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Quelques mots de J.K. Rowling (et d'autres) aux enchères J.K. Rowling semble avoir le pouvoir de transformer en or tout ce qu'elle touche de sa plume. Ainsi en est-il du petit texte qu'elle vient d'écrire (800 mots seulement) et qui sera vendu aux enchères pour une œuvre caritative.Selon le journal The Guardian, l'auteur retrace rapidement dans ce prequel (=un épisode produit après une série, mais dont l'intrigue est chronologiquement antérieure) la jeunesse de James Potter, le père d'Harry, et de Syrius Black, le héros du Prisonnier d'Azkaban. Le texte, rédigé sur le recto-verso d'une carte postale, sera intégré à une série de nouvelles manuscrites intitulée "What's your story ?" et vendue par la chaîne de librairie Waterstone's le 10 juin, au profit de Dyslexia Action et de l'English PEN, qui cherche à promouvoir la littérature comme moyen de compréhension. Le recueil publié sera ensuite disponible dans les librairies au mois d'août. Parmi les auteurs présents dans le recueil, on peut citer aussi Doris Lessing, Margaret Atwood, Sebastian Faulks (auteur du dernier James Bond), Nick Hornby et Irvine Welsh... Mais c'est bien évidemment le nom de J.K. Rowling qui fera monter les enchères. Le directeur exécutif de Waterstone's Gerry Johnson salue la générosité de l'auteure, grâce à laquelle la vente pourrait, selon certains experts, rapporter jusqu'à 5 millions de livres sterling. En décembre 2007, le manuscrit des Contes de Beedle le Barde de Rowling avait été acheté aux enchères par le groupe Amazon.com pour 2,7 millions d'euros.
Après la parution du septième et dernier tome de Harry Potter, J.K. Rowling avait annoncé qu'elle n'écrirait pas de suite, au moins pour les dix ans à venir. Les fans des aventures du jeune sorcier pourraient donc bien se ruer, pour patienter, sur ces 800 mots qui ne composent, rappelle l'écrivain, que "l'ébauche d'un véritable prequel". Sur le site de Waterstone's, on peut déjà réserver le lot de cartes postales-nouvelles "What's your story ?", mais également proposer ses propres textes. Certains d'entre eux sont publiés sur la galerie du site, et les trois meilleurs figureront dans le recueil à paraître. Alan Moore sur Radio France !
On espère y entendre parler de Jérusalem, le roman que Moore est en train d'écrire et qui serait un livre très personnel, bourré de réalisme social à l'anglaise, de démons, d'anges et de Dieu, d'Histoire avec un grand H et devrait être épais comme un bon dictionnaire. Il pourrait aussi parler de son Moon & Serpent Bumper Book Of Magic, un grimoire illustré qui devrait ravir tout ceux qui n'en ont pas marre des idées de Moore sur la magie (la vraie, sans lapin dans des chapeaux mais avec des pentacles et beaucoup de méthode Coué). On entendra aussi peut-être parler du véritable troisième volume des aventures de la La Ligue des Gentlemen extraordinaires qu'on espère voir arriver bientôt. Il pourrait aussi fort probablement être question de Lost Girls, qui vient d'être publié en français (Filles Perdues) et au sujet duquel Moore semble ne jamais vouloir se taire, au point de lasser même ses plus fervents admirateurs. Merci en tout cas à Du9 pour l'info. La loi Lang en danger Votée à l'unanimité en 1981, considérée comme "la première loi de développement durable", la loi Lang sur le Prix unique du livre risque aujourd'hui d'être modifiée. Dans le cadre de la préparation de la loi de modernisation de l'économie (LME), le député UMP Christian Kert (Bouche-du-Rhône), a en effet déposé un amendement visant à faire passer de deux ans à six mois le délai de prix fixe du livre. Annoncée depuis le 19 mai, la proposition a immédiatement suscité un tollé chez les professionnels du livre. Le Syndicat de la librairie française (SLF), le Syndicat national de l'édition (SNE), et la Société des gens de lettres (SGDL), soutenus par Christine Albanel, se sont mobilisés en faveur du retrait de l'amendement soutenu par Christian Kert, ainsi que par un député "Nouveau Centre", Jean Dionis Du Sejour (Lot-et-Garonne). Lors de la remise de son rapport en février dernier, Jacques Attali lui-même ne s'était pas montré favorable à une révision de la Loi Lang, au détriment sans doute d'un Michel-Edouard Leclerc ou d'un Xavier Garambois, directeur général d'Amazon France, qui juge que l'initiative de Kert "stimulerait le marché du livre". Les deux librairies en ligne Amazon et Alapage viennent d'ailleurs de se voir autoriser, selon une décision de la cour de cassation rendue le 6 mai, à pratiquer la gratuité des frais de port sans que cela soit considéré comme de la concurrence déloyale. Une affaire qui rejoint le débat sur le prix du livre, et sur le danger de le soumettre aux lois de la concurrence au même titre que n'importe quel produit marchand (un yaourt par exemple ?). Antoine Gallimard rappelle que "la loi sur le prix unique est la pierre angulaire de la vie éditoriale". Quant à Guillaume Husson, délégué général du SLF, il considère que "la suppression de la loi Lang entraînerait une explosion du prix des livres". Mais les professionnels du livre ont beau affirmer que "le consommateur a tout à perdre à cette dérégulation", Dionis du Séjour semble déterminé. L'amendement à été rejeté, et c'est là que le député tente, justement, le marchandage. Il propose maintenant de faire passer le délai de prix fixe du livre de deux ans à un an. L'examen du projet LME doit commencer aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Neal Stephenson est de retour ! Il est le petit génie de la génération post-cyberpunk, l'auteur acclamé du Cryptonomicon (publié, à tort, encore une fois, au rayon science-fiction en France), c'est Neal Stephenson. Bonne nouvelle, l'américain est de retour avec Anathem, malheureusement pas encore traduit dans nos contrées, tout comme son Quicksilver, première