans doute ? Parce qu'on a pas encore reçu la plupart des ouvrages, notre retard de commandes farouche indépendance ne faisant pas que des heureux !

Comment, en cette année 2013, un petit groupe de jeunes gens, dirigé par un leader charismatique, Carl dit « Goshn Frost », se retrouve-t-il dans un appartement de Paris cerné par un commando du GIGN placé sous les ordres directs du président Sarkozy ? Leur complicité avec la pulpeuse Florentine, fille d’un ministre redoutable et redouté, aurait-elle un rapport avec leur situation délicate ? Très vite, un retour en arrière, vers la fin du XXe siècle, nous permet de faire connaissance avec cette bande de garçons qui se sont connus dans un internat de Lille et forment un groupe très soudé, qui vit des aventures insensées. Quelques années plus tard, alors que tous ou presque s’ennuient dans des vies faites de petits boulots et d’amours médiocres, Carl convoque le groupe et le persuade de repartir à l’aventure. Bientôt, après une intervention musclée contre les agissements criminels de la secte sadique des « fétichistes des sables mouvants », ils se réfugient dans une ferme biologique des Landes, dont le propriétaire a recueilli des enfants atteints de malformations monstrueuses provoquées par la pollution… Très vite, la ferme devient le siège et le point de départ d’une véritable contre-culture, qui soulève une grande partie de la population contre le régime autoritaire du Président. Ordre est alors donné d’éliminer d’urgence les trublions, mais peut-on durablement détourner un torrent ? Fable écolo-futuriste contée sur un rythme d’enfer et avec une verve d’une férocité remarquable, Foudres de guerre, roman trépidant et dérangeant, est un véritable appel d’air – un tourbillon, même – dans la littérature d’aujourd’hui.
J'ai découvert en surfant l'argumentaire promotionnel qui a été mis en ligne sur le site gallimard.fr pour promouvoir mes Foudres de Guerre, dont le teasing a été émis mis en ligne ici-même. Plus que la sortie du bouquin elle-même ---- message subliminal virtuel qui s'imprime sur votre cerveau mais n'existe pas en tant que texte ACHETEZ LE, ACHETEZ LE------ oubliez ---- on assiste ici à une transformation marketing progressive du contenu et de l'orientation du roman (un livre d'aventures actuel, plutôt tourné vers Indiana Jones et le monde des comics que SAS) vers un livre politique émergeant dans la mouvance, sans doute, de l'élection présidentielle. Vous aurez noté dans la presse que la synthèse des 500 romans qui sortent dans les 2 prochains mois avait dégagé une veine "politique", à laquelle je me retrouve, de facto, rattaché. Il semble que d'une façon ou d'une autre, les maisons d'édition soient elles-mêmes à l'origine de cette création. A moins que ce ne soit les journalistes qui en picorant les prospectus des grandes maisons aient capturé 2 ou 3 termes à consonnance actuelle pour en dégager les tendances. N'ayant pas été consulté sur ce texte (bien que je m'y retrouve à 98% et le trouve plutôt cool), je suis surpris d'y retrouver un Président Sarkozy qui, par ailleurs, ne donne aucun ordre direct à qui que ce soit et n'est mentionné qu'1 seule fois dans un texte de 400 pages. Alors pourquoi ? Poule ou oeuf ? Pour le reste, le "tourbillon", le "torrent" et "l'appel d'air" font un peu beaucoup pour un seul homme et un seul livre, évoquant, en moi, une bonne pub pour Harpic WC plutôt qu'un roman françois. Avec la fraîcheur et le parfum menthol, j'aurais eu ce que je méritais. Qu'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas d'une plainte d'un "otage du marketing" ou d'un "artiste contrarié" ou d'un "conflit larvé avec l'éditeur". Il s'agit d'une observation toute bête. Je ne me souviens plus des précédents textes de ce type, s'il y en a eu, et suis un farouche partisan du LIVRE COMME PRODUIT. C'est dit.
PS Easywriter : le copinage étant la valeur la mieux partagée de l'industrie médiatique, je me fendrais probablement dans quelques jours d'une chronique dithyrambique, saluant la générosité d'un auteur aux influences anglo-saxonnes aussi estimables que maitrisées, je parlerais sans doute de l'ambition qui manque au roman d'ici et que ce jeune auteur réhabilite, il y aura des jeux de mots bien sentis, des lignes touchantes et une chute soignée. De tout cela il ne faudra rien croire.
Foudres de guerre Benjamin Berton Gallimard

