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Lévi-Strauss entré à la Pléiade

Posté par Céline le 10.05.08 à 11:07 | tags : pléiade, édition, news
Etre publié en Pléiade de son vivant, voilà qui sonne comme la véritable consécration pour les écrivains français. Rien d'étonnant alors à ce que Claude Lévi-Strauss, représentant ultime de la pensée française dans le monde et doyen de l'Académie française, se voit attribuer cet honneur, quelques mois avant son centième anniversaire.

Pilier de la pensée structuraliste, Lévi-Strauss a un parcours intellectuel exemplaire (entamé par un cursus en droit et en philosophie), qui l'a mené, entre autres, à fonder l'Ecole libre des hautes études à New-York, à enseigner à l'EPHE et au Collège de France. Ses multiples travaux révèlent son approche interdisciplinaire, où se croise la philosophie, l'anthropologie, l'esthétique.

La prestigieuse collection réunit aujourd'hui des textes choisis par l'auteur lui-même : Tristes tropiques (1955), Le totémisme aujourd'hui et La pensée sauvage (1962), La Voie des masques (1975), La Potière jalouse (1985) et Histoire de Lynx (1991), Regarder écouter lire (1993). Le volume (près de 2000 pages) propose comme d'habitude de riches notes et annexes, mais également de nombreuses illustrations (cartes, graphiques, photographies), qui doivent donner, selon l'éditeur, "une forme visuelle à la pensée".

"La nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles". Georges Bataille, au sujet de Tristes Tropiques.

Claude Lévi-Strauss

Oeuvres

Editions Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade"


Le road-movie littéraire d'Eric Naulleau

Posté par Céline le 07.05.08 à 11:10 | tags : news
Les magazines people les plus désespérants (exaspérants) véhiculent parfois d'intéressantes nouvelles...littéraires. Alors que Britney Spears occupe la couverture de Closer (la routine), une page un peu moins exposée nous apprend qu'Eric Naulleau, chroniqueur féroce des émissions de Ruquier (On n'est pas couché) et de Pierre Lescure (Ça balance à Paris) prépare une émission littéraire pour Arte. Pour rappel, Eric Naulleau est également le directeur littéraire des éditions Balland et de L'Esprit des Péninsules (qu'il a fondé), et est lui-même auteur de plusieurs ouvrages.

C'est en collaboration avec la société de production Troisième Œil que l'émission est en train de se préparer. Le pilote devrait être tourné ce mois de juin en Israël. "Ce sera une sorte de road-movie à travers le pays, une découverte de la littérature à travers les auteurs, qui nous recevront dans leurs lieux préférés, que cela soit leur bureau, un restaurant ou un hangar désaffecté, explique Eric Naulleau. Amos Oz et Aaron Appelfeld entre autres participeront au pilote".

L'émission sera présentée par Mazarine Pingeot, et si elle est signée avec la chaîne, elle pourrait devenir hebdomadaire, présentant régulièrement de nouveaux pays à travers leur littérature. Est-ce que ce pourrait être le programme littéraire que l'on attendait, plus cool et dynamique que les débats nocturnes, assez sérieux cependant pour jouer un rôle critique et prescripteur ?


Un festival de Cannes très... littéraire !

Posté par Céline le 06.05.08 à 12:07 | tags : news, festival

On ne devrait normalement pas parler du festival de Cannes sur un blog consacré aux livres. Mais cette année, l'événement s'annonce plus littéraire que prévu, assez en tout cas pour que nous évoquions quelques noms et quelques œuvres présentés sous les feux de la Croisette.

Première "incursion" du monde des livres, avec Marjane Satrapi, qu'on ne présente plus, et qui fait partie du jury présidé par Sean Penn. Des écrivains avaient déjà été membres du jury de Cannes (Cocteau, Toni Morrison , Orhan Pamuk), mais c'est la première fois qu'un auteur de bédé occupe cette fonction.

Ensuite, trois des films de la sélection officielle sont des adaptations littéraires. Le film d'ouverture, Blindness réalisé par Fernando Meirelles, est tiré du roman L'Aveuglement, de José Saramago, écrivain portugais qui reçut le prix Nobel de littérature en 1998.

La fiction-documentaire Entre les murs, de Laurent Cantet, est adaptée de l'ouvrage éponyme de François Begaudeau. L'écrivain joue lui-même le rôle principal de ce film, celui d'un prof dans un collège du 19e arrondissement de Paris.

Enfin, le film de clôture, What Just Happened ? de Barry Levinson, est inspiré de d'une satire sur Hollywood écrite par Art Linson, qui n'a pas encore été traduite en français (Linson est le producteur entre autres des Incorruptibles et de Fight Club).

Voilà pour le moment Cannes. Mais continuons à parler cinéma.

N'avez-vous jamais eu quelques aspirations cinématographiques à la lecture d'un livre particulièrement... imagé ? Quelles adaptations ciné d'œuvres littéraires vous ont-elles déçu, surpris, ou plu ?

 

En savoir plus sur la sélection officielle du festival de Cannes

 

Illustration : François Bégaudeau dans Entre les murs, de Laurent Cantet


Vers la réédition de Mein Kampf

Posté par Céline le 05.05.08 à 14:46 | tags : édition, news
Mein Kampf (Mon combat) est cet ouvrage dont le titre seul suffit à faire frémir. Rédigé par Hitler pendant son séjour à la prison de Landsberg (1924), cette semi-autobiographie expose clairement les objectifs d'une idéologie nazie, tragique prémonition des sombres événements à venir. L'évidence veut que ce livre-là n'ait sa place ni en librairie ni en bibliothèque, pas même en son enfer. Et pourtant même l'évidence doit parfois être remise en question. Comme le rappelle Pierre Assouline sur son blog, les droits du livre tomberont dans le domaine public en 2015 : les universitaires allemands font entendre la nécessité d'élaborer une édition critique de l'ouvrage, avant que celui-ci ne soit récupéré par négationnistes et autres néo-nazis.

Mein Kampf s'était vendu à 10 millions d'exemplaires sous le IIIème Reich ; 70 ans plus tard, il circule plutôt sous le manteau. Une chose est sûre, le texte est toujours à manier avec autant de précaution.

 

Mardi 6 mai à 21 heures, Arte diffuse Mein Kampf, c'était écrit, un documentaire d'Antoine Vitkine, produit par Doc en Stock.