partie d'un "Cycle baroque", que de nombreux fans attendent (vainement semble t-il, Stephenson est tout sauf commercial et seul un Claro serait capable de s'atteler à la traduction de ce monstre de plus de 1000 pages) avec impatience. Ceux qui ne le connaissent pas encore - et qui ne lisent pas de « science-fiction » - doivent savoir que Neal Stephenson est un des plus sûrs prétendants au titre envié de « nouveau Thomas Pynchon ». Ses récits alambiqués, sa culture historique tout azimut, son goût pour les digressions inouïes mais toujours passionnantes, font de lui un des plus grands écrivains américains vivants, un de ceux qui méritent vraiment ce titre, et un outsider de la littérature contemporaine. Les impatients devront donc attendre le mois d'août pour dévorer Anathem en VO. Un long été n'y suffira peut-être pas... A suivre. Joann Sfar croque Le Petit Prince De l'enfance, certains d'entre nous ont en commun : Sophie la Girafe, les dessins-animés de La Cinquième, et... Le Petit Prince. Et parce que ce qui évoque l'enfance souvent émerveille, c'est avec plaisir que l'on apprend que l'œuvre de Saint-Exupéry sera prochainement revisité par le bédéiste Joann Sfar. La parution de l'album est annoncée pour le 18 septembre prochain, dans la collection Fétiche de Gallimard. Créee en 2007, cette collection regroupe des adaptations d'œuvres littéraires en bande-dessinée, comme Les contes du chat perché de Marcel Aymé, ou Une fantaisie du docteur Ox de Jules Verne. Au mois de juin paraîtra notamment Zazie dans le métro de Raymond Queneau, adapté par Clément Oubrerie. Quand au Petit Prince selon Joann Sfar, il n'y aura pas forcément à patienter jusqu'à sa parution : la bédé sera dévoilée en avant-première dans le magazine Télérama tout au long de l'été.
De Sfar, on peut aussi voir le dernier carnet : Croisette, dans lequel il nous livre des moments croqués pendant son séjour à Cannes, où il était invité par Gilles Jacob, président du Festival. "J'étais le Ratatouille de PIXAR et je me suis faufilé partout", écrit le dessinateur. Et la prochaine fois que Joann Sfar retournera à Cannes, ce pourrait bien être de façon moins clandestine, puisqu'il travaille actuellement à la réalisation d'un film sur Serge Gainsbourg, dans lequel le comédien Eric Elmosnino interprétera le rôle principal, tandis que le pianiste et producteur Gonzales se chargera des adaptations musicales. Et pour ajouter à l'effervescence de l'actu Sfar, précisons aussi que la sortie de l'adaptation animée du Chat du Rabbin est prévu pour 2010. Mon tampax, mon pipi, ma vie Best-seller en Italie, La cellulite c'est comme la mafia, ça n'existe pas, signé Pulsatilla, est, pour caricaturer, le nouveau roman à lire en jean slim avec une mèche qui pend sur les yeux. Si on peut comprendre ce qui a pu faire marcher aussi bien le bouquin (en Italie donc, et peut-être bientôt en France où il vient de sortir Au Diable Vauvert), on ne cautionne pas.
L'intelligence féminine ? On ne trouve dans La cellulite... qu'une vague sociologie des lieux communs, tout juste digne des pires magazines féminins. Quand Pulsatilla fait de l'esprit, ça donne quelque chose comme ça : "Dommage pourtant que, chaque fois que tu sors de chez le coiffeur, il tombe une pluie torrentielle". Brillant. Et ce n'est même pas à prendre au second degré. De l'humour ? Il ne relève pas vraiment de l'originalité de miser sur le triptyque Zizi-pipi-caca pour rendre son texte drôle et osé. Pulsatilla nous révèle très crûment une foule de petits problèmes censés nous faire rire, et dont on se passerait bien. Exemple, ses "règles douloureuses avec diarrhée" : "Chaque fois que tu vas aux chiottes, tu dois faire la guerre sur deux fronts en même temps". Tordant. De la subversion ? En dehors de quelques considérations sur divers régimes draconiens et la façon dont les magazines de mode y poussent les femmes (ah, c'est original, ça aussi), Pulsatilla s'insurge aussi, non sans qu'on y perçoive une sorte de fierté, contre "le fait que dans la plupart des cas tu doives t'enfiler le doigt dans la figue pour mettre en place le tampon". Qu'en termes galants ces choses-là sont dites... Et l'idée s'étale sur plusieurs pages : même ton, même combat.
Alors qu'il devrait se mettre au service de la cause féminine, en gueulant tout haut ce que tout le monde oublie (la connerie des mecs, la douleur des règles, la dictature de l'apparence), le discours d'une Pulsatilla (comme celui de la plupart des trashouillo-féministes ou faiseuses de chick lit apparues ces dernières années) pourrait bien plutôt la desservir. Notamment, en réduisant la femme à une névrosée du milligramme de trop, qui ne se bat que pour son brushing ; à une obsédée de la bite, qui largue les gentils amoureux impuissants pour des bons coups hyper salauds. A bien y réfléchir, ce n'est pas tant l'ouvrage de Pulsatilla qu'il faut blâmer que cette mouvance qui voudrait que pour être cool, drôle et libérée, une femme ait à aller clamer partout que la ficelle de son string lui rentre dans le cul, et qu'elle ne ressent rien aux gâteries que lui prodiguent ses nombreux mecs. On a encore le droit d'avoir une plus haute idée de la femme. Chamaille politique en librairie ?Depuis la dernière élection présidentielle, et depuis aussi que tout le monde est devenu "people", des dirigeants bedonnants aux starlettes sans carrière, les livres politiques se sont installés massivement en librairie. La publication d'un livre s'inscrit désormais dans une stratégie plus globale de pouvoir. Une couverture avec sa tête dessus, des pages d'aveux qui rendent humains, des idées exposées noires sur blanc, l'illusion de proximité que procure l'acte individuel de lecture : de quoi créer sans doute de la valeur ajoutée sur un personnage public. Exemple avec deux cas PS, qui choisissent chacun de sortir un livre d'entretien avant l'été.
