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Toute l'actualité du polar, du livre noir et du roman policier.

On a retrouvé Dashiell Hammett

Posté par Céline le 29.06.09 à 15:22 | tags : news, édition, polar

Né cinquante ans plus tard, Dashiell Hammett aurait pu être guéri de ce qui a miné sa vie : la tuberculose. Tissu de contradictions hautement explosives, il était communiste américain et patriote, écrivain phénoménologiste et critique d'un univers déliquescent, parti deux fois en guerre et victime de la tyrannie maccarthyste des années cinquante.

 

Pour fêter les 80 ans de la parution de son premier roman, La Moisson rouge, Gallimard en offre, cet été 2009, une nouvelle traduction intégrale et nettoyée de son argot des années cinquante.

D'après Raymond Chandler, son principal disciple et admirateur, autre génie du lieu, Hammett a « sorti le crime de son vase vénitien et l'a remis à sa place, dans le caniveau ». Propagateur de la fiction hard boiled, le roman de "dur à cuire", et du roman noir (un vrai roman, mais du crime et sans justification), Hammett a posé les contradictions de la société américaine du temps du capitalisme sauvage (...)




L'étrange succès de John Creasey

Posté par Myosotis le 09.06.09 à 15:17 | tags : élucubration, polar, roman

Les anniversaires de décès fournissent de bonnes occasions de raconter l'histoire littéraire vue par le petit bout (magique) de la lorgnette. Alors que s'éteignait, il y a tout juste 26 ans, à Salisbury, le romancier John Creasey, il est à parier que son histoire et son oeuvre seront définitivement enterrées par l'Histoire officielle, à moins que d'obscurs amateurs n'en redemandent et n'aident à sa redécouverte.

 

Auteur de plusieurs centaines de romans - la rumeur veut qu'ils soient au nombre de 562 en 40 ans - qu'on peut ranger sans trop risquer de se tromper dans la catégorie "aventures", Creasey a surtout donné naissance à l'un des personnages les plus célèbres à avoir raté leur chance d'être connus de la littérature : le Baron. Se payer un petit Baron pour l'été, c'est réussir ses vacances sans aucun risque d'être déçu. Creasey a évité presque tous les écueils du genre : le machisme, le sexisme, le racisme, pour ne garder que le meilleur, l'aventure, l'aventure et... l'aventure. Chaque Baron (mais il faut lire en VO uniquement d'autres de ses séries comme Departement Z ou Sexton Blake) est un plaisir de gourmet, une vraie bouffée d'oxygène. Cela mérite un détour ici.







Une serial-killer iranienne inspirée par l'œuvre d'Agatha Christie

Posté par Gwenola le 22.05.09 à 15:13 | tags : polar, news
Les livres d'Agatha Christie inspireraient-ils les psychopathes ? Une iranienne de 32 ans, Mahin, responsable de plusieurs meurtres, dit en tout cas avoir trouvé dans les romans noirs de la maîtresse du polar la marche à suivre pour assassiner sans se faire prendre.

Arsenic et vielles dentelles
Mahin est probablement, comme le souligne la police, l'une des premières femmes serial-killer de l'Iran. Pus étonnant encore, la meurtrière, qui s'en prenait essentiellement à des personnes âgées, cite Agatha Christie comme son grand mentor. La métafiction contenue dans les romans de celle-ci aurait permis à la jeune femme de commettre des crimes sans laisser de traces. Et si d'autres noms de la littérature policière de déduction au féminin, parmi celles que l’on surnomme "les reines du crime" - Patricia Highsmith, Ruth Rendell ou P.D. James - nous viennent alors à l'esprit, la psychose de Mahin - obnubilée par sa mère - et son désir de commettre un crime presque parfait évoque également Alfred Hitchcock, l'autre grand maître du suspense...
A ceux que la question des rapports entre littérature policière et crimes réels intéresse, on pourra notamment conseiller L'Homme aux lèvres de saphir, un livre d'Hervé Le Corre dans lequel les délires sanglants d'un fan d'Isidore Ducasse (Lautréamont) servent de prétexte à des meurtres en série.



Sin Titulo : la bd à suspense qu'il faut lire...

Posté par Céline le 20.05.09 à 16:40 | tags : bd, polar, web, lectures de bureau

Nominé en 2007 aux prestigieux Eisner Awards pour The Other Side, une bd traitant de la guerre du Vietnam, le canadien Cameron Stewart a également fait ses preuves en matière de suspense. Depuis juin 2007, il publie sur le site Transmission X un polar, Sin titulo ("sans titre"), qui mérite d'être découvert à l'occasion de sa traduction par Random sur Webcomics. Ça se lit comme on regarde une série : c'est par ici.

Via Bodoï

 




Freud, psycho-détective ?

Posté par Céline le 20.05.09 à 10:47 | tags : poche, news, polar, premier roman, best-seller
Imaginiez-vous Freud, grand prêtre de la psychanalyse, en héros d'un polar new-yorkais ? C'est en tout cas ce que Jed Rubenfeld vous invite à faire, dans son roman L'Interprétation des meurtres : paru en 2006 en Grande-Bretagne où il fut un best-seller, traduit en français en 2007 chez (feu) Panama, celui-ci vient d'être réédité aux éditions Pocket. L'occasion de le redécouvrir.
 

Professeur de droit à Yale, Jed Rubenfeld évoque sous la forme d'un roman policier érudit et désuet (psycho-thriller dirait-on aujourd'hui), les premiers pas de la psychanalyse aux Etats-Unis et, puisqu'il s'agit de ça, des premiers pas de son inventeur sur le continent qui le consacrera plus tard comme un maître à penser et à dormir debout (ou allongé). Lorsque Freud débarque à New York, en 1909, à l'entame du roman, il a les yeux grands ouverts sur la ville et de faux airs de vieux chef de meute. Flanqué de Ferenczi, l'un de ses disciples, et de Jung, son héritier désigné, et cornaqué par le jeune narrateur indigène Younger, Freud effectue son seul et unique séjour aux Etats-Unis pour donner une série de conférences et présenter ses travaux...



Un printemps très noir avec Raymond Chandler

Posté par Céline le 29.04.09 à 10:22 | tags : news, polar
Les éditions Omnibus mettent le roman noir américain à l'honneur en publiant l'intégrale des nouvelles de Raymond Chandler, grand maître du genre, sous le titre Les Ennuis, c'est mon problème. Les écrits de Chandler sont suivis de Simple comme le crime, un essai sur le roman policier préfacé par Alain Demouzon. Le printemps sera noir ou ne sera pas...
 