 


Houellebecq : trop tard pour la fessée

Posté par Céline le 28.04.08 à 15:46 | tags : news, édition
Dans ses bouquins comme dans les (nombreuses) interviews qu'il a pu donner, Michel Houellebecq n'a jamais été très sympa avec ses parents. Surtout pas avec sa mère, qu'il décrit, notamment dans Les Particules élémentaires, comme une hippie dégénérée, qui aurait oublié d'élever ses gosses, préférant se consacrer à ses nombreux amants.
"J'étais parti une semaine chez ma mère sur la Côte. Il y avait toujours du passage, beaucoup de monde. Cet été-là, elle faisait l'amour avec un canadien – un jeune type très costaud, un vrai physique de bûcheron. Le matin de mon départ, je me suis réveillé très tôt. Le soleil était déjà très chaud. Je suis entré dans leur chambre, ils dormaient tous les deux. J'ai hésité quelques secondes, puis j'ai tiré le drap. Ma mère a bougé, j'ai cru un instant que ses yeux allaient s'ouvrir ; ses cuisses se sont légèrement écartées. Je me suis agenouillé devant sa vulve. J'ai approché ma main à quelques centimètres, mais je n'ai pas osé la toucher. Je suis ressorti pour me branler."
Dans une interview parue dans les Inrocks, il l'avait déclarée morte.
Sauf que la maman en personne, Lucie Ceccaldi, âgée de 83 ans, vit à la Réunion. Et s'octroie aujourd'hui un droit de réponse publique, en publiant à son tour un bouquin aux éditions Scali, L'Innocente. Selon le site Bakchich, plusieurs maisons d'édition auraient décliné la proposition de la mère Houellebecq, en raison du poids que pèse désormais le fils dans le milieu. On se souvient effectivement des nombreuses tribulations éditoriales de l'écrivain, de l'insistance de Lagardère pour garder celui-ci chez Fayard, alors qu'il menaçait de claquer la porte.

 

Lucie Ceccaldi sait sans doute qu'il est bien trop tard pour remonter les bretelles à son insolent de fils. Elle n'en dira pas moins ce qu'elle pense : « Avec Michel Houellebecq, mon fils, on pourra commencer à se reparler le jour où il ira sur la place publique, ses Particules élémentaires dans la main, et qu'il dira : "je suis un menteur, je suis un imposteur, j'ai été un parasite, je n'ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m'ont entouré. Et je demande pardon" ».

Elle ajoute que « le succès de ses Particules élémentaires repose sur une imposture, afin de suivre le courant porteur "de la mode". Tuer sa mère, c'était dans l'air du temps. il n'a d'ailleurs rien inventé en la matière. Vipère au poing d'Hervé Bazin, c'était bien avant lui. » Pas mal envoyé.

Normalement, les histoires de famille, cela ne nous regarde pas... Mais à partir du moment où on y règle ses comptes à coups de bouquins, on peut suivre ça sans remords. Ce qui est drôle, c'est qu'en dépit de la virulence du conflit qui agite ces deux-là, la solidarité de famille fonctionne toujours. La mère et le fils vont pouvoir se faire mutuellement de la pub.


John Skelton : slameur au XVIe siècle...

Posté par Céline le 22.04.08 à 12:26 | tags : poésie, news

Vous vous imaginez peut-être que dans l'Angleterre puritaine du XVIe siècle, sous le règne d'Henri VIII, on s'ennuyait à la cour royale ? John Skelton, poète de la Renaissance jusqu'alorstotalement méconnu en France (et qui n'a rien à voir avec un chanteur britannique au nom assez proche), est la preuve que non.

Ce magicien des mots est l'inventeur des "skeltoniques", un système de versification ultra-moderne, où les vers sont libres et courts, et où les rimes plates peuvent se répéter jusqu'à douze fois de suite. De forme très orale, les poèmes sont faits pour être déclamés.
Autrement dit, Skelton aurait fait du slam avant l'heure ! Il est d'ailleurs admiré par un certain nombre de rappeurs (dont Eminem), qui reconnaissent le poète comme le précurseur de leur art.

 

A la cour, Skelton est poète officiel du roi : il passe pour un surdoué et un insolent. Il est l'auteur notamment d'une trilogie satirique, constituée de Vas-y, Perroquet, cause !, Clout le Plouc et Faîtes un tour à la cour, récemment traduite en français, et qui prenait pour cible le cardinal Wolsey, premier ministre du roi Henri VIII. L'autre tête de turc de Skelton, c'est Martin Luther, dont la Réforme le rendait méfiant :

 

Certains d'entre eux sentent du bec
C'est de Luther le vin blanc sec [...]
Leur personne est un peu suspecte :
Ils forment de Luther la secte.

Le poète est moderne jusque dans la manière dont il menait sa vie, extravagante et sulfureuse. Prêtre, il vécut en concubinage et fit un enfant. Courtisan, il était criblé de dettes et recherché par ses ennemis. A faire pâlir de jalousie les plus grands Mister Provoc actuels. Vous allez pouvoir découvrir la poésie féroce de ce maestro de l'anti-conformisme, avec la traduction proposée par Les Belles Lettres, dans une édition bilingue.

 

John Skelton

Vas-y, perroquet, cause ! suivi de Clout le plouc et de Faites un tour à la cour : Edition bilingue français-anglais, traduit de l'anglais par Pierre Trouillier, Les Belles Lettres (avril 2008)

Pour les anglicistes (attention, c'est du "vieil anglais") un site propose quelques morceaux de poésie de Skelton.


Les livres de nos mères

Posté par Céline le 18.04.08 à 13:02 | tags : news, elucubration
Etre mère et rester femme, voilà qui ne relève pas de l'évidence. Devenir femme en restant l'enfant, non plus. De là sans doute naît la complexité de la relation mère-fille, que la psychanalyste Caroline Eliacheff et la sociologue Nathalie Heinich ont voulu exploré dans Mère-fille, une relation à trois.

"Depuis Freud, la psychanalyse a évolué", expliquent les auteurs de cet essai. C'est parce qu'on ne peut plus tout expliquer par Œdipe, que la rédaction de cet ouvrage s'est imposé comme nécessaire.

Dans le documentaire Mère Fille, pour la vie, réalisé par Paule Zajdermann, les deux spécialistes reviennent sur ce sujet qu'elles ont fini par maîtriser, à force d'entretiens, de témoignages, de lectures, d'observation et d'analyse. Mais cette fois, leur réflexion s'expose à la lumière d'extraits de films et d'œuvres littéraires.

La Leçon de piano, Secrets et mensonges, Talons aiguilles, entre autres, constituent de parfaites références cinématographiques en la matière. En littérature, Madame Bovary symbolise par exemple celle qui est plus femme que mère.

Le sujet donne surtout l'occasion de faire intervenir des femmes écrivains : Annie Ernaux, Pierrette Fleutiaux, Noëlle Châtelet, Marguerite Duras ou Doris Lessing viennent ainsi témoigner de leur relation avec leur mère, qu'elles ont chacune à leur manière abordée dans leur œuvre.