Après l'élection présidentielle, Ségolène Royal avait déjà publié un livre : Ma plus belle histoire, c'est vous. Ça sonne comme une jolie chanson française d'antan. C'est presque ça. Paru chez Grasset, l'ouvrage s'est classé parmi les meilleures ventes d'ouvrages politiques. Dans ce cas, pourquoi le même éditeur se priverait-il d'en sortir un autre ? Ségolène Royal annonce en effet pour fin juin un livre de réflexion avec Alain Touraine, l'auteur de Penser autrement (Fayard). Celui-ci reviendra sur des grands thèmes de société, sur lesquels réagira l'ex-candidate, en cherchant à leur donner une "dimension politique opérationnelle".
Question : où, quand et comment lire un ouvrage politique, signé Delanoë ou Royal ? Dans les transports ? Sur la plage ? Au lit ?
Retrouvez l'actualité des livres politiques sur le blog politique. Le malaise chinois, dans l'édition aussi... Depuis quelques temps, la Chine est redevenue Le monstre à redouter, et dont chacun cherche à décrypter la trajectoire passée et à venir. L'arrivée des Jeux Olympiques à Pékin a eu le mérite de médiatiser un débat de longue date : peut-on traiter complaisamment avec un pays qui néglige ouvertement les droits de l'homme, simplement parce que son économie se développe à pleine puissance ?La même question s'est posée sous une autre forme, le 13 mai, lors du 28e congrès de l'Union Internationale des éditeurs à Séoul (organisé tous les quatre ans), au moment où le vice-président de l'Association des éditeurs chinois, Yang Deyan, a affirmé la volonté de son association de devenir membre de l'UIE, "dés que possible". La journée était consacrée à une réflexion sur les problèmes de liberté de publication et sur les défis d'avenir de l'édition en Asie, tandis que le thème du congrès cette année était "La diversité dans un avenir partagé".
La présidente de l'UIE, l'Argentine Maria Cabanellas, a aussitôt rappelé les trois principes de base de l'organisation : la protection du copyright, la promotion de la liberté d'expression et de publication, la promotion de la liberté d'entreprise dans l'édition. Un éditeur bosniaque demande à Yang Deyan s'il est prêt à accepter ces principes. Ce dernier ne répond pas : officiellement, l'édition chinoise reste une édition d'état, et l'association des éditeurs ne combat pas contre la censure. Malaise... que la direction de l'UIE avait d'ailleurs anticipé : "Nous avions prévenu l'Association des éditeurs de Chine des risques qu'il y aurait à porter devant l'ensemble du congrès un débat qui doit maturer en comité restreint". Il est vrai que la Chine a plutôt intérêt à cesser d'annoncer publiquement qu'elle veut tout obtenir, tant que son gouvernement ne respecte rien. Il y a le Tibet. Il y a les Ouïghours. Il y a le manque de transparence, l'avidité des dirigeants, le délaissement de provinces sinistrées. Et le degré zéro de la liberté d'expression. Au sujet de la terrible catastrophe qui a ravagé plusieurs provinces du sud-ouest du pays, on s'étonne que les dirigeants chinois aient joué la carte de l'honnêteté. Personne ne croit vraiment à la rédemption, on sait quels intérêts sont en jeu(x). Visiblement l'UIE ne manque pas de prendre en compte ces tristes données. Lorsque les participants se sont penchés sur "la liberté de publier en Asie", le Norvégien Anders Heger a rappelé, au nom du PEN Club, les stratégies de harcèlement, les lois discriminatoires, les meurtres et les peines d'emprisonnement de longue durée qui visent les auteurs dans plusieurs pays d'Asie, notamment la Chine et la Birmanie. Des éditeurs birmans et vietnamiens, mais aussi thaïs ont exposé à leur tour les graves problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur pays. L'édition asiatique a assurément beaucoup de chemin à faire, de défis à relever, plus encore à l'heure où le domaine des livres connaît de grands bouleversements, aussi bien sur le plan technologique et économique que culturel.
Parallèlement au Congrès de l'UIE (du 12 au 15 mai), la Foire Internationale du livre de Séoul a ouvert le 14 mai (jusqu'au 18 mai). Invité d'honneur : la Chine.