Disciple de Dashiell Hammett, créateur de Philip Marlowe, Chandler a fait beaucoup pour le mythe du détective dur à cuire (hard boiled) - mais aussi pour sa panoplie : imper sombre, clope au bec, feutre mou, whisky, femmes fatales, flics véreux...

Chandler a d'autant plus marqué la littérature qu'à travers la figure de Philip Marlowe, c'est toute l'Amérique des années 1930 qu'il a dépeint : celle de la dépression économique, des conflits entre classes sociales et des rapports entre réalité et fiction...



Agatha Christie a-t-elle été victime d'Alzheimer ?

Posté par Gwenola le 06.04.09 à 15:03 | tags : best-seller, polar, news
La Reine du crime Agatha Christie aurait-elle été trahie par ses écrits ? Une équipe de chercheurs de l'université de Toronto a mené l'enquête sur l'état de santé mental de l'écrivain en s'appuyant sur une analyse littérale de ses romans policiers. Résultat : l'auteur à succès - la seule à rivaliser avec Shakespeare et la Bible en terme de ventes ! - aurait été victime d'une maladie neurodégénérative vers la fin de sa vie.
 

Une mémoire d'éléphant
Ironie du sort ou prédiction, c'est dans l'un de ses derniers romans, intitulé Une mémoire d'éléphant que les symptômes de démence cognitive apparaissent comme les plus évidents. Le vocabulaire y serait 30% moins riche que dans ses ouvrages précédents. Certains lecteurs se sont d'ailleurs plaints à l'époque du manque d'innovation dans ce roman, et l'intrigue a été jugée relativement conventionnelle par nombre d'entre eux. Bien que l'auteur n'ait jamais été diagnostiquée comme malade d'Alzheimer, un parallèle a été dressé avec le cas d' Iris Murdoch, autre écrivain britannique qui avait subi la même méthode d'investigation par l'écrit, un an avant que ne soit publiquement révélée sa maladie.

Face à un tel constat, certains restent sceptiques. Certes, l'analyse révèle un appauvrissement de l'écriture d'Agatha Christie. Mais le verbe d'une vieille femme de quatre-vingts ans peut-il avoir la même acuité que celui d'une jeune fille de vingt ans ? L'auteur - décédée à l'âge de quatre-vingt six ans - écrivait encore sur son lit de mort, dit-on. Prolifique, Agatha Christie pouvait publier jusqu'à quatre livres par an ! La construction de ses romans repose sur un habile jeu du chat et de la souris avec ses lecteurs, à qui elle demandait de bien vouloir faire fonctionner leurs "petites cellules grises". Pour elle, l'énigme devait être une pure recherche intellectuelle. Difficile donc d'imaginer Hercule poirot et Miss Marple comme le fruit d'un cerveau malade...

 

Rendez-vous avec la mort

Quoiqu'il en soit, l'auteur a décidé de faire mourir ses deux personnages fétiches avant que leurs faiblesses ne deviennent trop visibles. Hercule Poirot décède officiellement en août 1975 dans Hercule Poirot quitte la scène. Le détective aura même droit à une nécrologie dans les pages du New-York Times le lendemain ! Quant à Miss Marple, elle résout sa Dernière Enigme en 1976. La romancière la rejoint dans la tombe le 12 janvier 1976.

Trente ans après sa mort, les romans d'Agatha Christie se vendent toujours par millions. Le crime paie encore ! Alors sénile ou pas, l'auteur du Crime de l'Orient-Express et de Mort sur le Nil n'est pas près de tomber dans l'oubli...




Mort de Donald Westlake, maître du polar

Posté par Céline le 05.01.09 à 15:30 | tags : news, polar
Après James Crumley ou Tony Hillerman, le monde du polar perd une autre de ses grandes figures. Donald Westlake, auteur d'une centaine d'ouvrages, est mort dans la nuit du 31 décembre au premier janvier d'un infarctus, à l'âge de 75 ans.
 
Au cours d'une carrière qui a duré près d'un demi-siècle, Donald Westlake s'est imposé avec des romans très marquants, dont plusieurs ont été adaptés au cinéma comme Payback (1999 avec Mel Gibson) ou Le Couperet (par Costa-Gravas).

 

Né le 12 juillet 1933, il a sorti son premier roman, The Mercenaries (Le Zèbre) en 1960. Depuis, l'écrivain, très prolifique, a publié sous son propre nom mais également sous des pseudonymes, afin d'éviter que son rythme d'écriture (jusqu'à quatre romans par an) ne suscite pas la méfiance : il a donc signé des noms de Stark, Tucker Coe, Samuel Holt ou Edwin West... Mais si Westlake emprunte différents noms pour sa plume, la plupart de ses histoires, elles, ont un point commun : elles se déroulent le plus souvent à New York, sa ville natale.

Les personnages de Westlake, qu'il s'agissent du très drôle John Dortmunder (The Hot Rock), du anti-héros Parker (The Hunter), ou de Burk Devore, le héros du Couperet, sont mis en scène dans des intrigues habiles, truffées de dialogues croustillants et dotées d'un fort potentiel cinématographique. Westlake a d'ailleurs signé huit scénarios, dont l'un, The Grifter (19990) a été nominé aux Oscars.

 

Selon ses proches, Donald Westlake « écrivait sept jours par semaine », et uniquement sur des machines à écrire manuelles. L'écrivain, dont certaines oeuvres ont été traduites en français par Jean-Patrick Manchette, sera resté créatif jusqu'à sa mort : la parution de son dernier roman, Get Real, est prévue pour le mois d'avril.

 

Source : The New York Times




Votez pour le prix Sncf du meilleur polar 2008

Posté par Mélanie le 27.11.08 à 15:09 | tags : news, polar, prix

La sélection automne-hiver pour le prix Sncf du polar est tombée. Trois titres européens et trois titres français se soumettent au vote d'un collège de 1200 lecteurs de la France entière, avant la grande finale qui aura lieu à la fin de l'été, et qui confrontera l'ensemble des ouvrages retenus par les lecteurs.

 

Sélection meilleur polar français:

Signalons la présence de Sébastien Gendron, collaborateur occasionnel de Flu, pour Le tri sélectif des Ordures (Bernard Pascuito). A ses côtés, figurent Chantal Pelletier pour son Montmartre, mont des martyrs (Gallimard) et Stéphane Michaka pour La Fille de Carnegie (Rivages).

