Fil d'actu : poche  Toutes les parutions de l'incontournable livre de poche, souple et pas cher.
Si Trainspotting reste après toutes ces années son roman le plus connu (au point qu'il lui ait donné sa suite, Porno), Irvine Welsh n'en est pas pour autant l'écrivain trash cool sympathique que l'adaptation du livre à l'écran par Danny Boyle(rock, ecsta, sexe et glandouille) laissait entrevoir.
En sortant en 1997 (2000 pour la traduction française aux Editions de l'Olivier), l'affreux Une ordure, Irvine Welsh livrait son roman le plus noir, le plus moralement borderline et sûrement le plus puissant. Une Ordure raconte la "descente aux enfers" (encore qu'il y soit déjà) d'un flic écossais qui, après le départ de sa femme Carole (pour des raisons qu'on ignore assez longtemps, est-ce un simple voyage chez sa mère ou une rupture définitive ?), sombre dans une décadence totale, physique, morale et j'en passe. Bruce Robertson est cette sorte de héros, proche par le comportement excessif du Bad Lieutenant d' Abel Ferrara et Harvey Keitel, mais avec un supplément d'âme et de fougue littéraire en plus, qui rend son portrait, énoncé à la 1ère personne, particulièrement troublant. [...] Le site officiel d'Irvine Welsh Irvine Welsh Une ordure Points Seuil


 Les romans de la nouvelle collection "Signatures" des éditions Points sont comme des grands... mais en petit. Avec leurs couvertures à rabats et en papier glacé, les titres parus dans cette collection se veulent des poches de prestige. Mais de prestigieux ils n'ont pas que l'apparence : les œuvres choisies sont toutes de véritables trésors de Points. Les enfants terribles de la littérature moderne inaugurent la collection : Italo Svevo, Ian McEwan, John Fowles, John Cowper Powys et William Faulkner. Sans doute existe-t-il aussi une cohérence entre les cinq premiers titres publiés. Entre Le jardin de ciment de McEwan et Givre et sang de Powys, la résonance se signale jusque dans les titres eux-mêmes. Dans ces œuvres, tout comme dans L'Obsédé de Fowles et Le bon vieux et la belle enfant de Svevo, il est question de nature humaine, de désir et de conscience torturée. Quant à Faulkner, avec Moustiques, il est sans aucun doute le maître de cette littérature crue et cruelle qui a su troubler le XXe siècle. Il faut donc espérer que le compromis entre le livre broché (trop cher, trop encombrant ?) et le livre de poche (trop populaire, pas assez classe dans le métro ?) redonne le goût de la lecture à certains. Surtout s'il s'agit d'auteurs incontournables. Et pour ceux qui y prendraient goût et voudraient uniformiser l'étagère de leur bibliothèque, trois autres auteurs sont à paraître pour le mois d'avril : Jay McInerney, William Boyd et Henri Roth. Concours : En partenariat avec Points, Fluctuat vous propose de gagner cinq lots des cinq premiers ouvrages de la collection. Accéder au concours Points / Fluctuat