Mise à jour du 16 mai : Le congrès de l'UIE s'est achevé hier par un ferme appel à la liberté d'expression en Birmanie, en Chine, en Iran et au Vietnam. L'UIE demande « que les éditeurs, écrivains, journalistes et blogueurs actuellement en prison ou assignés à domicile pour avoir exercé leurs droits constitutionnels à la liberté d'expression soient libérés immédiatement ». Cette prise de position fait suite aux échanges évoqués plus haut, sur la liberté d'expression et de publication en Asie. L'écrivain français Jean-Marie Le Clézio a remarqué, dans son discours de clôture, que "nous aurions tout à craindre d'un monde où le livre viendrait à manquer. (...) Nous verrions peut-être réapparaître le sceptre glacial de la théocratie et de la tyrannie. » Lévi-Strauss entré à la Pléiade Etre publié en Pléiade de son vivant, voilà qui sonne comme la véritable consécration pour les écrivains français. Rien d'étonnant alors à ce que Claude Lévi-Strauss, représentant ultime de la pensée française dans le monde et doyen de l'Académie française, se voit attribuer cet honneur, quelques mois avant son centième anniversaire.Pilier de la pensée structuraliste, Lévi-Strauss a un parcours intellectuel exemplaire (entamé par un cursus en droit et en philosophie), qui l'a mené, entre autres, à fonder l'Ecole libre des hautes études à New-York, à enseigner à l'EPHE et au Collège de France. Ses multiples travaux révèlent son approche interdisciplinaire, où se croise la philosophie, l'anthropologie, l'esthétique. La prestigieuse collection réunit aujourd'hui des textes choisis par l'auteur lui-même : Tristes tropiques (1955), Le totémisme aujourd'hui et La pensée sauvage (1962), La Voie des masques (1975), La Potière jalouse (1985) et Histoire de Lynx (1991), Regarder écouter lire (1993). Le volume (près de 2000 pages) propose comme d'habitude de riches notes et annexes, mais également de nombreuses illustrations (cartes, graphiques, photographies), qui doivent donner, selon l'éditeur, "une forme visuelle à la pensée". "La nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles". Georges Bataille, au sujet de Tristes Tropiques. Oeuvres Editions Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade" Le road-movie littéraire d'Eric Naulleau Les magazines people les plus désespérants (exaspérants) véhiculent parfois d'intéressantes nouvelles...littéraires. Alors que Britney Spears occupe la couverture de Closer (la routine), une page un peu moins exposée nous apprend qu'Eric Naulleau, chroniqueur féroce des émissions de Ruquier (On n'est pas couché) et de Pierre Lescure (Ça balance à Paris) prépare une émission littéraire pour Arte. Pour rappel, Eric Naulleau est également le directeur littéraire des éditions Balland et de L'Esprit des Péninsules (qu'il a fondé), et est lui-même auteur de plusieurs ouvrages.C'est en collaboration avec la société de production Troisième Œil que l'émission est en train de se préparer. Le pilote devrait être tourné ce mois de juin en Israël. "Ce sera une sorte de road-movie à travers le pays, une découverte de la littérature à travers les auteurs, qui nous recevront dans leurs lieux préférés, que cela soit leur bureau, un restaurant ou un hangar désaffecté, explique Eric Naulleau. Amos Oz et Aaron Appelfeld entre autres participeront au pilote". L'émission sera présentée par Mazarine Pingeot, et si elle est signée avec la chaîne, elle pourrait devenir hebdomadaire, présentant régulièrement de nouveaux pays à travers leur littérature. Est-ce que ce pourrait être le programme littéraire que l'on attendait, plus cool et dynamique que les débats nocturnes, assez sérieux cependant pour jouer un rôle critique et prescripteur ? Un festival de Cannes très... littéraire !
Première "incursion" du monde des livres, avec Marjane Satrapi, qu'on ne présente plus, et qui fait partie du jury présidé par Sean Penn. Des écrivains avaient déjà été membres du jury de Cannes (Cocteau, Toni Morrison , Orhan Pamuk), mais c'est la première fois qu'un auteur de bédé occupe cette fonction. Ensuite, trois des films de la sélection officielle sont des adaptations littéraires. Le film d'ouverture, Blindness réalisé par Fernando Meirelles, est tiré du roman L'Aveuglement, de José Saramago, écrivain portugais qui reçut le prix Nobel de littérature en 1998. La fiction-documentaire Entre les murs, de Laurent Cantet, est adaptée de l'ouvrage éponyme de François Begaudeau. L'écrivain joue lui-même le rôle principal de ce film, celui d'un prof dans un collège du 19e arrondissement de Paris. Enfin, le film de clôture, What Just Happened ? de Barry Levinson, est inspiré de d'une satire sur Hollywood écrite par Art Linson, qui n'a pas encore été traduite en français (Linson est le producteur entre autres des Incorruptibles et de Fight Club). Voilà pour le moment Cannes. Mais continuons à parler cinéma. N'avez-vous jamais eu quelques aspirations cinématographiques à la lecture d'un livre particulièrement... imagé ? Quelles adaptations ciné d'œuvres littéraires vous ont-elles déçu, surpris, ou plu ?
En savoir plus sur la sélection officielle du festival de Cannes
Illustration : François Bégaudeau dans Entre les murs, de Laurent Cantet Vers la réédition de Mein Kampf Mein Kampf (Mon combat) est cet ouvrage dont le titre seul suffit à faire frémir. Rédigé par Hitler pendant son séjour à la prison de Landsberg (1924), cette semi-autobiographie expose clairement les objectifs d'une idéologie nazie, tragique prémonition des sombres événements à venir. L'évidence veut que ce livre-là n'ait sa place ni en librairie ni en bibliothèque, pas même en son enfer. Et pourtant même l'évidence doit parfois être remise en question. Comme le rappelle Pierre Assouline sur son blog, les droits du livre tomberont dans le domaine public en 2015 : les universitaires allemands font entendre la nécessité d'élaborer une édition critique de l'ouvrage, avant que celui-ci ne soit récupéré par négationnistes et autres néo-nazis. Mein Kampf s'était vendu à 10 millions d'exemplaires sous le IIIème Reich ; 70 ans plus tard, il circule plutôt sous le manteau. Une chose est sûre, le texte est toujours à manier avec autant de précaution.
Mardi 6 mai à 21 heures, Arte diffuse Mein Kampf, c'était écrit, un documentaire d'Antoine Vitkine, produit par Doc en Stock.
Houellebecq : trop tard pour la fesséeDans ses bouquins comme dans les (nombreuses) interviews qu'il a pu donner, Michel Houellebecq n'a jamais été très sympa avec ses parents. Surtout pas avec sa mère, qu'il décrit, notamment dans Les Particules élémentaires, comme une hippie dégénérée, qui aurait oublié d'élever ses gosses, préférant se consacrer à ses nombreux amants. ![]() Dans une interview parue dans les Inrocks, il l'avait déclarée morte. Sauf que la maman en personne, Lucie Ceccaldi, âgée de 83 ans, vit à la Réunion. Et s'octroie aujourd'hui un droit de réponse publique, en publiant à son tour un bouquin aux éditions Scali, L'Innocente. Selon le site Bakchich, plusieurs maisons d'édition auraient décliné la proposition de la mère Houellebecq, en raison du poids que pèse désormais le fils dans le milieu. On se souvient effectivement des nombreuses tribulations éditoriales de l'écrivain, de l'insistance de Lagardère pour garder celui-ci chez Fayard, alors qu'il menaçait de claquer la porte.