 

En lice pour le prix du meilleur polar européen:

Les lecteurs ont à choisir entre London Boulevard de Ken Bruen (Fayard), Le carré de la vengeance de Pieter Aspe (Albin Michel) et Scalpel de Campbell Armstrong (le Masque).

 

Si vous voulez voter pour votre polar préféré, vous pouvez vous inscrire ici pour rejoindre le collège de lecteurs de votre région.


 




Mort de James Crumley

Posté par Céline le 19.09.08 à 15:23 | tags : news, polar
Considéré par beaucoup de ses contemporains comme l'un des plus grands auteurs de polars de son époque, James Crumley savait orchestrer mieux que personnes les crimes les plus violents, avec une noirceur et une poésie inégalées. L'écrivain américain est décédé le 17 septembre à l'âge de 68 ans, des suites d'une maladie pulmonaire, dans un hôpital de Missoula, Montana, où il vivait depuis près de quarante ans.
Crumley aura eu le temps de publier onze ouvrages - une série mettant en scène le détective C. W. Sughrue, une autre consacrée à Milo Milodragovitch, et deux recueils de nouvelles - qui lui ont valu des comparaisons avec les plus grands, de Raymond Chandler à Malcolm Lowry.
Avec son premier roman, Un pour marquer la cadence (Once to count cadence, 1969), Crumley a également donné à la littérature l'un des récits les plus justes et puissants sur la guerre du Vietnam. Mais comme le fait remarquer un article de Patricia Sullivan publié dans le Washington Post, le plus connu de ses romans est sans doute Le dernier baiser, titre souvent cité par d'autres écrivains comme une référence, et "dont les premières lignes ont été unanimement considérées comme les meilleures du genre" :

"Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d'une superbe journée de printemps (...)".

 

Vétérans du Vietnam, gueules de bois, règlements de compte à coups de revolver, histoires d'amour foireuses : Crumley sert dans ses textes "une psychologie brut de décoffrage, mêlant philosophie Nietzschéenne et mythe de l'ouest sauvage" (voir la chronique de Folie douce, son dernier roman paru chez Fayard Noir). Et si la férocité côtoie parfois la tendresse dans ses romans, c'est cependant toujours le sens de la précision qui l'emporte. "Il prêtait attention à ce que faisait les gens autour de lui, à ce qu'ils disaient, à la façon dont ils parlaient et se comportaient", témoigne William Kittredge, essayiste et éditeur qui vit lui aussi à Missoula. "Il pouvait ainsi vous donner non seulement le nom de leurs enfants, mais aussi de leur chien, ou de la rue dans laquelle ils avaient vécu trois années auparavant... Il composait de superbes phrases quand il le voulait, et il était un homme formidable." (Source : Washington Post).

 

 

Illustration

JAMES CRUMLEY EN SEANCE DE POSE
01/05/1993
© ANDERSEN/SIPA

 




Les secrets de Londres et les polars victoriens

Posté par Myosotis le 07.09.08 à 10:29 | tags : poche, polar, roman

Il y a une certitude en littérature : il est quasiment impossible de foirer un roman victorien. Le "quasiment" tombe lorsque l'écrivain choisit de situer son intrigue dans les bas-fonds de Londres dans la seconde moitié du XIXème siècle : trop mystérieux, trop chargé en images littéraires, en visions, en angoisse, en représentations (Jack l'Eventreur, Wilde,...) pour qu'on ne vienne pas avec sa propre histoire et le coeur sur la main.

Je pourrais donner des dizaines d'exemple pour illustrer cette règle, dont une bonne demie-douzaine de romans de l'écrivain Peter Ackroyd, mais je me contenterai (comme ce n'était pas gagné d'avance) de parler des très beaux Secrets de Londres de Lee Jackson, sortis il y a quelques jours aux éditions 10/18, dans la collection insondable (des titres par dizaines, semble-t-il) dite des "Grands Détectives". En guise de Grand Détective, il n'y en a pas ici et il semble que l'on se retrouve très (trop ?) longtemps tout seul à essayer d'y voir clair avec Nathalie Meadows, la jeune héroïne.

 

Le roman démarre par la mort d'Elllen Warwick, ancienne chanteuse de cabaret, retrouvée et enterrée avec tous les honneurs d'une héroîne sulfureuse de quatre sous. Son amie, une sorte de dame de compagnie mais pas tout à fait, est retrouvée peu après à moitié noyée, mais sauve, dans les eaux de la Tamise. C'est avec elle qu'on va enquêter sur la mort de sa patronne. Nathalie Meadows change de nom, se fait reloger dans un hôtel à putes de WhiteChapel, puis par un mystérieux pasteur qui a engagé une croisade pour la vertu et la disparition des vices dans ces terres de dépravation. Nathalie remonte diverses pistes et le roman musarde, sans idée de manoeuvre apparente, alternant les points de vue narratifs, dans son tableau londonien. On croise un vieux libraire, un petit truand des quartiers défavorisés Harry Shaw, un député (James Aspenn) et un mystérieux "commanditaire" photographe amoureux de l'actrice chanteuse, Arthur Wilkes, que l'on devine, tous autant qu'ils sont, avoir leur part de responsabilité dans le drame. Comme dans tout bon roman victorien (et même si celui-ci est plutôt moyen, à vrai dire), on se balade dans les ruelles (qu'on appelle venelles), sur les bords de la Tamise, à la lumière crépusculaire de lanternes qui n'éclairent pas. Il y a du brouillard, on mange mal, il fait froid la nuit et les héros n'ont pas trois sous vaillants. Lee Jackson, qu'on ne connaissait pas, mène sa barque avec une belle maîtrise technique, réussissant à masquer par ses effets de manche (les points de vue, une certaine avarice à livrer des détails) une solution qui, bien que simple et assez bêta finalement, est assez surprenante pour ne pas nous faire regretter, lorsqu'elle est dévoilée, la lecture du livre.

Il serait malvenu d'en faire des tonnes pour un petit polar victorien mais ces Secrets de Londres, dont on n'attendait pas grand chose, sont une bonne surprise et l'un de ces romans qu'on peut lire avec plaisir en attendant des choses plus consistantes. Une ambiance, du sang, du crime, du suspense, quelques embrouilles et un brin (final) de sensualité (INDICE). Quoi de mieux pour passer le temps ?

 




Attention : Un Bruen peut en cacher un autre !