Parfois, dans la ville, Metzler peut faire ça aussi : passer sous les fenêtres de quelqu'un dont il ne se souvient pas. Cela peut être une nuque de femme, un visage sans traits, un chignon, un corps assis à la table foncée du salon. Est-ce qu'il y a des enfants qui jouent quelque part ? Non, il est sûrement trop tard… Une sonnerie de téléphone… Ce n'est pas ici. La radio déroule une bande-son sans commune mesure avec l'inquiétude éprouvée à l'endroit de Metzler. Quelques occupations, quelques images dans la télé, et la silhouette se sent au même moment dans le quotidien et son dehors. Plus rien ne peut être pareil puisque l'homme auquel elle pense n'est plus dans la même réalité. Il faut pourtant continuer. Il faut bouger, penser, être actif et faire avec. Lorsque le soleil est là, la silhouette se dit que tout serait plus facile dans l'obscurité, mais une fois dans le noir, quand le soleil se couche, elle en vient à regretter cette absence de lumière. La Fondation Popa, septième roman de Louis-Stéphane Ulysse s'annonce comme une belle surprise. Evocation surréaliste, parfois ironique et un peu cruelle du monde de l'art et de l'art dans le monde, mais aussi roman autour de la création, la mémoire et la transmission, La Fondation Popa ne manque ni d'élégance, ni de qualités. Si son style extrêmement pur évoque étonnement les grands de la ligne claire (Hergé, Edgar P. Jacob, Yves Chaland et Ted Benoît), le roman emprunte aussi au charme suranné des Perec, Raymond Roussel ou Kafka, tout en débordant parfois vers les excentricités contemporaines d'un Will Self. Au fil des pages on croise Buddy Holly, Yma Sumac ou Madame Pompidou, sur fond de Devo et de Jonathan Richman… Décidemment, David Calvo, Fabrice Colin, Stéphane Beauverger… Ulysse. Nos auteurs francophones relèvent la tête on dirait. Mise à jour : Entretien avec Louis-Stéphane Ulysse La Fondation Popa Louis-Stéphane Ulysse -à paraître en janvier 2007 (Edition du Panama)

Il y a dans les "milieux autorisés" un petit buzz autour d'Arno Bertina, jeune auteur de 31 ans, qui sort coup sur coup cette année J'ai appris à ne pas rire du démon, livre hommage à Johnny Cash dans la collection branchée Naïve Sessions, et un roman Anima Motrix, chez les non moins pointues éditions Verticales.
Bertina est un jeune homme actif, membre de la revue Inculte, et auteur de plusieurs travaux seul ou en collaboration pour la radio, dont la réputation, peut-être flatteuse, repose avant tout sur la qualité d'écriture. Dans un registre que l'on peut qualifier de "réaliste savant", Bertina est en effet très fort et très brillant, mêlant avec habileté (et sans que cela saute aux yeux) des allégories élaborées (le mythe d'Actéon sur Anima Motrix, les histoires de fantôme sur J'ai appris à rire) et une forme de réalisme descriptif qui n'exclut pas de s'intéresser à son époque (Anima Motrix toujours aborde la notion de "fugitif"). Ses travaux sont donc à la fois incarnés, très terrestres et en même temps élevés vers un autre-là qui plane quelques dizaines de mètres au dessus de la réalité mortelle. L'impression qu'on peut en retirer est d'être confronté à des livres brillants mais qui, bizarremment, le sont toujours un peu trop pour nous. Dans J'ai appris à ne pas rire du démon, Bertina établit le portrait en creux de Johnny Cash à partir de 3 séquences de vie, racontées par un tiers : dans le 1er récit, Cash est encore représentant de commerce et installe sa "singularité" face à un vendeur de bibles admiratif. Dans le deuxième, Cash s'est fait coffrer et discute, en manque, addiction et drogue avec un flic fan de rock. Dans le 3ème, un producteur harangue le chanteur pour lui redonner de sa superbe après sa rencontre-faillite de 20 ans avec le prêcheur Billy Graham. Les 3 angles choisis par Bertina sont parfaits, à la fois originaux, bien établis dans la biographie réelle de Cash, et traités avec aisance. Le point commun entre les narrateurs est qu'ils se coltinent, face à un Cash en situation de faiblesse, une image d'eux-mêmes "en admiration". Le frottement à l'individu de génie est ce qui les rassemble et dans un sens les constitue l'espace du récit. Cash, finalement, et c'est le reproche qu'on peut faire au livre, même s'il est inhérent à sa construction, ne fait que passer. Le chanteur est fantômatique, à chaque fois absent ou en fâcheuse posture, laissant la place à ses personnages secondaires qui deviennent principaux et occupent l'espace. Cash s'enferme dans sa propre légende noire, et Bertina ne nous dit finalement pas grand chose de lui. Il y a bien ce rapport à la drogue et ce parallèle des héros dressé avec Elvis qui livre quelques clés mais on reste globalement sur sa faim de Cash. Cette réserve émise, j'ai appris à ne pas du rire du démon, est un livre excellent qui, en 150 pages, en veut des dizaines d'autres sortis ces derniers jours. Bertina est lui à suivre de très près. J'ai appris à ne pas rire du démon Arno Bertina Naïve editions