Belle initiative des excellentes éditions Rivages qui sortent simultanément une réédition de feu la revue Polar Spécial Ellroy au format de poche et Tijuana Mon amour, un troisième recueil de nouvelles et d'articles de l'écrivain américain, qui clôt (provisoirement) la publication des textes courts et inédit de James Ellroy.
Une façon certainement, pour l'éditeur, de faire patienter les lecteurs avisés qui se demandent peut-être, et à raison, ce que devient le troisième volet de la trilogie Underworld U.S.A, mais passons, c'est toujours un plaisir de retrouver l'écrivain de polar et de série noire le plus talentueux de sa génération. Après Crimes en série et Destination morgue, Tijuana Mon amour réunit donc une série d'inédits initialement parus chez Rivages au printemps 2000 dans le cadre d'une campagne promotionnelle de vente en ligne sur le site d'Alapage. Le livre comprend "Hush-Hush" et l'émouvant "Tijuana Mon amour" deux nouvelles autour du savoureux personnage de Danny Getchell, journaliste véreux et éditeur de l'Indiscret, le journal à sensations d'Hollywood ("Hush-Hush" ou "Chut" en VO). Le reste est une suite d'articles prétexte à analyser de manière critique le fonctionnement de la société américaine au regard des crimes qui passionnent - ou passionnaient - l'Amérique, des années 50 à aujourd'hui, quand il ne s'agit pas de dénoncer (par la bande) sa violence et sa corruption, qu'elle soit policière, politique médiatique ou économique (ou tout ça à la fois), dans la droite ligne de Crime en série et Destination Morgue. Toujours cynique et parfois même brutalement ironique, Ellroy peut parfois sembler un rien détaché de toute cette actualité d'époque et cela fatiguera peut-être le lecteur en mal de récit nerveux dans lequel l'auteur s'impliquerait plus frontalement. Reste le plaisir de lire, et relire, cette plume acérée avec ses partis pris souvent borderline, ses descriptions saisissantes, scabreuses ou tout simplement sanglantes, et sa galerie de personnages mythiques, qui font tout le charme pour le moins vénéneux de l'œuvre et de son auteur. La réédition de la revue Polar Spécial Ellroy quant à elle est passionnante en tout point, surtout pour ceux qui n'ont pas eu la chance (c'est mon cas) de lire l'originale. En plus des articles d'époque (situés entre 1988 et 1992), ce volume se voit augmenté de nombreux inédits qui poursuivent la réflexion sur l'œuvre de l'américain. L'édition originale de Polar s'arrêtant à White Jazz, dernier roman de la tétralogie de Los Angeles, il était important d'augmenter ce volume de l'actualité que constitue les deux premiers volets d'Underworld U.S.A. (soit American Tabloid et American Death Trip). C'est pourquoi en plus des très bons articles et analyses de Michel Lebrun, Jean-François Guérif, Michel Abescat, Jean-Louis Touchant et Bruno Corty, on découvre deux inédits de Jean-Pierre Deloux ainsi qu'une étude de Natacha Lallemand sur Ellroy et les Femmes. A cela viennent s'ajouter les nouvelles inédites de l'auteur, une bibliographie/filmographie remise à jour, un document éloquent de Stéphane Bourgoin sur les serial killers, un autre de David Goodis sur Le Dahlia Noir et un dialogue délirant de Jean-Bernard Pouy etTonino Benacquista. Rien à jeter donc, pour le fan d'Ellroy, dans ce très bon complément thématique à son œuvre. Tijuana Mon amour James Ellroy Polar Spécial Ellroy Collectif (Ed. Rivages et Rivages/Noir)


A quoi bon la vie éternelle, si c'est pour la vivre en vase clôt, sous terre, comme la narratrice au début du Goût de l'immortalité de Catherine Dufour ? A quoi bon, en effet, vivre éternellement sur une planète désolée, dévastée par la misère, les catastrophes écologiques et génétiques, les guerres et les épidémies ? A quoi bon l'immortalité en effet, si c'est pour la vivre en ne communiquant avec le reste de l'humanité que par le biais des réseaux informatiques à l'expansion endémique, dernier artefact du "lien social" sur une planète moribonde ? C'est la question que pose subrepticement ce surprenant roman de Catherine Dufour, paru en 2005 aux Editions Mnémos, et réédité ce mois-ci en poche. L'occasion, pour ceux qui ne s'étaient pas immédiatement rués sur ce livre (j'en suis, honte sur moi, je l'avoue) de découvrir l'un des meilleurs romans de science-fiction français de ces dix dernières années. Ni plus ni moins.
Envoyé en Mandchourie dans la ville de Ha Rebin en 2213, le chercheur en biologie Cmatic est chargé d'enquêter sur la réapparition d'une épidémie qui menace à nouveau à l'échelle internationale. Malheureusement, le fonctionnaire tombe immédiatement la tête la première dans une gigantesque machination politico-scientifique et joue de malchance en se laissant prendre au jeu d'une guérisseuse mal intentionnée. Affaibli, il ne devra la découverte de la vérité qu'à une étrange adolescente maladive, avec laquelle il va devoir s'engager dans un voyage au cœur des ténèbres d'une époque en totale déréliction.
J'hésite sur la forme, écrit-elle à son mystérieux correspondant dans ce roman épistolaire de plus de 300 pages. Quand au fond, je peux déjà vous promettre de l'enfant mort, de la femme étranglée, de l'homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d'horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon nymphomane et une... non, deux, belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j'ai au moins une histoire... (p.13).
Et quelle histoire ! Mais cette description lapidaire ne rend pas forcément hommage à la subtilité d'un roman monde, dans lequel l'auteure parcourt les steppes d'un panasiatisme futur comme d'autres écrivent sur leur nombril, surfant sur la génomique, la politique, la magie et la sensualité décadente avec ce qu'il faut de "sens of wonder", pour vous tenir en haleine de la première page à la dernière. Car du style, Catherine Dufour en a assurément, ainsi que des idées, et si son petit livre est si puissant, c'est qu'il nous rappelle immanquablement les grands de la S-F engagés et polémiques des années 70, les John Brunner, J.G. Ballard ou Philip K. Dick ! Il est également bon de noter que Le goût de l'immortalité a collectionné les prix littéraires. De 2005 à 2007, il remporte le Prix Rosny Aîné, le prix Bob Morane, le Grand Prix de l'imaginaire et le Prix du lundi de la S-F Française. A sa lecture, vous comprendrez que ce n'est certainement pas pour rien.
Le goût de l'immortalité Catherine Dufour Livre de Poche