La mère peut être envahissante, agaçante, destructrice, ou même absente. Sans elle, nous sommes moins que rien. Nous ne serions pas.

 

D'une façon plus générale, et au-delà de la seule relation mère-fille, il est vrai que la littérature regorge de romans consacrés à la figure maternelle, ou qui y font souvent allusion. Est-ce parce que l'écrivain, confronté à l'acte de création, éprouve le besoin de remonter à la sienne propre ? Parler de sa mère dans une œuvre, n'est-ce pas y faire intervenir une force originelle ?

Lorsque j'évoque la figure de la mère dans la littérature, quelques ouvrages me reviennent naturellement en tête : Le Livre de ma mère, d'Albert Cohen, La Promesse de l'aube, de Romain Gary, Poil de carotte, de Jules Renard, La recherche de Proust, ou encore Le Château de ma mère de Pagnol.

Bien entendu, la liste ne se termine pas. Et il y a autant de listes personnelles qu'il y a d'histoires maternelles. A l'infini.

Mère Fille, pour la vie, de Paule Zajdermann, DVD, 1h03, MK2 éditions, 2005.
Diffusion sur Arte le vendredi 25 avril 2008 à 05:00, rediffusion le 5 mai à 05:00


Aimé Césaire : la Martinique orpheline de son poète

Posté par Solaris le 17.04.08 à 14:26 | tags : poésie, news

 

Aimé Césaire, le père de la négritude, s'en est allé.

La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet homme
la mort étoile doucement au dessus de sa tête
la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras
la mort galope dans la prison comme un cheval blanc
la mort luit dans l'ombre comme des yeux de chat
la mort hoquette comme l'eau sous les Cayes
la mort est un oiseau blessé
la mort décroît
la mort vacille
la mort est un patyura ombrageux

la mort expire dans une blanche mare de silence.

Gonflements de nuit aux quatre coins de ce petit matin
soubresauts de mort figée
destin tenace
cris debout de terre muette
la splendeur de ce sang n'éclatera-t-elle point ?


D'une existence consacrée à la poésie, la littérature et aussi à la politique, restent des écrits ; ainsi que des mandats d'élu, signe d'une confiance renouvelée pendant près de 50 ans.

Homme de gauche, sa carrière politique débute avec son élection en tant que député de Martinique, sous l'étiquette du Parti communiste français (1945). Il participe alors à la création d'un nouveau statut pour les quatre anciennes colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion), les futures DOM. Il est également élu maire de Fort-de-France. "Papa Césaire" administrera la capitale foyalaise sans interruption de 1945 à 2001, avant de céder la place à son dauphin Serge Letchimy et d'être gratifié du titre de maire honoraire.

L'écrivain guadeloupéen Daniel Maximin souligne d'ailleurs l'investissement absolu de Césaire pour son île natale : "Un des mots les plus forts dans son oeuvre, c'est "bâtir". En tant que maire de Fort-de-France, l'obsession c'était d'édifier, de construire en dur pour faire face aux cyclones de l'histoire et de la géographie."

Un militant, un homme engagé dont les idées et les luttes imprègnent l'oeuvre. En 1950, son Discours sur le colonialisme sonne le rappel du réveil des identités culturelles. Il y dénonce l'oppression exercée par l'Occident sur le Tiers-Monde.

Toutefois, c'est Cahier d'un retour au pays natal qui demeure l'ouvrage incontournable du maître. Séduit par l'universalité de Césaire, par sa poésie surréaliste, l'écrivain français André Breton l'édite et le préface. 65 pages incarnant les débuts de sa quête identitaire et devenant, notamment, la référence des intellectuels noirs des générations à venir.

Depuis mercredi dernier, l'état de santé du poète martiniquais s'était dégradé. Souffrant de troubles respiratoires et cardiologiques, il avait été hospitalisé à Fort-de-France. Il nous a quittés ce jeudi matin à l'âge de 94 ans.

Sur mon étagère, le fameux livret orange délavé de Cahier d'un retour au pays natal. Et me reviennent les lointains échos d'un cours de français suivi sur les bancs d'un certain lycée Schoelcher à Fort-de-France, où j'ai lu pour la première fois Césaire.


[...] monte, Colombe
monte
monte
monte
Je te suis, imprimée en mon ancestrale cornée blanche.
monte
lécheur de ciel
et le grand trou où je voulais me noyer l'autre lune
c'est là que je veux pêcher maintenant la langue maléfique de la nuit en son immobile verrition !



Aimé Césaire (1913-2008), Cahier d'un retour au pays natal


Bruce Wagner : Hollywood, l'usine à dingues

Posté par Maxence le 16.04.08 à 13:55 | tags : news, roman

Certains ont vu dans la publication française de Toujours L.A. de Bruce Wagner un fameux coup marketing, appuyé qu'il était par la crème de l'intelligentsia et de la littérature américaine (préface inédite de James Ellroy, éloge du New Yorker, commentaires de Bret Easton Ellis, Salman Rushdie ou David Cronenberg), mais c'est méconnaître Bruce Wagner.

 

L'écrivain, également scénariste de série (Wild Palms, c'est lui !), acteur et producteur connaît intimement ce milieu, ses peoples et ses secrets, l'envers du décor n'en a donc plus aucun pour lui. L'américain, qui travaillait il y a deux ans avec David Cronenberg sur Maps the Stars (en court d'adaptation par le réalisateur canadien) est en effet intime des "stars". [...]

Lire la suite

Bruce Wagner

Toujours L.A

Sonatine


Umberto Eco, couronné duc

Posté par Céline le 15.04.08 à 16:33 | tags : prix, news

Même si vous n'êtes pas un spécialiste en sémiotique ni un féru de pataphysique, vous devez connaître Umberto Eco, au moins à travers l'adaptation ciné qu'a faite Jean-Jacques Annaud de son roman Le Nom de la rose.

L'essayiste et romancier italien s'est vu décerné, la semaine dernière, le Prix du Royaume de Redonda, qui récompense chaque année depuis 2001, un auteur ou un cinéaste non hispanique pour l'ensemble de son oeuvre. Le jury a voulu couronner Umberto Eco (par le titre de duc et un chèque de 6000 euros) pour "la finesse de ses travaux, son érudition si vaste et son infatigable curiosité".

Le royaume de Redonda est une république idéale des lettres, gouverné par l'écrivain espagnol Javier Marias (Fondateur du Prix), et dont le nom fait référence à une île inhabitée des Petites Antilles.