Posté par Maxence le 13.08.08 à 11:08 | tags : gallimard, polar, roman
Comme chaque année l'été, les éditeurs se bousculent quand il s'agit de sortir leur sélection de polars. Côté Bruen, Ken de son prénom, encore une fois c'est l'avalanche, avec pas moins de cinq titres parus depuis juin, si l'on compte son roman à quatre mains avec le jeune espoir new-yorkais du genre, Jason Starr. L'irlandais le plus férocement drôle de sa génération réussi qui plus est un très beau doublet chez Fayard, avec Rilke au Noir suivit de Dernier Appel à Louis McNeice. Autant le dire franchement, si ces deux romans ne laissent pas de souvenirs impérissables, le premier comptant l'histoire d'un videur de boîte de nuit devenu kidnappeur malgré lui, et le second une histoire d'amour fou (avec une folle) et de braquage qui tourne mal, les amateurs seront tout de même comblés avec London Boulevard, chez le même éditeur, géniale variation sur le thème de Sunset Boulevard, le film culte de Billy Wilder avec Gloria Swanson.

N'ayons pas peur de le dire, London Boulevard est l'un des meilleurs Bruen, hors série Jack Taylor et R&B. Sous le prétexte d'une histoire de rédemption qui tourne mal, l'écrivain irlandais trousse toute une galerie de personnages savoureux et attachants, dont un « employé de maison » pour le moins intriguant et une sœur pas vraiment dans l'axe. Dialogues à couteaux tirés, réparties délicieuses, ironie tranchante, machination, manipulation et fin tordue, toute la série noire est réunie dans ce Bruen exceptionnel.

 

Les fans de la série R&B ne seront pas déçus non plus, avec Vixen, nouvel épisode des aventures d'un commissariat de l'East End inspiré du fameux 87e district de Ed McBain. Bruen y joue plus que jamais la carte des séries à la mode télévisée. On y retrouve ses personnages récurrents, dont les inspecteurs Robert & Brant bien sûr, les flics les plus démotivés (ou surmotivés dans le cas de Brant) de tout Londres, mais surtout l'agent Falls, qui en qualité de policier de couleur, de sexe féminin de surcroît, est considérée comme « une ennemi chez l'ennemi » par ses pairs, situation qu'elle vit de moins en moins bien.

Quant à Porter Nash, le flic à l'homosexualité assumée, étrangement complice du bovin et brutal Brant, il se découvre une maladie incapacitante. Bref, tout ne va pas pour le mieux dans le petit monde de la police londonienne, surtout quand une ancienne taularde de charme décide de faire sauter des bombes dans différents coins de la ville. Pour Robert & Brant, la traque peut commencer, mais est-ce vraiment les bons qui vont gagner ? Vous vous en doutez, Bruen joue encore une fois d'humour noir et met la moral sans dessus dessous. Comme dirait l'un des protagonistes du livre « si ce sont eux les bons, que Dieu nous viennes en aide ! »

 

Ken Bruen, Rilke au noir, suivi de Dernier appel à Louis MacNeice ; London Boulevard (tous les trois chez Fayard Noir)
Ken Bruen, R&B Vixen (Gallimard, Série noire)

Sans oublier : Ken Bruen et Jason Starr, Sombres Desseins au Seuil




Romain Slocombe : Scène de massacre

Posté par Maxence le 02.05.08 à 12:46 | tags : polar, roman

Après « La Crucifixion en jaune », fameuse tétralogie consacrée aux déboires tragi-comiques d'un photographe anglais fétichiste, et amateur de jeunes japonaises (dont le titre est un hommage à Henry Miller, autre amateur de jeunes, ou moins jeunes femmes), le français Romain Slocombe délaisse un temps ses japonaiseries favorites pour s'attaquer au monde de l'art contemporain, et en particulier celui de la scène body-art et performance, sans oublier de pointer un doigt vengeur en direction de la politique locale Française (en l'occurrence ici, Lyonnaise) en matière de culture. Romain Slocombe

Mortelle résidence

Éditions du Masque




William Gibson : entretien avec l'ex-pape du cyberpunk

Posté par Maxence le 20.03.08 à 15:14 | tags : polar, au diable vauvert, chick lit, science-fiction

Cela devait arriver. Avec sa manie d'inclure objets hype, références musicales et manies contemporaines dans ses romans, l'ex-pape du Cyberpunk William Gibson a fini par réinventer la "chick litt", cette littérature légère et branchée pour jeune fille moderne.

A sa manière à la fois ironique et visionnaire, la parution de Code Source fait de Gibson l'écrivain contemporain le plus ancré dans notre modernité, et le plus lucidement mordant quand il s'agit de se moquer gentiment de l'homo habitus du 21e siècle. Omniprésence et références continues à la pop culture, séjours dans des hôtels de luxe, nouveaux comportements liés au technologies de l'information et marques nommées à tout bout de champ, Gibson décrit un monde ridicule dans lequel l'apparence est tout, mais contre lequel ses personnages, éternelle rebelles without a cause, se battent constamment, à leur façon étrangement apathique et décalée. Un monde dans lequel même les espions utilisent le Ipod comme disques durs externes, où les fugitifs cours en Adidas GSG9, portent du Prada, boivent de la Red Bull et écoutent du reggaetón.

 

Lire l'entretien avec William Gibson

Lire la chronique de Code Source




Fu Manchu ou l'art oublié du feuilleton

Posté par Myosotis le 14.03.08 à 08:00 | tags : polar, roman

On se demande bien ce qui a pu pousser les classieuses (et graphiquement inégalables) éditions Zulma à entreprendre la réédition (qu'on espère complète) des oeuvres de Sax Rohmer, excentrique écrivain anglais, consacrées à ce chien jaune de Fu Manchu. C'est en tout cas, si ce n'est une idée de génie, une excellente inspiration. Le feuilleton romanesque de Rohmer qui se décline sur au bas une vingtaine de volumes est époustouflant de talent et de dynamisme et égale n'importe quel roman d'aventure contemporain de William Gibson à Ian Fleming.

Le premier tome ici présenté baptisé Le mystérieux docteur Fu Manchu (ou the Insidious Dr Fu Manchu) date de 1913 (ce qui ne nous rajeunit pas...) et marque la genèse de la saga. Rohmer qui était un écrivain à moitié fou (excentrique du moins, travesti, dépensier, d'origine prolétarienne, puis richissime et ruiné) y introduit son célèbre duo comique et policier...

