Le Cran a publié aujourd'hui un communiqué dénonçant la remise du "Prix Luc Durand-Réville", qui récompense "un ouvrage traitant des aspects positifs de la colonisation".
Doté d'un montant de 4000 euros, le prix est remis par l'Académie des sciences d'Outre-Mer, anciennement Académie coloniale, et peut-être bien, comme le suggère le Cran, "académie de la honte".
"L’Académie des sciences de l’Outre-Mer s’inscrit ainsi dans la perspective de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui évoquait le « rôle positif » de la colonisation, une perspective colonialiste qui avait été largement dénoncée en son temps", rappelle le Cran.
Une "loi scélérate", qui avait scandalisé de nombreux historiens et écrivains, dont Aimé Césaire : « Je reste fidèle à ma doctrine et anticolonialiste résolu. Et ne saurais paraître me rallier à l'esprit et à la lettre de la loi du 23 février 2005.» Jacques Chirac avait fini par annoncer en personne la suppression du fameux article.
Alors, pourquoi un tel prix peut-il encore exister aujourd'hui ? Le Cran appelle Luc Chatel, "Ministre de l'Education, dont le ministère finance cette institution", à fournir des explications à ce sujet, et demande à Edmond Jouve, président de l'Académie mise en cause, "de renoncer définitivement à ce prix, qui fait injure à nos valeurs républicaines".
Le communiqué sur le site du CranVoir notre entretien vidéo avec Patrick Lozès, président du Cran
Après avoir rencontré quelques problèmes pour boucler leur budget, les organisateurs du festival d'Angoulême ont pu annoncer, vendredi 4 décembre, la programmation de la 37e édition.
Présidé cette année par Blutch, la manifestation se déroulera du 28 au 31 janvier, et proposera de nombreuses expositions (Blutch, Léonard, Les Tuniques bleues, l'expo Louvre, Dessinateurs d'humour...), ainsi qu'une rencontre avec la bande dessinée russe. Pendant les "24 heures de la bd", le public pourra également découvrir près de 400 auteurs, assister aux "concerts dessinés", aux projections audiovisuelles ou aux animation du manga building.
Dix prix, désormais dénommés les "Fauves d'Angoulême", seront également décernés à l'issue de la manifestation. Ont notamment été retenus dans la sélection : Eightball de Daniel Clowes, La Genèse de Robert Crumb, La Guerre d'Alan (l'intégrale) d'Emmanuel Guibert, L'Homme Bonsaï de Fred Bernard, Kelko le magicien de Carlos Nine, Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune de Pascal Rabaté, Une Vie chinoise de Li Kunwu...

C'est avec une certaine réserve - déception ? - que les critiques américains avaient accueilli, au début de l'année, la traduction anglaise des Bienveillantes de Jonathan Littell. Aujourd'hui, celui qui avait reçu le Goncourt en 2006 s'est vu remettre un prix d'un tout autre genre : celui de la plus mauvaise scène de sexe en fiction.
Si Philip Roth était d'abord cité comme favori - pour un passage décrivant l'utilisation d'un godemiché par un couple de lesbiennes - le jury, composé des rédacteurs de la Literary Review, a finalement décidé que la scène de sexe de Littell, qui fait notamment appel à des références mythologiques, méritait davantage la récompense.
L'auteur des Bienveillantes peut ainsi ajouter à son palmarès ce "Bad Sex in Fiction awards", pour lequel étaient également nominés, entre autres, Paul Theroux, Nick Cave, John Banville, Amos Oz...
Créé en 1993 par Auberon Waugh, le prix vise à attirer l'attention sur les "trop nombreux passages décrivant des scènes sexuelles de manière crue et insipide, et à décourager les auteurs d'en écrire davantage". « Nous espérons qu'il le prendra avec humour », ont annoncé les membres du jury en pensant à Jonathan Littell.
Lancé par Place de la Médiation ("formation et conseil en bien être au travail") et Technologia (cabinet d'expertise), le prix du roman d'entreprise, qui sera remis par Xavier Darcos le 7 décembre, doit récompenser "l'auteur le plus apprécié pour la lucidité de son regard sur le monde professionnel et les qualités littéraires de son œuvre".
Le jury, composé de quinze lecteurs représentatifs du monde professionnel, a retenu trois ouvrages sur sa sélection finale, qui ont pour point commun de mettre en avant la violence de l'entreprise et le mal-être de ses salariés : Jeune professionnel de Guillaume Noyelle (Bartillat), Les heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès), Notre part des ténèbres de Gérard Mordillat (Calmann-Lévy).
De fait, celui des trois qui se verra nommé comme le meilleur roman d'entreprise pourrait bien regretter que ce prix soit si mal nommé. Car le "roman d'entreprise", nous apprennent le site romandentreprise.com (première occurence sur Google) et les éditions Comédia, est "un moyen de communication unique en France, un concept créatif dérivé des romans personnalisés grand public ".