Umberto Eco, à qui l'on doit une révolutionnaire théorie de la réception en littérature, rejoint donc la pléiade d'écrivains et de réalisateurs qui "siège" à Redonda. Pedro Almodovar y est le Duc de Trémula, Francis Ford Coppola le Duc de Megalopolis, Antonio Lobo Antunes le Duc des Crocodiles, Pierre Bourdieu y a été le Duc du déracinement.

Parmi les lauréats de ces derniers années, on peut citer J. M. Coetzee, Eric Rohmer, Ray Bradbury, tous devenus ducs et jurés à leur tour.

Le fonctionnement du royaume de Redonda a quelque chose d'assez ésotérique, tout comme le sont par ailleurs les oeuvres des deux premiers rois de Redonda, Matthew Phipps Shiel (Felipe I) et John Gawsworth (Juan I). Ce qui plaira sans doute à Umberto Eco, auteur du Pendule de Foucault et de Kant et l'ornithorynque, pour le côté initié, et plus récemment, d'une Histoire de la laideur.

 

Le site officiel du Royaume de Redonda

 


Sexe, censure et tribunaux

Posté par Céline le 14.04.08 à 14:30 | tags : elucubration, news
Il faudrait pouvoir s'insurger à chaque fois que sévit injustement la censure.
Nouvel exemple en Indiana, (état du centre des Etats-Unis), où les élus siégeant au Congrès ont décidé de mettre en place un flicage anti-porno. Une loi votée fin mars oblige désormais les commerces susceptibles de vendre des "contenus sexuellement explicites" à se faire enregistrer auprès des autorités de l'Etat, afin de faciliter leur contrôle.

Les sex-shops sont les premiers à être touchés par le nouveau dispositif. Le problème, c'est que la loi est énoncée de façon si vague, si vaste, qu'elle peut tout à fait s'appliquer aux libraires, quand bien même ceux-ci ne feraient que diffuser des œuvres littéraires ou des manuels d'éducation sexuelle.

Après tout, qu'est-ce qu'un "contenu sexuellement explicite" ? Selon la Constitution de l'Indiana : "Tout ce qui décrit et représente la nudité, un comportement ou une excitation sexuels". Les puritains ont parlé. Le diable habite les pages dangereuses de romans blasphématoires, il faut protéger nos jeunes de la perdition.

Les libraires, qui se verront désormais dans l'obligation de payer de nouvelles charges à l'Etat pour assurer leur suivi par les autorités locales, ont de quoi être furieux. D'abord, ils se retrouvent là face à une violation du premier amendement, qui défend la liberté d'expression. Et puis, depuis quand un dealer de livres est-il réputé pour être dangereux ? L'American Booksellers For Free Expression prévoit de porter l'affaire devant les tribunaux. La loi, parfois, c'est quand même bizarre.

Au fond, ne suffit-il pas d'avoir un peu d'imagination, doublée d'une once de paranoïa, pour voir le mal partout... En version française : vous ne trouvez pas que dans Martine à la plage, la jupe de la fillette est un peu courte, et fait par conséquent de l'ouvrage un exemple de mauvaise vertu à l'égard des petites filles ?
Ne faudrait-il pas refaire le programme du bac, et en supprimer tous ces auteurs, de Ronsard à Rimbaud, qui invitent nos enfants à la débauche sexuelle au lieu de leur inculquer la rigueur et la chasteté ? On pourrait décliner à l'infini des aberrations dans le même genre.

D'autant plus aberrant que si nous devions retirer d'une librairie tous les ouvrages comportant des allusions sexuelles, il ne resterait sans doute pas grand-chose. Pas même la Sainte Bible.

(Sur le rapport entre sainteté et sexualité, vous pouvez lire un billet sur le blog sexe)


On connaît la chanson à l'Académie

Posté par Céline le 11.04.08 à 12:16 | tags : news

L'Académie française a décidément choisi de se dérider (notamment depuis l'importante vague de décès qui a laissé six sièges vacants). Après la théorie, la pratique : Jean-Loup Dabadie, élu hier à 14 voix contre 2 pour l'autre candidat Jean-Pierre Lassalle, peut passer, du haut de ses 69 ans, pour un jeune homme fringant au milieu de ses nouveaux confrères.

L'autre petit chamboulement dans l'affaire, c'est que Jean-Loup ne fait pas spécialement dans l'essai ou la conférence : sa spécialité à lui, ce sont les chansons et les scénarios.

De Serge Reggiani à Jacques Dutronc, en passant par Dalida, Julien Clerc, et bien d'autres, Jean-Loup Dabadie a écrit pour plusieurs générations d'interprètes. Les paroles signées de sa plume ont parcouru assez de chemin pour être collectivement fredonnés : "Ma préférence'" (Julien Clerc), "Tous les bateaux, tous les oiseaux" interprétée par Polnareff, mais aussi, pour le même chanteur, "On ira tous au paradis", dont on a bien vu ces derniers temps que le refrain valait aussi pour les immortels.

Dabadie est l'auteur des scénarios et dialogues d'une trentaine de films dont plusieurs sont cultes, comme César et Rosalie, ou Les choses de la vie de Claude Sautet. Il a également écrit des sketches pour des humoristes comme Guy Bedos.

Le scénariste et parolier avait déjà été candidat en 1989. Cette fois, il a pu franchir la porte que Charles Trenet avait vu se refermer en 1983. Heureux et ému, il déclare qu'avec son nouveau statut, il continuera de faire ce qu'il a toujours fait, "travailler pour la défense et l'illustration de la langue française"

L'arrivée de Dabadie est plutôt bienvenue sous la coupole : il est vrai que la langue française, ce n'est pas que le dico, c'est la chanson et le cinéma aussi.

 


Bob Dylan, le lauréat

Posté par Céline le 09.04.08 à 12:32 | tags : poésie, prix, news

 

Bob Dylan est bien plus qu'un chanteur. Un poète qui met ses mots en musique, s'approprie le monde en image et mélodie, multipliant ainsi à l'infini la puissance d'évocation de ses textes.

Le jury du Prix Pulitzer, qui récompense traditionnellement des travaux journalistiques, a décerné lundi une mention spéciale au chanteur, comme cela était déjà arrivé pour d'autres grands musiciens, comme John Coltrane ou Thelonious Monk.

Le jury explique qu'il salue cet artiste "pour son profond impact sur la musique pop et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétiques extraordinaire." Dylan avait déjà été nommé au Prix Nobel de littérature en 1997 : c'est dire comme son talent littéraire est désormais reconnu par toutes les instances.

 

Les influences du chanteur font plus qu'apparaître sous forme d'allusions ou de citations dans son oeuvre, elles font partie de lui. Allen Ginsberg, Dylan Thomas, Arthur Rimbaud, pour rappeler les plus évidentes.