Lucie Ceccaldi sait sans doute qu'il est bien trop tard pour remonter les bretelles à son insolent de fils. Elle n'en dira pas moins ce qu'elle pense : « Avec Michel Houellebecq, mon fils, on pourra commencer à se reparler le jour où il ira sur la place publique, ses Particules élémentaires dans la main, et qu'il dira : "je suis un menteur, je suis un imposteur, j'ai été un parasite, je n'ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m'ont entouré. Et je demande pardon" ». Elle ajoute que « le succès de ses Particules élémentaires repose sur une imposture, afin de suivre le courant porteur "de la mode". Tuer sa mère, c'était dans l'air du temps. il n'a d'ailleurs rien inventé en la matière. Vipère au poing d'Hervé Bazin, c'était bien avant lui. » Pas mal envoyé. Normalement, les histoires de famille, cela ne nous regarde pas... Mais à partir du moment où on y règle ses comptes à coups de bouquins, on peut suivre ça sans remords. Ce qui est drôle, c'est qu'en dépit de la virulence du conflit qui agite ces deux-là, la solidarité de famille fonctionne toujours. La mère et le fils vont pouvoir se faire mutuellement de la pub. John Skelton : slameur au XVIe siècle...
Ce magicien des mots est l'inventeur des "skeltoniques", un système de versification ultra-moderne, où les vers sont libres et courts, et où les rimes plates peuvent se répéter jusqu'à douze fois de suite. De forme très orale, les poèmes sont faits pour être déclamés.
A la cour, Skelton est poète officiel du roi : il passe pour un surdoué et un insolent. Il est l'auteur notamment d'une trilogie satirique, constituée de Vas-y, Perroquet, cause !, Clout le Plouc et Faîtes un tour à la cour, récemment traduite en français, et qui prenait pour cible le cardinal Wolsey, premier ministre du roi Henri VIII. L'autre tête de turc de Skelton, c'est Martin Luther, dont la Réforme le rendait méfiant :
Certains d'entre eux sentent du bec Le poète est moderne jusque dans la manière dont il menait sa vie, extravagante et sulfureuse. Prêtre, il vécut en concubinage et fit un enfant. Courtisan, il était criblé de dettes et recherché par ses ennemis. A faire pâlir de jalousie les plus grands Mister Provoc actuels. Vous allez pouvoir découvrir la poésie féroce de ce maestro de l'anti-conformisme, avec la traduction proposée par Les Belles Lettres, dans une édition bilingue.
Vas-y, perroquet, cause ! suivi de Clout le plouc et de Faites un tour à la cour : Edition bilingue français-anglais, traduit de l'anglais par Pierre Trouillier, Les Belles Lettres (avril 2008) Les livres de nos mères Etre mère et rester femme, voilà qui ne relève pas de l'évidence. Devenir femme en restant l'enfant, non plus. De là sans doute naît la complexité de la relation mère-fille, que la psychanalyste Caroline Eliacheff et la sociologue Nathalie Heinich ont voulu exploré dans Mère-fille, une relation à trois. "Depuis Freud, la psychanalyse a évolué", expliquent les auteurs de cet essai. C'est parce qu'on ne peut plus tout expliquer par Œdipe, que la rédaction de cet ouvrage s'est imposé comme nécessaire. Dans le documentaire Mère Fille, pour la vie, réalisé par Paule Zajdermann, les deux spécialistes reviennent sur ce sujet qu'elles ont fini par maîtriser, à force d'entretiens, de témoignages, de lectures, d'observation et d'analyse. Mais cette fois, leur réflexion s'expose à la lumière d'extraits de films et d'œuvres littéraires. La Leçon de piano, Secrets et mensonges, Talons aiguilles, entre autres, constituent de parfaites références cinématographiques en la matière. En littérature, Madame Bovary symbolise par exemple celle qui est plus femme que mère. Le sujet donne surtout l'occasion de faire intervenir des femmes écrivains : Annie Ernaux, Pierrette Fleutiaux, Noëlle Châtelet, Marguerite Duras ou Doris Lessing viennent ainsi témoigner de leur relation avec leur mère, qu'elles ont chacune à leur manière abordée dans leur œuvre. La mère peut être envahissante, agaçante, destructrice, ou même absente. Sans elle, nous sommes moins que rien. Nous ne serions pas.