Pete Dexter est connu pour avoir écrit Deadwood, ouvrage dont l'adaptation télévisuelle donna à HBO une de (parait-il je n'en ai vu qu'une infime partie) ses meilleures séries. A Deadwood, ville pionnière du Far-West, les lois se faisaient par et pour les plus forts, aucun idéal de justice ou de fraternité ne venant transcender la réalité boueuse des hommes aux prises avec leurs obsessions. Il en va de même dans Paperboy et la Floride rurale des années 1960 qui ressemble évidemment moins à la ville branchaga et aseptisée de Nip/Tuck qu'à une province pourrie du Middle-West. Totalement obsédés par leurs désirs, les personnages y oublient tout et tous : un journaliste d'investigation qui travaille à l'édification de son propre mausolée au détriment de ses articles, son acolyte psychorigide qui traque sans répit la vérité des faits divers sordides pour oublier celle autrement problématique de son homosexualité, le frère de ce dernier, narrateur distancié moins intéressé par le journalisme qu'il côtoye de loin que par son angoissante frustration sexuelle.
On pourrait également évoquer leur père patron de presse obsédé par sa succession ou une femme au goût maniaque pour les condamnés à mort, mais ce serait risquer de résumer le livre à une série de portraits excessifs.
Or, Paperboy c'est aussi cette machine infernale qui conduit deux reporters du Miami Times contre-enquêtant sur le meurtre d'un shérif à la plus infâme des méprises. Prêts à tout pour faire libérer un "innocent" prestement envoyé dans le couloir de la mort par des autorités peu regardantes sur les procédures.
Lui-même ancien journaliste d'investigation, Pete Dexter n'a aucune raison de croire au mythe romantique de l'enquête journalistique qu'il démonte sans retenue mais dont il épuise tambour battant toutes les possibilités narratives. A mesure qu'avance la trépidante intrigue qu'on vous laisse découvrir, les personnages ont de plus en plus de mal à masquer leur banale et pathétique vérité. "Il n'y a pas d'homme intact" conclut Dexter. De Paperboy personne ne sortira indemne.
PS : La nouvelle collection "Roman noirs", format poche, de Points, est d'excellente facture tant sur le fond que sur la forme. Cinq lots des cinq premiers ouvrages (dont Paperboy) sont à gagner dans notre jeu concours.
Participez au Concours : Cinq romans noirs à gagner.