Dylan a encore ceci de poétique qu'il a toujours su rester Dylan, cela même lorsqu'il explorait jusqu'à l'extrême le principe de l'altérité. Le "Je est un autre" écrit par Rimbaud, Dylan ne l'a pas seulement chanté. Gamin au chapeau de cow-boy, provocateur en détresse, tombeur de femmes, chrétien à la foi exacerbée : autant de figures saisies par Todd Haynes dans son film consacré au chanteur, I'm Not There (dont vous pouvez lire la critique sur Flu).

Le nom choisi par les fans de Bob Dylan pour sa nouvelle tournée, Never Ending Tour, consacre aussi à sa manière le poète qu'il est. Poète celui qui, par la diversité de son œuvre (rock, folk, country, blues, jazz), par les multiples conversions qui ont jalonné son existence, apprend que l'on peut se renouveler en restant définitivement soi-même.

 

Un Extrait de "My Back Pages", de l'album Another Side Of Bob Dylan (1964). (Ce morceau a été largement repris, et a notamment été interprété, pour l'anniversaire des 30 ans de carrière du chanteur, par Roger McGuinn, Tom Petty, Neil Young, Eric Clapton, George Harrison et Dylan lui-même.)

 

Crimson flames tied through my ears
Rollin' high and mighty traps
Pounced with fire on flaming roads
Using ideas as my maps
"We'll meet on edges, soon," said I
Proud 'neath heated brow.
Ah, but I was so much older then,
'm younger than that now.

 

(Des flammes brillantes pendaient à mes oreilles
De mes hauteurs et de mes pièges puissants
Poussé avec feu sur des routes flamboyantes
J'utilisais mes idées comme des cartes
"Nous nous verrons bientôt sur la rive", disais-je
Fier d'être près de la chaleur du sommet.
Ah, mais j'étais tellement plus vieux alors,
Je suis plus jeune que ça maintenant.)

 

Half-wracked prejudice leaped forth
"Rip down all hate," I screamed
Lies that life is black and white
Spoke from my skull. I dreamed
Romantic facts of musketeers
Foundationed deep, somehow.
Ah, but I was so much older then,
I'm younger than that now.

 

(Des préjugés à demi-ruinés me poussaient vers l'avant
"Renversez toute haine", criais-je,
Des mensonges qui disaient que la vie est noire et blanche
Sortaient de mon cerveau. Je rêvais que
Les actions romantiques des mousquetaires
Reposaient sur des idées profondes.
Ah, mais j'étais tellement plus vieux alors,
Je suis plus jeune que ça maintenant.)

 

Le site officiel de Bob Dylan


Le filon des manuscrits bidons dévoilé dans Technikart

Posté par Céline le 02.04.08 à 15:50 | tags : édition, news
Vendre un bouquin qu'on n'écrira jamais, non seulement c'est possible, mais en plus, ça rapporte.
Olivier Malnuit de Technikart dévoile, dans un article du dernier numéro, via des anecdotes éloquentes et bien choisies, "Le filon des manuscrits bidons".

Si le milieu de l'édition n'est pas connu pour être des plus reluisants, les pratiques décrites-là sont plutôt effarantes. Pour l'avoir vécu, Malnuit sait comment ça se passe. Question de fric (ou autre, mais tout y revient toujours), les directeurs de collection ont plutôt intérêt à faire signer moult contrats. Quand bien même ceux-ci ne seraient que paroles en l'air et billets verts, et n'aboutiraient jamais à la publication d'un bon livre (ni d'un mauvais d'ailleurs).

 

Pour ce genre d'échange, il existe un contexte propice : les petites fêtes mondaines où l'alcool coule à flot, ce qui permet à l'assemblée d'avoir chaud, aux éditeurs et écrivains de se rapprocher au point d'oser la main amicalement posée sur l'épaule. D'ailleurs, l'écrivain qui vend ses manuscrits bidons entre deux gorgées de vin, simplement en présentant l'idée géniale d'un génial bouquin à venir, porte un nom : l'apéro-pitcheur.
 
Explications : "Pitch, pour cette manie détestable, depuis les années Ardisson, de tout résumer comme une critique de Télé Z. Apéro parce que les manuscrits dont on n'écrit que le titre commencent toujours autour d'un verre et s'arrêtent après avoir vidé la bouteille."

 

Ainsi Olivier Malnuit a-t-il lui-même vendu plus d'un livre fantôme mais prometteur : Journal d'un beauf au pays des branchés, La France s'emmerde, La France des RER. Il a eu l'idée du livre, il n'a jamais pu l'écrire. Et quand un pseudo-écrivain se fait une véritable profession de vendre des concepts à tout bout de champ sans jamais y donner suite, il devient un "pitchator", une "mitraillette à concepts". Le pitchator présente parfois un certain danger pour certains éditeurs, qui à force de verser des annonces dans le vent, risquent d'y laisser des plumes...

 

Il ne faut pas croire cependant que dans l'histoire, l'éditeur est celui qui se fait amèrement rouler. Ne pas oublier que celui-ci appartient à une espère qui connaît ses intérêts et sait comment les faire fructifier. Dans une interview qui vient compléter l'article de Malnuit, Emmanuel Pierrat (le superavocat de l'édition, auteur du Livre noir de la censure) explique que "certaines maisons d'édition comme Grasset [...] signent avec des gens qui ont un vrai pouvoir, un carnet d'adresses ou une influence auprès des jurys des prix littéraires, en échange d'un bon paquet d'à-valoir. Jusqu'à peu, toute la presse signait ainsi chez Grasset". Des pots-de-vin déguisés en projet littéraire, c'est beau, non ?

 

Source : "Le filon des manuscrits bidons", par Olivier Malnuit, Technikart n°121, avril 2008.

 


Les Versets Sataniques au théâtre

Posté par Céline le 01.04.08 à 12:34 | tags : news

La première adaptation au théâtre des Versets sataniques de Salman Rushdie a été joué dimanche dans un théâtre près de Berlin (Théâtre Hans-Otto, Postdam). Sous haute sécurité.

 

L'ouvrage avait fait beaucoup de bruit au moment de sa publication, en 1988. Considéré par le monde musulman comme une offense faite à sa religion, il avait été aussitôt banni de plusieurs pays, dont l'Inde, l'Afrique du Sud, le Pakistan ou l'Egypte. En février 1989, l'ayatollah Khomeini avait proclamé une fatwa contre l'écrivain Rushdie, qui depuis a donc eu quelques bonnes raisons de vivre caché.

Ali Kizilkaya, le président du Conseil de l'islam d'Allemagne, a déclaré que la communauté musulmane ne voulait en aucun cas tenter d'empêcher la représentation, en regrettant toutefois "que les sentiments religieux des musulmans soient traités de manière si provocatrice", a-t-il déclaré à l'AFP.