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http://www.njedge.net/~knapp/FuFrames.htm

Le mystérieux docteur Fu Manchu de Sax Rohmer

Editions Zulma - 320 pages




Jerry Stahl : Requiem pour un gros

Posté par Maxence le 28.02.08 à 16:50 | tags : polar, rivages

Jerry Stahl nous avait bien fait rire avec A poil en civil, publié chez Rivages en 2005, même si ce roman, le troisième du jeune auteur américain, également scénariste pour Hollywood, ne nous avait pas non plus laissé de souvenirs plus mirobolants qu'une lecture agréable et une bonne tranche de rigolade (ce qui n'est déjà pas si mal en soit, mais cela ne suffit pas).

Moi, Fatty est d'une ambition autre ! A travers la biographie imaginaire de Roscoe Arbuckle, dit "Fatty", célèbre acteur du muet et première personnalité à faire fortune en profitant de l'essor de ce qui allait devenir Hollywood, alors un repère de saltimbanques, de managers rusés et d'escrocs, Stahl s'attaque aussi aux prémisses de l'industrie des médias du divertissement, à la naissance du voyeurisme, à l'inexorable ascension, enfin, de l'incroyable "l'usine à rêve" que nous connaissons aujourd'hui.

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Moi, Fatty

Jerry Stahl
Rivages Thriller




Millénium, la trilogie millionnaire

Posté par Céline le 20.02.08 à 14:05 | tags : best-seller, news, polar
La trilogie "Millenium" de Stieg Larsson (dont le premier volume, Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, a été chroniqué il y a longtemps déjà sur Fluctuat) rend accroc comme ces séries TV que tout le monde suit, sans trop oser s'en vanter, et de façon quasi-obsessionnelle. Comme pour l'autre best-seller qu'est Harry Potter, il se passe là quelque chose qui a peut-être bien à voir avec la sorcellerie.

 

Parus pour la première fois en 2004 en Suède, les trois polars de la série n'ont depuis pas cessé d'étendre leur succès. En Suède mais aussi en France (près d'un million d'exemplaires vendus), tout le monde se laisse happer par les aventures du journaliste Mikael Blomkvist, et de sa comparse Lisbeth Salander, une punkette rachitique et bisexuelle pour qui l'informatique n'a aucun secret. Les ingrédients d'une histoire si bien menée ? Prenez un couple improbable. Ajoutez-y des références à l'universelle Fifi Brindacier (l'héroïne de la romancière Astrid Lindgren, dont l'auteur a toujours été fan). Eliminez comme des grumeaux toute invraisemblance qui pourrait subsister dans l'enquête policière, et enfin versez sur le tout une critique acerbe du "modèle scandinave".

Si on se permet ici de parler de ce livre comme d'une recette qui marche, c'est que Stieg Larsson a toujours semblé très sûr de son coup. Selon son ami Mikael Ekman, avec lequel il a publié une étude sur le nationalisme suédois, Stieg aurait évoqué dans ces termes son projet de rédiger un polar : "pour faire du blé et assurer une retraite pépère consacrée entièrement à l'écriture". Il réitère ces propos auprès de son éditrice Eva Gedin au moment où elle lui achète son manuscrit, assurant que "Millenium" serait son "assurance-retraite".

Stieg Larsson avait bien calculé. Dommage pour lui qu'il n'ait pas vécu assez longtemps pour en profiter. Ses fans regrettent surtout de ne jamais voir sortir la suite des trois premiers volumes parus : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, et La reine dans le palais des courants d'air. Ils pourront toutefois se consoler avec les adaptations pour le cinéma et la télévision qui devraient bientôt voir le jour.

 

Voir la fiche de Millénium, le film de Niels Arden Oplev.




Daniel Woodrell embrasse le roman noir rural

Posté par Maxence le 18.02.08 à 10:44 | tags : polar, rivages, roman

Ceux à qui la nature parle, ceux qui apprécient par exemple les paysages désolés filmés par Ethan et Joel Coen et décrit par Cormac McCarthy, les contrées sauvagesde Jim Harrison et le sud profond de James Lee Burke, ne resteront pas indifférent à la lecture de Faites-nous la bise, dernier roman de l'américain Daniel Woodrell paru en poche chez Rivages/noir ce mois. Après le turbulent La Fille aux cheveux rouge tomate et le grinçant Sous la lumière cruelle, Woodrell part à la rencontre de ses racines campagnardes à travers ce "roman noir rural" truculent et quasi-autobiographique.

A travers l'histoire classique d'une vendetta générationnelle vue par un des membres les mieux lotis du clan, Doyle - l'écrivain de la famille - Faites-nous la bise brosse avec tendresse et ironie la saga d'une famille originaire des Ozark, terre rocailleuse et inhospitalière du sud profond des Etats-Unis.

"Trois petites secousses", c'est ce qui valut aux Redmond de se voir déchue de leurs terres et de perdre ainsi fortune et considération. Trois petites pressions des doigts du grand-père "Panda", sur la gâchette d'un revolver un jour de marché, et ç'en était fait du destin de toute une lignée de Redmond.

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Daniel Woodrell
Faites-nous la bise
Rivages/Noir




Bruce Wagner et le rêve hollywoodien

Posté par Easywriter le 15.02.08 à 12:10 | tags : polar

Tout le monde aime tellement Bruce Wagner qu'on finirait par s'en méfier. De son roman Toujours L.A., James Ellroy a dit (en préface s'il vous plaît) que c'était une tragédie spirituelle et Bret Easton Ellis que c'était "Le grand roman hollywoodien". Certes de ces deux zigues on avait pris l'habitude de ne pas tout avaler.

Mais quand Salman Rushdie dit de Wagner que c'est un visionnaire déguisé en farceur, que David Cronenberg voit en lui un "Joyce dont Hollywood est Dublin", on se dit qu'il commence à y avoir un peu trop de monde pour une banale entente de bidonneurs associés ( et en monnaies sonnantes et trébuchantes éventuellement remerciés). Et encore vous fait-on grâce des papiers énamourés de la presse East-Coast...

En croisant les destinées de trois personnages à Hollywood - un acteur en plein boom, une lose et une secrétaire nympho - Wagner décrit la cauchemardesque industrie du rêve.
Pour ce qu'on en a lu jusqu'ici ( cette notule n'est pas une critique littéraire) Wagner s'essaie à un genre où certains américains (Easton Ellis en tête) excellent régulièrement : trouver dans les gestes anodins la marque des névroses contemporaines et être capable de saisir une vie entière en quelques fulgurances, le tout ponctué par un sens aigu du name-dropping ( et de la surenchère trash).