Avec ce premier volume du Cycle de Von Bek, Michael Moorcock réussissait non seulement à se payer l'un des plus beaux titres de l'histoire littéraire mondiale (The Dog Hound And The World's Pain, qui dit mieux ?) mais aussi à ouvrir majestueusement un cycle en forme de trilogie achevé 5 ans plus tard, en 1986, avec The City in The Autumn Stars, puis enrichi à foison de liaisons secrètes, nouvelles rétroécrites, justifiant et étoffant le caractère épique de l'histoire. Le cycle (que je trouve, pour ma part, bien meilleur que les histoires d'Elric et de Jerry Cornelius) raconte l'histoire d'une famille devenue par la force des choses (et surtout celle de ce premier volume brillant) la gardienne et détentrice du Saint Graal. Une responsabilité de cette importance n'est évidemment pas sans conséquence lorsque l'Histoire traverse des périodes heurtées ou décisives comme le Moyen-Age et les guerres de religion ou la Seconde Guerre Mondiale (on connaît, depuis Indiana Jones, l'intérêt d'Hitler et de ses sbires pour le Graal). Toujours est-il que ce premier tome qui se lit bien tout seul est très bon et prend l'histoire à sa source. Graf Ulrich Von Bek, guerrier mercenaire venu des terres agricoles allemandes, se retrouve seul un jour après avoir mené rude et sanglante campagne militaire, au coeur d'une forêt désertée de la moindre de ses créatures. Il pénètre évidemment dans un château abandonné où finira par arriver une bombe sexuelle et mystérieuse (elles le sont toutes avant le premier soir, mais celle-ci un peu plus que les autres), qui, de fil en aiguille, l'amènera à pactiser par amour avec son maître (devinez qui?). Je ne veux évidemment pas raconter l'histoire qui suit, au risque de gâcher le plaisir des uns et des autres, mais le Chien de guerre réserve un tas de surprises qui font de lui un roman métaphysique, gothique, d'apprentissage, fantastique complet et extrêmement habile. Moorcock concentre, par delà les références faustiennes, dans ce personnage de Von Bek un nombre de qualités, de valeurs et de déchirements (amour, bravoure, barbarie, sens des compromissions, respect du devoir, honneur,...) qui, à aucun moment, n'attentent à l'humanité et à la crédibilité du personnage. L'intensité des scènes clés du roman est une vraie leçon d'écriture romanesque, illustrant, s'il en était encore besoin, l'art de Moorcock pour faire accoucher ses personnages et ses intrigues de leçons de vie aussi ambitieuses que touchantes. Le personnage du Diable, mis en scène ici, dans une posture mi-souveraine, mi-affligée, est de toute beauté. Le Chien de guerre est un chef d'oeuvre de mélancolie crépusculaire, que les deux autres bouquins de la trilogie, ne rattraperont pas tout à fait. Le chien de guerre et la douleur du monde Michael Moorcock


Au début des années 00, James Crumley, l'ours hardboiled de la "danse" du même nom vit une période de dépression intense. Presque huit ans au fond du gouffre, qui le cloueront au lit et iront jusqu'à lui faire perdre toute envie d'écrire. Il s'en explique d'ailleurs pudiquement dans les remerciements qui ouvrent Folie Douce, roman édité en 2005 (chez Fayard Noir) et réédité en poche ce mois. Folie Douce est donc une forme de bilan de dépression nerveuse. Entre trip halluciné, autodérision et gueule de bois, Crumley plonge C.W. Shugrue (son personnage fétiche au côté de Milo Milodragovitch, avec lequel l'auteur alterne les "enquêtes" d'un livre à l'autre, exception faite des Serpents de la Frontière qui voit la réunion de nos deux anti-héros) dans une histoire très noire et quasi-suicidaire. L'art de la digression, l'intrigue indémêlable à la Chandler, la violence et la noirceur sont toujours là, mais au delà des clichés se cache un étrange sentiment de détestation, chose plutôt rare chez le solide cow boy du Montana qu'on aime voir en James Crumley.
Bien sûr, la pulsion de mort habite tous ses romans depuis le début mais dans Folie Douce l'autocritique et la noirceur atteint un point telle que l'auteur va jusqu'à s'en prendre à lui-même et à son œuvre avec une férocité inaccoutumée. Ici, Shugrue devra encore une fois affronter les noirs démons du secret et de la névrose, et se frotter au pire enemi d'un homme : son meilleur ami. Une course sauvage pour le privé à la petite semaine, plus tout jeune et passablement éprouvé par la vie (voir, les Serpents de la frontière), avec qui l'auteur n'est pas tendre pour autant. Difficile en effet de ne pas faire le parallèle entre ses polars plein d'une psychologie brut de décoffrage, mêlant philosophie Nietzschéenne et mythe de l'ouest sauvage où tout se règle encore à coup de revolver, et le portrait sans concession du psychiatre manipulateur de Folie Douce. A la manière du Krummel (Notez la quasi homonymie) de Un pour marquer la cadence son premier roman, un recit post-viêt-nam, les situations vécues par les personnages de Crumley font souvent l'objet d'exutoires sado-masochistes et sanglants, expression du mal être et de la culpabilité porté par l'auteur depuis le viêt-nam. Une période évoquée au fil des pages, mais dont l'auteur ne dit rien ou presque, hormis dans le premier roman suscité. Hélas, et tant mieux, avec Folie Douce Crumley rate sa cible, en l'occurence lui-même, puisque c'est la tendresse et l'émotion qui prédomine chez le lecteur à la lecture de ce portrait à charge. De fait, peu d'auteurs sont capable d'une telle honnêteté, malheureusement, cet exercice purificatoire ne semble pas avoir moralement réussi au principal intéressé dont on attend pourtant les romans avec toujours autant d'impatience. Go on James ! James Crumley - Folie Douce (Folio Policier)