La pièce, mise en scène par Uwe Eric Laufenberg et Marcus Mislin, se veut très fidèle au roman. Toujours selon l'AFP, certaines scènes peuvent cependant se montrer peu consensuelles : comme celle d'un attentat terroriste, où une femme voilée, soulevant sa robe, dévoile son ventre recouvert d'explosif, mais aussi son sexe.

Au final, la pièce aura duré près de trois heures trente, et recueilli dans l'ensemble l'approbation des spectateurs, bien que certains d'entre eux auraient confié à la sortie s'être ennuyés.

 

Si cette représentation s'est déroulée sans contestation remarquable, elle a assurément couru le risque de s'inscrire dans une lignée d'événements polémiques souvent autrement plus violents : comme la diffusion récente sur internet d'un film anti-islam réalisé par le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders, ou encore l'affaire des caricatures du prophète Mahomet qui avaient provoqué de nombreuses morts.


Larousse vs Wikipédia : la fin de l'encyclopédie papier ?

Posté par Céline le 01.04.08 à 10:25 | tags : news, web

Depuis que tout le monde a pris la fâcheuse habitude de wikipédier pour un oui ou pour un non (c'est si rapide, si facile, si pratique, si gratuit), les pros traditionnels du dico et de l'encyclopédie souffrent peut-être de voir s'entasser dans leurs stocks les gros volumes qu'on ne commande plus pour Noël.

Du coup, le géant Larousse décide donc de contre-attaquer, en se lançant à son tour à la conquête du terrain illimité (et apparemment ravageur) qu'est le web.

Il proposera dans les jours à venir les quelques 150 000 articles de son encyclopédie en accès libre. A côté de ces contenus validés par Larousse, figureront également les contributions des internautes, qui sont invités à créer leur espace personnel sur le site, à noter les articles, etc... On reconnaît là le modèle de Wikipédia, qui s'est construit, rappelons-le, à partir des apports des internautes bénévoles et anonymes.

Mais Larousse s'y frotte sans s'y piquer : d'abord, les contributions devront obligatoirement être signées, et gérées uniquement par ses auteurs (contrairement à Wikipédia, ou chacun peut mettre du sien pour améliorer un article qu'il juge incomplet). Ensuite, Larousse établit une nette distinction entre ses contenus validés (censés faire autorité en matière de savoir encyclopédique) et les textes ajoutés par les internautes.

 

Nombreux sont les éditeurs d'encyclopédie qui testent l'accès sur le web, gratuit, ou payant, ou les deux au choix (Le Robert, Hachette, Encarta).

 

Encore une fois, il y a là de quoi mesurer la stupéfiante évolution de nos pratiques de lecture et de nos méthodes de recherches avec Internet. Symboliquement, l'encyclopédie est cet énorme ouvrage, en plusieurs volumes (qu'on va plus souvent consulter en bibliothèque, faute d'un gros héritage), dont les articles méritent d'être lus linéairement et attentivement.

Avec l'ami Wikipédia et ses nouveaux copains, le lecteur a évidemment plus tendance à parcourir l'article, à ne repérer et retenir qu'un minimum, une date, un nom ou un lieu.
Et si on ne peut pas renier les avantages de ce type de recherches, il faut reconnaître cependant que celles-ci ont bien peu à voir, la plupart du temps, avec l'érudition traditionnellement associée à l'encyclopédie. Qu'en penseraient Diderot et d'Alembert ?


MEL : la littérature s'invite au Petit Palais

Posté par Céline le 26.03.08 à 14:30 | tags : news

Trois jours pour réfléchir aux enjeux contemporains de la littérature, pour rendre hommage aux mots, et réaffirmer avant tout leur place dans la réalité du monde.

La Maison des écrivains et de la littérature (MEL) organise, pour la deuxième année consécutive, ses journées de rencontres littéraires, du 3 au 5 avril au petit Palais.

Il y a, dans les interventions organisées par la MEL, une volonté affichée de délivrer la réflexion littéraire de son seul carcan universitaire, de la rendre plus pratique, plus vivante.

Si les intitulés du programme ressemblent à ceux d'un cours de fac, disons licence de lettres modernes (avec des jeux de sonorités pompeux, genre Inventions/Interventions ; corps crié/corps caché...ainsi que des problématiques parfois obscures), le débat pourra cette fois être renouvelé, élargi, éclairé par la présence de véritables écrivains.

Ceux-ci seront questionnés par des universitaires et des critiques littéraires, au cours de tables rondes, chacune d'entre elles cherchant à répondre à un champ de réflexion.

La liste des auteurs participants annonce en tout cas du beau monde : Patrick Deville, Pierre Péju, Camille Laurens, Yves Pagès (sous réserve), Céline Minard, Hubert Nyssen, pour n'en citer que quelques-uns.

L'événement, mondain et intello, réserve sans aucun doute de passionnantes discussions, peut-être aussi quelques inoubliables longueurs.

 

"Littérature : Enjeux contemporains II"

Colloque organisé par la MEL, les 3,4 et 5 avril 2008 au petit Palais

Entrée libre dans la mesure des places disponibles 

Pour voir le programme complet et plus d'infos : le site de la MEL


 


Donjon : le concours

Posté par Céline le 25.03.08 à 12:17 | tags : news, bd
Créée par Lewis Trondheim et Joann Sfar en 1998, la série Donjon a déjà derrière elle 10 ans d'existence. Dix ans que paraissent donc, à un rythme exceptionnel, les aventures de Terra Amata, monde médiéval dans lequel on reconnaît aisément la référence à l'univers du jeu de rôle Donjons et dragons.
Pour fêter cette décennie de pérégrinations drolastiques en compagnie d'Herbert le canard, de Marvin Rouge le Lapin et autres bipèdes intelligents, le site Les Murmures du donjon et les éditions Delcourt ont lancé un concours de bande-annonce (jusqu'au 10 avril). Il s'agit de proposer une vidéo de 2 minutes maxi pour présenter la série Donjon, sans aucune contrainte formelle ni technique. Le gagnant verra sa bande-annonce devenir le clip officiel des "10 ans" et se verra remettre des albums de Donjon.
 

Voici l'exemple d'une vidéo en lice, réalisée par LeFlo :

 


Donjon mecanique
envoyé par lefloinscotland

 

 

Les votes sont ouverts du 1er au 15 avril.

Pour voir l'ensemble des vidéos retenues et obtenir plus d'informations, cliquez ici

 


Houellebecq premier ministre ???