CONCOURS : En attendant de pouvoir vous en dire plus et de papoter ensemble autour de l'ouvrage, on vous propose d'en gagner dix. Ainsi que dix exemplaires de "Un sur deux" de Steve Mosby autre thriller salué outre-Atlantique et dont on reparlera également bientôt.




Ken Bruen : Les yeux pour pleurer

Posté par Maxence le 14.01.08 à 13:20 | tags : gallimard, polar

Les yeux pour pleurer c'est tout ce qu'il vous reste quand vous refermez ce quatrième épisode des enquêtes de Jack Taylor. Le Dramaturge nous présente un Jack Taylor (faussement) assagi, engourdi même, mais toujours en proie à ses démons intérieurs. Taylor ne fume plus, ne se drogue plus, ne boit plus et fréquente la messe. On croit rêver ! Mais tout va rapidement se décanter et basculer dans le cauchemar. Dites vous bien que cette fois, Ken Bruen n'épargnera rien, mais alors, rien du tout, à son personnage fétiche, qui va encore flirter avec l'abîme. Et "quand tu regarde dans l'abîme...", bref, vous connaissez la suite.

 

Jack Taylor est donc repenti. Son fournisseur des beaux quartiers en prison, il est obligé de faire abstinence. Libéré malgré lui de sa dépendance à la coke, il arrête l'alcool dans la foulée. Le destin semble pourtant l'avoir mauvaise puisque c'est justement son ex-dealer qui le charge d'enquêter sur la mort soit-disant accidentelle de sa soeur, trouvée au pied d'un escalier avec un livre de J. M. Synge coincé sous le corps. Bientôt, une autre étudiante est découverte, elle aussi morte, couchée sur un livre du dramaturge irlandais. Subissant pressions amicales et mauvais conscience, Jake Taylor se sent obligé de réagir et se trouve rapidement confronté à une milice paramilitaire, les pikmen. Entre gnons dans la gueule, visions de wisky et nez qui coule, le détective le plus foireux - et le moins motivé de la planète - va mener son enquête la plus pathétique à ce jour.

 

Ecrit dans un contexte international catastrophique (l'ouverture de la guerre en Irak), Le Dramaturge est le roman traduit en français le plus dur et le plus désespéré de Ken Bruen. L'auteur qui nous avait habitué à un humour noir et grinçant avec sa série R&B, s'enfonce d'un cran dans la noirceur sans espoir de retour. Par delà le récit d'une enquête des plus vaseuse et l'attachement sadomasochiste que Bruen manifeste envers son personnage, l'auteur se fait l'écho d'une société en totale perte de repères, en l'occurrence, celle d'une Irlande en pleine croissance économique mais paradoxalement toujours plus intolérante, sectaire et finalement apeurée. Sa galerie de personnage délaisse le côté grotesque et convivial des précédents épisodes pour affiner encore sa vision socio-politique pessimiste au travers des yeux chassieux de Jake Taylor et de ses amis.

 

Le Dramaturge est un roman qui secoue. Ames sensibles passez votre chemin (et pour une fois cela n'a rien à voir avec le nombre de litre d'hémoglobine versé, il n'y en a pas, ou presque, mais avec les sentiments), ce livre est une vraie tragédie et on le referme démolit.

 

Le dramaturge
Ken Bruen
(Serie Noire/Gallimard)




Nouvelle charge Ellroyique des editions Rivages

Posté par Maxence le 11.01.08 à 14:35 | tags : news, poche, polar, rivages, roman

Belle initiative des excellentes éditions Rivages qui sortent simultanément une réédition de feu la revue Polar Spécial Ellroy au format de poche et Tijuana Mon amour, un troisième recueil de nouvelles et d'articles de l'écrivain américain, qui clôt (provisoirement) la publication des textes courts et inédit de James Ellroy.

Une façon certainement, pour l'éditeur, de faire patienter les lecteurs avisés qui se demandent peut-être, et à raison, ce que devient le troisième volet de la trilogie Underworld U.S.A, mais passons, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écrivain de polar et de série noire le plus talentueux de sa génération.

 

Après Crimes en série et Destination morgue, Tijuana Mon amour réunit donc une série d'inédits initialement parus chez Rivages au printemps 2000 dans le cadre d'une campagne promotionnelle de vente en ligne sur le site d'Alapage. Le livre comprend "Hush-Hush" et l'émouvant "Tijuana Mon amour" deux nouvelles autour du savoureux personnage de Danny Getchell, journaliste véreux et éditeur de l'Indiscret, le journal à sensations d'Hollywood ("Hush-Hush" ou "Chut" en VO). Le reste est une suite d'articles prétexte à analyser de manière critique le fonctionnement de la société américaine au regard des crimes qui passionnent - ou passionnaient - l'Amérique, des années 50 à aujourd'hui, quand il ne s'agit pas de dénoncer (par la bande) sa violence et sa corruption, qu'elle soit policière, politique médiatique ou économique (ou tout ça à la fois), dans la droite ligne de Crime en série et Destination Morgue.

 

Toujours cynique et parfois même brutalement ironique, Ellroy peut parfois sembler un rien détaché de toute cette actualité d'époque et cela fatiguera peut-être le lecteur en mal de récit nerveux dans lequel l'auteur s'impliquerait plus frontalement. Reste le plaisir de lire, et relire, cette plume acérée avec ses partis pris souvent borderline, ses descriptions saisissantes, scabreuses ou tout simplement sanglantes, et sa galerie de personnages mythiques, qui font tout le charme pour le moins vénéneux de l'œuvre et de son auteur.

 

La réédition de la revue Polar Spécial Ellroy quant à elle est passionnante en tout point, surtout pour ceux qui n'ont pas eu la chance (c'est mon cas) de lire l'originale. En plus des articles d'époque (situés entre 1988 et 1992), ce volume se voit augmenté de nombreux inédits qui poursuivent la réflexion sur l'œuvre de l'américain.

L'édition originale de Polar s'arrêtant à White Jazz, dernier roman de la tétralogie de Los Angeles, il était important d'augmenter ce volume de l'actualité que constitue les deux premiers volets d'Underworld U.S.A. (soit American Tabloid et American Death Trip). C'est pourquoi en plus des très bons articles et analyses de Michel Lebrun, Jean-François Guérif, Michel Abescat, Jean-Louis Touchant et Bruno Corty, on découvre deux inédits de Jean-Pierre Deloux ainsi qu'une étude de Natacha Lallemand sur Ellroy et les Femmes. A cela viennent s'ajouter les nouvelles inédites de l'auteur, une bibliographie/filmographie remise à jour, un document éloquent de Stéphane Bourgoin sur les serial killers, un autre de David Goodis sur Le Dahlia Noir et un dialogue délirant de Jean-Bernard Pouy etTonino Benacquista. Rien à jeter donc, pour le fan d'Ellroy, dans ce très bon complément thématique à son œuvre.