Entendons nous bien, j'adore Haruki Murakami, je le lis depuis La course au mouton sauvage (à mon sens son meilleur), Danse Danse Danse et j'ai toutes les rééditions 10/18 de cet auteur. Pourtant je n'ai pas acheté Kafka Sur le Rivage. Non pas que le livre me semble moins bon, mais pour une raison idiote : la typographie. En effet, dans "Kafka", le lettrage et la mise en page sont abominables. Digne d'un livre pour enfant. Très (trop) gros, et la police choisie (Verdana ou "machin trébuchet", bref un truc "original pour faire joli") ne donne vraiment pas envie de le lire. Jusque là vous vous dites "Ok, il a pêté un plomb le maxence, laissons-le dégoiser tout seul". Je vous l'accorde, c'est un peu incohérent comme réaction, mais la mise en page d'un livre, sa typographie, ça compte quand-même non ? Celle du Vurt de Jeff Noon m'avait laissé la même impression, malgré une traduction réactualisée, j'ai du mal avec ce livre car l'édition de La Volte ressemble à un manuscrit de scénario pour France 3, ou alors à la production d'une thésarde sous power point. Tout sauf un roman. Et Murakami dans tout ça ? Il est innocent le pauvre, ne cherchez pas. Sa maison d'édition, elle, l'est déjà moins.
En effet il y a de quoi rester sans voix devant la politique éditorial de Belfond. Profitant tout à coup de l'énorme buzz qui sévit autour de l'œuvre du japonais depuis Kafka sur le rivage, l'éditeur se lance dans la traduction du tout nouveau Haruki Murakami , Le passage de la nuit. Rien d'anormal jusque là, sauf que ce livre d'à peine 224 pages est tout de même vendu 19,50 euros. "Et alors ?", me direz-vous encore, les livres sont chers, soit. Alors ? Il n'a sans doute échappé à personne que la police de ce très ("très très" même) court roman est énorme ! Du jamais vu ou presque. Un corps de 12 au minimum. Et si Belfond avait eu un tant soit peu d'honnêteté, ce roman ne ferait que 150 pages et conséquemment, son prix baisserait d'autant. Petite indélicatesse d'éditeur. Cela passe encore, il faut bien vivre. Mais comme si cela ne suffisait pas de publier ce roman sous une police originalement dédiée aux livres "grands caractères" (terme usité pour désigner les ouvrages pour malvoyants), il fallait aussi retirer de la vente la version poche du premier roman de Murakami : La ballade de l'impossible, déjà édité une première fois dans les années 90, et mainte fois réédité depuis en format économique. Or, étrangement, dés la première semaine de sa réédition en grand format, impossible de mettre la main sur sa version poche sur aucun site internet. Même ceux dédiés à l'occasion, du type priceminister, 2foismoinscher, etc. Mieux, toutes références à l'existence de ce roman en poche a disparu des bases de donnée des libraires ! Et cela, alors que La ballade de l'impossible avait été rééditée à peine un an avant Kafka sur le rivage. Etonnant non ? Bien sûr, La Ballade de l'impossible est un gros roman lui. D'à peine 7 euros en poche, il passe allègrement à 23 euros en grand format. Tout ceci pour dire que "prescripteurs de culture" ou non, les éditeurs prennent bien souvent les lecteurs pour des cons. La hype aide bien sûr, à généraliser ce type de comportement. Malheureusement, elle donne aussi envie de ne plus acheter leurs livres. Alors, le dernier Murakami ? Je ne l'ai toujours pas acheté. Quand à le demander à Belfond, après un billet pareil... héhéhé.