Posté par Céline le 21.03.08 à 15:00 | tags : news
Didier Jacob, un chroniqueur littéraire du Nouvel Obs, a publié hier un pastiche (crédible) de Michel Houellebecq, dans lequel l'écrivain raconte comment il s'est vu proposer la place... de François Fillon !

 

Après de lourdes explications sur la façon dont Claire Chazal, une journaliste de Libé puis Rachida Dati le font bander (passage obligé de la prose de Houellecbecq), l'écrivain se retrouve dans le bureau de Nicolas Sarkozy. Le président veut plus d'ouverture. "Faites-moi des propositions pour le gouvernement. Je veux des artistes, des écrivains. Que du haut de gamme", annonce-t-il. Tiens, ça aussi, c'est crédible.

Et puis Carla est là, qui ajoute du piment à l'affaire. Et parce qu'elle aussi veut aider son chéri, elle lui propose, dans un élan lumineux, de remplacer Rachida Dati par Asia Argento... Sexy, le gouvernement signé Bruni.

 

On ne sait pas trop quelle valeur accorder à ce texte-là (au moins d'amusement). En tout cas, le genre du pastiche semble revenir à la mode, entre Pascal Fioretto qui jouait à être Lévy, Nothomb et compagnie dans Et si c'était niais ?, ou Héléna Marienské, qui avait d'ailleurs déjà donné du Houellebecq, plutôt habilement, dans Le degré suprême de la tendresse.

Bon, l'important, dans tout ça, c'est quand même que Houellebecq ne devienne pas vraiment ministre. Quoique. Le pire n'est jamais arrivé.


A propos du pastiche, cet exercice d'imitation ne s'applique en général qu'à des auteurs soit excellents, soit foncièrement médiocres. Chacun juge comme il veut pour ce qu'il en est de Monsieur Houellebecq, le vrai.

Lire le pastiche de Michel Houellebecq sur le site du Nouvel Obs


 


Saint-Exupéry : tué par un lecteur du Petit Prince ?

Posté par Céline le 20.03.08 à 16:51 | tags : news, biographie
C'est assez évident dans la tête des français, Jacques Pradel aime bien résoudre les mystères. Son dernier ouvrage, Saint-Exupéry, l'ultime secret, co-écrit avec Luc Vanrell, raconte ainsi la longue enquête qui a permis d'expliquer la mort de l'écrivain et aviateur, disparu en 1944 au cours d'une mission de reconnaissance aérienne.

Horst Rippert, 88 ans aujourd'hui, était à l'époque un pilote de chasse de la Lutwaffe. Lorsque l'équipe de recherche l'a contacté, il aurait annoncé "Vous pouvez arrêter de chercher c'est moi qui ait abattu Saint-Exupéry".

Il y a deux choses à apprendre sur cet homme. La première, dont on ne sait finalement plus trop quoi faire, est qu'il serait, selon lui, le frère caché d'Ivan Rebroff. La seconde, c'est qu'il était lui-même un grand lecteur de Saint-Exupéry. "Si j'avais su que c'était Saint-Exupéry, je ne l'aurais jamais abattu", a-t-il affirmé à l'AFP.

 

Alors, Horst Rippert est-il vraiment celui qu'il prétend être, un lecteur du Petit Prince qui aurait abattu sans le savoir l'avion de l'un de ses auteurs favoris ? Ou essaie-t-il de jouer sur tous les tableaux, en se faisant passer à la fois pour le frère d'un chanteur folklo et l'assassin d'un écrivain français ? Si le témoignage de l'ex-pilote allemand se révèle aujourd'hui tout à fait crédible, Luc Vanrell, le plongeur marseillais qui a initié l'enquête, reconnaît qu'il manque encore la preuve ultime de cet ultime secret...

 

Les auteurs de Saint Exupéry, l'ultime secret, présenteront samedi leur livre au Musée de l'air et de l'espace du Bourget, où sont d'ailleurs conservées les pièces retrouvées de l'avion de l'écrivain.


Arthur C. Clarke : la fin d'une odyssée

Posté par Céline le 19.03.08 à 12:07 | tags : news
Sir Arthur C. Clarke est mort ce mercredi 19 mars dans un hôpital du Sri Lanka, à l'âge de 90 ans. La nouvelle a été annoncée à l'AFP par son secrétaire Rohan De Silva, qui a précisé que l'écrivain de SF a succombé à une "attaque cardio-respiratoire".

De Arthur C. Clarke, nous connaissions tous au moins une œuvre, celle qui a fait l'objet d'une adaptation ciné par Kubrick : 2001, l'odyssée de l'espace. Il est autrement l'auteur de plus de 80 ouvrages, romans, nouvelles et essais.

Né en Grande-Bretagne en 1917 Arthur C. Clarke avait collaboré avec la Royal Air Force pendant la Seconde mondiale, notamment en mettant au point un système d'alerte radar.

Dès 1945, il avait prédit l'essor des communications par satellite. Ecrivain visionnaire donc, il avait également affirmé que "Les voyages dans l'espace et le tourisme spatial deviendront un jour aussi communs que de prendre l'avion pour se rendre dans les destinations exotiques de notre planète".

Dans le message d'adieu enregistré à l'occasion de son 90e anniversaire, en décembre dernier, il disait regretter de n'avoir pas pu voir de son vivant la preuve de l'existence des extra-terrestres.

Mais Arthur C. Clarke est loin d'être de ces excentriques obsédés par les petits hommes verts. Il prônait l'abandon du pétrole pour des énergies moins polluantes. Son autre grand souhait était de voir la fin du conflit ethnique qui déchire le Sri Lanka, son pays d'adoption. Ce grand inventeur a donc décidément œuvré jusqu'au bout pour l'environnement et la paix.

Il vivait depuis des années dans un fauteuil roulant, conséquence d'une polio contractée pendant l'enfance. Sur ce dernier enregistrement remis à la presse, il déclarait aussi : "Je n'ai pas de regrets et n'ai plus d'ambitions personnelles". Aucun regret. Arthur C. Clarke rejoint les immortels. Une académie du Sri Lanka porte son nom.

 

Voir le discours d'Arthur C. Clarke pour son 90e anniversaire :

 


Le Libé des écrivains : surprise journalistico-littéraire

Posté par Céline le 13.03.08 à 15:46 | tags : news, salon du livre 2008
A l'occasion du Festival d'Angoulême, Libé avait sorti un numéro spécial bd assez plaisant. Eh bien, en ce jour d'inauguration du Salon du livre (Gagnez des invitations pour le salon du livre sur Fluctuat), vous pouvez trouver en kiosque "Le Libé des écrivains", un numéro pour lequel il a été demandé à 50 écrivains de traiter chacun un sujet d'actualité.