 

Tijuana Mon amour
James Ellroy
Polar Spécial Ellroy
Collectif
(Ed. Rivages et Rivages/Noir)




Entretien avec Laurent Fétis : Techno Animal

Posté par Maxence le 03.12.07 à 12:44 | tags : news, polar

Rencontre avec Laurent Fétis, dont le dernier roman Un grand bruit blanc est publié dans la collection Polar Rock des éditions Mare Nostrum.


Votre dernier roman, Un grand bruit blanc chez Mare Nostrum mélange fantasy et polar dans une ambiance electro-techno, c'est une chose que vous aviez envie de faire depuis longtemps, immortaliser vos nuits dans un polar ?
Je parle toujours (plus ou moins) de choses vécues, relatées, vues ou ressenties, donc il était logique que j'insère des éléments ou des nuits entières dans mes textes.


Le monde que vous décrivez c'est le monde de la nuit, ses codes, ses rites, ses modes. Sa face strass et paillettes et celle, plus obscure, des psychopathes de tout poil. Vous avez aussi une réputation de fêtard et clubber invétéré. Vous aviez envie de faire de cet univers un portrait réaliste ou au contraire, de le rendre encore plus fou ?
En réalité, je sors aussi pour bosser (oui personne ne va me croire)... Outre les "castings" nocturnes (personnages, situations, dialogues), je réfléchis souvent mieux vers 4 heures du matin, après avoir bu quelques cocktails colorés, à fond sur le dancefloor, les idées viennent. Il m'arrive d'avoir des visions assez marquées et parfois très fortes. Généralement, je trouve les fins de mes romans en club ou en after. Le réalisme peut surgir de la folie et vice versa. Ecrire sur ces moments, en y ayant participé "physiquement" est très important pour moi. J'essaye de sauver des impressions fugaces, des instants très forts qui ont tendance à s'évaporer. J'ai pratiquement 500 pages sur les années 2003/2006, de chroniques de soirées, de concerts, de démos, de films de l'étrange festival etc...


Quel sera votre prochain projet ? Un roman toujours, polar ? Généraliste ? SF ?
Je viens de boucler la suite du Lit de béton. Cela devrait s'appeler Guerre en enfer !, court roman très spécial, que j'ai voulu assez insoutenable. Entre SF/roman de guerre/gore, avec également une parabole sur le monde de l'entreprise...
Sinon, je reprends en ce moment mon opus cyber-punk et d'autres textes mis de côté. Je profite également de mon blog tout neuf pour ressortir des nouvelles et mettre quelques chroniques de soirées en ligne.


Consultez l'interview de Serguei Dounovetz, directeur de la collection Polar Rock des éditions Mare Nostrum
Retrouvez la chronique de Serial loser de Pierre Hanot




Desolation Jones

Posté par 2goldfish le 29.11.07 à 10:35 | tags : comics, polar, science-fiction

 

Michael Jones est un ancien espion du MI-6, mis à la retraite après avoir subi une expérience mystérieuse qui a rendu sa peau grise et son humeur massacrante. Comme le reste des espions décommissionnés du monde, il est assigné à résidence à Los Angeles où il survit en jouant les détectives dans la communauté bigarrée des ex-espions de L.A. Le premier album commence quand un vieil homme fortuné l'engage pour retrouver une bobine de film qui lui a été volée. Le vieux a aussi trois filles, dont une a été kidnappée et l'intrigue est calquée plus ou moins fidèlement sur celle du Grand Sommeil de Chandler. Aussi, la bobine que Jones doit retrouver contient un film pornographique tourné par Hitler dans son bunker en 1944.

Les connaisseurs auront immédiatement identifié un pitch de Warren Ellis (scénariste de BD à ne pas confondre avec son homonyme violoniste et comparse de Nick Cave). Bourré d'idées dans tous les sens, d'obscénité, de violence et d'amertume mais basé sur un genre qu'il respecte finalement plus qu'il ne le subvertit. C'est à la fois la principale qualité et le principal défaut d'Ellis : ses scénarios sont souvent squelettiques, des prétextes pour nous caser des concepts plus ou moins intéressants. C'est d'autant plus vrai avec l'utilisation du roman de Chandler, déjà tellement exploité par deux films, trois même en comptant The Big Lebowski. Ici, nous avons plutôt de la chance. Le bouquin s'ouvre sur une petite leçon d'urbanisme, se perd un peu dans les histoires d'espions génétiquement modifiés, puis nous parle un peu des affres du porno "gonzo".

La vraie force de Desolation Jones se trouve dans le dessin de J.H. Williams III, connu principalement pour son boulot sur Prométhéa. Un choix pas vraiment évident : les compositions alambiquées et les grands écarts stylistiques, qui faisaient des merveilles pour les visions mystiques, d'Alan Moore ne semblaient pas a priori adaptés à un polar terre à terre. Cependant, Williams s'en tire finalement très bien, ne se lâchant que dans les flashbacks et des scènes d'action visuellement épatantes, mais plutôt confuses. Le reste du temps les feux d'artifices sont assurés par le coloriste José Villarubia, dont les choix parfois extrêmes fonctionnent la plupart du temps plutôt bien, assurant une ambiance unique à chaque séquence.

Desolation Jones manque de substance, mais offre suffisament de bonbons pour l'oeil et le cerveau pour qu'on ne regrette pas sa lecture. Et puis si ça peut vous rassurer, on ne voit jamais le film d'Hitler.