Il en va de la ressemblance jusqu'à la couche culotte ultrasexy partagée par l'affiche du film et l'édition française en Poche du roman : le scénario de Cashback, film dont on a un peu parlé ces dernières semaines réalisé par le photographe Sean Ellis, emprunte son ressort majeur au Point d'Orgue de Nicholson Baker, sans que personne n'ait pris la peine de faire le lien. Dans le film, c'est un ado employé de supermarché qui à coups de rêves humides réussi à bloquer le temps et de là à imaginer (ou vivre, quelle différence) qu'il peut mater les culs à l'arrêt des jolies clientes, les déshabiller, les sentir et les déplacer. Dans le Point d'orgue, l'un des livres les plus sensuels et inimaginables de ces vingt dernières années, le héros grandit avec un pouvoir similaire : par un petit tour de passe (une formule magique, une incantation puis la seule force de la pensée), il peut se projeter dans l'Enclos, une zone où le temps est arrêté pour tout le monde, sauf pour lui. Le héros de Nicholson Baker fait ses devoirs en 1 minute de temps réel, expérimente toutes les perversions, accumule des connaissances à une vitesse insensée. Le livre de l'auteur américain de la Mezzanine (un autre chef d'oeuvre miniaturiste dont j'ai parlé autrefois.) est évidemment bien plus précieux et riche qu'un film qui tourne trop vite à la comédie adolescente et oublie le super-pouvoir en chemin. Il fait apparaître au grand jour, et une nouvelle fois, la supériorité de l'écrit pour évoquer le temps, son passage et la variété physique de ses écoulements. Le cinéma reste, sur ce plan, et si l'on excepte quelques OVNIS (Citizen Kane peut-être) incapable de faire autre chose que de procéder à l'arrêt du flux d'images (pause) ou à son accélération (vitesse rapide), son chamboulement (panoramique) pour suggérer ce que le roman dit en sautant quelques lignes ou en continuant simplement à causer. ps Easy : le court-métrage CashBack qui a servi de trame au long.


Ken Bruen est mon nouvel ami ! J'ai toujours chéri ces écrivains (trop rares) qui font découvrir d'autres auteurs. L'irlandais Ken Bruen, avec ses citations et ses personnages bibliophiles, est de ceux là, et je ne le remercierais jamais assez de m'avoir mis entre les mains le Fin de Fiesta à Santa Barbara de Newton Thornburg. "Fin de Fiesta" fait partie de ces romans que l'on classe dans le domaine du polar faute de mieux, parce qu'ils explorent des facettes de la nature humaine que l'on a pas réellement envie d'évoquer ailleurs, ou alors dans les romans d'Ellis ou de Palanhiuk. Pourtant, au contraire de ces deux là, Thornburg ne tombe jamais dans l'outrance ou la provocation, le réalisme est ici la seule concession au genre. Le cheminement du vétéran du Vietnam Alex Cutter et de son ami, l'ex-cadre désabusé Richard Bone est des plus ordinaire. Après avoir abandonné le confort d'un emploi de responsable commercial, ainsi que femme et enfants, Richard Bone devient gigolo à plein temps. Témoin nocturne et fortement alcoolisé de l'abandon d'un corps dans une poubelle, il se révèle incapable de dire, au petit matin, s'il a réellement assisté à cet acte, ou s'il l'a rêvé. Le témoin malgré lui se confie maladroitement à son ami Cutter et va se trouver embringué dans une histoire de chantage pathétique. Une situation d'autant plus explosive que Cutter n'est pas seulement estropié et défiguré, mais également mal embouché et auto-destructeur. Provocateur désespéré, l'ex-marine fait tout ce qu'il peut pour se détruire et payer les horreurs qu'il à commis au nom d'un pays qui le rejette. Une histoire qui pourrait sembler banale - deux gars au bord du gouffre dans l'Amérique des laissés pour compte - mais qui, sous le plume de Thornburg est loin de l'être. La force de l'auteur étant de faire vivre le lecteur au niveau de ses personnages, de lui faire partager leurs errances, leur peurs et leurs difficultés à vivre, sans la prise de recul souvent paternaliste du créateur. Les dialogues, les rapports entre les différents protagonistes n'en sont que plus réaliste. Une nécessité narrative finement maîtrisée puisque dans cette histoire où rien ne se passe comme prévu évidemment, les nuits portent (mauvais) conseils, les hésitations, l'inertie inhérente au quotidien et le manque de motivation, ou simplement de réels projets d'avenir, sont autant de frein à la mise en oeuvre de tous actions concrètes, qu'elles soient légales ou criminelles d'ailleurs. Mais la tragédie, elle, est bien là qui guette et attend son heure. Roman noir dans le sens de "sans espoir", Fin de Fiesta à Santa Barbara régalera autant les amateurs d'Un bon jour pour mourir ou des Légendes d'Automne de Jim Harrisson que ceux de Ken Bruen. On y trouve la profonde tendresse pour l'humanité, malgré les défauts inhérents à sa nature, qui habite le premier et le désenchantement et la perte de l'innocence du second. Merci Monsieur Bruen. A noter que ce roman bénéficie d'une adaptation au cinéma sous le titre de Cutter's Way, réalisé par Ivan Passer.
Newton Thornburg - Fin de Fiesta à Santa Barbara (Folio Policier/Gallimard)