On y trouve ainsi une foule de noms, souvent entendus et par conséquent plutôt attendus. Eric Reinhardt, l'auteur du très remarqué Cendrillon, interviewe Laurence Parisot. Vincent Delecroix (La chaussure sur le toit) présente un documentaire sur "la destruction des individus par l'entreprise". L'éminente Julia Kristeva livre une analyse sur la Chine, que les Etats-Unis viennent de retirer de leur liste noire des droits de l'homme.

Citons encore Gilles Leroy, primé au Goncourt pour son roman Alabama Song (il revient sur l'affaire des municipales de Neuilly), ou Le Clézio, Bergounioux et Pierre Péju qui se font critiques littéraires d'un jour.

Si certains des écrivains se plient parfaitement à l'exercice - au point qu'on ne note pas vraiment de différence entre leurs articles et celui d'un rédacteur lambda - il est vraiment réjouissant d'en lire d'autres qui alternent des morceaux de bravoure stylistiques et des... tics journalistiques !

En tout cas, ces regards croisés d'écrivains sur l'actualité révèlent surtout ceci d'important (et de rassurant) que l'engagement en littérature est toujours au goût du jour. Camus disait d'ailleurs : "L'écrivain n'est pas engagé, il est embarqué". Et on embarque volontiers avec lui le temps de lire ce numéro très spécial.

 

A noter : France 5 diffuse ce soir un making of réalisé en un temps record, sur la table ronde des écrivains qui a permis la réalisation de cette édition spéciale de Libé, et qui a duré toute la journée d'hier (Le Libé des écrivains, France 5, 22:25).

 


Aharon Appelfeld : l'école de la sérénité

Posté par Céline le 13.03.08 à 12:24 | tags : roman, news, autobiographie, salon du livre 2008

Parmi les écrivains israéliens invités au salon du livre, il y aurait comme une distinction à faire entre la Nouvelle et l'Ancienne génération. Les p'tits jeunes, ce sont des Etgar Keret, Orly Castel-Bloom, Zeruya Shalev, dont le travail n'est pas de prendre nécessairement pour thème central l'histoire conflictuelle de leur peuple.

Aharon Appelfeld, lui, relève assurément de la tradition des anciens. D'ailleurs, il fait partie de ces vétérans dont le port du béret impose le respect. Dans un entretien paru sur Bibliobs, il reconnaît aimer ces jeunes écrivains, mais venir d'"une autre perspective".

Dans la plupart de ses romans, Appelfeld s'inspire de sa propre expérience pour évoquer la réalité quotidienne de la population juive avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
La chambre de Mariana, son dernier roman, rappelle à la fois Tsili et Histoire d'une vie, deux ouvrages qui laissaient aussi une grande part à l'autobiographie. Il retrace le parcours de Hugo, qui a été confié par sa mère à Mariana, une prostituée qui vit et travaille dans une maison close.

Attention : il faut détromper ceux qui, à lire ce rapide résumé, s'attendraient à un récit accablant de désespoir. L'univers dans lequel Appelfeld fait évoluer Hugo sait être lumineux, émouvant, et n'a pas pour objectif de faire justice de la barbarie des hommes.

"Parmi nous les survivants, les écrivains, Aharon Appelfeld a su trouver un ton unique, irréversible fait de tendresse et de retenue." Primo Levi

Aharon Appelfeld sera donc présent au salon du livre du 14 au 19 mars (gagnez des places avec Fluctuat !), et assistera à plusieurs conférences et séances de décidace (infos Salon du livre).

 

Lire la chronique de La Chambre de Mariana sur Fluctuat

Gagner des places pour le salon du livre avec Fluctuat


Des femmes de choc en Colombie

Posté par Céline le 12.03.08 à 18:11 | tags : news, roman

Imaginez une ville où il n'y aurait quasiment plus un seul homme. Imaginez des veuves et des jeunes filles, livrées à elles-mêmes, remplies des pires lubies et atteintes d'une grave hystérie... Une vieille femme perd la boule, une nymphomane se consume d'impatience, un prêtre lubrique échaffaude des mauvais plans.

Bienvenue à Mariquita : un village de Colombie vidé de sa population masculine depuis que d'impitoyables guérilleros sont passés par là, tuant ou enrôlant de force tous les hommes "en âge de combattre". Privées de fils, de frères et de maris, les femmes s'organisent tant bien que mal, tantôt faisant preuve de logique et de courage, tantôt entreprenant les solutions les plus absurdes.

Dans la ville des veuves intrépides, premier roman de James Cañon, est l'un de ces récits baroques comme la littérature sud-américaine sait si bien en produire (Carlos Fuentes, Julio Cortázar, Vargas Llosa). Le jeune auteur écrit certes en américain - sa langue d'adoption depuis qu'il vit à New-York - mais ses personnages et ses descriptions nous ramènent à un exotisme cocasse et familier, fait de manguiers et de galettes de maïs, de grosses femmes dévotes et d'enfants désaxés.

En même temps, si les tribulations des habitantes de Mariquita prêtent souvent à sourire, le texte garde néanmoins sa part de gravité : c'est de son propre pays dont parle James Cañon. De cette Colombie qu'il a quittée, ravagée par des années de guerilla, en quête d'une paix et d'une stabilité pour le moment assez compromises...

En dépit de quelques longueurs, Dans la ville des veuves intrépides a le mérite d'entraîner facilement le lecteur dans son univers attachant, souvent drôle mais parfois âpre, et où l'on n'a pas d'autre choix que de laisser aux femmes le dernier mot (nous reparlerons bientôt de cet étonnant récit sur Fluctuat).

 

A l'occasion de la parution du roman chez Belfond, Fluctuat vous en fait gagner des exemplaires :

accéder au concours Dans la ville des veuves intrépides


Suite et fin du Combat ordinaire

Posté par Céline le 07.03.08 à 15:33 | tags : news

Ces cases, extraites de Planter des clous de Manu Larcenet, sont désormais achevées. Et vous allez pouvoir les lire puisque le dernier et quatrième volet de la série Combat ordinaire sort aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Suite des aventures de Marco, l'homme ordinaire dont la vie connaît un tournant décisif. Désormais devenu papa, il se retrouve lui-même sur les pas de son propre père, face à un chantier naval toujours plus en déclin. Le personnage de la mère, qui apprend maintenant à vivre seule, sera cette fois davantage présent que celui du frère. On retrouvera encore une fois des éléments autobiographiques, avec une double vision caricaturée du monde (notamment celui de la presse, avec les personnages de Mesribes et Pablo) et de l'auteur lui-même.

 

Le Combat ordinaire, Tome 4 : Planter des clous

Manu Larcenet

Dargaud




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