D'une façon plus générale, et au-delà de la seule relation mère-fille, il est vrai que la littérature regorge de romans consacrés à la figure maternelle, ou qui y font souvent allusion. Est-ce parce que l'écrivain, confronté à l'acte de création, éprouve le besoin de remonter à la sienne propre ? Parler de sa mère dans une œuvre, n'est-ce pas y faire intervenir une force originelle ? Lorsque j'évoque la figure de la mère dans la littérature, quelques ouvrages me reviennent naturellement en tête : Le Livre de ma mère, d'Albert Cohen, La Promesse de l'aube, de Romain Gary, Poil de carotte, de Jules Renard, La recherche de Proust, ou encore Le Château de ma mère de Pagnol. Bien entendu, la liste ne se termine pas. Et il y a autant de listes personnelles qu'il y a d'histoires maternelles. A l'infini. Mère Fille, pour la vie, de Paule Zajdermann, DVD, 1h03, MK2 éditions, 2005. Aimé Césaire : la Martinique orpheline de son poète
Aimé Césaire, le père de la négritude, s'en est allé. La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet hommela mort étoile doucement au dessus de sa tête la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras la mort galope dans la prison comme un cheval blanc la mort luit dans l'ombre comme des yeux de chat la mort hoquette comme l'eau sous les Cayes la mort est un oiseau blessé la mort décroît la mort vacille la mort est un patyura ombrageux la mort expire dans une blanche mare de silence. Gonflements de nuit aux quatre coins de ce petit matin
Homme de gauche, sa carrière politique débute avec son élection en tant que député de Martinique, sous l'étiquette du Parti communiste français (1945). Il participe alors à la création d'un nouveau statut pour les quatre anciennes colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion), les futures DOM. Il est également élu maire de Fort-de-France. "Papa Césaire" administrera la capitale foyalaise sans interruption de 1945 à 2001, avant de céder la place à son dauphin Serge Letchimy et d'être gratifié du titre de maire honoraire. L'écrivain guadeloupéen Daniel Maximin souligne d'ailleurs l'investissement absolu de Césaire pour son île natale : "Un des mots les plus forts dans son oeuvre, c'est "bâtir". En tant que maire de Fort-de-France, l'obsession c'était d'édifier, de construire en dur pour faire face aux cyclones de l'histoire et de la géographie." Un militant, un homme engagé dont les idées et les luttes imprègnent l'oeuvre. En 1950, son Discours sur le colonialisme sonne le rappel du réveil des identités culturelles. Il y dénonce l'oppression exercée par l'Occident sur le Tiers-Monde. Toutefois, c'est Cahier d'un retour au pays natal qui demeure l'ouvrage incontournable du maître. Séduit par l'universalité de Césaire, par sa poésie surréaliste, l'écrivain français André Breton l'édite et le préface. 65 pages incarnant les débuts de sa quête identitaire et devenant, notamment, la référence des intellectuels noirs des générations à venir.
Bruce Wagner : Hollywood, l'usine à dingues
L'écrivain, également scénariste de série (Wild Palms, c'est lui !), acteur et producteur connaît intimement ce milieu, ses peoples et ses secrets, l'envers du décor n'en a donc plus aucun pour lui. L'américain, qui travaillait il y a deux ans avec David Cronenberg sur Maps the Stars (en court d'adaptation par le réalisateur canadien) est en effet intime des "stars". [...] Sonatine Umberto Eco, couronné duc
L'essayiste et romancier italien s'est vu décerné, la semaine dernière, le Prix du Royaume de Redonda, qui récompense chaque année depuis 2001, un auteur ou un cinéaste non hispanique pour l'ensemble de son oeuvre. Le jury a voulu couronner Umberto Eco (par le titre de duc et un chèque de 6000 euros) pour "la finesse de ses travaux, son érudition si vaste et son infatigable curiosité". Le royaume de Redonda est une république idéale des lettres, gouverné par l'écrivain espagnol Javier Marias (Fondateur du Prix), et dont le nom fait référence à une île inhabitée des Petites Antilles. Umberto Eco, à qui l'on doit une révolutionnaire théorie de la réception en littérature, rejoint donc la pléiade d'écrivains et de réalisateurs qui "siège" à Redonda. Pedro Almodovar y est le Duc de Trémula, Francis Ford Coppola le Duc de Megalopolis, Antonio Lobo Antunes le Duc des Crocodiles, Pierre Bourdieu y a été le Duc du déracinement. Parmi les lauréats de ces derniers années, on peut citer J. M. Coetzee, Eric Rohmer, Ray Bradbury, tous devenus ducs et jurés à leur tour. Le fonctionnement du royaume de Redonda a quelque chose d'assez ésotérique, tout comme le sont par ailleurs les oeuvres des deux premiers rois de Redonda, Matthew Phipps Shiel (Felipe I) et John Gawsworth (Juan I). Ce qui plaira sans doute à Umberto Eco, auteur du Pendule de Foucault et de Kant et l'ornithorynque, pour le côté initié, et plus récemment, d'une Histoire de la laideur.
Le site officiel du Royaume de Redonda
Sexe, censure et tribunaux Il faudrait pouvoir s'insurger à chaque fois que sévit injustement la censure.Nouvel exemple en Indiana, (état du centre des Etats-Unis), où les élus siégeant au Congrès ont décidé de mettre en place un flicage anti-porno. Une loi votée fin mars oblige désormais les commerces susceptibles de vendre des "contenus sexuellement explicites" à se faire enregistrer auprès des autorités de l'Etat, afin de faciliter leur contrôle. Les sex-shops sont les premiers à être touchés par le nouveau dispositif. Le problème, c'est que la loi est énoncée de façon si vague, si vaste, qu'elle peut tout à fait s'appliquer aux libraires, quand bien même ceux-ci ne feraient que diffuser des œuvres littéraires ou des manuels d'éducation sexuelle. Après tout, qu'est-ce qu'un "contenu sexuellement explicite" ? Selon la Constitution de l'Indiana : "Tout ce qui décrit et représente la nudité, un comportement ou une excitation sexuels". Les puritains ont parlé. Le diable habite les pages dangereuses de romans blasphématoires, il faut protéger nos jeunes de la perdition. Les libraires, qui se verront désormais dans l'obligation de payer de nouvelles charges à l'Etat pour assurer