Mon père savait ce que c'était que le mal. Pour lui, il revêtait les atours de son passé. Dès la naissance, il était aussi prisonnier du comté de Potts, du moulin et de son propre nom que je le suis de mes frères et qu'ils le sont les uns des autres.Son destin se limitait à la ville, mais il n'a jamais eu beaucoup d'imagination ni de pouvoirs visionnaires. C'était un réaliste, trop fervent mais trop peu rêveur, trop pragmatique en ces lieux trop attachés à la superstition. Il n'en faut pas davantage pour détruire un homme. Et en effet, il ne fait pas bon être réaliste dans les basses terres du comté de Potts, région marécageuse que l'on imagine baignant dans le bayou non loin du Mississipi, en proie aux superstitions d'un autre temps. C'est le poids que devra également porter Thomas, personnage solitaire à qui le statut d'unique descendant valide de la famille qui fonda Kingdome Come, vaut d'être constamment entouré de jolies filles hésitant entre névroses et nymphomanies. Enfermé dans son manoir, en compagnie de ses trois frères, siamois reliés par les os du crâne, Thomas voit surgir les sorcières du village et les fantômes du passé, qui tous, lui enjoignent de retrouver et comprendre une fois pour toute, le mystère de ses origines pour le bien de Kingdome Come. Roman sur la filiation et la malédiction des origines (les fameuses "racines du mal"), Un Choeur d'enfants maudits est sans conteste la bonne surprise de cette fin d'année. Non loin du Harry Crews de La Foire aux Serpents ou du Chanteur de gospel, Piccirilli excelle à dépeindre un sud profond abandonné par la civilisation. Roman de quête sans but, Un chœur d'enfant maudit vaut surtout pour son ambiance et sa langue, ces vérités outrancières et sa vision sans concession de la nature humaine. Un roman dont le sexe dans tout sa crudité comme dans tout bon livre, est le pivot central. Un choeur d'enfant maudit évoque également une version sudiste des Contes de la folie ordinaire, avec ces portraits de femmes à différents âges : la citadine que rien n'a préparé à vivre dans ce milieu, la lolita perverse et manipulatrice, la fausse vertueuse, la jeune sorcière en réalité néo-hippie new age, la fanatique, la centenaire, mémoire de la communauté et enfin la mère, souvent idéalisé malgré ses secrets. Des stéréotypes dont Piccirilli fait une fresque matriarcale à l'échelle d'un comté, le tout dans une langue riche, crue et sauvage, proche de la glossolalie, en vrai poète au coeur d'enfant maudit. Inutile de vous dire que malgré une fin un peu rapide, ce petit livre vous est chaudement recommandé.
Tom Piccirilli - Un choeur d'enfants maudits (Folio SF)