Le Prix de Flore a été créé en 1994 pour récompenser la vraie littérature face aux choix moisis des jurés Goncourt. Douze ans plus tard, je ne suis pas sur qu'au blind-test je ferais vraiment la différence entre le Flore et Le Renaudot. Allez, la liste : Christine Angot, Rendez-vous (Flammarion)/ Jean-Eric Boulin, Supplément au roman national (Stock)/ Truman Capote, La traversée de l’été (Grasset)/ Maurice G. Dantec Grande jonction (Albin Michel)/ Jean-Hubert Gaillot, Bambi Frankenstein (L’Olivier)/ François Jonquet, Et me voici vivant (Sabine Wespieser)/ Pierre Jourde, L’heure et l’ombre (L’Esprit des péninsules)/ Jonathan Litell, Les Bienveillantes (Gallimard) / Laurent Mauvignier, Dans la foule (Minuit)/ Laurent Quintreau, Marge brute (Denoël) / Flore Vasseur, Une fille dans la ville (éditions des Equateurs)/ Marc Weitzman, Fraternité (Denoël). Prochain wagon le 18 octobre.

 Apparemment l'auteur est un spécialiste de Ionesco. Apparemment , Blanche est son troisième roman et il quitterait avec celui-ci la description du monde par l'absurde pour écrire un livre sans prétention et poétique sur le sentiment amoureux. Je dis apparemment parce qu'en fait je n'en sais rien : l'activité du blogger a parfois ceci de fastidieux qu'il est tentant de piquer deux trois bouts d'idées et de faire du rewriting personnalisé - honnêtement ici on ne le fait pas trop mais je peux vous dire que c'est tentant. " Après avoir regardé le monde par la fenêtre de l'aburde en bon disciple qu'il est de Ionesco, Patrice Pluyet offre un livre qui refuse l'ironie de son époque pour tagada tzoin tzoin..." ce genre. Blanche, femme qui donne son titre à l'ouvrage , traque la vérité humaine et croit la figer dans l'oeil de parachutistes en pleine chute. Apparemment. La seule chose qui est sûre c'est que depuis le début de la matinée, deux phrases me tournent dans la tête. "il y en a qui meurent pour donner sens à l'existence des autres» et «La neige arrive le jour où tes yeux se rapprochent.» Mes collègues - qui ne sont que des bourrins - trouvent ça nul. Il y aussi une phrase sur le fait d'aller vers une vie tellement neuve qu'elle en serait effrayante. Je crois qu'il faut le lire ce truc. Blanche
Patrice pluyet Le Seuil

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