leur suivi par les autorités locales, ont de quoi être furieux. D'abord, ils se retrouvent là face à une violation du premier amendement, qui défend la liberté d'expression. Et puis, depuis quand un dealer de livres est-il réputé pour être dangereux ? L'American Booksellers For Free Expression prévoit de porter l'affaire devant les tribunaux. La loi, parfois, c'est quand même bizarre. Au fond, ne suffit-il pas d'avoir un peu d'imagination, doublée d'une once de paranoïa, pour voir le mal partout... En version française : vous ne trouvez pas que dans Martine à la plage, la jupe de la fillette est un peu courte, et fait par conséquent de l'ouvrage un exemple de mauvaise vertu à l'égard des petites filles ? D'autant plus aberrant que si nous devions retirer d'une librairie tous les ouvrages comportant des allusions sexuelles, il ne resterait sans doute pas grand-chose. Pas même la Sainte Bible. (Sur le rapport entre sainteté et sexualité, vous pouvez lire un billet sur le blog sexe) On connaît la chanson à l'Académie
L'autre petit chamboulement dans l'affaire, c'est que Jean-Loup ne fait pas spécialement dans l'essai ou la conférence : sa spécialité à lui, ce sont les chansons et les scénarios. De Serge Reggiani à Jacques Dutronc, en passant par Dalida, Julien Clerc, et bien d'autres, Jean-Loup Dabadie a écrit pour plusieurs générations d'interprètes. Les paroles signées de sa plume ont parcouru assez de chemin pour être collectivement fredonnés : "Ma préférence'" (Julien Clerc), "Tous les bateaux, tous les oiseaux" interprétée par Polnareff, mais aussi, pour le même chanteur, "On ira tous au paradis", dont on a bien vu ces derniers temps que le refrain valait aussi pour les immortels. Dabadie est l'auteur des scénarios et dialogues d'une trentaine de films dont plusieurs sont cultes, comme César et Rosalie, ou Les choses de la vie de Claude Sautet. Il a également écrit des sketches pour des humoristes comme Guy Bedos. Le scénariste et parolier avait déjà été candidat en 1989. Cette fois, il a pu franchir la porte que Charles Trenet avait vu se refermer en 1983. Heureux et ému, il déclare qu'avec son nouveau statut, il continuera de faire ce qu'il a toujours fait, "travailler pour la défense et l'illustration de la langue française" L'arrivée de Dabadie est plutôt bienvenue sous la coupole : il est vrai que la langue française, ce n'est pas que le dico, c'est la chanson et le cinéma aussi.
Bob Dylan, le lauréat
Bob Dylan est bien plus qu'un chanteur. Un poète qui met ses mots en musique, s'approprie le monde en image et mélodie, multipliant ainsi à l'infini la puissance d'évocation de ses textes.Le jury du Prix Pulitzer, qui récompense traditionnellement des travaux journalistiques, a décerné lundi une mention spéciale au chanteur, comme cela était déjà arrivé pour d'autres grands musiciens, comme John Coltrane ou Thelonious Monk. Le jury explique qu'il salue cet artiste "pour son profond impact sur la musique pop et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétiques extraordinaire." Dylan avait déjà été nommé au Prix Nobel de littérature en 1997 : c'est dire comme son talent littéraire est désormais reconnu par toutes les instances.
Les influences du chanteur font plus qu'apparaître sous forme d'allusions ou de citations dans son oeuvre, elles font partie de lui. Allen Ginsberg, Dylan Thomas, Arthur Rimbaud, pour rappeler les plus évidentes. Dylan a encore ceci de poétique qu'il a toujours su rester Dylan, cela même lorsqu'il explorait jusqu'à l'extrême le principe de l'altérité. Le "Je est un autre" écrit par Rimbaud, Dylan ne l'a pas seulement chanté. Gamin au chapeau de cow-boy, provocateur en détresse, tombeur de femmes, chrétien à la foi exacerbée : autant de figures saisies par Todd Haynes dans son film consacré au chanteur, I'm Not There (dont vous pouvez lire la critique sur Flu). Le nom choisi par les fans de Bob Dylan pour sa nouvelle tournée, Never Ending Tour, consacre aussi à sa manière le poète qu'il est. Poète celui qui, par la diversité de son œuvre (rock, folk, country, blues, jazz), par les multiples conversions qui ont jalonné son existence, apprend que l'on peut se renouveler en restant définitivement soi-même.
Un Extrait de "My Back Pages", de l'album Another Side Of Bob Dylan (1964). (Ce morceau a été largement repris, et a notamment été interprété, pour l'anniversaire des 30 ans de carrière du chanteur, par Roger McGuinn, Tom Petty, Neil Young, Eric Clapton, George Harrison et Dylan lui-même.)
Crimson flames tied through my ears
Half-wracked prejudice leaped forth
(Des préjugés à demi-ruinés me poussaient vers l'avant
Le filon des manuscrits bidons dévoilé dans TechnikartVendre un bouquin qu'on n'écrira jamais, non seulement c'est possible, mais en plus, ça rapporte. Olivier Malnuit de Technikart dévoile, dans un article du dernier numéro, via des anecdotes éloquentes et bien choisies, "Le filon des manuscrits bidons". Si le milieu de l'édition n'est pas connu pour être des plus reluisants, les pratiques décrites-là sont plutôt effarantes. Pour l'avoir vécu, Malnuit sait comment ça se passe. Question de fric (ou autre, mais tout y revient toujours), les directeurs de collection ont plutôt intérêt à faire signer moult contrats. Quand bien même ceux-ci ne seraient que paroles en l'air et billets verts, et n'aboutiraient jamais à la publication d'un bon livre (ni d'un mauvais d'ailleurs).
Pour ce genre d'échange, il existe un contexte propice : les petites fêtes mondaines où l'alcool coule à flot, ce qui permet à l'assemblée d'avoir chaud, aux éditeurs et écrivains de se rapprocher au point d'oser la main amicalement posée sur l'épaule. D'ailleurs, l'écrivain qui vend ses manuscrits bidons entre deux gorgées de vin, simplement en présentant l'idée géniale d'un génial bouquin à venir, porte un nom : l'apéro-pitcheur. Explications : "Pitch, pour cette manie détestable, depuis les années Ardisson, de tout résumer comme une critique de Télé Z. Apéro parce que les manuscrits dont on n'écrit que le titre commencent toujours autour d'un verre et s'arrêtent après avoir vidé la bouteille."
