Il y mille et une façon d'épingler BHL et de mettre en doute ses (trop) nombreuses interventions. Aude Lancelin, journaliste au Nouvel Obs, utilise la plus efficace : se baser sur des faits. En l'occurence, sur une impardonnable erreur commise par le philosophe dans De la guerre en philosophie, son nouveau livre à paraître chez Grasset.
Dans cet ouvrage en forme de plaidoyer, BHL s'en prend à ce qu'il considère comme ses ennemis philosophes - les Deleuze et les Bourdieu, les contemporains gauchistes - mais également à Hegel, Marx, - "penseur inutile et source d'aveuglement" - ou Kant, "le philosophe sans corps et sans vie par excellence". Le problème : quand il s'attaque à l'auteur de La Critique de la raison pure, BHL cite Jean-Baptiste Botul, philosophe qui aurait démontré "au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence". Et... Oups, Jean-Baptiste Botul n'existe pas. De fait, il n'y a jamais eu de conférences ni au Paraguay, ni nulle part ailleurs.
Jean-Baptiste Botul est un canular, inventé par Frédéric Pagès, plume du Canard Enchaîné, à laquelle on doit donc La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant, blague certes érudite, mais blague quand même, publié chez Mille et une nuits. BHL n'aura pas vérifié. Mais comme le suggère l'une de ses citations relevée par Aude Lancelin, l'auteur de La Guerre Philosophique est au moins en parfait accord avec lui-même : "C’est sans le moindre état d’âme que j’ai, depuis 30 ans et plus, choisi le rôle du renégat, endossé l’habit du disciple indocile, et déserté ce mouroir de toute pensée qu’est devenue l’Université"... C'est le plus important.
Photo © SIPA
Vingt ans après son premier roman, le chanteur Nick Cave revient à la littérature avec une histoire naturaliste à couper le souffle sur les rapports entre un représentant obsédé en perdition et son fils de 8 ans. Bunny Munro mourra au combat, bite au clair et rêves répandus sur le sol : c'est tout ce qu'on dira de ce chef d'œuvre mineur.
Les titres des romans de Guillaume Musso, comme ceux d'un Marc Lévy ou d'une Anna Gavalda, font l'objet depuis longtemps de diverses (et gentilles) moqueries. Beaucoup l'ont déjà remarqué, les titres de ces trois auteurs peuvent par exemple, accolés les uns aux autres, former un étrange dialogue aux accents beckettiens, et néammoins tout à fait cohérent :
- Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part.
- Où es-tu ?
- Je reviens te chercher.
- Seras-tu là ?
- Que serais-je sans toi ?
- Ensemble, c'est tout.
Pour remédier à cet angoissant manque d'originalité, un groupe Facebook vient d'être créé : "Inventons le titre du prochain Guillaume Musso" (annoncé d'ailleurs pour mois d'avril).
On peut y lire quelques propositions plus ou moins inspirées : "J'ai laissé la clef là où tu sais", "N'oublie pas, demain tu as piscine", "Quelle heure est-il". Ou encore, plus pessimiste : "Y a pas marqué taxi", "bah, t'es pas là ?". Quand on pense que le titre d'un roman est sa vitrine...
Voir aussi : Guillaume Musso en coréen dans le diaporama des couvertures de best-sellers français à l'étranger

L'écrivain Bret Easton Ellis a choqué la Twittersphère le jour de l'annonce de la mort de J. D. Salinger en postant un message carrément réjoui sur son profil : " Yeah ! Merci mon dieu ! Il est enfin mort, depuis le temps que j'attendais ça ! Ce soir c'est la fête ! "
Les bas du front du monde entier se sont enroués à force de dénoncer le cynisme épouvantable et la vilenie de l'auteur, qui s'est longtemps montré agacé par la comparaison constante de son premier roman Moins que zéro avec L'Attrape-Coeurs de Salinger. Ceux qui apprécient et connaissent son oeuvre ont juste rigolé en se disant qu'Ellis, à la manière d'Ellroy, campait son personnage comme il sait si bien le faire, avec beaucoup de distance et surtout d'ironie.
Une lecture attentive de son Twitter révèle d'ailleurs un humour grinçant et des saillies de ce genre en continu. L'auteur postant régulièrement des commentaires acides, dignes de ses personnages, tel que l'excellent :
"Beaucoup de gays à la projection d'Avatar au Dôme ce soir. Bon, on sait au moins maintenant quel sera le déguisement favoris pour Halloween à West Hollywood" (l'importance de la population homosexuelle et des commerces gay à West Hollywood valent en effet à cette partie de la ville la réputation de "village homo")
ou encore
"Me suis battu avec un scénariste hier soir à propos des raisons pour lesquelles je trouve que le remake de La Dernière maison sur la gauche est meilleur que Precious".
Un des meilleurs, dans le genre narcissique à la Moins que zéro :
"A la gym, une série de trois dans le Ipod : I'm A Rocker (Springsteen), I'm So Afraid (Fleetwood Mac), and I'm That Type of Guy (LL Cool J)." Bref, du pur Ellis.
Accablant pour certains bien évidemment. Quant aux autres, ceux qui se demandent encore si Bret Easton Ellis prépare un nouveau roman, qu'ils soient rassurés, il l'écrit sur Twitter ! Les fans peuvent donc s'abonner sans hésiter, il recevront une ligne par jour du maître. Reste à savoir tout de même, si la personne qui se cache derrière ce Twitt, est vraiment Bret Easton Ellis...
Les bienfaits de la lecture sur les détenus ont été prouvés. Mais pas n'importe quelle lecture, a décidé l'administration des prisons du Texas. Selon une étude de l'Austin American Stateman (relayée par le Guardian), près de 5000 ouvrages ont tout simplement été bannis des bibliothèques pénitentiaires de cet état au cours de ces cinq dernières années.Joyce Carol Oates, John Updike, Pablo Neruda, André Gide, James Patterson, Carl Hiaasen, Hunter S. Thompson font partie de la longue liste des auteurs dont les œuvres sont jugées dangereuses. Des livres de peinture - de Picasso, Michel-Ange, Botticelli - subissent le même traitement.
Pourquoi ces livres, des classiques ou des best-sellers, se retrouvent-il ainsi censurés ? Le plus souvent parce qu'ils traitent - plus ou moins explicitement - de sexualité, de drogues, de trafic d'armes, etc. Mais parfois aussi, parce qu'on juge leur contenu apte à aider les détenus à s'évader ou à prendre l'avantage sur les matons : des titres comme "How to Be An Ass-Whipping Boxer", "The Elements of Persuasion: Use Storytelling to Pitch Better" ou encore "Win More Business" ne pénètreront jamais l'enceinte des prisons texanes.
Les critères qui servent à juger de l'immoralité ou du danger que représente un livre peuvent confiner à l'absurde. La représentation d'un enfant nu ailé sera automatiquement considéré comme de l'art et ne sera pas censuré. Mais en l'absence d'ailes, rien ne protège une œuvre d'être accusé de pornographie infantile...
Peu importe que de telles interdictions puissent défavoriser l'alphabétisation des détenus : « ce qui n'est pas jugé comme une provocation auprès du grand public peut être provocateur en prison », estime un employé de prison. Et cela semble suffire. D'autres affaires de censure ont déjà montré qu'il en faut si peu.
Diaporama : les écrivains les plus menacés



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