Desolation Jones, Tome 1 : Made in England
Warren Ellis, J.H. Williams III
Panini




Astro City : des ailes de plomb qui se changent en or

Posté par Myosotis le 22.11.07 à 15:30 | tags : comics, polar

Il aura fallu pas moins de 7 ans (si je ne me trompe pas) pour passer du tome 3 publié chez feu Semic d'Astro City à ce magnifique tome 4, sous-titré des Ailes de Plomb, sorti il y a 2 mois maintenant chez Panini.
L'univers créé par Kurt Busiek, dessiné par Brent Anderson et Alex Ross (couvertures uniquement), est l'un des plus passionnants des univers new comics, ces séries qui visaient après les ravages causés par Alan Moore (je caricature) sur les superhéros à en redorer le blason et l'amour à l'ancienne. Astro City comme le Top Ten du même Moore se situe comme une tentative réussie de mêler les codes super-héroïques et le monde du polar, dans une ambiance old school (type golden age, mais sans son côté kitsch) prenante et classieuse, qui lorgne par sa lenteur et sa langueur du côté des Marvels de Ross justement, l'album fondateur de cette veine-hommage.
Le scénario des Ailes de plomb constitue la principale qualité de ce recueil qui se lit indépendamment des autres tomes. Un héros loser en acier appelé Steeljack sort de prison et regagne, la queue entre les jambes, son quartier de prédilection, une zone paumée d'Astro City, peuplée de cloches et de loubards qui n'ont pas vraiment le vent en poupe. Obsédé par sa propre destinée, par la mort de sa mère et le crime qu'il a commis enfant, SteelJack peine à trouver un sens à sa vie et traîne sa misère jusqu'à ce que les habitants de ce Hell's Kitchen de comics lui demandent d'enquêter sur une série de meurtres mystérieux (pas de cadavres) perpétrés dans les milieux lumpenprolétaires de la petite truanderie. Steeljack ne doit pas renouer avec le milieu sous peine de retourner en prison, où il a passé plus de la moitié de son existence. Mais sans autre espoir de réinsertion, il finit par accepter et se met sur la piste du tueur et de ses motivations, allant d'échec en échec et faisant coïncider son enquête avec un travail d'analyse sur soi qui donne de l'épaisseur au recueil.

De temps à autre, les pages sont éclairées par le passage des Anges, les super-héros qui veillent sur Astro City et semblent, du haut de leur piédestal, et sous le regard de Steeljack le banni, mépriser la vulgate. Les Anges fascinent et en imposent, mais restent longtemps inaccessibles. Des Ailes de Plomb est une exploration sous forme de polar du rapport entre le commun et le fantastique. Le rythme est volontairement ralenti pour qu'on puisse apprécier les déambulations de Steeljack dans son propre passé et le passé des autres. La rencontre avec un vieux super-héros hidalgo, El Hombre, dégradé pour avoir voulu briller une fois de trop (il a payé un supervilain pour se faire mousser) va changer la donne de l'enquête et donner un éclairage nouveau sur les ambiguïtés et la concurrence qui règnent entre les héros. Les êtres à sauver comptent-ils pour eux ? Superman et les autres travaillent-ils parfois pour soigner leur ego ? Quid de la compétitition chez les bonnes soeurs ? Le thème du succès ou de la décadence des super-héros est omniprésent dans les comics d'aujourd'hui : on le retrouve chez Gaiman, mais aussi dans l'excellente série 52, qui poursuit son bonhomme de chemin en France (ah, Booster Gold). Il n'est pas étonnant que les 2 personnages clés qui s'interrogent sur ces questions soient des types associés aux métaux précieux que sont l'or (Booster Gold) et l'argent (SteelJack).

Astro City diffuse de la mélancolie sur un rythme presque dangereux pour la santé. L'univers dessiné par Anderson est nettement moins sombre et torturé que le Sin city de Miller, mais bénéficie d'une force immédiate et d'une lisibilité affective et artistique qui lui confèrent un impact sur le lecteur presque aussi important. Ceux qui pensent que Miller en fait parfois trop dans la noirceur et le jeu d'ombres trouveront leur compte ici dans un récit équilibré et suffisamment traditionnel pour ne pas dérouter. L'album est un vrai plaisir pour les yeux (à ce titre, le personnage de Steeljack est un bonheur) et offre des arrières plans réalistes, sur lesquels il est très agréable de s'attarder.
Astro City est une belle réussite qui fera un beau cadeau de Noël pour les ados et les adultes.


Astro City : Des ailes de plomb
Busiek / Anderson / Ross
Panini




Paperboy, le (vrai) Miami Vice de Pete Dexter

Posté par Easywriter le 07.11.07 à 10:15 | tags : poche, polar

Pete Dexter est connu pour avoir écrit Deadwood, ouvrage dont l'adaptation télévisuelle donna à HBO une de (parait-il je n'en ai vu qu'une infime partie) ses meilleures séries.
A Deadwood, ville pionnière du Far-West, les lois se faisaient par et pour les plus forts, aucun idéal de justice ou de fraternité ne venant transcender la réalité boueuse des hommes aux prises avec leurs obsessions.

Il en va de même dans Paperboy et la Floride rurale des années 1960 qui ressemble évidemment moins à la ville branchaga et aseptisée de Nip/Tuck qu'à une province pourrie du Middle-West.
Totalement obsédés par leurs désirs, les personnages y oublient tout et tous : un journaliste d'investigation qui travaille à l'édification de son propre mausolée au détriment de ses articles, son acolyte psychorigide qui traque sans répit la vérité des faits divers sordides pour oublier celle autrement problématique de son homosexualité, le frère de ce dernier, narrateur distancié moins intéressé par le journalisme qu'il côtoye de loin que par son angoissante frustration sexuelle.

On pourrait également évoquer leur père patron de presse obsédé par sa succession ou une femme au goût maniaque pour les condamnés à mort, mais ce serait risquer de résumer le livre à une série de portraits excessifs.

Or, Paperboy c'est aussi cette machine infernale qui conduit deux reporters du Miami Times contre-enquêtant sur le meurtre d'un shérif à la plus infâme des méprises. Prêts à tout pour faire libérer un "innocent" prestement envoyé dans le couloir de la mort par des autorités peu regardantes sur les procédures.

Lui-même ancien journaliste d'investigation, Pete Dexter n'a aucune raison de croire au mythe romantique de l'enquête journalistique qu'il démonte sans retenue mais dont il épuise tambour battant toutes les possibilités narratives.
A mesure qu'avance la trépidante intrigue qu'on vous laisse découvrir, les personnages ont de plus en plus de mal à masquer leur banale et pathétique vérité.
"Il n'y a pas d'homme intact" conclut Dexter. De Paperboy personne ne sortira indemne.

PS : La nouvelle collection "Roman noirs", format poche, de Points, est d'excellente facture tant sur le fond que sur la forme. Cinq lots des cinq premiers ouvrages (dont Paperboy) sont à gagner dans notre jeu concours.

Participez au Concours : Cinq romans noirs à gagner.






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