Ainsi Olivier Malnuit a-t-il lui-même vendu plus d'un livre fantôme mais prometteur : Journal d'un beauf au pays des branchés, La France s'emmerde, La France des RER. Il a eu l'idée du livre, il n'a jamais pu l'écrire. Et quand un pseudo-écrivain se fait une véritable profession de vendre des concepts à tout bout de champ sans jamais y donner suite, il devient un "pitchator", une "mitraillette à concepts". Le pitchator présente parfois un certain danger pour certains éditeurs, qui à force de verser des annonces dans le vent, risquent d'y laisser des plumes...
Il ne faut pas croire cependant que dans l'histoire, l'éditeur est celui qui se fait amèrement rouler. Ne pas oublier que celui-ci appartient à une espère qui connaît ses intérêts et sait comment les faire fructifier. Dans une interview qui vient compléter l'article de Malnuit, Emmanuel Pierrat (le superavocat de l'édition, auteur du Livre noir de la censure) explique que "certaines maisons d'édition comme Grasset [...] signent avec des gens qui ont un vrai pouvoir, un carnet d'adresses ou une influence auprès des jurys des prix littéraires, en échange d'un bon paquet d'à-valoir. Jusqu'à peu, toute la presse signait ainsi chez Grasset". Des pots-de-vin déguisés en projet littéraire, c'est beau, non ?
Source : "Le filon des manuscrits bidons", par Olivier Malnuit, Technikart n°121, avril 2008.
Les Versets Sataniques au théâtreLa première adaptation au théâtre des Versets sataniques de Salman Rushdie a été joué dimanche dans un théâtre près de Berlin (Théâtre Hans-Otto, Postdam). Sous haute sécurité.
Ali Kizilkaya, le président du Conseil de l'islam d'Allemagne, a déclaré que la communauté musulmane ne voulait en aucun cas tenter d'empêcher la représentation, en regrettant toutefois "que les sentiments religieux des musulmans soient traités de manière si provocatrice", a-t-il déclaré à l'AFP. La pièce, mise en scène par Uwe Eric Laufenberg et Marcus Mislin, se veut très fidèle au roman. Toujours selon l'AFP, certaines scènes peuvent cependant se montrer peu consensuelles : comme celle d'un attentat terroriste, où une femme voilée, soulevant sa robe, dévoile son ventre recouvert d'explosif, mais aussi son sexe. Au final, la pièce aura duré près de trois heures trente, et recueilli dans l'ensemble l'approbation des spectateurs, bien que certains d'entre eux auraient confié à la sortie s'être ennuyés.
Si cette représentation s'est déroulée sans contestation remarquable, elle a assurément couru le risque de s'inscrire dans une lignée d'événements polémiques souvent autrement plus violents : comme la diffusion récente sur internet d'un film anti-islam réalisé par le député d'extrême droite néerlandais Geert Wilders, ou encore l'affaire des caricatures du prophète Mahomet qui avaient provoqué de nombreuses morts. Larousse vs Wikipédia : la fin de l'encyclopédie papier ?Depuis que tout le monde a pris la fâcheuse habitude de wikipédier pour un oui ou pour un non (c'est si rapide, si facile, si pratique, si gratuit), les pros traditionnels du dico et de l'encyclopédie souffrent peut-être de voir s'entasser dans leurs stocks les gros volumes qu'on ne commande plus pour Noël. Du coup, le géant Larousse décide donc de contre-attaquer, en se lançant à son tour à la conquête du terrain illimité (et apparemment ravageur) qu'est le web.
Mais Larousse s'y frotte sans s'y piquer : d'abord, les contributions devront obligatoirement être signées, et gérées uniquement par ses auteurs (contrairement à Wikipédia, ou chacun peut mettre du sien pour améliorer un article qu'il juge incomplet). Ensuite, Larousse établit une nette distinction entre ses contenus validés (censés faire autorité en matière de savoir encyclopédique) et les textes ajoutés par les internautes.
Nombreux sont les éditeurs d'encyclopédie qui testent l'accès sur le web, gratuit, ou payant, ou les deux au choix (Le Robert, Hachette, Encarta).
Encore une fois, il y a là de quoi mesurer la stupéfiante évolution de nos pratiques de lecture et de nos méthodes de recherches avec Internet. Symboliquement, l'encyclopédie est cet énorme ouvrage, en plusieurs volumes (qu'on va plus souvent consulter en bibliothèque, faute d'un gros héritage), dont les articles méritent d'être lus linéairement et attentivement. MEL : la littérature s'invite au Petit Palais
La Maison des écrivains et de la littérature (MEL) organise, pour la deuxième année consécutive, ses journées de rencontres littéraires, du 3 au 5 avril au petit Palais. Il y a, dans les interventions organisées par la MEL, une volonté affichée de délivrer la réflexion littéraire de son seul carcan universitaire, de la rendre plus pratique, plus vivante. Si les intitulés du programme ressemblent à ceux d'un cours de fac, disons licence de lettres modernes (avec des jeux de sonorités pompeux, genre Inventions/Interventions ; corps crié/corps caché...ainsi que des problématiques parfois obscures), le débat pourra cette fois être renouvelé, élargi, éclairé par la présence de véritables écrivains. Ceux-ci seront questionnés par des universitaires et des critiques littéraires, au cours de tables rondes, chacune d'entre elles cherchant à répondre à un champ de réflexion. La liste des auteurs participants annonce en tout cas du beau monde : Patrick Deville, Pierre Péju, Camille Laurens, Yves Pagès (sous réserve), Céline Minard, Hubert Nyssen, pour n'en citer que quelques-uns. L'événement, mondain et intello, réserve sans aucun doute de passionnantes discussions, peut-être aussi quelques inoubliables longueurs.
"Littérature : Enjeux contemporains II" Colloque organisé par la MEL, les 3,4 et 5 avril 2008 au petit Palais Entrée libre dans la mesure des places disponibles Pour voir le programme complet et plus d'infos : le site de la MEL
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