Et encore : "Concevoir un roman spécifique et personnalisé en fonction de chaque destinataire vous permettra de faire émerger vos messages perdus dans le flot de la communication classique." Et d'autres choses bien plus horribles encore, comme un extrait de roman d'entreprise personnalisé :
"Ce matin-là, le docteur Grace Bonim arrive tôt à son cabinet situé adresse exacte à Dijon. Une longue journée l'attend. Arrivée au cabinet, son assistante lui tend son agenda. Journée chargée, (elle regarde rapidement les noms des clients, un eczéma, 2 psoriasis, une acné juvénile, etc. la routine), qui se termine par un RV avec un patient qu'elle ne connaît pas : Monsieur Zadong-Li."
Ou le tarif : 4000 euros, hors coût de fabrication.
Ou la liste des avantages offerts par ce concept : "La lecture représente un moment agréable = rapprochement intuitif de la qualité du moment avec l'offreur ou son produit".
L'idée du roman d'entreprise est tellement flippante, et absurde, nulle et drôle, qu'elle donne immédiatement l'idée d'en faire un livre qui pourrait concourir pour la prochaine édition du prix du roman d'entreprise.
MAJ 8 décembre : le premier prix du roman d'entreprise a été remis le 7 décembre à Delphine de Vigan, pour Les Heures souterraines.
C'est à Yann Kerninon, auteur de Tentative d'assassinat du bourgeois qui est en moi, que les éditions Anabet ont décerné le 4e prix du pamphlet, genre malheureusement délaissé mais dans lequel se distinguent encore - en atteste cette récompense - esprits éclairés et plumes de qualité.
Magicien et philosophe, enseignant et performeur, Yann Kerninon fait tendre toutes ses activités vers un seul but : briser le carcan de la bourgeoisie pour développer un mode de vie plus libre, plus joyeux et essentiel. Cette reconquête, il la retrace donc dans Tentative d'assassinat du bourgeois qui est moi, ouvrage à mi-chemin entre l'essai, l'autobiographie et le manuel, et l'évoque également dans un entretien pour Fluctuat publié au moment de la sortie de son ouvrage :
"Je crois que la seule façon d'être pleinement présent à la vie suppose une forte conscience de la mort et du caractère tragique de notre condition humaine. Un funambule, par exemple, produit une belle danse, un spectacle pleinement vivant, parce qu'il est suspendu au-dessus du vide et qu'il est conscient de ce danger. Le bourgeois, c'est celui qui ne s'élance jamais au-dessus du vide. L'antibourgeois c'est celui qui se jette dans le vide pour prouver qu'il n'est pas bourgeois. Le non-bourgeois, c'est le funambule, c'est-à-dire celui qui ose, mais qui ne fait pas pour autant n'importe quoi."
Lire l'intégralité de l'entretien avec Yann Kerninon
En 2007, il avait reçu le prix Décembre pour Cercle, roman semi-autobiographique qui mêle philosophie, découverte de la sensualité et réflexion sur la création. Cette année, c'est pour le récit Jan Karski (Gallimard) que Yannick Haenel se voit décerner un autre prix, l'Interallié cette fois.
Jan Karski retrace l'histoire d'un résistant polonais, "un juste" chargé d'aller prévenir les Alliés de l'extermination des Juifs en Europe, mais qui ne fut pas entendu et resta hanté toute sa vie par ce message non délivré. "Jan Karski pour moi est un témoin, non pas le témoin direct de la shoah, mais le témoin du fait que les Alliés aurait pu éventuellement faire quelque chose mais ne l'ont pas fait pour diverses raisons qui sont aujourd'hui discutés et discutables", explique Yannick Haenel dans un entretien avec Fluctuat.
C'est à Edgar Hilsenrath et à son roman Fuck America, que vient d'être décerné le prix Mémorable, créé l'an dernier par le groupement de libraires indépendants Initiales pour valoriser un ouvrage injustement passé inaperçu.
Initialement publié en 1980, Fuck America raconte l'histoire de Jakob Bronsky, un émigrant juif arrivé à New York quelques années après la fin de la guerre, qui enchaîne les boulots précaires afin de pouvoir continuer à écrire. Le roman, écrit avec une verve qui évoque celle de Bukowski, a été redécouvert et traduit par les éditions Attila en avril dernier. Nous avions rencontré l'écrivain lors de son passage à Paris :
Le prix Wepler a été décerné aujourd'hui à Lyonel Trouillot, pour son roman Yanvalou pour Charlie.
Intellectuel et écrivain haïtien, Lyonel Trouillot dépeint dans son oeuvre la réalité haïtienne, abordant les thèmes de la dépossession et de la difficulté de survivre dans une société happée par la haine et les inégalités. Dans Yanvalou pour Charlie, il retrace l'histoire d'un avocat ambitieux, Mathurin D. Saint-Fort, rattrapé par ses origines le jour où Charlie, un adolescent en cavale natif du même village que lui, vient lui demander son aide.
Le jury du Wepler a également décerné une mention spéciale à Hélène Frappat pour son roman Par effraction, publié aux éditions Allia.
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