A 2 euros pour 100 pages (en Folio), La Confession d'une jeune fille du sévère Pidansart de Mairobert , "censeur royal" du XVIIIème siècle, auteur de quelques traités savants et secrétaire honorifique du roi, offre un rapport prix/excitation quasi imbattable. Ecrit pour les hommes (enfin, il me semble), bien que racontant l'initiation d'une jeune fille dénommée Sapho (évidemment), ce court roman est un modèle du genre et démontre, s'il le fallait encore, que la littérature érotique est un outil aussi stimulant que tout ce que la chimie et l'Internet peuvent proposer en libre accès à nos contemporains. Servi par un style précis et moderne (l'auteur se suicidera en 1779, pour défendre son honneur), le roman de Pidansart de Mairobert tourne autour de la découverte de la sexualité et de l'initiation au lesbianisme d'une toute jeune fille. Sa trouvaille principale (et sa contribution à la langue) peut se résumer dans une expression : il dit de son héroïne qu'elle se découvre sous l'action d'une pédagogue zélée, un "clitoris diabolique". Je n'en dis pas plus sur ce que cela signifie et sur les conséquences que la découverte d'un tel organe peut avoir sur une jeune femme-volcan, mais il s'avère que l'idée qu'un clitoris puisse être "diabolique" ouvre des perspectives quasi infinies pour l'imagination, la masturbation, et globalement la vie en général. En 100 pages, le roman n'en explorera que quelques unes, féminines puis plus convenues, mais qui vous pénétreront assez profond pour que vous ayez envie par vous-même d'en inventer des tas d'autres hors champ.
Confession d'une jeune fille Pidansart de Mairobert Folio


"Même en rêve, elle n'aurait pas osé imaginer un garçon pareil. Aussi parfaitement parfait. Il était une promesse de bonheur plein et dense, touffu comme une jungle amicale. Il avait fini par lui demander, à elle précisément, si elle savait où trouver des acides. Il l'avait suivie. Dans le froid, qui donnait envie de se serrer les coudes. Ils avaient rempli leurs poches de canettes de kro et s'étaient éloignés ensemble. Dans le blanc du dehors, le tapis de neige crissant, l'expression "marcher sur des nuages" la faisait glousser d'aise."
Bye Bye Blondie, de Virginie Despentes, réédité au Livre de Poche. Le plus : Lire la chronique de Flu sur les jolies choses.
Vous savez de quel roman Mary Shelley et Lord Byron sont les héros, dans quel livre Sherlock Holmes mène une enquête à travers l'espace ? Heureux hommes, vous pouvez gagner la collection complète Folio/SF de Gallimard, des dvd et un an de cinéma sur le site de Gallimard.


"Lorsqu'il retourna enfin se coucher, il était plus de quatre heures du matin. Dehors le vent soufflait toujours e  t la température avait chuté. Il frissonna en se glissant sous les couvertures. Il lui semblait qu'il n'avait guère avancé. Et pas davantage réussi à se convaincre de prendre patience. Ce qu'il exigeait de ses collègues restait comme d'habitude hors de portée pour lui." Allez, une dernière enquête avec Kurt Wallander, fin limier (légèrement angoissé) de la police de Ystad. L'homme qui souriait est réédité chez " Points policiers", qui a déjà publié une dizaine de polars du suédois Henning Mankell dont la production inégale révèle quelques pépites( à lire : la lionne blanche et les chiens de Riga ). Le Seuil publie ces jours-ci le retour du professeur danse qui met cette fois en scène, Stefan Lindman, jeune policier cancéreux qui poursuit d'anciens criminels nazis. On y revient dans le mag, dès qu'on l'a fini. L'homme qui souriait (extrait ci-dessus), la lionne blanche, les chiens de Riga. Points policier. Le retour du professeur de danse. Seuil, sortie le 06 avril. - Lire la chronique de Le Retour du-professeur de danse- Henning Mankell, la short-list.


 Le printemps n'est pas seulement porteur de dramatiques informations climatiques mais aussi de nouveautés plus fleuries. Ainsi de l'éclosion de deux nouvelles collections "poches" chez Christian Bourgois et au Seuil. Le premier sort une assez classe section Titres à couverture blanche qui permettra de rééditer à moindre coût les nombreuses pépites de la maison (comme Vila Matas en illus.). Du côté de la Martinière-Le Seuil c'est la collection Points qui s'offre un lifting. Née dans les années 70, la collection Points s'est imposée sur le marché dans les années 80 et 90 grâce à une ouverture très large à la fiction et en segmentant l'approche (policiers, jeunesse...). Malheureusement, le marché "poches" s'est bigarré au point de devenir illisible d'où la volonté des éditeurs de clarifier tout ça. Avec 3000 titres au compteur, Points Poches ne possède que 5% du florissant marché squatté par Le Livre de Poche, Pocket et 10/18. A venir, donc une collection point poésies, points fantasy puis grands romans, Thrillers... le but étant de faire progresser les ventes de 70%. Les prix devraient même baisser de un à deux euros par titre.


|
|