Si William Gibson s'ingéniait dans ses premiers romans, à cartographier la matrice informationnelle, la baptisant par la même occasion, cyberespace. Si le français David Calvo, en digne héritier du maître, réactualise le concept sous l'égide des jeux vidéos, dans son roman "Minuscules Flocons de Neige depuis dix minutes" en le nommant "La Grille", Jeff Noon inverse le processus à l'aune des théories de la Sémantique générale d'Alfred Korzybski, détruisant par principe toute possibilité de situer l'insituable. Carte uniquement mentale, le Vurt de Jeff Noon, cet univers de tous les rêves humains, est également l'union de la Noosphère de Theillard de Chardin et d'un maillage de légendes urbaines, de reliquat pop des psychédéliques 60's, mais aussi lieu magique, tribal et sanctuaire des divinités anciennes. Ce non-lieu donc, siège de tous les mythes, renvoient les fantasmes de libération technologique d'où ils viennent : dans nos têtes.
Avec le Vurt, c'est le monde du rêve qui investit la réalité et non l'inverse. Noon libère ainsi la potentialité cachée des univers forcément virtuels qui nous habitent.
"Avec la nouvelle carte, les gens du Vurt se fraieront un chemin dans la réalité. Les histoires reviendront à leur source. Cela sera très beau. Ce qui est à présent à l'intérieur de la tête sera sous peu à l'extérieur de la tête. Le rêve ! Le rêve vivra ! Qu'est-ce en effet que la vie humaine, la chair humaine ? Un simple vaisseau pour le rêve. Ne voyez-vous pas la logique derrière tout ça ? sans rêves, vous autres humains seriez encore des primates. "(Jeff Noon, Pollen, La Volte)